I. Audience du 18 octobre. Page
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partit le 12 octobre pour Versailles, avec l'autorisation du roi de Prusse et sous la surveillance de deux officiers de Tétat-major du prince Frédéric-Charles. S'il faut en croire la relation du général, M. de Bismarck aurait commencé par lui faire de la situation de la France le tableau le plus sombre et en même temps le moins exact. « Il m'exposa, dit le général, que certaines villes du Nord ne faisaient aucune résistance aux troupes allemandes; que, dans certaines places de commerce, ou Tégoïsme était le sentiment dominant, on ne serait peut-être pas éloigné de recevoir des troupes allemandes ; que, du reste, on était entré sans coup férir à Rouen ; qu'un moment il avait espéré qu'il en serait de même du Havre; mais que, là, il s'était trompé; les gens qui, sous le nom de francs-tireurs, faisaient autant de mal à leurs compatriotes qu'aux Allemands, étaient sur certains points pourchassés aussi bien par les populations françaises que par les troupes allemandes. Me parlant des départements de l'Ouest , il me les dépeignit comme prêts à se déchirer, sous l'influence des idées religieuses. Les départements du Midi étaient livrés à l'anarchie la plus absolue ; enfin l'armée de la Loire venait d'être battue à Orléans ; les troupes allemandes étaient en marche sur Bourges. » On peut même croire que les renseignements rapportés par le général Boyer étaient encore plus décourageants, et qu'il a compris la nécessité de les atténuer dans sa déposition. Les historiques officiels de quelques corps de troupes constatent que, après son retour, par ordre du ma-
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réchal, il leur fut annoncé que « Rennes, Nantes et bien d'autres villes avaient, comme Rouen et le Havre, demandé des garnisons allemandes; que les membres du Gouvernement, en complet désaccord, s'étaient séparés et retirés chacun de son côté; que ritalie revendiquait Nice, la Savoie et la Corse; que les questions religieuses allaient soulever la Vendée et la Bretagne. »
Sur un carnet de notes tenu jour par jour par un officier, et qui figure au dossier du procès Bazaine, nous lisons ceci :
(( Mercredi 19 octobre 1870. — Il y a eu un grand conseil de guerre ce matin chez le maréchal, à la suite duquel le général Boyer est retourné auprès du roi de Prusse. Le général, de retour de ce conseil, nous a exposé en ces termes la situation de la France et celle de notre armée.
(( Messieurs, la patrie est dans le plus grand danger, et ses périls intestins sont encore plus graves que ceux causés par les armes victorieuses de l'ennemi. Paris ne s'est pas encore rendu, mais l'anarchie la plus effroyable y règne. Le gouvernement provisoire, débordé par le flot révolutionnaire, ne fonctionne plus. Deux de ses membres, MM. Gambetta et de Kératry, sont en fuite. Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse et beaucoup d'autres villes s'administrent elles-mêmes et refusent de reconnaître le gouvernement. Lille et les places fortes du Nord demandent à traiter à tout prix. Le Havre et Rouen ont demandé des garnisons prussiennes pour se sauver
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du pillage. La dernière armée française , qui eût quelque consistance, a été anéantie sous le commandement du général d'Aurelle de Paladines ; il ne reste plus que nous. La Bretagne a rappelé tous ses enfants à son service et se prépare à une nouvelle guerre de chouans pour repousser Tennemi, s'il osait s'enfoncer jusque-là. La lutte est terminée... Dans ces circonstances malheureuses, le général Boyer a demandé à ce que la paix fût signée, la paix pour toute la France, entendez-vous bien, non pas la capitulation de notre armée. Le roi Guillaume a répondu qu'il était prêt à traiter, à la condition qu'il traitât avec un gouvernement reconnu de la France entière et qui lui présentât des garanties que le traité serait respecté. Le seul gouvernement que le roi veuille reconnaître est celui de la Régence de l'Impératrice, attendu que c'est le dernier qui ait été consacré par un plébiscite de la nation... Notre armée, devant former le noyau des armées françaises, sortira de la place de Metz avec ses armes, ses bagages, tous les honneurs de la guerre et travaillera, avec le gouvernement , à la reconstruction du pays. Il reste une question encore douteuse : dans le cas où l'Impératrice, effrayée du désordre de la France, n'accepterait pas ce mandat, que deviendra le pays, en face d'un ennemi qui ne saura plus avec qui traiter et qui s'établira chez nous en conquérant? Ainsi chacun aujourd'hui doit voir qu'il n'y a plus qu'une planche de salut : obtenir ce consentement de l'Impératrice et prêter tout son concours à son gouvernement. »
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Toutes les communications qui ont été faites officiellement à tous les régiments après le retour du général Boyer s'accordent à aggraver la situation de la France; touts la présentent comme en proie au brigandage, à Tanarchie, à la guerre civile, à toutes les violences des luttes sociales ; sans armées , sans patriotisme, elle appelle à grands cris le retour de la Régente.
