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CHAPITRE VII

SIÈGE DE xMETZ DU 1^'' AU 23 SEPTEMBRE

L nous faut revenir en arrière et reprendre cette triste et lamentable histoire de Metz au point où nous Tavons laissée dans le premier volume.

Malgré la douleur qu'éprouve ^Ê^S. tout Français à insister sur de pareils souvenirs, il nous est interdit de glisser rapidement sur des faits sans lesquels il serait impossible d'avoir une claire intelligence de la série des événements que nous aurons plus tard à raconter. Et en effet, quel que soit Féloignement des temps et des lieux où se sont produits les divers épisodes de cette horrible guerre, on peut dire que tous s'expliquent

et s'enchaînent par la communauté des causes qui II. 8

les ont produits, et que parmi ces causes une des . plus considérables est la trahison de Bazaine.

Sans doute la cause générale et première est la constitution même de FEmpire qui, en remettant tous les pouvoirs entre les mains d'un homme sans esprit et sans conscience, lui a permis de gaspiller les ressources de la France au profit et au hasard de ses caprices personnels. Investi, grâce à la falsification permanente des scrutins, d'une souveraineté de fait, qui n'avait d'autre limite que la complaisance infinie de deux assemblées plus ou moins directement recrutées par lui-même, l'Empire s'était habitué à considérer la fortune du pays comme sa chose propre. D'un autre côté, sans cesse poursuivi par les souvenirs du 2 Décembre qu'il voyait renaître chaque jour plus vivaces et plus menaçants dans la nation, à mesure que la lumière se faisait sur les origines du pouvoir impérial, il ne croyait pouvoir se défendre contre les protestations de plus en plus accentuées de la conscience publique qu'en sacrifiant tous les grands intérêts de la nation à l'intérêt unique de sa conservation personnelle. Il avait donc constitué autour de lui , comme un rempart , la coalition de tous les dévouements accessibles à l'appât des hautes paies; il s'était pendant de longues années appliqué à rattacher à la fortune de FEmpire toutes les ambitions, toutes les cupidités, qui cherchaient dans les honneurs moins l'honneur que l'argent. Pour recueillir des impérialistes, il avait semé à pleines mains la corruption. Les hautes fonctions civiles appartenaient

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de droit aux administrateurs dont la pudeur ne s'alarmait pas des procédés de la candidature officielle, et les grands commandements militaires, aux généraux dont le patriotisme s'accommodait sans peine de la perspective d'avoir à renouveler les exploits du boulevard Montmartre. Au fond, pour TEmpire, Tennemi, c'était surtout la France, et toute son attention était tournée de ce côté. C'est contre elle qu'étaient prises toutes les précautions. Le dernier mot de cette politique était de créer au milieu de la nation une nation spéciale, uniquement dévouée à la continuation de ses jouissances, laquelle se confondait nécessairement avec le maintien du régime qui en était la source, et absolument décidée à l'assurer par la suppression violente de quiconque oserait apporter le moindre trouble à un si bel ordre.

Cette politique était condamnée à périr par les conséquences logiques de son propre principe.

En supposant même qu'elle ne finît pas par faire éclater dans le pays une de ces explosions qui emportent toutes les résistances, et qui font disparaître devant la volonté nationale les gouvernements les plus absolus et les mieux armés, elle devait avoir pour résultat nécessaire de mettre le gouvernement lui-même à la merci des égoïsmes surexcités par lui.

Au mois de janvier 1870, la situation de l'Empire était celle-ci. D'un côté il se voyait dans la nécessité de rendre à la nation quelques-unes des libertés dont elle réclamait la restitution avec une énergie de plus en plus menaçante; de l'autre il se heurtait aux résis-

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tances de cette meute dévorante qu'il avait accoutumée à considérer la France comme une proie et qui, ne voyant dans le gouvernement impérial qu'une garantie pour la satisfaction de ses appétits, s'irritait que d'autres pussent avoir part à la curée.

Si l'Empire avait cru à la possibilité d'une réconciliation avec la nation, et surtout si son intention eût été de renoncer véritablement à l'exercice du pouvoir personnel, il eût pu braver les récriminations des courtisans, mais il savait bien que le crime de Décembre est un de ceux qui ne s'oublient pas ; il sentait l'impossibilité de regagner les sympathies et l'estime publiques, et d'ailleurs il ne pouvait se résigner à la pratique d'un régime sincèrement parlementaire, dont la première condition eût été le contrôle sérieux des actes et surtout des dépenses du gouvernement.

Il se trouvait donc par ses vices mêmes engagé dans une impasse d'où il ne pouvait sortir que par une puissante diversion aux préoccupations qui tourmentaient la France. Cette diversion n'était possible que par la guerre.

