CHAPITRE XV
Cependant, le bruit de ma visite à Mirambo s'est répandu à Tabora €t intrigue vivement le clan arabe. Scheik bin Xassib me fait mander.
Je m'attendais à des représentations de sa part, mais le malin personnage n'a garde de se montrer piqué. Bien au contraire, il a changé de gamme.
Autant, naguère, il chargeait le portrait du conquérant nègre, iiutant, depuis que j'ai été à même de contrôler la gratuité de ses assertions, il lui reconnaît de talents et de qualités. De mon côté, je fais de Mirambo l'éloge qu'il convient et insiste particulièi-ement sur les forces militaires dont il dispose. — « Oui, dit le vice-gouverneur, le Sultan d'Ourambo a beaucoup d'hommes, mais très peu de poudre. Il a voulu s'attaquer aux Oua-Xgonis et la guerre n'est pas près de finir. Ces derniers ont fait demander aide à Séki. Nous attendons leurs envoyés. «
Cela me fait souvenir que ^lirambo doit aussi dépêcher des ambassadeurs au chef de l'Ou-Nyaniembé, pour en obtenir, à force de présents, une neutralité temporaire. Je l'annonce au vieux Scheik. •
— Nous nous y attendons bien, me répond-il tranquillement, mais ça ne me regarde pas. Séki agira comme il lui pkiira.
Quatre jours après, les envoyés de 3Iirambo arrivent à Tabora, au nombre de six, choisis parmi les Nyamparas les plus énergiques, les plus dévoués et les plus influents de Konongo. Ils apportent de magnifiques défenses d'éléphant. L'ambassade des Oua-Ngonis est
mi LA TKOISIKME KXI'KDIilON BKLCE
arrivée de son côté, avec de l'ivoire en moindre qiianlité. Scheik bin Nassib se dit malade et ne quitte pas le lit. Après leur première visite au Sultan, les hommes de Miramlio viennent me voir, et je les traite de mon mieux.
Ils sont lin peu plus bruyants qu'à Konongo. mais cette attitude est peut-être dictée par le Mouami lui-même, jaloux de se voir représenté avec quelque assurance. Toutefois, leiu' conduite ne donne prise à aucune plainte. Ils payent largement tout ce qu'ils consomment, et se font bien venir de la population ({iii les regarde avec une admiration respectueuse.
Les deux ambassades évitent soigneusement de se rencontrer.
Pendant toute la durée des Chaouris, le vice-gouverneur reste invisible ; luais il n(; faudrait guère le connaître pour le croire étranciM" aux hésitations de Séki.
Celui-ci linit par accepter les dents de Mirambo, sans préjudice de celle qu'il lui garde in petto, et par faire déclarer aux envoyés des Oua-Ngonis que leurs présents ne sont pas suffisants. Les deux ambassades se retirent, et Scheik bin Nassib, l'établi par miracle, continue gaillardement à vaipicr aux soins de son gouvernement. Il est possible que la balance ait penché seulement en faveur des plus riches offrandes ; mais il s(; pourrait aussi (jne mes renseignements et mes exhortations y fussent entrés j)our quciijue chose.
22 février. — Accompagné d'Assani, de Capitani et de deux esclaves mis à ma disposition par le vieux Soultan bin Ali, je inc rends à Igonda, pour in'acquitler de la visite promise à M. Reichard.
L'expédition allemande s'y trouve au complet.
Nous j)assons quelques jours à nous entretenir du })assé et à former des projets d'avenir. Puis, nous nous quittons, nous assignant un prochain rendez-vous à ïabora.
Au retoui', la chaleur est suffocante et un orage épouvantable nous surprend dans les bois de Miombos avoisinant le Mtoni de Kasséghèra.
Le vent souffle avec rage, écimant les arbres, dont les branches, à plusieurs reprises, manquent de nous écraser. A demi aveuglés par les éclairs, nous sommes obligés de cheminer, les yeux sur la voûte ondoyante, pour éviter la chute redoutable des frondaisons mortes, s'abattant avec un horrible fracas. La foudre frappe autour de nous
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les troncs des grands arbres qu'elle divise et fracasse comme si c'étaient des allumettes.
