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Procès Bazaine. — Audience du 28 novembre, page

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même sort, qui n entache en rien Thonneur militaire quand, comme vous , on a aussi glorieusement accompli son devoir jusqu'à Textrême limite humaine.

(( Tout ce qu'il était loyalement possible de faire pour éviter cette iîn a été tenté et n'a pas abouti.

(( Quant à renouveler un suprême effort pour briser les lignes fortifiées de Tennenii, malgré votre vaillance et le sacrifice de milliers d'existences, qui peuvent encore être utiles à la patrie, il eût été infructueux, par suite de l'armement et des forces écrasantes qui gardent et appuient ces lignes; un désastre en eût été la conséquence.

(( Soyons dignes dans l'adversité; respectons les conventions honorables qui ont été stipulées si nous voulons être honorés comme nous le méritons. Evitons surtout, pour la réputation de cette armée, les actes d'indiscipline comme la destruction d'armes et de matériel, puisque, d'après les usages militaires, places et armements doivent faire retour à la France, lorsque la paix est signée.

« En quittant le commandement, je tiens à exprimer aux généraux, officiers et soldats, toute ma reconnaissance pour leur loyal concours , leur brillante valeur dans les combats, leur résignation dans les privations, et c'est le cœur navré que je me sépare de vous.

« Ban-Saint-Martin, le 28 novembre 1870.

« Bazaine. »

Le maréchal a^'ait voulu tromper son armée jusqu'au bout. Il savait mieux que personne que, jusqu'après la chute de Strasbourg, c'est-à-dire jusqu'à la lin de septembre, Tarmée prussienne devant Metz n'avait pas dépassé 160 à 170,000 hommes, et que, par conséquent, l'armée française pouvait combattre à égalité*, ayant d'ailleurs pour elle l'avantage de la concentration et du choix du point d'attaque. Les travaux de l'ennemi, dans les premiers temps, étaient fort peu considérables et , à la fin môme , étaient infiniment moins redoutables qu'on ne le disait. Quant aux recommandations de ne détruire ni armes ni matériel, elles dépassent tout ce qu'on aurait pu attendre même de cet homme, car enfin il ne pouvait ignorer que ces armes et ce matériel, une fois aux mains de l'ennemi , seraient immédiatement tournés contre les Français ; et il est absolument impossible d'admettre qu'il ait pu croire un seul moment que tout cela dût jamais faire retour à la France. 11 était parfaitement certain du contraire , l'article VII de l'Appendice, annexé à la capitulation, la faisait suffisamment comprendre ; mais il éprouvait le besoin de témoigner sa reconnaissance aux Prussiens, qui lui avaient laissé la faculté d'emporter ses bagages, ces précieux bagages si glorieusement rapportés du Mexique.

C'est pour cette même raison que les drapeaux ne

I. L'armée du Rhin comptait, au commencement de la campagne, 178,688 hommes, 39,1 52 chevaux, avec 540 bouches à feu.

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furent pas brûlés, sauf ceux des officiers qui, comme les généraux Lapasset, Laveaucoupet, Jeanningros.et quelques autres , ont eu la prudence de se charger eux-mêmes de l'opération. Sans cette précaution, tous les drapeaux de Tarmée de Metz seraient aujourd'hui à Berlin. Il s'est même produit à ce sujet un fait assez étrange. Quand, avant la signature de la capitulation, le prince Frédéric-Charles eut appris qu'un certain nombre de drapeaux avaient été détruits, il fit demander aussitôt combien il en restait. « Quarante et un, )) lui répondit-on. Le jour de la capitulation, il s'en trouva cinquante-trois, qui furent tous livrés quoiqu'il y en eût douze de plus qu'on n'en avait promis aux Prussiens.

La nouvelle de la capitulation, tout attendue qu'elle était, jeta le désespoir dans l'armée et dans la ville. Le maréchal, qui leur avait tant de fois promis de n'accepter que des conditions honorables, les avait donc trompés* ! Un certain nombre d'officiers et de

