‹ La troisième expédition Belge au pays noirChapitre 31 sur 33 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

77 novembre. — Lo joiu' est venu pour moi de prendre le cheniiiï d(i la jiati'ie. Drs l'aube, tout mon ancien personnel m'a fait ses adieux. L<'.s marques de regrets que je rerois me touelient jusqu'aux, larmes.

Les colons mûmes ont tenu à me serrer la main.

Ma caravane se compose, outre les Askaris du Djrmadar, de vingt honnues licenciés attaqués à Katissya et des deux petites trouprs ([ui sont venues se mettre sous notre protection.

Au moment de mon départ, les tambours battent. M. Storms m'escorte durant quelque temps sur les bords du lac, que nous suivons jusipi'à Issoumboua, oii, depuis la veille, le Djémadai' a établi son Cambi de partance. Nous nous séparons au moment où mes hommes s'engagent dans la jungle.

Une fraternelle accolade et adieu !

Adieu aussi, beau lac, miroitant aux feux du jour! Adieu, terre, d'aboi'd ingrate et devenue enfin féconde !

Adieu, naïfs et insouciants enfants de l'Afrique, reconquis à la liberté et au travail! Vous reverrai-je jamais? Oui, je l'espère. Mais d'abord, il tant que j'embrasse les miens, que je reprenne sur le sol natal des forces nouvelles. Puissé-je ne pas y regretter les erreurs de la barbarie par le contraste des abus de la civilisation !

En passant par Kafissya, j'insiste pour voir le gros Tchiata qui, averti de mon approche, s'est retranché dans sa hutte. Les allures de ce personnage n'ont jamais été marquées au coin d'une rigoureuse

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franchiso, et la ivcciilc algarade de son fds Yassagoula — recueilli et peut-être instigué par lui — le met dans une position encore plus fausse qu'aupai-avant. Après quelques pourparlers, je suis admis dans son harem, oi\ il me reeoit comme un homme qui n'a pas la conscience bien nette. Pendant notre entretien — abrégé par l'odeur nauséabonde qui me chasse de ce buen-retiro, — Tchiata ne me perd pas des yeux et tressaille à chaque fois qu'il m'arrive de toucher à ma ceinture, garnie d'un couteau de chasse et d'un revolver. Vainement, il cherche à rompre les chiens au sujet de l'affaire de Karéma. Je l'y ramène avec obstination.

— Ton fils a promis de se tenir tranquille. C'est à toi de le fortifier dans ces bonnes dispositions, car une prochaine fois, il ne s'en tirerait point à si bon compte. 3Ion fivre blanc voulait venir le chercher jusqu'ici, et il aurait brûlé ton village, si je ne l'en avais pas empêché. Il est grand et fort, et je t'engage à ne lui donner aucun motif de plainte. On peut pardonner quelque chose à un jeune liomme, presque un enfant, égaré par de mauvais conseils, mais un chef de ton âge... et de ton poids doit savoir ce qu'il fait. J'ai tenu à t'avcrtir. A mon retour, si j'apprends que tu t'es montré bon voisin, je te ferai cadeau d'un fusil.

Tchiata m'écoute, l'oreille basse, en caressant machinalement la ligurine sculptée du bâton qui lui sert de sceptre. Repoussant l'otfre d(' camper dans le village même, je conduis ma caravane deux lieues plus loin.

— Le lendemain, Cambi en plein désert, aux environs de Katakoi. La 3Iassika s'annonce par un violent orage, accompagné de grêle. Xus hommes se sauvent dans les taillis d'acacias et sous les arbi-es poiu' s'abriter contre les grêlons anguleux et d'une grosseur inquiétante qui leur meurtrissent la peau. Beaucoup d'entre eux n'ont jamais vu de grêle et, connue les anciens Gaulois, ne sont pas loin de craindre que le ciel leur tombe sur la tête.

— Mvoua ija Maoucl s'écrient-ils avec sui-prise. ' ïl pleut des pierres ! )

— ItayayouUu. Ousiogopi! Oue-e! (Ça fondra. N'ayez pas peur, vous autres!) disent en se moquant ceux qui sont déjà abrités.