Lorsque nous sommes enfin arrivés pu rase campagne, une pluie diluvienne nous mouille jusqu'aux os. En quelques instants, la campagne s'inonde, et, pour gagner le Cambi situé de l'autre côté de la riv'ière, nous sommes obligés de faire la chaîne, ayant de l'eau jusqu'aux épaules. Plus d'un lâche pied, entraîne par le courant, et c'est avec toutes les peines du monde que, nous soutenant avec énergie, nous parvenons à escalader enfin la berge gluante.
Les courges commencent à apparaître, ainsi que les melons d'eau. Mon potager est en plein rapport. Je mange de délicieux radis, de fraîches salades et me régale de maïs nouveau, bouilli ou grillé sous les cendres. Et comme les chaleurs vont recommencer, j'en profite pour me faire raser complètement la tète, à la manière arabe.
Une de mes autruches s'est cassé la patte, à moins qu'on ne la lui ait brisée volontairement. Je soupçonne fort le petit ïchiano d'avoir voulu s'épargner la corvée de la mener au bain et à la promenade. Obligés de la faire abattre, nous mangeons sa chair frite. C'est un plat délicieux et pouvant se comparer à la meilleure dinde. Les plumes, soigneusement empaquetées, trouveront leur placement chez mes amis d'Europe en puissance de fenmies ou de filles. Il y a de cpioi empanacher tout un quartier.
20 mars. — Il ne s'agit plus de concession de terrain à ïabora! Mw courrier, expédié en toute hâte du fort Léopold à la côte, m'apporte la nouvelle foudroyante de la mort de M. Ramaeckers!
La dysenterie venant au secours de la fièvre, la sinistre catastrophe s'est produite sans qu'un seul Européen fût là pour fermer les yeux de notre malheureux compatriote, tombé au poste du devoir.
Vingt mois à peine nous séparent du jour où nous quittions tous ensemble Bruxelles, confiants dans notre étoile. Et me voilà seul survivant de la troisième expédition belge!
3Iais il ne s'agit pas de se laisser aller au découragement. La mort de mon chef m'impose le devoir de partir le plus tôt possible pour Karéma, afin de sauver d'une destruction probable l'œuvre de M. Cambier, si énergiquement continuée par le capitaine Ramaeckers et dont le lourd héritage m'incombe à mon tour.
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Immédiatement, je procède à m(^s préparatifs de départ.
,10 iitars. — En ronte !
Ma caravane se compose, outre mon personnel particulier, domestiques, cuisinière, boys, etc., et un Sarmala (charpentier) engap;é en vue des travaux qui m'attendent, de quarante porteurs C)iia->'vamouézis, chargés de tout l'attirail de la Station de Tahora, supprimée l)ar le fait de mon départ forcé, et des vingt Askaris de Sef bin Raschid.
A Kasséglièra, distant de cinq à six lieues d'Igonda, nous traversons le Mtoni, gonflé par les eaux pluviales et qui roule des flots impétueux. Nous sommes obligés de nous lester pour ne pas être ciUrainés par la force du courant. Moi-même, je me charge d'an fardeau.
Les ânes, remorqués par des cordes, parviennent sans accroc sur l'autre rive. Mes singes, attachés au col de deux chèvres, sont portés avec elles, à dos d'hommes, ainsi que le chien qui refuse de se mettre à la luige. Quant aux perroquets, ils se tiennent perchés sur les charges, l'éduitcs, de mes boys.
Partis en pleine Massika, nous avons de l'eau jusqu'au cou; mais grâce aux précautions prises, aucun accident n'est à déplorer.
Même itinéraire qu'aux voyages précédents. La caravane avance péniblement par des sentiers détrempés et fang(Hix, où le pied enfonce et glisse. Depuis le matin juscju'à une heure fort avancée de la journée, nous marchons littéralement dans l'eau. Souvent, nous en avons jusqu'à la ceinture.
