CHAPITRE XIX
Enfin, une voile a paru et les roulements lointains du tambour, apportés par les Ilots, m'ont appelé sur la grève. Une heure après, le Popcliii amarrait triomplialement et je serrais la main à mon brave Set" qui, après une absence de deux mois et demi, m'amenait trente- -cinq hommes et vingt-neuf femmes, plus quelques enfants, noyau de notre futur royaume africain !
L'embarcation n'en pouvait contenir davantage, et quatre de nos Askaris ont môme dû rester dans le Maroungo, avec vingt et un autres nègres — sept honnnes et quatorze femmes — que l'on ira chercher au premier jour.
Il a fallu racheter tous ces malheureux, prisonniers de guerre arrachés au plus horrible esclavage.
Il y a même dans leurs rangs un Sultan vaincu, du nom de Lousinnga, dont le malheur n'a pu abattre la lierté. Sombre et pensif, il marche escorté d'un groupe de ses anciens et fidèles vassaux.
Leur plus grande crainte, en venant ici, était d'être mangés, car il a été impossible de leur faire comprendre que le Mouzoungou sacrifiait des richesses, pour eux princières, dans le seul but d'en faire des honnnes libres et des agriculteurs heureux, désormais à l'abri de toutes les vicissitudes de la guerre et de la servitude.
Les hommes ont pour la plupart la lUKjue rasée. Quant aux ff'nuues, sveltes et bien découplées, elles seraient presque jolies si elles n'avaient, dans leur lèvre supérieure ti-ouée, des morceaux de racine de manioc, qui leur donnent un aspect bestial. C'est un spec-
^Oii LA TltOISlKMK KXPKDHION lti:L(JE
laclc toiK'liaiil que de voir la tcndi-esse intinie des mères pour leur tendre progéniture. Elles ne songent qu'à leurs enfants.
Les nouveaux veiuis sont accueillis et choyés par les familles indigènes déjà établies dans la Station, et dont la contianle altitude et les joyeux discours les rassurent beaucoup mieux ([ue ne pourraient le faire des proclamations d'indépendance. On leur dit l'abondance qui règne ici, les bons j)rocédés du maître envers tous, l'abolition de toute torture, voire de tout châtiment corporel. Et on leur fait admirer et visiter la Maison de pierre et l'enceinte où ils auront à établir leurs huttes. Sauf quel([ues honnnes qui continuent à se renfermer dans une farouche réserve, ils ne tardent pas à se familiariser et à rire aux éclats. Pour commencer, je les habille tous de pied en cap, les hommes de fort et beau Mérikani, les fennnes et les enfants de Kaniki bleu. De mémoire de nègre, on n'a songé à donner de vêtement quelcoiuiue à un négrillon. Aussi, les mères sont-elles folles de joie. Puis, c'est la Moutama qu'on fait cuire en commun, et à laquelle je joins un Kitoéo de poisson sec. Je crois que ces braves gens n'ont jamais été aussi heureux de leur vie !
En att(Midant que chaque petit ménage ait sa cabane, tout ce monde trouve place dans les bâtiments assez vastes du foit.
Dès le lendemain, mes Oua-3Iaroungous vont au bois, sous la conduite de Hamici Mbouzi et de six brigadiers déjà dressés à la besogne. Si la veille quelques-uns se ressentaient encore du mal de mer, celte fois il n'y paraît plus, et la Moutama, abondannnent servie, à raison d'un Kibaba par honnne, reçoit un furieux assaut.
Pour renforcer nos ressources culinaires, j'ai rendu la chasse libre et mis à la disposition des soldats une certaine (pumtité de cartouches. Un Askari ayant tué un hippopotame à coups de fusil, mes Oua- Maroungous se sont délectés à celte chair par excellence, réservée uniquement, chez eux, à la table des Sultans et des chefs nobles. Quant à nos nègres musulmans, ils se rabattent sur les buffles, les zèbres, les oies et les canards, dont on fait un suffisant carnage. Tout cela ménage notre farine privée et contribue merveilleusement à refaire nos colons, arrivés hâves et décharnés et cpii reprennent à vue d'œil.
— A certains jours, vers dix heures du matin, grand exercice de
AU PAYS NOIll 2o3
tir. J'ai t'ait dunnei' des fusils à (luclqiirs-uns de mes nouveaux sujets et leur apprends à tirer à la cible. Ceux qui atteignent le but, placé à une cinquantaine de mètres, reçoivent en prime quelques rangs de perles, et les plus adroits ont promesse de pouvoir conserver leur arme. Mon but, c'est de faire de ces métayers des soldats et des chasseurs, afin de pouvoir me passer des hommes de la côte, qui coûtent foi't cher, ont des prétentions militaires assez plaisantes et, connue travail, ne donnent ([ue le strict nécessaire.