I . On se rappelle que, dans la réunion du 7 octobre, le Conseil avait décidé à l'unanimité que, si les conditions proposées par l'ennemi n'étaient pas honorables, « on tenterait de se frayer un passage les armes à la main «. Le 22 octobre, le maréchal avait renouvelé formellement cette promesse au général Lapasset. Nous reproduisons, malgré sa longueur, la déposition très-intéressante du brave général (audience du 29 novembre) : « Vers le 20 octobre, je prévoyais ou je pressentais ce qui adviendrait, et j'avais formé le projet de me faire jour avec ma brigade mixte; j'avais étudié les points de passage. Cependant, avant d'exposer la vie de 5, 000 braves gens, je voulus savoir quels étaient les projets et j'allai voir M. le maréchal. C'est le 22 octobre, sur les deux heures de l'après-midi. Le maréchal me reçut avec sa bienveillance accoutumée. Soit qu'il eût connaissance de mon projet, soit que, d'après mes

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soldats se demandèrent même s'il ne devaient pas se refuser à une convention qui n'était pour eux que le

paroles, il pressentît ce que je voulais taire, il me dit : « Lapasset, vovez-vous, pas de coup de tète! il ne faut pas d'action individuelle; il ne faut pas, les uns et les autres, chercher à se faire jour individuellement. Il y en a qui m'ont proposé de faire des sorties par divisions; il ne faut pas faire cela; laissezmoi, voyez-vous, laissez-moi faire et abandonnez toute espèce de projet individuel, n A ce moment, M. le maréchal Canrobert entra. Le maréchal Canrobert a été mon chef pendant bien longtemps; j'ai pour lui le plus profond respect; je m'inclinai ; il me donna la main, et, par respect, par déférence et convenance, je voulus me retirer. M. le maréchal Bazaine me dit : « Mais non, Lapasset, restez, vous n'êtes pas de trop. » Il nous fit asseoir ; il prit une carte, une carte de l'état-major, la déplia devant lui, et, se tournant vers le maréchal Canrobert, il lui dit : « Maréchal, je suis dans une perplexité cruelle; je n'ai pas la moindre nouvelle de Boyer, je n'ai pas la moindre nouvelle de l'Impératrice; nous n'avons plus de vivres, il faut, il faut que nous sortions, et il faut que nous nous fassions jour. » Et alors, indiquant sur la carte, il dit : « Vous, maréchal, avec le quatrième corps, vous serez colonne de droite et vous prendrez la route de Cheminot; Le Bœuf, lui, avec le deuxième corps, formera la colonne de gauche et prendra la route de Strasbourg; moi, je serai au milieu avec la garde impériale et avec la brigade mixte Lapasset. Je serai là pour vous porter secours aux uns et aux autres; mais il ne faut pas nous dissimuler une chose, c'est que le salut est dans nos jambes. Il faut que nous fassions nos soixante kilomètres dans la journée. Malheur à qui tombera! on ne le ramassera pas; et il faut que nous nous dirigions sur Château-Salins. Là, d'après les circonstances, d'après les nouvelles que nous aurons de l'ermemi, je verrai ce que j'ai à faire. Quant à l'artillerie, je n'en ai pas à vous donner, pas plus que de cavalerie. Presque toutes nos pièces sont démontées, elles ne peuvent pas être attelées. La cavalerie, il n'en reste presque plus. Quant aux vivres, il n'y en a pas beaucoup non plus. Enfin on prendra ce qu'il y aura; mais, je le répète, notre salut sera dans nos jambes. » Ces paroles répondaient si bien à mes sentiments intérieurs que je ne pus maîtriser mon émotion, et, me levant, je dis au maréchal : « Oh! monsieur le maréchal, comme votre résolution remplit mon cœur de bonheur ! Enfin nous sommes la dernière armée française, et si nous devons tomber, que la postérité au moins se

résultat et le couronnement d'une trahison depuis longtemps préparée. Tant qu'ils avaient pu douter, ils s'étaient fait un devoir d'obéir au chef qui représentait l'autorité légale ; mais le jour où ils acquéraient la preuve que leurs soupçons étaient fondés, devaientils laisser entraîner avec lui l'armée et la France dans l'abîme où les précipitaient ses machinations aussi criminelles qu'insensées? Leur devoir n'était-il pas au contraire de faire tous leurs efforts pour conserver à la patrie la vaillante armée qu'allait lui faire perdre la scélératesse d'un chef uniquement préoccupé de ses intérêts personnels, et qui, par l'effet même de ses préoccupations, était devenu le jouet et l'instrument des ennemis de la France? N'était-ce pas le cas de se rappeler les paroles de Napoléon I" : « Le souverain ou la patrie commandent à l'officier inférieur et aux soldats l'obéissance envers le général et leurs supérieurs pour tout ce qui est conforme au bien ou à l'honneur au service. Les armes sont remises aux soldats avec le serment militaire de les défendre jusqu'à la mort. Un général a reçu des ordres, des instructions pour employer ses troupes à la défense