Succédant à la grêle, une forte pluie crève sur le Pori desséché, qui l'absorbe avidement..

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— Le 20, vers deux lieui-es de i-clevée, eaiiipeiiKîiit à Oiii^our. Nous courons la poste, et je sei'ai peut-être obligé de i-aeeourcir les étapes, car nos hommes, ayant encore besoin d'entraînement, ne résistent pas au soleil.

Trois heures et demie de marche nous séparent du Mioni de Ohanda. Nous les ferons le lendemain, i)oui' ne repartir (pic le 21, vers trois heures de l'aprés-midi. Ce repos est nécessité par Yr[;\\ oii la marche a réduit nos honniM^s, (pii, pour se débarrasser de leurs cloches, usent d'un moyen héroïque. Ils se fourrent les pieds dans des nids à fourmis noires et se font oulrageusenienl piquer. L'acide foi'mique constitue, paraît-il, un causlicpie qui les soulage jiiTsqiie instantanément.

— Dans la soirée du 21, vei's huit heures, nous iMvouacpierons dans un endroit dépourvu d'eau, car il n'a })as encore plu ici. Repartie avant l'aube, la caravane .s'ai'réte, à dix heures du matin, à Kaloungou, où j'achète quehpies volailles. Le jour suivant, vers midi, n(jus entrons, sans avoir été inquiétés sur la roule, dans l'ancien Borna de Simba.

Malgi'é les rétpiisitions, le Nouvel-Ourand») (\st })(ni lounii di' vivres. Nous ne pouvons nous en jirocurer qu'en quantité minime. J'avais d'aboi'd l'intention de suivre la ligue droite jus(iu'à Konongo, et je m'étais fait énumérer tous les villages de cette roule. 31ais le Moinangou me dissuade de doniu'r suite à mon projet. A cette ôpoque de l'année, il n'y a presque plus de provisions de rései'vc^; et il doit le savoir mieux qu'un autre, car ses fourrageurs ont contribué à faii-e table l'ase. Les habitants, réduits eux-mêmes à la porlioii congrue jus(iu'aux prochaines récoltes, non seulement ne nous fourniraient rien, mais profiteraient encore de l'occasion pour nous lauçonner. Ces renseignements, dont l'exactitude est évidente, me forcent de prendi-e par Igonda, où je ferai mes adieux détinitifs aux membres restants de l'expédition allemande.

— Repartis le lendemain 2i, au commencement de l'api ès-midi, nous atteignons, vers sept heures du soir, le Cambi de Kilimani sur la montagne). Il pleut toujours, et mes hommes ont beaucoup de difliculté à faire du feu.

25 novembre. — Nous descendons la montagne, à cet endroit

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presque à pie et eonlinuons iiotiv nuirehe à travers forêt. Vei'S huit heures du nuitiii, à la hauteur ihi vilhige de Mounié Pamballa, on s'arrête quelques instants pour manger un morceau sur le pouee, car la traite sera longue. Ce n'est qu'à six heures que le camp s'improvise, encore en plein désert.

Le 26, nous faisons des vivres chez 3Ioina Mlimouka. J'achète pour moi une demi-douzaine de poules et disti-ihue, comm(; Posho, une Chouka aux vingt Askaris porteui's de l'ancienne escorte de 31. Storms. Le 27, nous dépassons, vers neuf heures, le village de Kambagousia et campons, dans l'aprês-midi, sur les bords de rOugalla. La plaine où coule la riviêi-e est semée de coquillages sur une étendue de plus de dix lieues.

Le 28, campement à Kisinndé, et le 29 à Msimbili.

— ^'ous restons deux jours pleins à Igonda, où je divise ma caravane en deux sections. Le gros, sous la conduite du Djémadar, se rendra directement à ïabora où, pour éviter des ennuis dans l'Ou-Gogo, Ghan Mohamed vendi'a son ivoire, tandis ((u'accompagué d'une vingtaine d'Askaris, je ferai un crochet jusqu'à Konongo.