Au sortir de la Boga d'Igonda, les terrains s'élèvent. Les pluies accunuilées descendent en torrents des montagnes et coulent dans les ravins avec une vitesse vertigineuse. Cependant, elles n'atteignent })()inl les entrées des solides fourmilières, construites à l'abri des exhaussements du sol, avec un admirable et merveilleux instinct. A chaque instant, nous sommes obligés de jeter des ponts sur les endroits inondés. Quelques arbres, coupés et tombés en travers, livrent passage à la caravane, s'accrochant aux branchages.
Les villages que nous traversons sont toujours terrorisés par la présence des troupes de Mirambo, qui continuent à lever ti-ibuts et réquisitions ; ceux qui opposent le moindre refus à leurs exigences sont mis à sac et les habitants, enchaînés, sont vendus comme esclaves.
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Mais grâce au bon accueil reçu chez Mirambo et aux ordres qui en sont résultés, je n'éprouve aucune difticulté sur ma route.
Les soldats du Mouami me laissent passer sans tenter de m'arracher quel({ue présent. Quant aux habitants des villages rançonnés, sachant que je suis devenu l'allié de leur vainqueur, ils me comblent d'égarcjs et de présents. Quoique le pays soit ravagé par la guerre, j'ai des provisions en abondance. Quelques indigènes nota])Ies sont venus me prier d'intercéder auprès de 3Iirambo, pour en obtenir qu'ils soient moins durement traités. — «L'homme blanc est bon», disent-ils d'un ton suppliant. Je leur ai promis de faire mon possible, et ils sont partis tout consolés.
— Toujours de l'eau ! Les vivres continuent à abonder. De tous côtés, on nous apporte du maïs frais et des patates douces.
12 avril. — Nous approchons du Nouvel-Ourambo, ainsi que — depuis la défaite de Simba — il est ordonné, sous peine de mort, d'appeler l'ex-district de l'Ou-Savira. Simba revient encore rôder parfois dans les environs, avec l'espoir de reprendre possession de son ancien royaume. Mais les Rougas-Rougas de Mirambo, qui gardent l'œil ouvert, se sont mis à l'abri de toute surprise.
En approchant du village, j'ai dépêché deux hommes au nouveau chef, pour lui annoncer notre arrivée.
Nous ne nous trouvions guère qu'à deux mille mètres du Roma, lorsqu'une cinquantaine de Rougas-Rougas sont arrivés en courant à notre rencontre, la plupart totalement nus, les autres drapés dans de longues pièces de cotonnade rouge, et portant dans leur chevelure, prolongée au moyen de lacets noirs, force menus coquillages. Presque tous étaient armés de fusils à percussion et portaient la poire à poudre, ballant derrière le dos, attachée à une ceinture de cuir ou d'étoffe. Des hormues superbes, grands, agiles, bien râblés et musclés !
La fantasia à laquelle ils se livrent en notre honneur, fait encore ressortir leur type étonnamment martial.
Ils sont venus me saluer, au nom de leur Seigneur, et me conduisent triomphalement au Cambi choisi à notre intention, après toutefois m'avoir demandé si je ne préférais point m'établir au milieu même du village.
J'ai décliné cette dernière offre, afin d'éviter toute occasion de contlh entre mes hommes et les soldats.
L-e Moinangou, qui jouait au Bao au moment de notre arrivée, nous accueille avec un empressement flatteur. On se rappelle que j'ai eu occasion de le voir lors de ma visite à Konongo. Nous resterons un jour ici, car la marche a été rude à soutenir, et mes porteurs tombent de fatigue,
— Partis le lo, dès l'aube, nous rencontrons dans la journée un nouveau courrier, envoyé de Karéma par le Djémadar. La garnison m'attend avec impatience. Ghan Mohamed me mande que les habitants de Karéma et de Kafissya sont devenus fort arrogants et qu'une attaque de la Station paraît à craindre.
Je fais part à ma troupe de ces nouvelles peu rassurantes, et tous promettent de faire des étapes d'une journée entière pour arriver à la Station avant le 2o.
La plaine de Katavi disparaît sous l'eau, A Ougoué, mouillés jusqu'à la poitrine, nous avons dû camper un jour entier devant la rivière, dont les berges s'eftbndraient sous les pieds. Entin, quelques arbres jetés en travers nous ont pei'mis de continuer notre route vers Karéma.