Mais la guerre même était-elle possible? Dans l'espoir d'obtenir le concours du clergé dans la lutte qu'il était condamné à soutenir contre l'opinion publique, l'Empire s'était aliéné l'Italie, la seule puissance dont l'alliance lui fût à peu près assurée. Pour satisfaire ses passions, ses fantaisies d'omnipotence, et surtout pour assouvir les appétits des insatiables dévouements qui chaque jour réclamaient plus impérieusement leur

salaire, il avait de tout temps suppléé à Tinsuffisancc de la liste civile par des prélèvements plus ou moins clandestins sur les fonds attribués à Tentretien des soldats. Ajoutons à cela les désastreuses conséquences de Todieuse et imbécile expédition du Mexique, qui avait jeté la désorganisation dans tous les services militaires, et les permanentes préoccupations de rintérêt dynastique qui avaient empêché d'organiser et d'exercer la garde mobile. Errfîn, pour s'assurer en tous cas l'appui de l'armée, l'Empire avait systématiquement laissé à l'écart ou tenu dans les grades inférieurs la plupart des généraux et des officiers dont la capacité ou le caractère lui faisait ombrage. Il lui fallait des hommes qui ne fussent rien que par sa faveur et dont le dévouement lui fût assuré par la conscience même de l'obscurité à laquelle les condamnerait tout autre régime.

Ainsi s'expliquent, par l'abaissement des caractères et l'absence d'énergie morale, les complicités plus ou moins inconscientes que rencontra autour d'elle la trahison de Bazaine, parmi les commandants des corps d'armée.

Ainsi donc pas d'alliance; une armée réduite à moins de 3oo,ooo combattants, des généraux d'antichambre ou de barricades, un matériel incomplet et désorganisé, voilà avec quoi il fallait commencer la guerre! L'Empereur et ses conseillers n'hésitèrent pas , et , comme pour mieux montrer jusqu'où allait leur incroyable ignorance de toutes choses, ils s'attaquèrent à celles des puissances

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de TEurope qui était de beaucoup la mieux préparée à la guerre.

C'est donc bien à TEmpereur lui-même que remonte la responsabilité première de nos désastres, mais après lui, Thomme qui a le plus fait pour assurer le triomphe de T Allemagne et la ruine de la France, c'est Bazaine. C'est ce qui ressort jusqu'à l'évidence de l'étude de la campagne de Metz, du premier jour jusqu'au dernier ^

I . On sait que cette appréciation est aussi celle du conseil d'enquête constitué le 3o septembre 1871, et présidé par le maréchal Baraguay-d'Hilliers. Le procès-verbal de la séance du 12 avril 1872 se termine par un résumé dont voici le texte :

« Considérant que le maréchal Bazaine, par ses dépêches du 19 et 20 août, a fait décider la marche de l'armée du maréchal de Mac-Mahon de Reims sur la Meuse; qu'il a été informé de l'opération tentée par le maréchal de Mac-Mahon pour se porter au secours de l'armée de Metz; que les tentatives de sortie du 26 et du 3 1 août ne sauraient être considérées comme assez sérieuses pour opérer une diversion utile à l'armée de Châlons ;

« Par ces motifs, le conseil d'enquête pense que le maréchal Bazaine est en grande partie responsable des revers de cette armée.

« Le conseil est d'avis que le maréchal Bazaine a causé la perte d'une armée de i5o,ooo hommes et de la place de Metz; que la responsabilité lui en incombe tout entière, et que, comme commandant en chef, il n'a pas fait ce que lui prescrivait le devoir militaire.

« Le conseil blâme le maréchal d'avoir entretenu avec l'ennemi des relations qui n'ont abouti qu'à une capitulation sans exemple dans l'histoire.

« Si, dans ses précédents avis sur les autres capitulations, le conseil a toujours blâmé les commandants de place qui, forcés de se rendre, n'ont pas détruit leur matériel de guerre avant de signer la capitulation, et ont ainsi livré à l'ennemi les ressources .dont il a largement usé dans la suite de la guerre, à plus juste .titre encore le maréchal Bazaine mérite-t-il le même blâme.