découvre devant nous... « Il me dit : « Non, nous leur passerons sur le corps! Allez! nous ne succomberons pas!... » Puis, se tournant vers le maréchal Ganrobert et vers moi, il dit : ce Vous comprenez la gravité de ces paroles, de notre discours, de notre entretien. Je n'ai pas besoin de vous recommander le secret, messieurs. Allez à vos quartiers et attendez mes ordres. « Les ordres étaient pour le lundi. Vous savez tous, messieurs, le lundi, ce qui est arrivé! »

Que devaient penser, le 29 octobre, des officiers qui avaient assisté à de pareilles comédies ?

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de la patrie; comment peut-il avoir Tautonté d'ordonner à ses soldats de livrer leurs armes et de recevoir des chaînes?... Faire mettre bas les armes à une armée en campagne n'est pas même une capitulation; c'est une usurpation de pouvoir, une trahison, une lâcheté. Un général n'a pas le droit de traiter de son armée; il doit combattre jusqu'à la dernière extrémité... Celui qui commande de rendre les armes et ceux qui obéissent sont également traîtres et méritent la peine capitale, » C'est de ces sentiments que s'inspire le Code militaire quand il déclare — article 210 — que « tout général, tout commandant d'une troupe armée qui capitule en rase campagne est puni : 1° de la peine de mort, avec dégradation militaire, si la capitulation a eu pour résultat de faire poser les armes à sa troupe, ou si, avant de traiter verbalement ou par écrit, il n'a pas fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur; — 2° de la destitution dans tous les autres cas. » La loi ellemême leur donnait raison contre l'homme que sa trahison rendait indigne de leur obéissance. Ce n'était plus leur chef du moment qu'il les sacrifiait à des intérêts personnels. Ce dernier effort qu'il refusait de faire avec son armée, pourquoi cette armée ne le ferait-elle pas sans lui?

A ceux qui, par scrupule de discipline militaire, croiraient devoir condamner une pareille tentative, nous demanderons seulement de se reporter par la pensée au milieu des péripéties de cette guerre néfaste. Qu'ils s'interrogent et nous disent quels eussent II. i3

été leurs sentiments, si tout à coup ils avaient appris qu'un général, forçant les lignes prussiennes, même malgré les ordres du maréchal, ramenait à la France 60 ou 80,000 de ses meilleurs soldats! Quelle explosion de joie dans le pays ! Quel triomphe pour nous! Quel dépit chez nos ennemis ! Et quelles conséquences aurait pu avoir sur la suite de la guerre cette heureuse désobéissance! Non, il ne se serait pas trouvé en France un seul homme qui eût eu le cœur de blâmer un soldat d'avoir préféré le danger de mourir à la honte de déposer ses armes et d'avoir fait passer l'intérêt manifeste de la patrie avant les obligations hypothétiques d'une discipline mal entendue !

Malheureusement il était trop tard. Les quelques officiers énergiques qui essayèrent de prendre cette initiative virent bientôt qu'il n'y avait plus rien à faire. La pluie qui tombait à torrent, le défaut d'entente, le manque de temps et l'affaiblissement des hommes^ qui depuis si longtemps souffraient de la faim, empêchèrent de donner suite à cette rébellion héroïque contre la trahison*. Il faut dire aussi que,

I . Quelques petits détachements essayèrent cependant de se frayer un chemin. On cite notamment une centaine d'officiers et de soldats, conduits par un chef d'escadron d'état-major, qui tentèrent inutilement de percer les lignes ennemies. Ils furent tous pris, excepté le commandant, qui parvint à s'échapper. — On sait, par une lettre du colonel d'Andlau, publiée le 22 décembre par l'Indépendance belge, qu'une semblable tentative avait été faite dans les premiers jours d'octobre, pour forcer le maréchal à sortir où à donner sa démission. Voici quelques extraits de cette lettre, qui respire le plus ardent patriotisme : « Et nous avons assisté au honteux spectacle d'un maréchal de France voulant faire de sa honte le marchepied

