M. SERGKBE EN COSTUME DE VOYAGE
(Dessin (le A. Hcius.)
de prendre part à l'action, et pendant la fusillade agitaient leurs mouchoirs, en signe de neutralité. Vaine et dangereuse abstention! Le premier, M. Cadenhead tomba frappé de deux balles, l'une à l'œil, l'autre à la poitrine. Quant à M. Carter, se voyant perdu, il rentra dans sa tente et se fit sauter la cervelle pour ne pas tomber vivant entre les mains des féroces soldats de Mirambo.
Al PAYS NOIU
Copendiuit, d"apiv.s les bruits qui courent, le Bonaparte noir no serait personnellement pour rien dans la catastrophe, et il aurait témoigné à ses soldats tout son mécontentement parce qu'ils avaient tiré sur des Européens, auxquels il ne faisait pas la guerre.
Nous repartirons demain. Depuis quelques iours, instruits de la
CrEHKIER DE I, OIX'.OGO.
(Dessin de G. Vanaise.)
mort de Carter et de Cadenhead, nous avions payé notre tribut de l'egret et d'admiration à ces héroïques champions de la civilisation moderne, tombés au poste de l'honneur. Heureusement que nos pertes ne sont pas aussi grandes que nous le craignions. MM. Cambier, Popclin, Roger et Burdo n'ont pas été enveloppés dans la
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catastrophe! Qui plus est, nous aurions quelque espoir d'arrangement avec le terrible Miranibo, qui n'en voudrait pas aux Européens, mais seulement aux Arabes et aux tribus méconnaissant son autorité. Ces dernières nouvelles sont joyeusement fêtées par nous et, bien que souffrant encore, je trinque gaiement avec mes compagnons, ii la santé des amis hors de danger immédiat.
1^^ septembre. — Déjà, je peux suivre d'un pas plus alerte la caravane, dont les étapes seront fort courtes durant quelque temps, à cause des haltes nécessitées par le règlement de nombreux Hongos.
Nous campons à Poungouzi, distant de trois lieues de Maouai-ra. La journée a été chaude et, malgré la brièveté de l'étape, nos fronts sont baignés de sueur.
Deux lieues seulement jusqu'à Mouïtikira, où nous aurons à payer notre deuxième Hongo. Nous y campons le lendemain pour n'en rcpai'tir qu'au bout de trois jours, consacrés aux discussions intei'ininables qui désormais se renouvelleront à chaque pas. M. Ramaeckers a la fièvre, mais M. de Leu va bien. Quant à moi, je suis presque totalement remis.
Le chef du Oumdji (village) s'appelle Moniilé Saga : souverain riche en bestiaux, et qui nous vend, à des prix assez raisonnables, quantité de lait, de beurre et de miel.
Pendant les négociations du Honiço, nous coutinuons à étudier les indigènes, d'une l'acc plus foi'te, plus belle et plus active que ceux de la côte, mais d'autant plus misés et moins scrupuleux. On les voit rôder constamment dans le campement, observant ce c[ui s'y passe et ayant bien la mine de gens en quête de quehjue aubaint^ illicite. Ils feraient irruption jusque dans nos tentes, si nous ne les en éloignions .sans cérémonie. Malgré une active surveillance, ils ont trouvé moyen de nous dérober \\m\ marmite de cuivre et mon âne a disparu. Il est vrai que ce dernier m'a été ramené, le soir même, par le M'Gogo qui vraisemblablement l'avait dérobé et auquel il a fallu donner, en récompense, neuf dotis de cotonnade! Toute monture, ou pièce de bétail, qui s'éloigne un peu du camp doit ainsi payer ranron. On est certain de voir revenir l'animal sous la conduite d'un indigène, qui exige effrontément une grasse indemnité.
L(^, lendemain, troisième Hongo àTchamounio, distant de trois lieues à peine, et oi^i nous sommes obligés de bivoua({ucr. Cette fois, nous
Al" PAYS Nom Ou
ne payons qne trois dotis, ayant atfaire, sans doute, à un Sultan de troisième ordre. — 'Tchaniounio est situé dans la dircetion de l'oucstsud-oucst.