« Le conseil le blâme d'avoir accepté la clause de la capitu-

On a dit que la nation ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même, puisque c'était elle qui avait imposé ce choix à l'Empereur. Mais la responsabilité est au moins partagée. Si l'Empire ne s'était pas appliqué à faire le silence sur les hontes de l'expédition du Mexique et si la presse avait été libre, le public n'aurait pas

lation qui permet aux officiers de rentrer dans leurs foyers en donnant leur parole d'honneur de ne pas servir contre l'Allemagne pendant la guerre.

c( Le conseil le blâme de n'avoir pas, conformément à l'article 2 56 du décret du i3 octobre i863, veillé dans la capitulation à améliorer le sort de ses soldats et stipulé pour les blessés et les malades toutes les clauses d'exception et de faveur e^u'il aurait pu obtenir.

c( Le conseil le blâme enfin d'avoir livré à l'ennemi les drapeaux qu'il pouvait et devait détruire, d'avoir mis ainsi le comble à l'humiliation des brave soldats, dont son devoir était de sauvegarder l'honneur. »

Le i'^^" conseil de guerre de la n^ division militaire, après avoir siégé à Trianon, du 6 octobre au 10 décembre 1878, sous la présidence du duc d'Aumale, a rendu le jugement suivant :

« Ce jourd'hui, 10 décembre iS/S, le i^'' conseil de guerre permanent de la i""" division militaire délibérant à huis clos, le président a posé les questions suivantes :

ce i^''' question : Le maréchal Bazaine est-il coupable d'avoir, le 28 octobre 1870, comme commandant en chef de l'armée du Rhin, capitulé en rase campagne ?

ce 2'- question : Cette capitulation a-t-elle eu pour résultat de faire poser les armes aux troupes dont le maréchal Bazaine avait le commandement en chef ?

ce 3*^ question : Le maréchal Bazaine a-t-il traité verbalement ou par écrit avec l'ennemi, sans avoir fait préalablement tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur ?

ce 4* question : Le maréchal Bazaine, mis en jugement après avis d'un conseil d'enquête, est-il coupable d'avoir, le 28 octobre 1870, capitulé avec l'ennemi et rendu la place de Metz, dont il avait le commandement supérieur, sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur ?

(( Les voies recueillies séparément, en commençant par le

été exposé à se tromper sur les mérites de Bazaine^ L'influence néfaste de cet homme a pesé sur les destinées de la France, non pas seulement depuis le moment où il s'est trouvé seul à Metz avec le commandement suprême de Tarmé du Rhin, mais depuis

juge le moins ancien en grade, le président ayant émis son opinion le dernier, le i"' conseil de guerre déclare :

Sur la !'■« question : Oui, à l'unanimité.

Sur la 2'' question : Oui, à l'unanimité.

Sur la 3^ question : Oui, à l'unanimité.

Sur la 4® question : Oui, à l'unanimité.

Sur quoi, et attendu les conclusions prises par le commissaire spécial du gouvernement dans ses réquisitions, le président a lu le texte de la loi et a recueilli de nouveau les voix dans la forme indiquée ci-dessus pour l'application de la peine.

« En conséquence le conseil, vu, etc., etc.,

« Condamne, à V unanimité des voix, François Achille Bazaine, maréchal de France, à la peine de mort avec dégradation militaire. «

I . Si l'on veut savoir ce que pensaient de Bazaine ceux qui l'ont vu opérer au Mexique, on n'a qu'à lire les lettres du général Félix Douay. Ces lettres tout intimes ont été interceptées par le cabinet noir, et retrouvées aux Tuileries après le 4 septembre. Elles sont datées du Mexique, i865, 1866 et 1867. En voici quelques extraits, qui permettent de juger du reste : « La Providence a voulu que tous ses mensonges et sa duplicité fussent démasqués avant son départ. Merci, mon Dieu! J'aurai donc assez vécu pour voir la déconfiture, au moins morale, de cet odieux personnage. » « Il est difficile de s'imaginer un type aussi complet de fourberie. Il n'a qu'une seule préoccupation, c'est celle de s'enrichir dans notre désastre, il sacrifie l'honneur du pays et le salut de ses troupes dans d'ignobles tripotages. Je n'ai pas besoin de te dire combien je suis navré d'être obligé d'assister l'arme au bras au spectacle de cette saturnale. » « Il s'est produit depuis quelque temps dans le corps d'armée et dans le public un tel mouvement d'indignation, qu'il en est résulté un véritable tolle^ et il ne t'est pas possible de t'imaginer les énormités qui se crient partout et en tout lieu. Sans entrer dans plus d'explications, je te dirai seulement qu'on est exaspéré de

le 6 août, où il laisse écraser son lieutenant, le général Frossard, à Spickeren, parce qu'il redoute pour ses ambitions futures la faveur dont pourra jouir plus tard auprès de son ancien élève le gou-