On sait que toutes ces nouvelles étaient fausses, mais eussent-elles été vraies, et, bien que le général Boyer eût juré qu'il ne changeait rien aux communications de M. de Bismarck, ce n'était pas à des généraux français de les répandre. Ce qui est plus grave encore, c'est que malgré ce serment il est peu vraisemblable que le général Boyer les ait reçues de la bouche de M, de Bismarck. Le contraire même est infiniment probable, puisque le général reconnaît luimême — après ravoir nié une première fois — que le ministre prussien lui a remis le i5 six ou huit numéros du Moniteur officiel et du Figaro. Or ces journaux démentait formellement les renseignements que le général Boyer prétendait tenir de M. de Bismarck lui-même. Nous en avons la preuve dans la déposition du général Coffinières : « Ayant insisté, dit-il, auprès du maréchal, dans un entretien particulier, après le conseil, sur ce qu'il y avait d'extraordinaire à ce que le général Boyer n'eût rapporté aucune nouvelle de source française ni aucun journal, le maréchal m'envoya les deux numéros du Journal
officiel des 4 et 6 octobre. Les nouvelles contenues II. 1 1
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étaient si peu d'accord avec celles que rapportait le général Boyer, que le maréchal qui voulait d'abord les livrer à la publicité donna contre-ordre. »
Comme toujours on supprime tout ce qui pourrait relever les courages; on publie tout ce qui est de nature à les abattre.
Si le maréchal n'avait pas été absolument aveuglé par ses préoccupations d'ambition personnelle, il eût bien certainement compris que M. de Bismarck ne songeait, dans ses négociations avec lui, qu'à gagner du temps, en le leurrant d'espérances vaines, jusqu'au jour où l'armée française, à bout de ressources et réduite à l'impuissance de rien tenter, serait obligée de se livrer à la merci du vainqueur. La seconde partie de l'entretien du ministre prussien avec le général Boyer aurait dû l'éclairer à cet égard. Quand le général aborda la question d'une convention militaire qui accorderait à l'armée de Metz la faculté de se retirer en emportant ses armes, son matériel et ses drapeaux, le ministre lui répondit aussitôt que cela ne le regardait pas, que les négociations purement militaires dépendaient exclusivement du roi , du ministre de la guerre et de M. de Molke. Il ajouta : (( Votre mission étant de demander une convention militaire sur ces bases, je dois vous dire à l'avance que le conseil du roi ne vous accordera pas d'autres conditions que celles qui ont été stipulées à Sedan. » Le général Boyer ayant répondu que l'armée du du Rhin n'accepterait pas de pareilles conditions, M. de Bismarck comprit qu'il serait imprudent de
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pousser les choses à bout. Il reprit : « Mais je puis, moi, faire valoir des considérations politiques auprès du roi et de son conseil, et je pense obtenir pour Tarmée française des conditions que je vous ferai connaître demain, car je verrai le roi ce soir et j'obtiendrai vme solution de Sa Majesté. » Son avis était que les gouvernements allemands consentissent à traiter avec la Régente ou avec une personne déléguée par elle, mais avant de rien conclure, Tarmée devrait affirmer sa fidélité au gouvernement de la Régente, par une manifestation formelle de ses sentiments à son égard ; celle-ci de son côté aurait à signer les préliminaires de la paix et la ville de Metz serait remise au prince Frédéric-Charles. Le lendemain M. de Bismarck informait le général Boyer que le Roi, après quelques difficultés, avait consenti à ce que des négociations fussent ouvertes sur les bases indiquées. Une fois ces conditions remplies, Farmée de Metz pourrait se retirer sur un territoire neutralisé, où les pouvoirs publics, tels qu'ils étaient constitués avant le 4 septembre, seraient appelés à proposer ou à déterminer la forme du gouvernement. Quelle que fût la décision prise, Farmée aurait pour mission de la faire respecter. C'était précisément ce que demandait le maréchal.