24 avril. — Arrivée à Karéma, vers dix heures du matin.
Malgré toute ma diligence, j'ai mis vingt-quatre jours pour faire quatre-vingt-dix-huit lieues. Que s'est-il passé pendant la longue période de désordre entraînée par la mort de M. Ramaeckers?
Je tremble rien que d'y penser.
Les pentes du tertre schisteux, passementé de sombre verdure, encadrant les blocs d'un brun mat, sont émaillées de pagnes blancs et de guenilles multicolores. Les négrillons m'entourent en dansant. Leurs pères ayant beaucoup de choses à se faire pardonner, les ont probablement envoyés en avant, pour me disposer à l'indulgence,
La Maison Centrale est maintenant complètement achevée. Cette vaste construction, qui a absorbé presque tous les moments de M. Ramaeckers, se compose de murs d'adobes, épais de soixantequinze centimètres.
Les magasins occupent la partie inférieui'e, et à l'étage sont mena-
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gées cinq chambi-cs à l'usage des voyagfMU's européens, nne salle à nianger et deux véi'andahs, donnant l'une au nord et l'autre au midi.
M. Ramaeckers n'ayant pas de charpentiers à sa disposition, n'a pu naturellement munir le bâtiment d'aueune porte ou t"enrtr(; nouvelle.
J'essaye de passer la première nuit dans une des chand)res les mieux défendues contre la pluie et le vent. On sent planer la lirvi'O dans cette atmosphère humide, et je mehàle de regagner mon ancienne cellule.
— Le lendemain, je vais faii'c mon tour dans la montagne. C'est là que M. Ramaeekers s'est fait transpoi-tci', déjà ])res(pie mourant. (Jiii'hpies huttes de paille y ont été élevées à la hâte, sans soins et sans conforlahle. L'ouverture de celle où il a expiré lui pei'meltait d'embrassiM' le vaste horizon du eùté du nord. Il s'y traînait eliaipic matin, jetant un regard ail'aibli dans la direction de la pairie loiulain(>!
Un i)eu j)lus loin, sons l'ombrag»' d'un veil 3Ig(jnou, repose sa cendre. Rientot, jiar mes soins, un humble mausolée dira aux voyageurs futurs, la méritante cari'ière et la tin lamentable de cet héroïque ('hanq)ion de la civilisation et du progrès.
— Maintenant que notre sécurité est garantie et ipie nous n'aui'ons plus à nous t(Mnr constamment sur \e qui-vive, dans l'appréhension d'une altacpie à main armé(\ les travaux vont l'cprendre force et vigueur. El il y aura fort à faire pour avoir terminé avant la Massika ])rociiaine.
La i)lupart des travaux de charpente et, en généi-d, tout le bois employé dans la construction du fort Léopold sont à remplacer, tellement les insectes xylophages ont fait mei-veille. Le sol est comme poudré de sciure de bois.
En fait de plantations, j'ai trouvé ici, seulement, une rizière d'un demi-hectare, défrichée et cultivée.
Le riz semé par M. Ramaeckers étant arrivé à maturité, je distribue à Assani et à quelques hommes de sa brigade des couteaux à lame simple pour couper les épis. Nous ne possédons pas une seule faucille !
Quarante-huit heures après mon arrivée, tout le monde est aux champs, au bois ou à la montagne.
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— Deux jours m'ont suffi pour me mettre au courant de la situation extérieure et intérieure.
Mon arrivée rapide a fait tomber les projets belliqueux dont nos chers voisins faisaient parade à notre égard. Sachant que je suis devenu l'allié, le Rafiki du terril)le Mirambo, pas un n'oserait bouger. Le ills de Tchiata, Yassagoula, nouvellement nommé Sultan de Karéma, ainsi que Siranda, chef du village de Katamba, sont venus déjà m'apporter leurs présents de bienvenue. ]Mème l'obùse Tchiata n'a plus reculé devant l'énorme distance ([ui sépare ses États du fort Léopold. Il y a bien, en effet, quatre à cinq lieues!