savoir que, de toute cette désastreuse affaire de Texpédition du Mexique, un seul homme a su en tirer une fortune et qu'à présent c'est afin de pouvoir la liquider et l'augmenter qu'il n'hésite pas à compromettre les intérêts les plus sacrés de notre pays et de nos soldats. « « Castelnau n'est pas moins indigné de la félonie du maréchal... Son intention est de peser sur le maréchal jusqu'à ce que le mouvement d'embarquement soit tellement engagé qu'il ne sera plus possible de revenir sur ses pas par de nouvelles fourberies. .. Il sait à présent quelle est la valeur des assertions du maréchal Bazaine et a une connaissance approfondie de sa duplicité. Tout ce j'ai pu t'écrire, et même les choses qu'il m'a paru imprudent de mettre sur le papier lui sont connues. Il est inévitable qu'il n'ait été dans la dure obligation d'en faire la révélation à notre Empereur. Tout cela est à présent tombé dans le domaine public, et tu peux te faire une idée du discrédit dans lequel le maréchal est tombé. On débite tout haut dans le corps expéditionnaire des faits qui font dresser les cheveux sur la tête. Ce ne sont plus des cancans et des critiques ordinaires, mais bien les plus grosses accusations qui partent des bouches les plus officielles et les plus autorisées. Tu ne croiras jamais le mépris public dans lequel le maréchal est tombé dans les rangs de l'armée, et je trouve affligeant de voir une haute dignité prostituée de cette façon par les accusations les plus honteuses de félonie, de cupidité, etc. Il faut enfin remonter au cardinal Dubois pour trouver un type de faquin pareil, ayant abusé de sa situation de haute confiance pour vendre son j^aj^s et son maître. « « Le public éclairé du corps expéditionnaire s'accorde à penser que le maréchal a travaillé depuis près de deux ans à faire échouer le navire de l'empereur Maximilien pour se substituer au pouvoir... On sait maintenant qu'il a entretenu des intelligences avec des chefs dissidents. Il s'était tellement laissé griser par les aspirations ambitieuses de sa famille mexicaine, qu'il a rêvé pour lui au Mexique la fortune de Bernadotte en Suède... L'affaire du Mexique sera une véritable catastrophe. Il y a longtemps, tu le sais, que je le prévoyais. Le gouvernement aura tout intérêt à la laisser, s'il le peut, dans Vombreet le silence. Il est possible que le maréchal Bazaine échappe par cette raison au châti-

verneur de celui que sa naissance appelait à devenir Napoléon IV ^

Comme le déclarent les conclusions du conseil d'enquête, le désastre de Sedan ne lui est pas moins imputable que la défaite de Spickeren. Sa responsabilité, pour être moins manifeste et moins directe, n'en est pas moins réelle. La lecture attentive des pièces et des dépositions du procès de Trianon ne

ment qu'il méj'ite par ses intrigues coupables ; mais il n'échappera pas à l'infamie à laquelle il est voué par tous les honnêtes gens de l'armée... Le général Boyer a été l'agent de toutes les spéculations du maréchal. >)

Entin dans une lettre du général Porfirio Diaz, datée du 3 mai 1867 et adressée à M. Mathias Romero, ministre de Juarez à Washington, nous trouvons le renseignement suivant : « Le maréchal Bazaine m'a fait offrir de mettre entre mes mains les villes occupées par les Français, et de me livrer Maximilien, Marques, Miramon, etc., si j'acceptais une proposition qu'il me faisait et que j'ai repoussée parce que je ne l'ai pas trouvée honorable. Une autre proposition, venant également de l'initiative du maréchal Bazaine, avait trait à l'acquisition de six mille fusils et de 4 millions de capsules. Si je l'avais désiré, il m'aurait vendu aussi des canons et de la poudre, mais j'ai refusé d'accepter ces propositions. »

I. Cette volonté de discréditer le général Frossard se manifesta pendant le siège par des faits bien étranges. En voici un que nous empruntons à la déposition du lieutenant-colonel de Villenoisy, dans la séance du i" décembre iS/S :

« Un jour, à la suite d'une sortie, on a trouvé dans un journal allemand un article contenant des moqueries au sujet des approvisionnements de vins de Champagne, qui étaient renfermés dans les fourgons du général Frossard. Cet article a été envoyé aux journaux de Metz, et le général Frossard, trèsmécontent de cette publication, chargea un de ses aides de camp d'aller prendre des informations. L'aide de camp revint apprendre au général que cet article injurieux avait été inséré par ordre. y>

C'était moins grave que de laisser écraser une armée française pour se débarrasser d'un rival, mais au fond c'était le même sentiment.