Le général Boyer quitta Versailles le i5 octobre à neuf heures du soir et rentra à Metz le 17 dans l'après-midi.
Le 18 octobre, à neuf heures du matin, le maréchal réunit de nouveau ses principaux lieutenants au quartier général pour entendre le récit de la mission
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du général Boyer, d'après le compte rendu rédigé par ordre du maréchal « cet officier général exposa le but de sa mission, le résumé de ses deux entrevues, à Versailles, avec M. de Bismarck, et conclut en faisant connaître les conditions que poserait le gouvernement prussien pour rendre à « Farmée impériale » sous Metz sa liberté d'action, pour se rendre sur un territoire délimité par une convention militaire, afin d'y rallier les dépositaires des pouvoirs publics existant en vertu de la Constitution de mai 1870, et de les consulter sur l'opportunité de continuer au gouvernement de la Régence le mandat qui lui avait été confié par TEmpereur en vertu de cette constitution. « Ces conditions sont les suivantes :
(( 1° L'armée de Metz déclare qu'elle est toujours l'armée de l'Empire, décidée à soutenir le gouvernement de la Régence ;
(( 2° Cette déclaration de l'armée coïncidera avec un manifeste de S. M. l'Impératrice régente, adressé au peuple français, et par lequel , au besoin, elle ferait un nouvel appel à la nation pour l'inviter à se prononcer sur la forme du gouvernement qu'elle désire adopter;
(( 3° Ces deux déclarations devront être accompagnées d'un acte signé par un délégué de la Régence et acceptant les bases d'un traité à intervenir entre le gouvernement des puissances allemandes et le gouvernement de la Régence. »
Dans ce compte rendu, le maréchal évite de rappeler les renseignements apportés par le général
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Boyer sur la situation politique et militaire de la France, comme dans la réunion elle-même il a pris soin de ne rien dire qui pût éclairer ses lieutenants sur la fausseté de ces renseignements. C'était pourtant là le point capital. 11 est évident que si les généraux qu'il consultait avaient su que la France, loin de s'abandonner comme on le leur disait, était pleine d'ardeur et de patriotisme et se préparait de toutes parts pour la lutte à outrance, quelques-uns d'entre eux auraient rejeté avec horreur la pensée de traiter avec un ennemi dont la victoire n'était pas encore certaine. Bazaine le savait mieux que personne, et c'est précisément pour cela qu'il les laissait dans l'ignorance de tout ce qui pouvait les amener à une décision énergique. Pour couvrir ou atténuer sa responsabilité, il fallait qu'ils parussent s'associer à sea machinations, et pour forcer leurs volontés, il leur faisait croire que la combinaison qu'il leur proposait était la seule issue possible d'une situation absolument désespérée, non pas seulement pour l'armée de Metz, mais pour la France toute entière.
Son mensonge eut tout le succès qu'il pouvait désirer*. Les plus énergiques^ renoncent à l'idée d'une
1. S'il faut en croire la déposition du général Boyer (audience du 2 5 novembre, page 614), ce serait le général Changarnier qui aurait décidé le conseil à entrer définitivement dans la voie où le poussait Bazaine. Après avoir si longtemps pratiqué « l'habitude de vaincre «, l'illustre général faisait l'apprentissage de la capitulation et s'y montrait^ du premier coup, supérieur aux généraux de l'Empire.
2. L'armée, sans se laisser gagner par ces défaillances, restait ferme dans son patriotisme. Il y a, dans la déposition du
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sortie qui ne peut plus aboutir qu'à un désastre sans utilité, puisque la France, leur dit-on, ne songe plus même à se défendre ; et, à la majorité de six voix contre deux, il est décidé que le général Boyer se rendra près de Tlmpératrice, à Hastings, ce pour voir s'il est possible d'obtenir une convention dans le sens précédemment indiqué, mais à la condition expresse que nul traité ne devra être signé ni convenu par le commandant en chef de l'armée. »
Il faut remarquer que, dans ce compte rendu, il n'est pas question de l'échec de Bourbaki dans une négociation toute semblable à celle qu'on allait reprendre, ni même de la place de Metz, dont cependant M. de Bismarck exigeait la remise préalable- .ment à toute négociation. Bazaine aura craint, en énonçant cette condition rigoureuse, de rappeler à ceux qui l'écoutaient que, dans le précédent conseil de guerre, il avait été résolu expressément que, si l'ennemi voulait leur imposer des conditions incompatibles avec le sentiment de l'honneur et du devoir,
général Boyer, page 614 (audience du 25 noVembre), un passage bien significatif à cet égard : « Un quart d'heure ou vingt minutes environ après le départ de ces messieurs, le général de Ladmirault revint trouver M. le maréchal; le maréchal étant absent, le général de Ladmirault me pria de lui dire qu'il venait de voir ses officiers généraux et qu'il se ralliait à la minorité; que, dans leur pensée, il valait mieux cesser toute négociation et attendre les événements qui pourraient se produire. » Le maréchal Lebœuf a toujours opiné dans le sens de la résistance jusqu'au 24 octobre. Le général Coffinières, après avoir repoussé tous les partis énergiques quand ils pouvaient réussir, s'est déclaré pour eux, à la fin, quand il n'y avait plus rien à faire.