L'an 1298 de l'ère musulmane se termine aujourd'hui, G septembre, mettant tin au Ramazan, ou mois de jeûne, durant lequel tout tidèle croyant est tenu de s'abstenir de boire et de manger avant le coucher du soleil.
Pour dédommager la caravane de sa longue abstinence, le capitaine Ramaeckers lui fait cadeau de deux bœufs, achetés sur place. Il y a kermesse, comme on dirait eu pays flamand!...
Marche nocturne qui nous conduit, en cinq heures, à Pembia. Il en est huit.
Pendant la nuit, nous avons eu affaire aux Oua-Hés. Une vingtaine de Rougas-Rougas ont coupé la caravane, blessé deux porteurs, et se sont sauvés avec les ballots de ces derniers. Embusqués derrière les taillis ou les hautes herbes qui bordent la route, les bandits guettent le passage des caravanes, cheminant tranquillement à la file indienne. A peine trois ou quatre hommes les voient-ils déboucher. Les autres ne s'aperçoivent de rien et le coup est fait. Ce qu'on a dr mieux à faire, la nuit surtout, c'est de ramasser ses blessés et de redoubler de surveillance.
Les plus grandes précautions sont prises pour la défense du camp, car nous craignons une attaque et monterons la garde à tour de rôle.
Les Oua-Gogos forment, au centre de l'Afrique, depuis Mpouapoua jusqu'au lac Tchaïa, une population très dense, comptant un nombre considérable de peuplades. Quoique fréquemment en guerre, Oua- Tatourous, Oua-Hés, Oua-Houmbas, Oua-Masaïs, etc., ont évidemment une origine commune. Ce sont des tribus pastorales, venues du nord, et dont la principale richesse consiste en grands troupeaux de bétail de l'espèce zébu. Les travaux agricoles regardent les esclaves, traités fort durement. La moitié du temps, on ne remue même pas le sol, d'une fertilité admirable. On se contente de jeter à fleur de terre les semailles de sorgho ou de mais, qui prennent à la grâce de Dieu.
Quoique le fer se trouve dans ces parages, les indigènes ignorent ou dédaignent d'en tirer parti. Ils ne fabriquent pas même la houe, rinstrument agraire indispensabli', mais ils l'exigent impérieusement
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des chefs de caravane revenant de l'intéi-ieur, et cela qnelquefois par ([nantîtes de vingt on trente à la fois.
Ni cnltnres de tabac, ni chanvre. En revanche, comme nons avons \)u en jnger depuis Mpouapoua, abondance de courges et autres cncurhitacées d'une grosseur prodigieuse. Outre ces produits, d'une consonnnation restreinte, nous pûmes nous procurer à fort bon compte la viande de boucherie, le lait et le beui-re dont nos hommes se régalèrent pour rattraper le temps perdu du Ramazan.
Le rouge et le beurre entrent ici pour une lai-ge part dans la toiletti" masculine. Les Oua-Gogos en ont jusque dans leurs longs cheveux, auxcjuels ils enlacent des cordelettes, de tines courroies de cuir, des perles et des chahiettes retondDant jusque sur le dos. Mais ce d(M'iiier ornement se porte surtout dans le lobe percé de l'oreille.
Jjcnu's rouges Tembés n'ont aucun rapport avec les huttes, en tonne de lueule de foin, d'autres peuplades rencontrées précédemment. Ils consistent en de grandes constructions basses, carrées, pourvues de cours intérieures, oîi le bétail est rentré avant la nuit.
Sans ventilation surtisant(\ infectés par des détritus organiques de toute espèce, non moins que par la vermine, ces Tend)és constituent d'afli-eux séjours, à l'atmosphère irrespirable. On y marche littéralement sur Us rats et sur les araignées.
A la tbis vaillants et superstitieux, honunes et femmes s'y renferment aux premières ombres, et n'en sortiraient qu'au cas d'incendie.
Si l'on n'avait pas besoin de s'approvisionner, à chaque étape, de vivres h'ais, il serait facile d'éviter la perception du Hongo, en passant de nuit devant les villages. Les plus déterminés guerriei's de la tribu n'auraient garde de sortir pour vous barrer le chemin, et le lendemain on camperait tranquillement sur un nouveau territoire.