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saurait laisser à cet égard aucun doute. Il en ressort avec une évidence terrible que Bazaine avait besoin de rester seul en France avec son armée et que tout était calculé en conséquence. Pour attirer Mac-Mahon dans la souricière de Sedan, où il est bien décidé à le laisser périr, il écrit dans un rapport à TEmpereur, daté du 19 août, mais expédié seulement le 20 : « Je compte toujours prendre la direction du Nord et me rabattre ensuite, par Montmédy, sur la route de Sainte-Menehould à Chàlons, si elle n'est pas fortement occupée. Dans le cas contraire, je continuerai sur Sedan, Mézières, pour gagner Châlons. » Une lettre du maréchal de Mac-Mahon au général de Palikao constate que c'est cette dépêche qui mit fin à ses hésitations et le décida à abandonner définitivement ridée de marcher sur Paris.

Or le même jour 20 août, le commandant de Tarmée du Rhin expédiait directement au ministre de la guerre et à l'Empereur une dépêche beaucoup moins affirmative :

« J'ai dû prendre position près de Metz pour donner du repos aux soldats et les ravitailler en vivres et en munitions; l'ennemi grossit toujours autour de moi; je suivrai probablement, pour vous rejoindre, la ligne des places du Nord, et vous préviendrai de ma marche, si je puis toutefois l'entreprendre sans compromettre l'armée. »

11 est vrai que la même dépêche était adressée à Mac-Mahon, mais elle ne lui est pas parvenue et ne devait pas lui parvenir.

Le 26 août, Bazaine expédie encore à la fois au ministre et à Mac-Mahon deux dépêches contradictoires. Au premier il écrit : « Toujours sous Metz avec munitions d'artillerie pour un combat seulement. Impossible de forcer les lignes ennemies dans ces conditions derrière ses positions retranchées. Aucune nouvelle de Paris ni d'esprit national. Urgence d'en avoir ; agirai efficacement si mouvement offensif à l'intérieur force l'ennemi à battre en retraite. » En même temps, le même jour, il écrit à Mac-Mahon : (( Nous sommes entourés , mais faiblement ; nous pouvons percer quand nous voudrons; nous vous attendons. »

Que signifiait ce double jeu? La conduite ultérieure de Bazaine en fournit l'explication.

Le but était de mettre sa responsabilité à couvert auprès du ministre en lui faisant croire qu'il était impossible de forcer les lignes allemandes , et en même temps d'attirer Mac-Mahon sur la route où il devait, réduit à ses propres forces, être probablement accablé par les armées réunies du prince Albert de Saxe et du prince royal.

Cette contradiction trop prolongée eût pu devenir dangereuse. Un mot du maréchal Mac-Mahon au ministre de la guerre eût suffi pour tout découvrir. On pare à ce danger, tantôt en ne signant pas les dépêches encourageantes, afin de pouvoir un jour en repousser la responsabilité ; tantôt même, en envoyant bien ostensiblement des avis dont l'efi'et doit être de faire hésiter Mac-Mahon, s'il les reçoit; mais

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les précautions sont prises pour qu'elles ne lui parviennent pas. L'important, c'était qu'il fût plus tard possible de prouver qu'on les avait envoyées et de dérouter par là les accusations en suscitant des conclusions contradictoires et en fournissant à la défense des arguments apparents. Et, de fait, ce manège a réussi, car, sauf quelques allusions, le réquisitoire du Commissaire du gouvernement a passé rapidement sur la part de responsabilité qui revient àBazaine dans la capitulation de Sedan ^

Pour nous, notre conviction est faite. Si Mac- Mahon était parvenu à percer jusqu'aux approches de Metz, Bazaine aurait trouvé moyen de le laisser seul aux prises avec les armées allemandes sans lui donner la main.

La retraite de Bazaine sous Metz est donc bien véritablement le centre et le nœud de toute cette histoire de la guerre de 1870. C'est elle qui, en attirant Mac-Mahon dans le Nord, a découvert Paris et entraîné le désastre de Sedan. C'est la capitulation de Bazaine qui a permis à l'armée du prince Frédéric- Charles de venir immobiliser et finalement disloquer l'armée de la Loire, au moment où elle allait pouvoir marcher au secours de la capitale; c'est elle qui, par l'enchaînement de ses conséquences, a entraîné la capitulation de Paris et la fatale expédition de l'Est.

I. V. le réquisitoire du général Pourcet, commissaire spécial du gouvernement. Audience du 4 décembre. Compte rendu sténographique in extenso des séances du procès Bazaine, page 712, 2^ colonne. Librairie du Moniteur universel.

Nous verrons bientôt se dérouler la série de ces lugubres événements.