— Sef biu Raschid, en attendant son prochain départ pour la cùte, est allé se loger avec sa famille dans le cottage du Boma. Quant à moi, je suis décidément installé dans la Maison Centrale, dont je complète l'installation.
Mes Oua-Maroungous sont fort habiles dans la construction de leurs huttes. Après avoir tracé nu cercle sur le sol, ils y enfoncent des piquets étroitement joints, et reliés par nn souple lacis de lianes. Sur cette muraille de bois, haute d'une couple de mètres, se pose, d'un coup, le toit de chaume, travaillé à part, en forme de cône renversé — le sommet au centre de la hutte, les génératrices s'appuyant sur le mur circulaire, — et dont ils retournent adi'oitement, au moment de l'opération linale, la fine collerette de charpente. Trois simples pierres servent de foyer. Pas de cheminée. La cuisine se fait le plus souvent en plein air et, pendant la Massika, la fumée sort comme elle peut.
En quinze jours, tout le village est debout, sauf les cases de ([uelques retardataires; et sa palissade le rendrait presque imprenable, si même le voisinage du fort Léopold ne le protégeait suffisamment.
A cette occasion, une nouvelle fête a lieu, accompagnée de réjouissances. Un tronc de Mkouloungou, prolongé par un màt de hune, est solennellement planté devant le cottage. Nos Askaris, en armes, font le cercle, et, lorsque je hisse le drapeau de l'Association, exécutent une décharge générale aux cris de : Hérial Hérial Quelques Maroungous, vainqueurs des derniers tirs, se sont mêlés aux soldats. Le reste de la population agricole, enthousiasmée parla mousqueterie, et surtout par la perspective du banquet, se livre aux éclats d'une joie naïve.
Un grand singe papion. pris récemment dans la forêt, a profité de l'allégresse générale pour briser ses liens. Croyant probablement qu'on a élevé ce màt à son intention, il bondit au milieu du cercle et,
2^4 LA TROISIÈME EXPÉDITION ItHLCE
avant qu'on songe à s'emparer de lui pour le remettre à la chaîne, grimpe jusqu'au faîte, d'où il s'amuse à faire la grimace aux spectateurs. Tchiano se charge fièrement de ramener le fugitif, et c'est un tableau curieux que de voir, au bout de la perche flexible, l'enfant noir et le fauve quadrumane s'observer avec défiance. L'animal hérisse son poil, siffle et gronde, en montrant ses dents, et mon boy de sentir décroître son assurance.
Les rires redoublent. On hue le pauvre Tchiano, qui voudrait bien redescendre. Enfin, excité par les cris de : Ana Ogopa! (Il a peur!), le négrillon étend une main tremblante pour saisir le singe par la queue; mais celui-ci se dérobe, se laisse adroitement glisser le long du corps de son ennemi, file par un des haubans retenant le màt, s'élance vers la palissade qu'il franchit d'un bond, et disparaît sans demander son reste. Un moment, Capitani le tient au bout de son fusil, mais je détourne l'arme qui part dans le vide. Il ne faut pas que cet intermède comique, rappelant les soties de nos Joyeuses Entrées, ait un dénouement tragique.
Ne sachant quel nom donner au Boma, j'ai laissé à mes hommes le soin de le baptiser à leur guise. Une chèvre est amenée, dont le sang, répandu, doit donner à la cérémonie une espèce de consécration religieuse. C'est la mode africaine, à laquelle je m'oppose d'autant moins que la chair de l'animal est destinée au festin d'inauguration. Le Djémadar, consulté, déclai'e que le village doit porter le nom de son fondateur. En conséquence, à l'heure qu'il est,- il existe sur les bords du ïanganika un humble aggloméré, noyau peut-être d'une future capitale, qui s'appelle il/oî/f/yt-^c/.?- //.'
Je parie que les géographes ne s'en doutent seulement pas. Mais les voilà prév(Mius. Ils n'ont qu'à modifier leurs cartes en conséquence.
Août. — Tous nos colons sont aux défrichements, pi'atiqués sur une large échelle.
On met le feu aux hautes herbes, séchées par le soleil. Ambatchs et matétés pétillent comme un bouquet d'artitice, et les innombrables nuées d'insectes asphyxiés par l'acre fumée qui s'en dégage, retombent dans le brasier crépitant. Askaris et colons sont postés aux alentours, pour traquer le gibier chassé par les flammes et qui s'abat
*^s^u^its^tmvsK>mtfy
NOIRS AU DÉFhlCHEMEXT.