Lors de toutes ces visites, excepté celle de Siranda, resté noti'e grand ami, j'ai tenu le même langage. Les chefs sont avertis que je désire vivre avec eux en bonne intelligence, et que je les traiterai avec bonté, comme mon prédécesseur; mais qu'au premier acte d'hostilité, je serai sans pitié. Mirambo, ayant fait proclamer à Karéma, par deux de ses envoyés, que les hommes blancs de la Station avaient reçu délégation de tous ses pouvoirs, je me trouve investi, à l'égard des petits Sultans du voisinage, d'une autorité presque absolue. L'exécution du Moinangou de Simba a frappé le pays de terreur et donné de nos alliances une idée considérable. Comme on le voit, les cartes ont bien changé.
— Une des premières choses à exécuter, c'est le forage d'un puits, au pied du tertre même sur lequel se dresse le fort léopold. Le Lac étant situé à près de huit cents mètres de la Station, il nous deviendrait impossible de nous approvisionner en cas de siège. En creusant notre puits sous la protection immédiate des feux plongeants, le but désiré sera parfaitement atteint.
Quatre Askaris, stylés par moi, fouillent, au moyen de nos petites pelles danoises, le sol argileux et dur sur un carré de trois mètres de côté. Cette rude besogne ne leur prend pas moins de quinze jours. A la profondeur de quatre mètres, je fais placer dans les angles des troncs d'arbres débarrassés de leur écorce, et maintenus par une cage formée de douze traverses de bois, trois sur chaque face intérieure. A cinq mètres, l'eau jaillit, abondante, fraîche et d'un goût excellent. Le problème est résolu sans aucun accident ni méchef.
Une plus grosse affaire, c'est l'organisation de nos travaux de char-
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pento. Nous avons à otablir vingt-qiuitre portes et autant de fenêtres, tant pour le fort que pour la Maison Centrale, sans compter les poutres à renouveler. La grande porte entre auti'es, no tient plus sur ses gonds. J'adjoins au Sarnialla ennuené par moi de Tabora — et ((ui se déclare capable de faire une porte arabe en moins de trois jours, — deux Askaris, déjà un peu au courant de la besogne.
Et le bois ne manque pas aux envii'ons du fort Léopold.
Quatre honuues vont à tour de rôle dans la forêt. Ils ont charge d'v abattri^ un arbre, fendu sur plac(>, au moyen dédisses, en deux lourds madriers ([u'ils rapportent à la Station. C'est le'.u' tâche quotidienne, après laquelle ils disposent comme ils l'entendent du reste de la journée. Qu'importe, s'ils ont fini plus tôt (ju'en travaillant à l'heure? L'etfet de cette latitude ne tai'de pas à se produire. I^es plus nonchalants se piquent d'émulation. Il ari-ive jiarfois (pie mon escouade i-evient vers dix heures du malin. Et les travaux d'aller un bon train !
A ma grande satisfaction, j'ai ti'ouvé un forgeron à Karéma, parmi les esclav(>s de Ghan ^lohamed. C'est un homme déjà d'un certain âge, au teint noir, comme roussi au feu, et récemment revenu de l'Ou- Fipa, où il travaillait pour compte de son maître. Excellent Foundi, Ouleidi s'entend à remplacer les pièces d'un fusil ordinaire, et, sous ma direction, il rendra les meilleurs services.
Il n'y a qu'un seul Foundi au village indigèiK^ de Kai'éma, le vieux Kanghérennghêré, ancien ministre du défunt Sultan, et un peu en disgrâce pour le quart d'heure. J'ai essayé, à plusieurs reprises, de lui faii'e dire où il se procurait sou minerai ; mais espérant sans doute nous imposer ses conditions, il a toujours fait la sourde oreille. Heureusement que nous avons du fer en quantité suffisante pour quelques mois. Chaque caravane destinée à Kai-éma en a laissé, surtout celle de Carter et de Cadenhead, munie de lourdes piques de fer et de grandes chaînes pour les éléphants.