Le 3 septembre, le commandant Samuel, envoyé aux avant-postes , apprenait du chef d^état-major du général ManteufFel le combat de Beaumont. Le 6, des hommes échappés d'Ars apportèrent à Metz la nouvelle d'une grave défaite dans le Nord. Le 7, un convoi de prisonniers échangés confirma ce rapport, mais ces hommes^ pris dans la première partie de la journée, en connaissaient très-imparfaitement la fin. 11 est vrai que les Prussiens qui les escortaient ajoutaient que FEmpereur et toute Farmée française étaient tombés entre leurs mains. Mais personne ne pouvait le croire, et Fon ne voyait là qu'une exagération destinée à jeter Fépouvante dans Farmée de Metz, quand deux jours après, le 9, un nouvel échange de prisonniers ne permit plus de garder aucun doute sur l'étendue de notre malheur. Enfin, le 10, arriva le capitaine Lejoindre, qui avait lu dans le Journal des Débats le récit de la révolution du 4 Septembre, la proclamation de la République, et qui apportait la liste des membres du Gouvernement provisoire. 11 communiqua ces renseignements au maréchal Bazaine, qui lui donna Fordre formel de n'en parler à personne.

Le lendemain, le commandant Samuel trouvait les mêmes indications dans la Galette de la Croix, On ne pouvait espérer qu'elles ne finissent pas par être connues. Le maréchal convoqua le 12, à son quartier général, les commandants de corps et les

généraux de division, et les leur communiqua. Puis il profita de Toccasion pour leur déclarer que, après un désastre comme celui de Sedan, il ne fallait plus songer aux grandes luttes , mais se contenter , en attendant les ordres du gouvernement, de tenir les troupes en éveil par de petites opérations de détails, dont les commandants de corps auraient à prendre rinitiative, et il termina en chargeant les généraux de communiquer ces nouvelles à leurs troupes.

Le 14, un secrétaire d'ambassade, M. Debains, ayant eu occasion de causer avec des officiers hessois, rédigea pour le maréchal et lui remit le 1 5 un rapport confidentiel sur ce qu'il avait entendu. Ce rapport faisait de la situation de la France le tableau le plus déplorable. Il se terminait par ces lignes :

(( En résumé, 600,000 Allemands sur le territoire français. Pas d'armée régulièrement organisée en France, si ce n'est celle de Metz ; pas d'enthousiasme vigoureux pour la cause nationale dans les provinces envahies ; — union complète des Allemands pour le triomphe de la cause ; — toute discussion sur la forme de rÉtat allemand remise après la fin de la guerre; — pas de chance d'intervention armée de l'Autriche ; — l'Autriche et la Russie travaillant à la paix, sans avoir encore signifié à la Prusse les bases à accepter; — grand effort de l'armée ennemie sur Paris ; — Metz laissé à l'arrière-plan, siège prochain, dans six ou huit jours, quand la grosse artillerie sera arrivée. »

Il était impossible d'imaginer nouvelles plus décourageantes. Le maréchal s'empressa d'ordonner que

ce rapport confidentiel fût copié en autant d'expéditions qu'il y avait de chefs de corps, et envoyé à chacun d'eux.

Les officiers chargés de ce travail ne comprenaient pas dans quelle intention on pouvait songer à publier un pareil document ^ Voici ce que nous lisons dans la déposition du colonel Nugues devant le Conseil d'enquête : « A mesure que j'avançais dans ce travail, je ne pus me défendre d'un sentiment pénible en voyant communiquer aux commandants de corps d'armée des renseignements de la nature de ceux contenus dans ce rapport. Les officiers qui écrivaient sous ma dictée partageaient mon opinion et l'exprimaient hautement. Arrivé à la conclusion, je dis à ces messieurs : « Restons-en là, je m'en vais protester auprès du général Jarras contre la transmission de ce document. » Je représentai au général que je trouvais dangereux et coupable de transmettre un document semblable ; qu'il était fait pour jeter le découragement dans l'armée. Le général Jarras, qui n'avait ,pas lu le rapport de M. Debains, après avoir pris connaissance du résumé final, me dit : « Je vais en parler au maréchal. »

S'il n'y avait eu dans ce fait qu'une simple inadvertance, il est manifeste que devant les protestations

I. Le décret de i863 sur les devoirs des commandants de places assiégées porte textuellement : « Le commandant d'une place assiégée doit demeurer sourd aux nouvelles que l'ennemi lui fait parvenir; à plus forte raison lui est-il interdit de les divulguer et de les répandre, car son devoir est de soutenir le moral de son armée et d'éviter tout ce qui est de nature à lui porter atteinte. » - -

qui lui étaient présentées, le maréchal aurait retiré Tordre de transmettre ce rapport. 11 se contenta de supprimer le résumé. Mais le reste fut communiqué aux chefs de corps. Or la plupart des nouvelles apportées par M. Debains étaient fausses, ou du moins fort exagérées, particulièrement celle de la capitulation de Strasbourg, qui n'eut lieu que quinze jours plus tard.