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sur Tordre de Bazaine, de nombreuses précautions avaient été prises par les chefs de corps pour rendre

de sa grandeur, de notre infamie la base de sa dictature; livrant ses soldats sans armes comme un troupeau qu'on mène à l'abattoir et qu'on remet au boucher; donnant ses armes, ses canons, ses drapeaux, pour sauver sa caisse et son argenterie; oubliant Ll la fois tous ses devoirs d'homme, de général, de Français, et se sauvant furtivement au petit jour pour échapper aux insultes qui l'attendaient, et peut-être à la fureur qui l'aurait frappé!... "Voilà ce que j'ai vu pendant deux longs mois; voilà ce que j'ai écrit, du reste, ce que j'ai dit bien haut, à tel point qu'il m'a menacé de me taire arrêter, ainsi que mon ami S...; mais il n'en a pas même eu le courage ; il m'a refusé cette satisfaction!... Nous avons assisté à une trame ourdie de longue main, dont les tils sont aussi multiples que les motifs, et cet homme a obéi à des pensées si diverses qu'on est à se demander aujourd'hui s'il n'était pas tombé dans cette imbécillité qui semblait être devenue l'apanage de cette honteuse dynastie et de ses créatures... Bien des esprits sagaces ont deviné le mal au début; bien des braves cœurs ont voulu le prévenir, et je vous dirai que ce sera pour moi un honneur d'avoir été un des auteurs de la conspiration qui se formait aux premiers jours d'octobre, pour forcer Bazaine à marcher ou se déposer. Les généraux Aymard, Courcy, Clinchant, Péchot, les colonels Boissonnet, Lewal, Davoust, d'Andlau et moi, nous voulions à toute force sortir de l'impasse vers laquelle on nous précipitait et que les autres ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir... Mais il nous fallait un chef, un général de division dont le nom et l'ancienneté eussent pu rallier l'armée, dont nous aurions arrêté les chefs. Eh bien ! pas un n'a voulu prendre cette responsabilité ; pas un n'a eu le cœur de se mettre en avant pour sauver en même temps et l'armée et la France. Ah ! ils sont bien coupables aussi les généraux et les maréchaux, et ils auront des comptes sévères à rendre devant l'histoire et peut-être devant les tribunaux... Le nom seul de Napoléon nous fait horreur!... Aujourd'hui j'en suis venu presque à comprendre les massacres de 92, les terreurs de la Révolution, et j'ai regretté hautement à Metz de ne pas voir arriver ces anciens commissaires de la Convention aux armées, qui faisaient tomber les têtes des généraux et ne leur laissaient d'autre alternative que de vaincre ou de mourir. » C'est à cette occasion que le général Changarnier, sollicité de se mettre à la tête du mouvement, traita de « brail-

impossible toute invasion. Il tenait à livrer son armée tout entière.

On raconte que, par une singulière ironie du hasard, le dernier mot d'ordre donné à Tarmée du Rhin par le chef qui la trahissait fut Dumouriei^ comme s'il eût voulu, en quittant la France, lui épargner la peine de chercher les causes de cet immense désastre. Il paraît cependant qu'il eut un remords et qu'il songea, au dernier moment, à changer ce mot d'ordre si étrangement choisi dans une pareille circonstance. Un sous-ofïicier envoyé le 28, vers dix heures et demie du soir, pour changer le mot d'ordre et en même temps « pour prescrire aux postes avancés d'empêcher toute évasion et de ne laisser personne s'approcher des lignes , quel que fût le grade », ne put accomplir sa mission. Il fut saisi et gardé à vue par un détachement qui cherchait précisément à sortir du camp pour s>' évader héroïquement à travers l'armée prussienne. Aussi, le lendemain, lorsque Bazaine, comme pour mieux accentuer sa trahison, partit le premier, fuyant l'indignation de ses soldats dont il avait peur, à la sentinelle française qui lui demandait le mot d'ordre, il a dû répondre : Dumouriei,

Il laissait en partant la désorganisation la plus complète. Il n'avait pas même pris ses mesures pour

lards » le général Clinchant et ceux qui voulaient avec lui échapper à la capitulation, et qu'il prononça celte phrase incroyable : « J'aime mieux que l'armée périsse plutôt que de la voir se sauver par l'indiscipline !