— Ma caravane s'est renforcée d'un voyageur nouveau. Il s'agit d'une guenon papion, du nom de Nyoko, dont M. Reichard me fait présent avant de partir. L'expédition allemande en possédait deux, parfaitement apprivoisées, et qui couraient librement dans le village. Nyoko est, sans contredit, la plus familière et la plus intelligente. Grande et foi1e comme un enfant de dix ans, le poil long et fauve, le museau allongé, armé de dents pointues, et le postérieur rouge et })elé, connue tous les individus de son espèce, elle entre dans les huttes des indigènes, qui lui font bon accueil, partage leur Ougali, leur vole du tabac, qu'elle chique et mange avec gourmandise, et, perchée sur la palissade du Boma, s'amuse à leur sauter sur le dos, à l'improviste, pour faire la toilette à leur chevelure crespelée. Grande éplucheuse de vermine, elle fait passionnément la guerre aux insectes et aux pellicules, savourés pai- elle avec un amusant clappement des lèvres. Nyoko, d'ailleurs, ne dédaigne ni la viande de chevreau ni le poisson sec. Son éclectisme, en fait de cuisine, si l'on n'y prenait garde, lui serait même fatal. Plus d'une fois, on a dû la traiter pour des indigestions rapportées de la maraude.

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3 décembre. — Ghan Mohamed est parti avec ses hommes, et je me dispose à en faire autant avec les miens. Pour éviter les récriminations des porteurs chargés de ma tente, je l'ai fait disposer sur le dos de l'âne. Tchiano, chai'gé de la conduite de Nyoko, l'attache à la longe du baudet, mais celle-ci, eftVayée d'un pareil compagnon, prend sa coui'se à travers champs. La tente fait demi-tour et passe sous le ventre de l'âne, qui rue avec fureur. La guenon, tenue coui't, culbute, ti'aînée et meurtrie, hurle, aboie et siffle! Mes hommes se précipitent à son secours; tout le village, ameuté au bruit de l'algarade, se tient les côtes de rire.

Eiitln, on dégage la pauvr*^ Nyoko, qui chemine de bonne grâce, tenue en laisse par mon boy, mais n'entend i)lus approcher de maître Aliboron, au seul aspect duquel elle tire sur sa chaîne en poussant des cris de terreur.

— Partis vers huit licures du malin, dans la direction nord-nordouest, nous campons, à une heure de relevé(\ à Itoungouro, petit village de rOu-Nyauieud)é, placé sous la domination de îSéki. La pluie tombe dru, mais sans gêner beaucoup mou escorte, qui a eu le temps de faire provision de caloricpie.

— Le pays, d'abord accidenté, puis j)]at, offre peu de ressources alimentaires. De l'hunuis, noir et fécond, naît une végétation particulièrement vivace. Malheureusement, les villages y sont des plus clairsemés et la population agricole fait défaut.

Le 4, après avoir longé encore, durant qu(>lque temps, ](\s bords de l'Ougalla, nous campons à Itounda. Ordinairement, à moins de marches forcées, nous partons dés Faubc.

Le 5, dépassé une dizaine de petits villages, non ceints de palissades et entourés de terres cultivées. Toute la population est aux champs. Les trompes rustiques s'appellent et se répondent, et les laboureurs, ornés aux bras et coiffés de clairs grelots, se plaisent à les faire tinter en cadence, à chaque coup de houe, nettement rythmé. On chante aussi à pleins poumons. Nulle part, j(^ n'ai vu autant d'entrain et de gaieté.

Le soir, nous couchons prés du dei'uier village du district d"Ousoké, placé sur la route ordinaire de Tabora à Ou-Djiji. De nombreuses caravanes y passent et s'y ravitaillent. Aussi, comme partout

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OÙ roiément agricole et local se trouve en contact avec l'élrment marchand et nomade, les habitants se montrent-ils sociables et ■hospitaliers.

— A Oussissia, distant de cinq lieues à peine, nous avons dépassé la limite qui sépare rOu->'yaniembé de TOu-Nyamouézi. Un Nyampara de Mirambo, devenu chef de village, y habite une hutte assez modeste. C'est un homme gros et fort, aimant à rire, et qui me fait im accueil d'autant plus chaleureux qu'il a besoin de mes services ■comme médecin. Deux de ses hommes, attaqués par des Rougasftougas, sont assez grièvement blessés, le premier d'une balle dans la cuisse, le second d'un coup de lance dans le côté.