Le 16 septembre, M. André, le maire d'Ars, fit remettre au maréchal plusieurs journaux qui contenaient la proclamation adressée le 8 septembre au peuple français par le nouveau Gouvernement, et la convocation des électeurs à la date du 16 octobre pour la nomination d'une Assemblée nationale. A ces journaux, M. André avait joint la copie manuscrite de la circulaire de M. Jules Favre, du 6 septembre, par laquelle il faisait connaître que le Gouvernement était résolu à lutter jusqu'à l'épuisement complet de toutes les ressources, et que Paris pouvait tenir trois mois.

Le maréchal se décida alors à porter ces faits à la connaissance du public par un ordre général à l'armée du Rhin, daté du 16 septembre :

« D'après des journaux français des 7 et 10 septembre, apportés au grand quartier général par un prisonnier français qui a pu franchir les lignes ennemies, l'empereur Napoléon aurait été interné en Allemagne après la bataille de Sedan, et l'impératrice, ainsi que le prince impérial, ayant quitté Paris le

4 septembre, un pouvoir exécutif, sous le titre de II. 9

i3o LA TROISIÈME INVASION.

Gouvernement de la Défense Nationale, s'est constitué à Paris. — (Suit la liste des membres du nouveau Gouvernement.)

oc Généraux, Officiers et Soldats DE l'armée du Rhin,

« Nos obligations militaires envers la Patrie en danger restent les mêmes. Continuons donc à la servir avec dévouement et la même énergie, en défendant son territoire contre Fétrang-er, Tordre social contre les mauvaises passions. Je suis convaincu que votre moral, ainsi que vous en avez déjà donné tant de preuves, restera à la hauteur de toutes les circonstances, et que vous ajouterez de nouveaux titres à la reconnaissance et à Tadmiration de la France. »

A ce moment Bazaine accepte le nouvel ordre de choses. Il reconnaît la déchéance du gouvernement (( auquel il obéissait naguère » et se soumet aux ordres de celui dont il vient d'annoncer à son armée Tavénement et la composition. En conséquence il communique aux journaux de Metz et fait publier, sans commentaire ni protestation, la proclamation où la chute de TEmpire est présentée comme une véritable désertion : « Le pouvoir gisait à terre, ce qui avait commencé par un attentat finissait par une désertion. Nous n'avons fait que ressaisir le gouvernail échappé à des mains impuissantes. »

La circulaire de Jules Favre n'était pas moins explicite, ce La population de Paris n'a pas prononcé

SIEGE DE METZ. i3i

la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie; elle Ta enregistrée au nom du droit, de la justice... »

Le i6 septembre, le maréchal faisait remettre à deux cavaliers du 7' régiment de cuirassiers, Marc et Henry, une dépêche adressée au ministre de la guerre. Lequel ? Évidemment celui de la Défense Nationale, puisque depuis le 10 il ne lui reste aucun doute sur la chute de TEmpire *.

Mais voici ce qui est plus significatif encore. Le i5 il donne Tordre de supprimer des imprimés préparés pour les promotions et les décorations le blason impérial et le mot empereur. Deux nominations d'officiers ont été faites d'après ce nouveau libellé. Cela dura quatre jours. Le 19 il envoie contreordre et fait rétablir toutes choses comme elles étaient antérieurement ; comment expliquer ce revirement ? Une des causes fut le dépit qu'il éprouva de se voir tout d'un coup subordonné à Trochu et la pensée que

I. Le commandant de l'armée du Rhin n'a envoyé au gouvernement de la Défense Nationale que trois dépêches, le 1 5 et le 25 septembre et le 21 octobre. Sa mauvaise volonté pour se mettre en communication avec lui est évidente. Jusque vers la fin de septembre il a été possible de sortir de Metz. Lorsque l'aqueduc de Goze fut fermé et que les lignes allemandes se furent resserrées, il lui restait la ressource des ballons, dont les habitants de Metz usèrent à plusieurs reprises. Il refusa d'en profiter. La preuve, du reste, que les communications n'étaient pas impossibles, c'est que sur six émissaires envoyés par Bazaine le 2 1 octobre, il en est arrivé trois à Tours. La vérité, c'est qu'il ne voulait pas avoir de rapports avec un gouvernement contre lequel il conspirait. Il aimait mieux correspondre avec le quartier général prussien; et le soin qu'il a pris de faire disparaître la plupart des dépêches échangées entre le prince Frédéric-Charles et lui indique suffisamment quelle était la nature de cette correspondance.

i32 LA TROISIEME INVASION.

s'il avait été à Paris le 4 septembre, c'eût peutêtre été lui qui fût devenu chef du gouvernement. Mais Toccasion perdue pouvait se retrouver et c'est à cela qu'il va désormais appliquer toute son attention.