(Dessin de A. Heins.)
:2oG LA TltniSIi:ME KXI'KDITION uvaj.k
(.'ffai'ù dans leurs pièges ou sous leurs coups. Le lendemain, nous retrouvons, grillés dans les cendres, force sangliers, des antilones, des lapins et des volatiles sauvages.
La future glèbe, enrichie encore par les cendi'cs végétales — — (piicorrigenl l'acidité du tiM'rain, provenant des matières végétales en lente décomposition, — reçoit des alignements et des divisions. Chaque métayer du Boma y trouve son lot, à charge d'abandoimer la moitié ilu produit éventuel à la communauté.
Le sol est retourné, au moyen des houes envoyées de Tahora. Connue dans les poèmes de Virgile, on ari-achc les racines que l'on hrfde encore, le soir, ]iour assécher la terre meuble, mais sans détruire, malheureusement, (''elles trop ])rofondément -ancrées et dont un extirpateur Julien aurait si facih^ment raison! Aux' Européens incombera la tâche d'inq)orter ici la charrue, qui ivconciliera infaillibk'ment les nègi'cs avec l'art sacré, cher à Cincimiatus et à Turenne.
Ainsi, en plein travail agricole, la colonie otfre les tableaux les jilus pittoresques et les plus mouvementés.
Conune «-'était à jirévoir, les habitants des villages voisins ne voient pas nos opérations d'un bon o'il. Ils étaient accoutumés à nous servir de fournisseurs, et voilà que la Station se met en mesure de se suiîire à elle-même! Leur désappointement s'explique. Dans leur idée, les Oua-7A)ungous, disposant de richesses inépuis;d)les, ne devaient jamais songer à faire cultiver le sol. Peu s'en faut qu'ils ne se considèrent comme volés. Heureusement, nos greniers, abondamment fournis, rendent inutiles de nouveaux ravitaillements, que, dans les circonstances présentes, les indigènes nous refuseraient peut-être, ou ipi'ils nous compteraient à des prix exorbitants.
Mon vieil ami Kanghérennghèré a voulu exj)loiter la situation pour nous tirer une plume de l'aile. Interprète des désii's du grand Mousamouéra, il a réclamé deux bu'ufs de Mouzoungou, pour apaiser le courroux de rEsi)rit du lac, soi-disant irrité contre nous. Les indigènes nous attribuent, eu effet, le retrait des eaux, commencé un peu après l'arrivée du capitaine Cambier. « Les hommes blancs voulant des terres, ont forcé l'Esprit à se retirer. Mais Mousamouéra ne laissera point leur audace impunie. Il a attendu les tiavaux de culture pour se venger. » Le retors et naïf Mganga essaye de renouveler les
jongleries qui ont si peu réussi à sa commère, lorsque, appuyée de tout le village, elle somma 31. Cambier de s'établir aux portes mêmes de Karénia. Il est venu m'annoncer que l'Esprit lui avait t'ait à notre sujet les plus terribles menaces. Faute de deux bunits, livrés immé- (liat(Miient, 3Iousamouéra doit (l(''('liaîner contre nous tous ses Oua- Totos, serpents, crocodiles, etc., insiruments de sa colère. Le lac s'élèvera de nouveau et engloutira la Station Belge. Toute la contrée sera inondée !
Comme je ne me soucie pas de faire à la cupidité du malin vieillardj. exjiloitant les superstitions populaii-es, le sacrifice de deux tètes de bétail sur les vingt que la Station possède, je m'avise de le payer de la même monnaie.
— Mousamouéra n'est pas l'ennemi des hommes blancs, lui dis-je d'un ton sévère. S'il a retiré ses eaux, c'est parce qu'il nous aime et nous favorise. Mais il est furieux contre le 3Iganga et les gens de Kai'éma qui le laissaient mourir de faim. Aussi, quand tu prétends avoir reçu ses ordres, tu mens avec eftVonterie.
Kanghérennghèré a voulu protester de son caractère sacré, mais je ne lui en ai pas donné le tenq)s.
— Peux-tu me dire, seulement, où demeure à présent l'Esprit? lui ai-je demandé.
11 m'a indiqué alors l'îlot situé au nord de la Station, en afin-mant que, la veille, il s'y était encore rendu pour consulter le ^ïouzimou.
— Tu mens encore! ai-je repris avec force. Mousamouéra en est parti depuis longtemps. C'est nous qui le nourrissons et (pii l'hébergeons... C'est grâce à nous qu'il n'a pas envoyé ses Oua-Totos contre ses iils ingrats.