Quoique les entours de la plaie soient affreusement gonflés, l'homme atteint d'un coup de feu guérira. Je lui extrais assez facilement la balle et recommande de lui humecter la blessure avec de l'eau fraîche. Quant à l'autre malheureux, il est condamné. Je ne le -cache pas à mon hôte, tout en lui laissant une petite provision de linges et d'arnica. Il paraît assez désappointé de mon pessimisme. Sans doute, comme la plupart des nègres, attribue-t-il aux hommes "blancs la toute-puissance médicale. A la façon dont il insiste pour •que je guérisse son blessé, il est facile de voir qu'il me soupçonne •de mauvaise volonté et que toutes mes explications sur l'art de guérir, ses exigences et ses limites, n'ébranlent point ses indéracinables préjugés.

— Forban et Capitani sont partis à l'avance pour annoncer mon •arrivée à la Mission Anglaise d'Ourambo, car aucun de mes Askaris n'aurait osé se charger d'une pareille commission. Depuis qu'ils sont -entrés sur le territoire du 3Iouami, les plus déterminés se serrent îuitour de moi, comme des moutons surpris par l'orage autour de leur berger. Pour les rassurer, je ris et plaisante. A chaque instant, je m'attends à les voir retourner sur leurs pas. Et peutêtre bien m'abandonneraient-ils, s'ils ne craignaient de se voir t)arrer la retraite.

Le soir suivant, nous campons à Ounzaré, petit village entouré d'un faible palissade. Ici, pas besoin de grandes fortitications. Le nom seul de 3Iirambo suffit pour inspirer aux indigènes une ■sécurité entière.

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s di'ccntbrc. — Nous dépassons plusieurs villages, dont les habitants accoui'ent à notre rencontre et nous font l'accueil le plus engageant. Les caravanes devenant assez rares dans ces régions, il est de l'intérêt général de leur en faire reprendre la route, par des procédés hospitaliers. D'autre part, la sympathie que Mirambo professe pour les honnnes blancs, est naturellement partagée d'ottice par ses sujets. Aussi, mes Askaris n'ont-ils plus peur. Ils marchent «^ui air crâne et causent gaiement avec les terribles Oua-Chenzis, à l'égard desquels ils commencent même déjà à affecter leurs anciens airs de supériorité. Ceux-ci ne s'en formalisent point, et nous escortent jusqu'au haut de la montagne où est établie la Mission. Nous y arrivons avant neuf heures du matin.

Nous passons, M. Shaw et moi, à Konongo, toute la journée du lendemain. Mirambo n'est point encore retourné de la chasse, où il se trouvait à l'arrivée de Foi'han et de Capitani. Sur l'invitation de ses Nyamparas, nous faisons fête à un copieux Ougali, accompagné d'un Kitoéo de courges à l'huile d'arachide. La chère n'est pas précisément exquise, mais elle est offerte et mangée de bon cœur.

Grand émoi parmi les Askaris! Le Mouami, en personne, vient nous surprendre à la Mission. En me voyant secouer fomilièrement la main à un aussi formidable personnage, ils sentent s'évanouir leurs dernières terreurs.

Mirambo se montre d'une humeur charmante. Sa campagne contre les Oua-Ngonis, dont je lui demande des nouvelles et qui ne laissait pas que de lui inspirer quelques soucis, s'est terminée par une j)aix honorable. Je lui rends un compte tidèle des événements de Ka renia.

— Tu as été trop bon, me dit-il. Pourquoi rendre les femmes? 11 fallait mettre lé village tout entier à la chaîne et donner la terre à tes gens.

Et il m'offre de faire bâcler la chose par son Moinangou.

— Justement, reprend-il, nous manquons d'esclaves.

On pense si je le supplie de s'abstenir de toute intervention sanglante! Le noir despote ne comprend rien à ma clémence, et me reproche de « gâter les gens ».