Le 16 septembre, le jour même où il considérait la chute de F Empire comme si absolument certaine qu'il portait à la connaissance de l'armée la composition du nouveau gouvernement, et que depuis la veille il avait ordonné de rayer le mot impérial des actes officiels, il éprouve le besoin de demander au général ennemi des renseignements sur des faits qui lui sont absolument connus. Il tâte le terrain pour voir ce qu'il peut espérer de ce côté. Le prince Frédéric-Charles, après avoir consulté M. de Bismarck, s'empresse de répondre dans le sens que désire « le commandant en chef de l'armée impériale », en lui présentant discrètement les choses sous le jour le plus sombre et en lui déclarant qu'il est « prêt et autorisé à lui faire toutes les communications qu'il demandera )). Pour commencer, il lui fait parvenir, soit ce jour, soit le lendemain, mais à coup sûr avant le 19, le numéro de V Indépendant rémois, portant la date du 1 1 , et contenant le communiqué suivant de l'autorité allemande :

(( Les journaux qui paraissent à Reims ont reproduit la proclamation de la République et les décrets promulgués par le nouveau pouvoir qui s'est établi à Paris. Comme la ville est occupée par les troupes allemandes, l'attitude des feuilles publiques pourrait

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donner lieu de supposer qu'elles expriment une opinion inspirée ou autorisée par les gouvernements allemands. Il n'en est rien. En permettant à ces feuilles de publier leurs opinions, les gouvernements allemands n'ont fait que respecter la liberté de la presse, ainsi qu'ils la respectent chez eux. Mais ils n'ont jusqu'à présent reconnu en France aucun autre gouvernement que celui de l'empereur Napoléon, et à leurs yeux le gouvernement impérial est, jusqu'à la constitution d'un nouvel ordre de choses, le seul qui soit en droit d'entamer des négociations ayant un caractère national. C'est ici le cas d'ajouter que le bruit mis en circulation à Paris et d'après lequel presque toutes les puissances étrangères auraient fait des tentatives d'intervention pacifique, n'a rien de fondé. Aucune puissance jusqu'ici n'a tenté d'intervenir, et il est peu vraisemblable qu'une intervention se produise, car elle n'aurait aucune chance de succès tant que les bases d'un arrangement ne seront pas acceptables pour l'Allemagne, tant qu'il n'y aura pas en France un gouvernement reconnu par le pays et que l'on puisse considérer comme son représentant. Les gouvernements allemands, dont le but n'est pas la guerre, ne refuseraient pas de conclure la paix avec la France, si elle était sérieusement demandée par le pays.

(( Dans ce cas il s'agirait seulement de savoir avec qui on peut la conclure.

(( Les gouvernements allemands pourraient entrer en négociation avec l'empereur Napoléon, dont le

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gouvernement est jusqu'à présent le seul reconnu ou avec la Régence instituée par lui. Ils pourraient également traiter avec le maréchal Ba^aine^ qui tient son commandement de l'Empereur. Mais il est impossible de comprendre de quel droit les gouvernements allemands pourraient négocier avec un gouvernement qui ne représente jusqu'ici qu'une partie de la gauche de Fancien Corps législatif. »

Voilà le piège que sollicitait évidemment Bazaine et que M. de Bismarck s'est empressé de lui tendre. A partir du jour où, croyant à l'abdication de l'Empereur, il vit s'ouvrir devant lui cet horizon, où il put se dire que l'avenir de la France était dans sa main et qu'il pouvait être appelé à jouer le premier rôle dans un temps prochain, il ne songea plus qu'à négocier. Rétablir l'Empire dans la personne de Napoléon IV alors enfant, avec une régence appuyée sur l'épée de Bazaine, peut-être devenir régent luimême, qui sait ? Une fois possédé de cette idée, qui semble l'avoir préoccupé dès le commencement de la guerre, il lui devint impossible de songer à autre chose, et M. de Bismarck, le sentant attaché à cet hameçon, était trop habile pour lui laisser le temps et le moyen de s'en dégager. Bazaine finit par se croire si sûr d'arriver à son but par des négociations, qu'il oublia entièrement son armée. Enfermé dans son château du Ban Saint-Martin, il devint étranger à ses soldats, qu'il laissa dans la plus complète inaction. Pendant que les Prussiens manœuvraient comme en garnison, faisaient le manège, l'école de

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tirailleurs, Tarmée française n'avait ni revue ni exercices. Pendant les deux mois qu'a duré Tinvestissement, le commandant en chef n'a pas visité une seule fois les blessés et les malades. Jamais on ne le vit à Metz. Il était complètement absorbé dans les rêves d'ambition qu'avaient suscités en lui les avances calculées de nos ennemis.

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