Et, indiquant la maisonnette où je me retire pour consigner mes observations météorologiques :
— C'est là qu'il est, ai-je dit avec un geste terrible. Il a quitté à janrais son île pour vivre avec nous, au sein de l'abondance. Deux fois par jour, je lui porte de la nourriture et vais prendre ses ordres. Désormais, ses désirs et .ses volontés n'auront que moi pour interprète. Il dit que tu n'as jamais correspondu avec lui, et si je ne l'avais pas supplié de t'épargner, parce que tu es lui bon Foundi, et (puî je te croyais un homme sincère, tu aurais déjà eu de ses nouvelles. Toi, l'oi'gane de 3Iousamouéra? Ose donc le lui dire à lui-même !
2o8 L.V TROISIÈME lîXI'ÉniTION liELC.K
J'ai fait mine (rcMitr'ouvrir la porte de mon observatoire, et le sorcier de se reculer avec épouvante, i.ui-mènie, oracle iu(Mit(HU' d'une puissance qu'il fait parler à sa guise, croit, paraît-il. à l'Esprit du lac! Depuis ce jour, les indigènes qui viennent juscpi'à la Station, regardent avec une terreur respectueuse la hutte où, de mon autorité pi'ivée,j'ai colloque le Mouziniou. Le lendemain, on m'apporta une chèvre et de la farine pour lui, mais je refusai sèchement, en disant que je me chai-geais, seul, de pourvoir à l'entretien de l'Esprit !
Quant à Kanghérennghèré, j'ai jugé bon de le rassurer. Entre sorciers, on se doit des égards. S'il n'a point o])tenu ses b(eufs, je lui ai porté quoltpies jours après l'assurance que Mousamouéra ne lui en voulait plus.
Singulier type que ce Kanghérennghèi'é, connu à cinquante lieues à la ronde et qui, du vivant de Kangoa, était le véritable maître du pays !
Quoique en disgrâce, il a conservé tout son prestige, en qualité de gentilhomme forgeron et d'augure-médecin. Débordé par la jeune cour de Yassagoula, mais donnant le mot d'ordre au vieux parti, ce Ruggiéri nègre s'est majestueusement retiré sous sa tente, c'est-à-dire dans sa hutte, presque aussi vaste que le Songhèro du Sultan.
Kanghérennghèré, grand et maigre, doit approclKn- de la soixantaine, ce qui est ici un âge assez avancé. Par son nez presque droit et les méplats plus accentués de son visage énergique, il tranche sur la masse, banalement prognathe, de ses congénères. Le fi'ont, chez lui, est haut et à larges pommettes, les yeux pétillent de ruse et de pénétration. Bien qu'il atTecte de ne rien regarder, il voit tout et se renseigne sur les détails en apparence les plus insignifiants. C'est, dans sa sphère, un grand jiolitiijue et ipii a conscience de sa valeur morale.
Deux peaux do chèvre, attachées à la hanche pai' une lanière, composent son vêtement et laissent à découvert un buste émacié, quoique aux larges épaules, aux côtes saillantes, comme celles d'un fakir indou. Le pas de ses jambes nerveuses est ferme et décidé. Pour tout ornement, il porte, au poignet droit, des bracelets d'amulettes, dont il fait commerce.
Sous l'auvent de sa hutte, pétille le feu de sa forge primitive et, à
AU PAYS NOm
rintcricur, se ti-ouve son dispensaire de Douas, contenus dans de petites calebasses aux bouchons de manioc et de formes particulières, suivant la classe des philtres et des remèdes : plantes bouillies ou séchées, poudres, extraits, tiels et graisses d'animaux, dents et o-ritles, cornes de chèvre taisant otlice de ventouses, etc., etc.
Dans un coin, sont remisés de grossiers fétiches, ayant, en guise de nombrils, des fragments de miroirs, piqués et éraillés, ([ui fatiguent le regard, et où, arrivés à l'état voulu d'hypnotisation, ses naïfs clients voient tout ce qu'il veut bien leur suggérer.
Kanghérennghèré, imbu d'une foi robuste et, je le crois, sincère, dans sa science héritée ou d'expérimentation personnelle, ne se lasse point de me recommander ses receltes. Chaciue fois qu'il arrive au fort, c'est avec un chapelet de calebasses passé autour du cou, et j'ai toutes les peines du monde à empêcher mes hommes de lui acheter ses drogues suspectes.
Devenu fort réservé dans le village même, l'ancien ministre fait de fréquentes visites à la Station, toujours chargé d'un modeste présent de maïs ou d'arachides.