Les Oua-Gogos ont probablement enqirunté leur cri de guerre aux hyènes qui pullulent dans cette partie de l'Afrique. C'est une espèce d'aboiement prolongé, terminé brusquement par un coup de fouet : On-o2i-ou-ou-oué ! Ces cris de guerre sont, paraît-il, imités presque partout d'animaux carnassiers, et pourraient bien constituer une des traditions de l'anthropophagie. J'ignore si les Oua-Gogos ont été cannibales. Dans tous les cas, ils ne se mangent point eu famille, luais enferment leurs morts dans le creux des baobabs, pour les soustraire à la voracité des animaux nécrophages dont ils ont adopté le sinistre hurlement. Non seulement ils ne les enterrent pas, mais
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ils s'opposent énergiqueinent à ce ([iio les cai'avanes ciifouissfiit les leurs.
A cette saison de l'année, l'eau est fort laie dans l'Ou-Gogo.
Les indigènes en font un eonnnerce lucratif. Ils creusent des puits étroit et peu profonds auprès desquels ils montent la garde.
Celui qui veut y recourir doit payer le précieux liquide d'une quaiUité plus ou moins raisonnable de perles, de tabac, de chanvre, de poudre à fusil ou de capsules.
Nombre de querelles ont éclaté à ce sujet entre nos gens et les avides marchands d'eau, querelles toujours terminées par une indemnité accordée au propriétaire du puits.
Campés, le 9 septembre, à Kanyényé, pour le règlement derinévitable tribut, nous recevons la visite du Sultan, un vieillard maigre, sec et noir comme luie momie d'Ég^-pte, et le plus effronté mendiant que nous ayons rencontré jusqu'ici. Contrairement aux usages régaliens, il est venu nous trouver dans notre tente, furetant dans les coins, s'intéressant à nos bagages particuliers et quémandant, un à un, sans se laisser déconcerter par nos refus multipliés, le moindre objet laissé à portée de ses regards.
Malgré ses instances, il n'obtient qu'un bonnet de coton et une l)oîte d'allumettes, et il se retire content de sa journée.
Le lendemain, pendant qu'on se chamaille à propos du Hongo, je prends aux environs plusieurs vues photographiques, et M. Ramaeckers, remis de ses fièvres, rapporte de la chasse deux belles pintades dont nous nous régaL)ns à dîner.
Dimanche 12 septembre. — Partis à trois heures quarante-cinq du matin, nous nous arrêtons deux lieues plus loin, pour déjeuner, dans un Cambi de Mtoéro, car il s'agira de fournir une Tirikéza supplémentaire. — Un peu plus loin, dispersés sur la route, blanchissent les ossements d'un des éléphants de Carter, décharnés par les hyènes, les oiseaux de proie et les fourmis. Le colosse a succombé victime d'un climat plus meurtrier encore que celui des jungles indoues.
L'eau est ici plus blanche et plus saumàtre que jamais. Cependant, nous sommes encore heureux d'en pouvoir remplir nos Ghirbachs,
ayant à camper la nuit pi'oclia'me dans une région cninplMemont aride.
La caravane se remet en route, vers onze heures et demie, et la redoutable Tirikéza commence. Une température de trente-six degrés centigrades nous rend plus pénible encore l'ascension, en pente raide, d'une haute montagne.
Nous marchons jusqu'à dix heures du soir. Au signal de la halte, chacun se couche, comme il peut, sur le sol desséché, car il faudra l'cpartir à l'anbe, pour trouv(n' de l'eau! Nous avons la poitrine et la tète en feu. Je sens venir la fièvre à grands pas!
Il est deux heures trente de l'après-midi lorsque nous atteignons Ouséki, on, heureusement cette fois, le payement du Hongo nous retiendra quelques jours. Nous pouvons enfin, mais avec précaution, étancher l'horrible soif qui nous dévore depuis bientôt quatre hcnres! Quelles délices!
Pendant la marche de la matinée, un de nos Askaris a reçu un coup de lance dans le côté droit. On a pu s'emparer de l'auteur de cet atlciitat, (pii se trouve être un habitant du village. Amené devant le Snllan, il s'est vu condamner à pay(>r un bœuf au blessé.
