I. Les Zouaves à Paris pendant le siège, par A. Ballue
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genre, être mis en première ligne de ce côté. 11 fallait simplement les y appeler en nombre assez considérable pour ne pas leur rendre le service trop pénible. Les postes prussiens, avec lesquels ils auraient pu tout à leur aise échanger des balles d'une rive à l'autre, leur auraient fourni des cibles naturelles. Sans doute on aurait gaspillé beaucoup de poudre, mais on se serait habitué au feu et cela valait certainement mieux que les stations à la cantine ou les interminables parties de piquet de Finutile garde des bastions. Isolés de Paris, cantonnés ou campés, astreints à un service régulier, soumis à une discipline sévère que le voisinage de Tennemi eût facilement fait accepter, les gardes nationaux auraient promptement acquis Texpérience et le /czzVe du métier des armes. Tout cela était simple, naturel, pratique ; — donc cela ne devait pas être fait. »
Après le 21 octobre, pour ne pas gêner la circulation des troupes qu'on se proposait de faire passer de ce côté, on donna ordre de détruire presque toutes les barricades qui avaient été construites à Courbevoie, et Ton poussa activement les travaux. On construisit des redoutes nombreuses, destinées à recevoir la grosse artillerie nécessaire pour assurer le passage de la Seine, depuis les hauteurs qui dominent Rueil jusqu'à l'extrémité de la presqu'île de Gennevilliers. On traça les routes qui devaient conduire aux emplacements choisis pour le passage. La rive de la Seine fut garnie d'abris pour nos troupes et Ton prépara les bateaux pour les ponts.
2o8 LA TROISIÈME INVASION.
Pendant que Texécution du plan de la grande sortie se préparait de ce côté, le général Carré de Bellemare, qui commandait alors à Saint -Denis, conçut ridée de s'emparer du Bourget, occupé par les Prussiens. Sans en référer au gouverneur de Paris, le 28 octobre, avant le jour, il lança sur ce village les francs-tireurs de la Presse. C'était la première fois que nous surprenions Fennemi; et ce devait être la dernière. Il ne fit qu'une faible résistance, et s'enfuit bientôt en nous laissant quelques prisonniers. Au lieu de rappeler ses troupes, le général de Bellemare résolut de garder sa conquête ; il envoya au Bourget les forces dont il pouvait disposer, 5,000 hommes à peu près, sous les ordres du colonel Lavoignet , mais il ne put leur donner que deux pièces de 4 et une mitrailleuse; deux pièces de 12 furent établies à la Courneuve. Le gouverneur, averti de cet heureux coup de main, s'en remit complètement pour garder le Bourget à la garnison de Saint- Denis et ne prit de son côté aucune mesure. Il était cependant bien facile de prévoir que les Allemands feraient tous leurs efforts pour reprendre une position aussi importante.
En effet, dès que la nouvelle arriva au quartier général allemand, ordre fut donné de commencer aussitôt l'attaque. Le 28 octobre, l'artillerie de la garde, postée à Pont-Iblon, ouvrit à dix heures du matin un feu effroyable qui dura jusqu'à quatre heures de l'après-midi. Nos pièces de 4, hors d'état de lutter, se retirèrent après avoir tiré quelques coups.
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Deux heures plus tard, deux compagnies du régiment Empereur-François attaquent la barricade en pavés qui avait été élevée à la hâte à l'extrémité de la rue principale. Nos soldats les accueillent par un feu si bien dirigé que les Allemands quittent précipitamment la place, laissant cinquante-six hommes, dont deux officiers, tués ou blessés.
Le lendemain 29, cinq batteries canonnent le village, pendant que nos soldats s'efforcent de le fortifier avec Taide de vingt soldats du génie envoyés de Saint-Denis. Mais aucun officier n^est là pour diriger le travail. On a oublié de relever une partie des troupes *, des soldats quittent les rangs et retournent à Saint-Denis. On a négligé les précautions les plus essentielles : les abords du Bourget ne sont ni gardés ni même surveillés. Enfin on n'avait toujours pas de canons. Le général de Bellemare s'était rendu deux fois auprès du gouverneur sans pouvoir obtenir ni renforts ni artillerie. Plus tard, cependant, celui-ci se décida à envoyer une dépêche par laquelle il demandait (( s'il y a à Saint-Denis des écuries pour les chevaux des pièces qu'on se dispose à envoyer » .