— Maholo, Mouamil (Salut, Majesté !) dit-il en s'inclmant jusqu'à terre et en frappant respectueusement dans ses nuiins.
Ma Majesté lui lait un accueil gracieux et lui octroie quelque lambeuu d'étoffe, qu'il se passe inmiédiatement à la hanche. Parfois, je l'invite à s'asseoir sur le Barza, où je le fais causer sur les origines de ses étranges pratiques.
Mousamouéra veut des présents à propos de tout et fait le diable quand on le néglige. Gare à ceux ciui restent pour lui les mains vides! Présent, pour empêcher la récolte de périr sur pied; présent, si on a l'imprudence de brûler les herbes avant la date réglementaire; présent, lorsqu'on a enterré sur son domaine un homme appartenant à une tribu étrangère! La crainte qu'il inspire est si foUe qu'au moment d'entreprendre un voyage sur le lac, les indigènes déposent un doti de cotonnade près de la rivière des Anglais.
Entin, on ne peut pas même se marier sans prévenir l'exigeant Esprit et se l'être rendu propice. La moindre négligence, à cet égard, entraîne des malheurs irréparables.
''pour correspondre avec :\Iuusamouéra , chaque homme de la tribu se confectionne un fétiche, consistant, pour la plupart du temps, en quelques morceaux de bois passés à une cordelette ou à un til de
!2()0 L\ TUOISIÈSIE IvXrKniTION KKLCK
laiton, dont on s'orne le poignet, la clieville ou le col. Cett<> grossière amulette est portée au Mganga qui, par ses cliarines, y altaeli(> des vertus hicntaisautcs, conjurant les maladies et tous autres dangers.
Un lionnnc libre de la côte, du nom de !\Iounié Koumba, commandant une caravane de vingt liomm(\s, (\st venu nous demander l'hospitalité. Il rapi^ji-tail nue douzaine de dents d'éléphant, de che/ Kajiouli, le plus grand Sultan de l'Ou-Fipa, (pii habite au\ cnvu'ons du lac Lcopold II.
Api'ès s'être reposé quelques jours à la Station, il a voulu continuel' sa roule, mais nous est revenu, le surlendemain, grièvement blessé à la main, et avec six honnnes seulement, blessés conune lui. La petite cai'avane reposait, sans détiance, dans le Cambi d(\s envil'ons de Kalissya, lor.squ'elle a été atta((uée, de nuit, par une <'in(pianlaiiie de nègres armés de fusils et de lanc(\s. Ouatorze hommes sont tombés sous les coups des brigands. Mounié Koumba, et l(>s débris de son escorte, n'ont échappé à la mort qu'en se cachant <ians les bois. Ils sont arrivés jusqu'au lac, dans un état à taire pitié, n'ayant .sauvé du désasti'e (pi'une couple de fusils. Le malheureux chcï, que j'ai pansé ainsi que ses hommes, soupçonne les habitants <le Karéma de cet odieux guet-api'us. Je me transporte sui' le théâtre {\o la lutte et constate, en etlet, cpie toutes les traces se dirigent vei'S le village de Yassagoula. Les indiscrétions des habitants, eux-mêmes, ne me laissent bientôt aucun doute à cet égard.
Investi par Mirambo d'une autorité souvei'aine sur les Sultans du voisinage, je n'avais pas eu jusqu'ici l'occasion d'intervenir dans leurs faits d'armes. Le moment est v(miu de montrer de la vigueur. Il faut que les IkMcs du fort Léopold soient sacrés, sous peine de voir bientôt compromise notre propre sécui-ité. Capitani, accompagne de quelques Askaris, s'en va sommer le jeune chef de punir les coupables, et de fair(^ restituer à Mounié Kound)a les dents et les armes volées. IMais Yassagoula es.saye de rejeter la responsabilité de l'attaque sur les gens de Katamba. L'enquête n'aboutit pas. Cependant, une partie de l'ivoii'e et quelques armes rentrent petit à petit. Je me contente de cette demi-satisfaction, mais en me réservant, à la première incartade, d'y aller un peu plus rudement. Kanghérennghèré, que je vais voir, se charge d'avertir son maître de ma résolution et de lui recommander la prudence.
Le Popcliii est enfin revenu de Maroiingou, avec le reste de nos i,^olons et les Askaris de Sef bin Rasehid. Avi bout de peu de jours, chaque nouveau ménage a sa hutte et, le dimanciie suivant, je marie nos derniers célibataires.
Les travaux, un moment interrompus par la maladie, reprennent de plus belle.
2G2 LA TltOlSIKMK KXI'KDITION lîRLGIi;