Mirambo afîecte en tout un désintéressement et un instinct de probité bien faits pour surprendre ceux qui ont eu affaire à d'autres

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chefs africains. Ainsi, il me remet encore un revolver, trouvé par unde ses hommes dans un campement abandonné. Lorsque je lui. demande ce que je pourrais bien lui apporter d'Europe à luon retourprobable, il se contente de demander un fusil, conune celui appartenant aux malheui'euses victimes de 3Ipimboué et qu'il n'aurait tenu qu'à lui de garder dans son arsenal. Quoique je sois venu lesmains vides, il me comble de présents. En rentrant à la Mission, j'y ai trouvé plusieurs chèvres et force provisions à mon adresse.

Départ le lendemain vers onze heures, après un solide déjeuner de bd'uf et de luouton rôti. Quati-e jours après, nous enti-ons à ïabora.

Scheik Abdallah lue comble d'égards. Grâce aux pompeuses descriptions de Ghau 3Iohamed et de ses hommes, je passe pour avoii' accompli des merveilles. On trouve prodigieux qu'en si peu d(^ tejups, j'ai pu construire un village, le peupler, organiser des cultures, un service de poche, etc., etc.

Pendant les loisirs que me laisse h fastidieux engagement des porteurs, je rends visite à mes anciennes connaissances. Séki, plus alcoolisé que jamais, lue demande du cognac. Je lui en promets poui- l'époque de mon retour.

Tout le monde me fait fête.

23 décembre. — Tout est en ordre.

Mes honmies, fidèles à leurs habitudes, ont passé une partie de la nuit en noces et festins. Aussi ne supportent-ils, qu'en murmurant, une traite de huit lieues, par des chemins empierrés et sous les rayons d'un soleil caniculaire.

La tète de la caravane allait entrer péniblement dans Ouyouy, et j'activais la mai'che des traînards, lorsque des cris et un mouvement insolite se produisent à l'avant. Voici ce qui se passait. A l'approche de mes hommes, affublés de leurs manteaux rouges, quelques indigènes s'étaient précipités comme des furieux hors de leurs huttes et, brandissant leurs armes, avaient fait mine de leur barrer le passage. Je n'eus que le temps d'accourir. On allait en venir aux mains. Les Askaris, attaqués sans pi'ovocation, n'avaient pas encore fait usage de leurs mousquetons, obéissant à la défense de tirer sans mon ordre, et leurs agresseurs, ivres de Pombé, interprétant leur attitude comme un signe de lâcheté, allaient fondre sur eux.

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Profitant du moment d'hésitation provoqué par l'apparition inopinée du Mouzoungou, je tombe sur les plus déterminés, leur arrache leurs lances, les brise sur le genou et leur en rejette dédaigneusement les morceaux. Puis, sans m'inquiéter des cris de lu bande exaspérée, je rétablis l'ordre de marche, en faisant défiler mes hommes devant moi. Qu'on ne me croie pas phis téméi'aire qu'il ne faut. En pai'eil cas, la plus grande hardiesse équivaut à l'extrême prudence. En Afrique plus qu'en Europe peut-être, les foules sont impressionnées par la rapidité et l'autorité de l'action. Il leur faut le temps de se concerter ou de s'exciter pour se résoudre à l'attaque, mais le moindre incident les pousse à la débandade. Encouragés par l'attitude pacifique de mes hommes, dont le nombre grossit d'ailleurs à vue d'd'il, les ivrognes d'Ouyouv croyaient les faire reculer par quelques menaces. En me voyant, seul, les écarter comme des chiens galeux, ils s'arrêtèrent interdits. Toute intervention énergique suppose, ici, une puissance quelconque, ou des droits. Et c'est ce que je savais depuis longtemps. Ma troupe, devenue à son tour impassible, continua son chemin, sans nouvel obstacle, et je fermai la marche, sans même jeter un coup d'œil sur les indigènes stupéfaits.

C'est ainsi que nous arrivâmes à la Mission Anglaise, située, on le sait^ à quelque distance du village, et près de laquelle mes hoimnes établirent aussitôt leur campement.

