‹ La troisième invasionChapitre 18 sur 38 · SIÈGE DE PARIS, DU 21 OCTOBRE AU 6 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

SIÈGE DE PARIS, DU 21 OCTOBRE AU 6 NOVEMBRE

PRÈS Téchec subi à la Malmaison (2 1 octobre) , le gouverneur se mit à préparer la grande sortie par la basse Seine, dont nous avons déjà parlé. Ce plan, imaginé par le général Ducrot, reposait sur une idée qui pouvait être juste. On pouvait croire en effet que les assiégeants, dans leurs travaux d'investissement, avaient dû porter leur premier effort sur les parties du périmètre qui, par leurs conditions naturelles, offraient le plus de facilités pour une sortie. Par conséquent, en

essayant de percer par un des côtés qui paraissaient naturellement les mieux défendus, on devait s'attendre à trouver les postes moins bien gardés et les travaux moins formidables. Ces considérations avaient conduit le général Ducrot et le gouverneur de Paris à supposer que, en jetant sur la basse Seine une armée de 5o à 60,000 hommes, pourvue d'une nombreuse artillerie, il serait peut-être possible d'atteindre Rouen. En passant la Seine entre Épinay et Bougival et en traversant la presqu'île de Bezons, il ne restait plus qu'à franchir la chaîne de collines élevées qui la ferment à la gorge, entre Épinay et La Frette. Le passage de la Seine paraissait devoir être assez facile, si l'on établissait de nombreuses batteries de positions armées de pièces de gros calibre, pour couvrir de feux tout le terrain situé en avant des ponts qui devaient être jetés. Quelques autres batteries bien placées pouvaient empêcher l'arrivée des corps que l'ennemi voudrait amener par le Pecq ou Bougival; et comme les troupes allemandes établies à demeure dans la presqu'île étaient peu nombreuses, on croyait pouvoir réussir. Quand il s'agirait de forcer le passage des coteaux de Sannois, Franconville et Cormeille, il fallait bien s'attendre à rencontrer les Allemands que l'on savait cantonnés à Saint-Gratien, à Ermont, etc., mais on aurait pour appui un corps de troupes qui sortirait de Saint-Denis pour prendre en flanc l'ennemi, tandis que le feu de la place intercepterait le passage des renforts prussiens. D'ailleurs les hauteurs que l'on devait franchir étaient peu for-

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tifiées, au moins dans les premiers mois. De' plus, la veille du jour fixé pour Teutreprise, cinquante mille hommes devaient traverser bruyamment Paris, se porter à la hauteur des forts de Test et menacer par un effort sérieux, bien qu'il ne dût pas être poussé à fond, les lignes de retraite deTennemi et son quartier général de Bondy. C'est seulement le lendemain, dans la nuit, quand Tattention de Tarmée prussienne aurait été attirée par la fausse attaque, et quand Tennemi aurait fait dans cette direction de premières concentrations, que la véritable armée de sortie devait être rassemblée sans bruit dans la presqu'île de Gennevilliers^ prête à passer le fleuve à la pointe du jour, sous le feu d'artillerie qui commanderait la plus grande partie de la zone à franchir. On supposait que, dans ces conditions, elle pourrait s'élever après un seul combat jusqu'aux hauteurs de Cormeille, traverser l'Oise, et arriver à Rouen, puis à la mer. La chose paraissait d'autant plus faisable que, l'occupation de l'ennemi ne dépassant pas alors la ligne de Pontoise à Mantes, il n'était pas impossible que l'armée se trouvât en un seul jour portée en dehors de la région occupée. Elle n'aurait eu qu'à gagner de vitesse les troupes que l'ennemi pourrait lancer derrière elle, en suivant soit la route de Rouen, soit les hauteurs qui dominent la Seine, dont le cours aurait couvert son flanc gauche. Elle aurait atteint en deux ou trois marches un pays riche que les Allemands n'avaient pas encore ravagé, et où probablement ils n'essaieraient pas de la suivre, surtout si des

forces réunies d'avance à Rouen, au Havre, ou venant d'Amiens, se portaient à sa rencontre.

Nous n'avons pas à revenir sur la seconde partie de ce plan qui consistait, comme nous l'avons dit, à ramener à Paris un convoi de vivres pour quinze jours. C'était là incontestablement le côté faible de cette combinaison; mais en laissant à part le ravitaillement qui paraît absolument impraticable, au moins dans les conditions où Ton voulait le faire, il Cbt certain que le succès de ce projet de sortie n'avait rien par lui-même d'impossible.

Ce plan, dont on a tant parlé depuis, était alors complètement ignoré. La presqu'île de Gennevilliers avait été jusqu'au 21 octobre presque complètement abandonnée. Elle était gardée seulement par quelques compagnies de zouaves , réparties en un certain nombre de petits postes fort exposés à être enlevés par les ennemis. Pour éviter ce danger, on leur avait donné ordre de barrer les routes par des barricades. Il est vrai qu'on aurait pu y envoyer quelques-uns des bataillons de marche qu'on faisait se morfondre dans Paris à ne rien faire. Comme le fait remarquer un des officiers qui étaient chargés de la garde de la presqu'île, la garde nationale y eût trouvé une école pratique excellente ^ : ce Couverts par la Seine sur leur front et leur flanc droit; appuyés par Tartillerie du Mont-Valérien et les batteries de Courbevoie, ils pouvaient, sans inconvénient d'aucun

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