Ouleidi, gros et gras connue un foi'geron d'Europe, et qui m'honoi-e d'une respectueuse admiration, est engagé avec son aide, esclave (Tesclave, à raison de sept piastres par mois, plus le Posho ordinaire. Je leur adjoins deux Askaris, qui vont, clia([ue jour, faire du charbon de bois dans la forêt.
La forge est installée sous un grand hangar, ju-ès de l'cnlrée priu-
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cipale. Oiileidi et son aide montrent beaucoup de zèle et d'intelligence. Je vais souvent causer avec eux, pour compléter mes observations sur les forges indigènes, et en obtiens d'utiles renseignements.
Il faudra aussi nous occuper de notre service de pèche, laissé en souffrance, et pour cela, tout d'abord, acheter quelques pirogues aux Oua-Fipas ou aux i-iverains des environs. Atui d'abriter nos pécheurs et de remiser leur matériel, ainsi que celui du Daou et du steamlaunch, je fais élever au bord du lac une redoute palissadée, protégeant quati-e petits bâtiments en paille et en torchis.
Une épaisse jungle de hautes herbes et d'ambatchs couvre toute la partie comprise au sud, à environ trois cents mètres du fort Léopold, entre la chaîne des montagnes et la plaine qui s'étend au nord. Il faudra y pratiquer des routes, larges de plusieurs mètres, pour faciliter les moyens de comnuuiication et la division des terres à répartir entre nos futurs métayers.
Au mois de juillet pi'ochain, seulement, lorsqu'on aura mis le feu aux herbes sèches, le défrichement pourra commencer.
Pour les semailles, nous attendrons jusqu'au mois de novembre. Il s'agira alors de protéger, par de fortes palissades, les cultures contre les incursions des hippopotames, friands de jeune maïs.
Lorsque Sef bin Raschid sera revenu du Maroungou et de l'Ou- Eniba avec les nouvelles recrues que je l'y enverrai chercher, le fort Léopold deviendra naturellement trop étroit pour loger cet important personnel agricole.
Je me verrai obligé de faire construire un village fortifié de soixante à soixante-dix huttes. L'emplacement, déjà choisi, est un tertre situé au sud de la Station. Les arbres, coupés dans la montagne, lui constitueront une protection suffisante.
Nos six ménages indigènes ont été chargés de dépierrer le terrain et d'enlever les arbustes qui y croissent à l'état sauvage. Le Boma, en forme de fort étoile, avec bonin't de prêt ir sur l'avant (côté nord), aura un pourtour d'environ trois cents mètres. On en creuse le tracé, au moyen de pioches et en entamant la couche rocailleuse qui apparaît à quelques centimètres de profondeur. Nos honunes se rendent tous les jours à la montagne boisée, et en rapportent des troncs de jeunes arbres, n'ayant encore qu'un faible diamètre et qui, enfoncés à
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deux pieds, et foi'teincnt reliés par des traverses et des lianes, tonneront une enceinte facilement défendable, d'un flanquement assuré, dominant toute la plaine du C(Jté du lac, et permettant de protéger notre puits par des feux croisés, l'our activer les travaux, j'ai établi une prime sur le nombre d'arbres rapportés par brigade. En moyenne, chaque homme m'en fournit dix par jour.
Quelques-uns, alléchés par la promesse d'un Kété de perles, en fournissent jusque quinze. Jamais nos Askaris ne me rendraient de pareils services.
J'emploie ces derniers à l'érection de mou cottage rustique, aux murailles d'arbres joints enchâssés dans des torchis. Il se composera, outre une cour intérieure, d'une pièce de réception, d'un cabinet d'étude et de deux chambres à coucher, établis sur le devant, et, dans le fond, des cuisines et autres locaux accessoires.
L'enclos à bétail y sera joint. Au lieu d'enfermer le bétail, la nuit, dans un ïembé, je le laisserai en plein air, comme cela se fait dans les Kraals des Zoulous, les enclos des Oua-Tousis de l'Ou-Nyamouézi, et, chez nous — plus au large, dans la bonne saison — sur les pacages coupés d'arbres, d(^ haies servant ûo, limites, et de fossés d'irrigation.