Probablement qu'en voyant les manteaux rouges de mes hommes, les indigènes auront cru à quelque invasion de Rougas-Rougas de Séki. Dans tous les cas, il est bon de se précautionner contre un retour offensif. A cet etïet, nous nous rendons tous les trois chez le jeune Sultan, à l'oreille fendue, dont M. Stokes m'a fait faire la connaissance. Mais, arrivés devant la porte du Tembé royal, nous sonuues arrêtés par les Nyamparas, à la démarche titubante, qui nous apprennent que leur maître ne peut recevoir en ce moment, pour la raison qu'il est... ivi'e-mort.

Nous retournons à la Mission, où mes hôtes tâchent de me faire oublier, par leurs fraternelles prévenances, l'accueil inhospitalier des gens du pays.

Quelques provocations ont encore lieu, dans l'après-midi. Des bandes viennent rôder autour du Cambi de mes hommes, qui ne bougent pas, mais font bonne garde.

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Le londeiiKiin, nous allons doroehof frappcM- à la porte du Sultan. Honteux, pi'o])al)l('nient, de ne pas avoir été en état de nous recevoir, il se dit malade.

J'aurais désiré vider à tond eette question, ne fùt-ee que pour empreher le i'(>nouvell(;inent de pareilles alt^arades; mais les Révéï'ends jne pi'ient de ne pas insister, dans l'iiitéi'èt de leur action future. Les provocations ont cessé, du reste, ce qui prouve cpie des ordres supél'ieui's sont interveiuis.

25 décembre. — Christmas day! Je suis à peu prés seul à faire lioimeur au ])0udinu; traditionnel. Mes liôtes sont malades. Je mets à leur disposition mon expérience, déjà vieille de trois ans, et leur laisse quelques recettes dont j'ai éprouvé l'eflicacité.

Le 80 décembre, seulement, nous pouvons nous remettre en mai'clie. Sur plusieurs points, on lécolle déjà le premier maïs. Les S(Muailles doivent se faire ici beaucoup plus tôt que partout ailleurs, favorisées pai" des pluies précoces. Aj)rès avoir dépassé quelques villages sans importance, nous campons, dans l'après-midi, à Péro, c'est-à-dire sur la limite du désert.

31 décembre. — Départ à sept heures du matin. Nous traver- .sons d'épaisses forêts de Miombos et des parties basses, en pleine vei'dure. Ce désert si ai'ide et si inhospitalier lors du voyage d'arrivée, appai-aît aujourd'hui comme une gigantescpie oasis. Nulle part l'eau ne manque. Elle a envahi les terrains bas et s'étend en ruisseaux limpides. Vers une heui-e, nous campons sur un tertre, et nos hommes procèdent à la confection de l'Oiigali. Les missionnaires d'Ouyouy ont reçu avis de l'arrivée prochaine, mais déjà en retard, de la caravane du capitaine Hoi'e.

En route pour Ou-Djiji, via Ourambo, l'explorateur anglais transporte, sur des charrettes à deux roues et à gabarit étroit, les pièces d'un life-boat, en fer, et à compartiineiits étanches.

Vers sept heures du soir seulement, à la lueur des feux lointains, nous joignons la caravane, campée dans la forêt. Porteurs et Askaris ont groupé leurs huttes autour des six tentes de toile verte rései'vées à M. Hore et à ses cinq compagnons européens, tous voyageurs laïques, solidement râblés et taillés pour courir les aventures. Au moment où nous arrivons, on va servir le dînei', et le camp présente

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la plus grande animation. Inutile de dire que je suis reçu à bras ouverts. Le repas, très confortable, se compose de conserves d'Europe, emportées en quantité, et de pain de pur froment, cuit dans toutes les règles de l'art. Il s'en faut, toutefois, que l'abondance règne dans ces parages et, sans les provisions de réserve, dont ils sont bien forcés d'user exclusivement, les voyageurs blancs feraient maigi-e chère.

En etfet, croyant, au sortir du Mgonda Mkali, trouver à Itoura du sorgho à suffisance, la cai-avane n'en a presque point emporté. Oi', pas moyen pour elle de se ravitailler. En ce moment, les brigades respectives de trois chariots se trouvent encore en détresse dans le Pori, et l'on ne pourra venir à leur secours que lorsque la tète de la colonne aura atteint Ouvouv.

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