que Ton distribuât des vivres à ses soldats; comme si ce n était pas assez du désespoir qui les accablait, les malheureux restèrent sans manger toute la j'ournée du 29. Et ce n est pas tout. Pour mieux les surveiller, les Allemands les entassèrent sous la pluie, dans la vallée, dans des dépressions de terrains où il suffisait de quelques sentinelles placées sur les éminences pour les garder, sans s'inquiéter des souffrances et des maladies qui résultaient de Taccumulation des eaux au pied de ces pentes. Pour comble de misère, on leur avait enlevé, en dépit des conventions, leurs tentes et leurs effets de campement, et la plupart, affaiblis par de longs jours de jeûne et de souffrances, durent, avec des capotes et des chaussures usées, subir encore , sous la garde d'un ennemi impitoyable , toutes les inclémences du ciel et des hommes. Ainsi commençait cette captivité qui devait être pour eux plus meurtrière que tous les combats livrés sous Metz. Onze mille Français laisseront leurs os dans les camps où les parquera F Allemagne victorieuse, tandis que, dans la série des batailles qui commencent à Sarrebrûk pour finir au combat des Tapes, Tarmée du Rhin n'a laissé sur les champs de bataille que 3,704 cadavres. Ce calcul, dressé par le maréchal Bazaine lui-même dans son livre, est la meilleure réfutation de ces prétendues considérations d'humanité qui, à Metz comme à Sedan, ont servi de prétextes à des capitulations plus funestes encore que honteuses.

L'armée avait fait son devoir dans toutes les cir-

constances, et il n'est pas douteux que si elle avait eu un général digne d'elle, elle eût réussi à percer les lignes ennemies. Après le siège il a été constaté que ces formidables travaux d'investissement dont le maréchal se plaisait à faire un épouvantail étaient loin d'être infranchissables. La ville de Metz, abandonnée à elle-même, avait assez de vivres pour tenir au moins jusqu'au mois de janvier, et probablement plus longtemps. Les habitants étaient du reste prêts à tous les sacrifices et le bombardement ne les eût pas plus effrayés que ceux de Strasbourg et de Paris. Tous avaient le pressentiment que l'inaction de Bazaine autour de leurs murs leur serait fatal et, à plusieurs reprises, le maire et le Conseil municipal avaient insisté énergiquement pour qu'on leur laissât le soin de se défendre. Et ce n'était pas une vaine fanfaronnade. Le i3 août, au moment où la retraite sur la Meuse fut décidée, un rapport du colonel, commandant le génie de Metz , avait déclaré que l'état des travaux des forts extérieurs était assez avancé pour les mettre à l'abri d'une attaque de vive force... A la date du i5 septembre, le général Coffinières, commandant la place de Metz, écrivit au maréchal que « l'état des forts était très-respectable, l'armement formidable , l'approvisionnement de 200 coups par pièce )). Le i3 octobre, sur la place d'Armes, ce même général jurait solennellement à la garde nationale et à la population de Metz, ce sur son honneur^ sur son épée, sur sa croix ^ que jamais il ne consentirait à une capitulation; qu'il défendrait Metz jusqu'à

la dernière goutte de son sang; qu'il ferait fusiller immédiatement celui qui parlerait de reddition ou de capitulation, et qu'il se ferait sauter la cervelle plutôt que de signer une pareille honte ». Avec une garnison de 2 5,000 hommes et la garde nationale, Metz pouvait braver toutes les attaques.

Mais qu'importait tout cela à un homme qui ne voyait, dans le désastre de la patrie, qu'un moyen de préparer à son ambition les satisfactions depuis si longtemps convoitées et qui, sous prétexte de fidélité cl son serment, cherchait, en restaurant le gouvernement d'une femme et d'un enfant, l'occasion d'assurer sa propre omnipotence? D'ailleurs, comme il Ta dit, (( pour lui, après Sedan, la question militaire était jugée », et la guerre n'était plus qu'une affaire de jours. 11 ne croyait pas que la France, abandonnée à elle-même par l'inaction de l'armée du Rhin, pût encore songer à une résistance sérieuse. Qui donc oserait , avec des troupes mal armées , sans expérience, sans officiers, tenir tête à un ennemi que Bazaine déclarait invincible? A quoi bon s'occuper de subsistances et d'approvisionnements ? La paix lui paraissait inévitable dans un délai prochain, et alors devait se lever définitivement l'étoile un moment entrevue au Mexique.

Nous nous abstiendrons de signaler ici les conséquences de cette trahison et l'influence qu'elle exerça sur les destinées de la France. Le récit des événements qui vont suivre ne les feront que trop ressortir.

Sentinelle en face de Dugny (novembre 1870).

Dcriiicr avant-poste français sur la Molette (octobre 1B70).

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