CHAPITRE IX
SIÈGE DE METZ, DU lO AU 25 OCTOBRE
ROYANT avoir ainsi mis à couvert sa responsabilité, le maréchal s'empresse de rouvrir les négociations.
Il envoie à Versailles le général Boyer avec une lettre qu'il faut citer tout entière :
(( Au moment où la société est menacée par Tattitude qu'a prise un parti violent et dont les tendances ne sauraient aboutir à une solution que cherchent les bons esprits, le maréchal, commandant Tarmée du Rhin, s'inspirant du désir qu'il a de sauver son pays et de le sauver de ses propres excès, interroge sa conscience et se demande si l'armée placée sous ses ordres n'est pas destinée à devenir le palladium de la société.
i56 LA TROISIEME INVASION.
(( La question militaire est jugée; les armées allemandes sont victorieuses, et S. M. le roi de Prusse ne saurait attacher un grand prix au stérile triomphe qu'il obtiendrait en dissolvant la seule force qui puisse aujourd'hui maîtriser l'anarchie dans notre malheureux pays et assurer à la France et à l'Europe un calme, devenu si nécessaire après les violentes commotions qui viennent de les agiter.
« L'intervention d'une armée étrangère, même victorieuse, dans les affaires d'un pays aussi impressionnable que la France, dans une capitale aussi nerveuse que Paris, pourrait manquer le but, surexciter outre mesure les esprits et amener des malheurs incalculables.
(( L'action d'une armée française encore toute constituée , ayant bon moral et qui , après avoir loyalement combattu l'armée allemande, a la conscience d'avoir su conquérir l'estime de ses adversaires, pèserait d'un poids immence dans les circonstances actuelles. Elle rétablirait l'ordre et protégerait la société, dont les intérêts sont communs avec ceux de l'Europe. Elle donnerait à la Prusse, par l'effet de cette même action, une garantie des gages qu'elle pourrait avoir à réclamer dans le présent, et enfin elle contribuerait à l'avènement d'un pouvoir régulier et légal, avec lequel les relations de toutes natures pourraient être reprises sans secousses et naturellement.
« Ban-Saint-Martin, lo octobre 1870. »
SIÈGE DE METZ. iS;
De la résolution prise et votée à funanimité par les maréchaux et généraux de s'ouvrir un chemin par la force, si les conditions imposées ne sont pas honorables, pas un mot. Il s'agit bien de cela ! Pour ce scélérat qui se propose à Tennemi comme « protecteur de Tordre et sauveur de la société » , pour ce traître qui offre aux Prussiens d'employer son armée à leur garantir la soumission de son pays et à restaurer un gouvernement mieux disposé aux concessions, qu'importent les considérations d'honneur? Il faut remarquer que le jour où il s'engageait à constituer au profit de M. de Bismarck, par la trahison, (( un pouvoir régulier et légal » , il ne savait pas que les élections, fixées primitivement au i6 octobre, étaient ajournées à la fin de la guerre. Au moment donc où il parlait de rétablir l'Empire au profit et avec le concours de la Prusse, il devait croire que la France était tout entière occupée à choisir ses représentants; à cette armée, dont il offrait la complicité aux Allemands, c'était l'Assemblée nationale qu'il voulait donner à combattre! « Certes, dit dans son Rapport le général Serré de Rivière % le sort de l'armée de Metz a été bien lamentable; mais en présence des périls auxquels les combinaisons de son chef ont exposé son patriotisme, on doit remercier Dieu de lui avoir épargné un sort encore plus affreux. »
Muni de la lettre du maréchal et d'instructions verbales sans doute plus précises, le général Boyer