on tenterait, coûte que coûte, de se frayer un passage les armes à la main.
En conséquence, le général Boyer partit pour Hastings le 19 au matin. Il allait demander à Tlmpératrice d'intervenir en faveur de Tarmée de Metz, ce qui n'était possible, comme Tavait dit M. de Bismarck, qu'en acceptant les préliminaires d'une paix générale, sur les conditions de laquelle le ministre prussien ne s'était pas expliqué nettement, mais dont le caractère est suffisamment indiqué par les paroles que lui attribue le général Boyer : ce II est bien évident que c'est la France qui nous a déclaré la guerre, et c'est bien à elle que nous faisons la guerre; c'est donc bien elle qui devra en payer les frais. Il faudra que l'Impératrice accepte ces conditions, quelque exorbitantes quelles puissent paraître. ))
Le minimum de ces conditions, évidemment, était la cession de la Lorraine et de l'Alsace, comme M. de Bismarck lui-même Tavait déclaré au général Wimpffen, le soir même de la défense de Sedan ; mais par un raffinement singulièrement étrange, il commençait par exiger que les préliminaires de paix fussent signés en blanc par Tlmpératrice. C'est assez dire qu'il considérait toute cette négociation comme peu sérieuse et sans autre objet que d'amuser Bazaine jusqu'au moment où il serait réduit à l'impuissance absolue. Peut-être aussi voulait-il se réserver cette chance d'obtenir, d'une femme qu'il savait peu intelligente, des concessions qu'il n'aurait pas été possible
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de lui proposer de prime abord. Ce qu'il y a de certain, c'est que des négociations engagées dans ces termes, non-seulement sans bases précises, mais sans bases connues, était nécessairement condamnées à traîner en longueur. L'Impératrice, pour se donner le temps de réfléchir, commence par écrire au roi de Prusse et, du premier coup, lui demande un armistisce de quinze jours pour l'armée de Metz, avec faculté de ravitaillement. Cela touchait au grotesque. Aussi le 24 octobre, Bazaine recevait-il de M. de Bismarck, par l'intermédiaire du prince Frédéric- Charles, la dépêche suivante :
(( Le général Boyer désire que je vous communique le télégramme suivant : « L'Impératrice, que j'ai vue, « fera les plus grands efforts en faveur de Metz, qui « est l'objet de sa profonde sollicitude et de ses préoc- (( cupations constantes. »
« Je dois cependant vous faire observer, monsieur le maréchal, que depuis mon entrevue avee le général Boyer, aucune des garanties que je lui avait désignées comme indispensables, avant d'entrer en négociations avec la Régence impériale, n'a été réalisée, et que l'avenir de la cause de l'Empereur n'étant nullement assuré par l'attitude de la nation et de l'armée françaises, il est impossible au Roi de se prêter à des négociations dont Sa Majesté seule aurait à faire accepter les résultats à la nation française. Les propositions qui nous arrivent de Londres sont, dans la situation actuelle, absolument inacceptables, et je constate, à mon regret, que je n'entrevois plus aucune
chance d'arriver à un résultat par des négociations politiques. »
Il n y avait donc plus rien à espérer. Le moment était venu de sauver Thonneur par ce grand efibrt, que Tunanimtié du conseil avait jugé nécessaire, le 10 octobre, si Tennemi refusait des conditions honorables. En face de cette nécessité, désormais inéluctable, le devoir du chef de Farmée était de tout faire pour relever le moral des troupes. Rien ne fut tenté dans ce sens, tout au contraire.