Cependant les Allemands, furieux de n'avoir pu reprendre le Bourget, recommencent l'attaque le 3o au matin avec des forces plus nombreuses. Pendant que l'artillerie couvre le village d'obus, sans pouvoir mettre le feu aux maisons, attendu, dit un historien allemand, « qu'il n'en restait que les quatre murs nus )), trois colonnes ennemies l'enveloppent à la fois et l'assaillent à gauche, à droite et au nord. Nos
soldats opposent une résistance héroïque; mais leur nombre diminue rapidement, tandis que celui des ennemis s'augmente sans cesse par les renforts qu'ils reçoivent. Au feu de Tennemi se joint celui des forts d'Aubervilliers, de TEst et de Romainville, qui, en canonnant le village pour empêcher les Allemands d'y pénétrer, font plus de mal à ses défenseurs qu'aux assaillants. A la fin, vers une heure et demie, malgré la bravoure des soldats, malgré Ténergie de quelques otîiciers, comme le commandant Baroche et le commandant Brasseur, du 28* de marche, les Allemands forcent Feutrée et prennent un à un les mobiles dans les maisons qu'ils défendent. Huit officiers et une vingtaine d'hommes du 28^ de marche se réfugient dans l'église. Les Allemands, ne pouvant entrer par les portes , escaladent les fenêtres et de là fusillent à bout portant ces obstinés qui refusent de se rendre.
A ce moment même partaient de Paris les canons promis par le général Trochu. Il avait fallu vingtquatre heures pour les trouver.
L'ennemi avait perdu 5oo hommes. En revanche, nous laissions entre ses mains 1,200 prisonniers. Le reste était tué ou blessé, carie village ayant été cerné, un très-petit nombre d'hommes avait pu s'échapper.
L'acharnement de cette défense, improvisée dans les conditions les plus défavorables, puisque la petite garnison du Bourget n'avait reçu ni artillerie, ni renforts, ni direction d'ensemble, avait vivement frappé les Allemands. Le soir même du 3o octobre, le prince de Wurtemberg adressait à la garde un ordre
du jour où nous remarquons cette phrase : « Un village occupé par les meilleures troupes de la garnison de Paris, a été enlevé à Fennemi, qui a défendu chaque ferme avec tant d'opiniâtreté, que souvent les pionniers devaient ouvrir la route à Finfanterie. » . ■
Deux jours après, le général Trochu répondait aux murmures de Paris par cette phrase dédaigneuse : (( Le pénible accident survenu au Bourget par le fait d'une troupe qui, après avoir surpris Tennemi, a manqué absolument de vigilance et s'est laissé surprendre à son tour, a vivement affecté l'opinion. »
Le général adressait aux malheureuses victimes de son incurie le reproche qu'il méritait lui-même. De deux choses l'une : si le Bourget était inutile à la défense, comme il prétendait, son devoir était de le faire évacuer sans attendre le retour offensif des Allemands ; sinon, il devait fournir à ceux qui l'avaient pris les moyens de le garder. La vérité, c'est que la possession du Bourget était très-importante, puisqu'elle nous ouvrait la ligne du Nord, qui jusque-là nous était fermée, et qu'elle forçait les Allemands à reculer de plusieurs kilomètres leur ligne d'investissement. La preuve de cette importance nous est fournie par les vains efforts que devait faire plus tard le général Trochu lui-même pour reprendre cette position, qu'il lui convenait, au i" novembre, de déclarer inutile à la défense. Si le Bourget nous était resté, l'armée de Paris, au 21 décembre, n'aurait peut-être pas été obligée de se replier encore une fois