Ouséki est situé dans une région charmante. Depuis la riante vallée de Condoa, c'est le point le plus vraiment pittoresque (jue nous ayons l'encontré.
Vendredi 17 septembre. — Départ à six heures dix du matin, et arrivée à Konko vers huit heures et demie. Nous campons sous un immense sycomore dont le feuillage toutïii abrite nos tentes.
Une agréable surprise nous attendait. Notre compatriote Burdo est ici. Il l'ctourne en Europe, une périostéite à la jambe lui rendant impossible un plus long séjour dans ce climat brûlant. Je vous laisse à penser l'effusion qui préside à notre rencontre. M. Burdo se trouvait avec Roger à Kisinndé, en marche vers Karéma, lorsque leurs porteurs les abandonnèrent lâchement à la nouvelle du massacre des deux Européens.
M. Burdo nous apprend que Mirambo est en ce moment rentré chez lui, qne MM. Popclin, Roger et le docteur Van den Heuvel se trouvent à ïabora et que les deux premiers organisent une caravane pour se rendre à Nyangoué.
D'un autre côté la situation se corse. Le village de Mounié s'arme contre celui de Mdabourou, que 31. Burdo a quitté ce matin. Mdabourou est une forte agglomération de Tembés située sur les confins de rOu-Gogo, et ses habitants l'emportent en audace et en cupidité sur toutes les tribus de cette pillarde région. Dernièrement encore, ils ont attaqué, dévalisé et détruit une caravane chargée d'ivoire, envoyée à la côte par Mounié Mtoina, l'ancien homme libre de la Mrima, protecteur des Européens et ami particulier du Saïd Bargash. Or, c'est chez ce brave chef, devenu Sultan, que nous devons attendre le renfort annoncé par M. Greffulhe.
M. Burdo a pu voir un grand nombre de tètes humaines plantées sur de longues perches, en dehors des murs du Kouïkourou de Mdabourou. Ces tètes sont celles des hommes de Mounié Mtoina tombés au pouvoir de l'exécrable engeance.
Je me sens tellement malade que ces nouvelles ne m'affectent même pas. Tout devient indiftérent à celui qu'étreint l'Omma. Mais je me fais violence pour ottVir bonne figure à notre hùte de quelques heures. M. Burdo partage notre modeste déjeuner, auquel naturellement je ne touche pas. Comme il part à cinq heures de l'après-midi, nous nous faisons nos adieux. Il soutire beaucoup de sa jambe. Heureusement qu'il a pu se procurer à Tabora un âne excellent et bien supérieur aux n()tres.
Nous restons trois jours à Ronko, pour le règlement du tribut, qui a suscité moins de difiîcultés que dans les autres bourgs de l'Ou- Gogo. Après avoir envoyé un message à 3Iounié ]\Itoina pour le prévenir de notre prochaine arrivée et le prier d'ajourner ses projets belliqueux, nous nous préparons au départ.
31ais à peine avons-nous levé le camp, que nous rencontrons un courrier envoyé par Mounié Mtoina. Notre allié nous mande d'interrompre provisoirement la marche jusqu'à ce qu'il se soit emparé de Mdabourou, contre lequel il se porte avec des forces imposantes.
La lettre de ^lounié Mtoina nous fait retourner inunédiatement à Konko, où nous aurons à tenir conseil.
Depuis trois ou quatre jours, le pays est à feu et à sang et il est probable que le dénouement approche. Distants de quatre lieues à peine du village attaqué, nous voyons le refiet des incendies colorer
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les ombres nocturnes, et ceux qui ont l'oreille fine porroivenl, en se couchant sur le sol, le lointain crépitement de la fusillade.
Par ti-ois fois, nous avons envoyé à Mounié Mtoina un coui-rier porteur d'un message, lui demandant conseil. Ils sont tous revenus .sans avoir pu forcer les lignes des belligérants.
Mdabourou, d'après ce que rapportent nos honnnes, sera infailliblement détruit. Tous les Tend)és, sauf celui du clief, sont déjà au pouvoir de Mounié Mtoina et de ses alliés. La mère, la femme et le fds du Sultan ont été tués et un grand nombre d'hommes, faits prisonniers, d(!viendront le partage des vainqu(>urs.
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