Jusqu'au dernier jour le maréchal usa de son pouvoir discrétionnaire sur la presse locale pour supprimer tous les articles de nature à réveiller la confiance. Le 27 octobre, Tavant-veille de la capitulation, il interdisait la publication de quelques lignes qui à propos de la nouvelle, d'ailleurs fausse, de la reddition de Lille et de Rouen, stigmatisaient les transactions avec Fennemi. A la même époque il supprimait un article où le rédacteur du Courrier de la Moselle s'efforçait de démontrer l'invraisemblance des renseignements apportés parle général Boyer. Ce n'était, du reste, que la continuation d'un système qui a été appliqué sans interruption depuis le premier jour de rinvestissement. A plusieurs reprises , le 25 septembre, le 5, le 16, le 18 octobre, le maréchal porta à la connaissance de l'armée, soit par des communications directes, soit par des notes et des articles insérés dans les journaux de Metz, l'effectif, la répartition et les travaux de l'ennemi, et les erreurs nombreuses qu'on y peut relever sont toujours dails le
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sens le plus défavorable à la défense. Le 1 1 octobre, il défendait la publication d'un article où M. Humbert, lieutenant-colonel du génie en retraite, s'efforçait de démontrer que la situation de la France n'était pas encore désespérée et que le devoir de tous les hommes de cœur était de seconder les efforts qui devaient certainement se produire dans le pays. Le même jour, V Indépendant de la Moselle, après avoir annoncé que les renseignements apportés par les prisonniers étaient très-satisfaisants , continuait par ces mots : (( Que les pessimistes et les découragés prennent donc confiance, et n'entendons plus prononcer ce mot qui fait monter la rougeur au front : Capitulation î » Le maréchal fit effacer cette phrase.
Le 12, il supprimait, sous prétexte d'exagération, les parties les plus importantes du récit d'un prisonnier échangé qui disait avoir rencontré sur sa route beaucoup de convois de blessés prussiens, et qui racontait qu'à Saverne, un Français, ayant pu s'approcher un moment de lui, lui avait dit : « Si vous allez à Metz, dites que tout va bien, que la France se conduit admirablement, et qu'on tienne ferme. » Le 14, il invite les commandants de corps à faire lire dans les régiments, à l'appel de midi, le passage de la proclamation du général Trochu, qui se rapporte à la panique de quelques jeunes soldats à Châtillon ; mais en revanche il a soin de ne pas faire donner lecture de la partie de la même proclamation où le gouverneur de Paris place en parrallèle la solidité d'autres troupes et les résultats obtenus, où il flétrit énergique-
ment la làchctc et rindisciplineet annonce Tenvoi des coupables devant les conseils de guerre pour y être jugés suivant la rigueur des lois !
On a ^'u précédemment qu'au retour du général Boyer, il fit immédiatement publier les nouvelles mensongères rapportées par lui, comme il avait fait déjà auparavant pour le récit, également erroné de M. Debains, et qu'il refusa cie les faire rectifier, quand le général Coffinières lui eut fait remarquer que ces renseignements étaient démentis par le journal officiel du gouvernement français. Il est vraiment extraordinaire, que dans dépareilles conditions Farmée ainsi trompée par son chef et la population de Metz aient conservé jusqu'à la fin leur énergie.
Au lieu de tenter un dernier effort, le maréchal, avec un entêtement à peine croyable, reprend avec le prince Frédéric-Charles les négociations juste au point où elles se sont arrêtées avec M. de Bismarck, comme s'il avait pu s'imaginer que le commandant de l'armée allemande pouvait lui accorder les conditions refusées par son gouvernement.
Le 24, il envoie au château de Corny où résidait le prince, le général Changarnier, alors très-chaud partisan de la régence, dit le général Coffinières, pour (( demander la neutralisation de l'armée et du territoire qu'elle occupe, avec un armistice local permettant le ravitaillement nécessaire, et offrir de faire appel aux députés et aux pouvoirs constitués en vertu de la constitution de mai 1870, pour traiter de la paix entre les deux puissances. Dans le cas où ce premier
article ne serait pas accordé, le général devait demander que Tarmée fût internée sur un point du territoire français pour y remplir la même mission d'ordre. Enfin, s'il ne pouvait rien obtenir, il demanderait, dans les conditions d'une capitulation, qui serait imposée par le manque de vivres, que Tarmée pût être envoyée en Algérie. »
Comme la chose était facile à prévoir, le général Changarnier ne rapporta qu'un refus formel et catégorique sur tous les points. 11 ne restait donc plus qu'à capituler.