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en bon ordre. Mais cette importance, le général Trochu ne l'avait pas encore reconnue le 3o octobre ; d'ailleurs on avait pris le Bourget sans son ordre. C'était assez pour qu'il ne se crût pas obligé de veiller à ce que ses défenseurs ne fussent pas massacrés.
La prise du Bourget avait été une grande joie pour la population, sa perte souleva une vive irritation contre le gouverneur. C'était une nouvelle démonstration de son incapacité. Comment espérer de vaincre les Prussiens, si nous ne savions pas même conserver les positions conquises ? A cette cause d'irritation s'en ajoutèrent deux autres : la nouvelle authentique de la capitulation de Metz et le bruit de négociations engagées en vue d'un armistice prochain. Tout semblait se réunir pour exciter et pousser à bout l'impatience publique.
Le 27 octobre au matin, dans le Combat, journal de Félix Pyat, avait paru une note encadrée de noir, annonçant la trahison de Bazaine. Félix Pyat tenait cette nouvelle de Flourens, qui Tavait apprise par Rochefort. Le détail a son importance, puisqu'il prouve que le Gouvernement était au courant des intrigues de Bazaine et qu'il savait^ le 27 octobre, que le général Boyer avait été envoyé à Versailles pour traiter avec la Prusse. On comprend l'émotion que jeta dans la foule la note du Combat. Le Gouvernement s'empressa de la démentir en termes violents. Une note publiée à V Officiel traitait Félix Pyat d'agent prussien et, en revanche, était pleine d'effu-
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2i5 LA TROISIÈME INVASION.
sions lyriques sur « le glorieux Bazaine, qui tenait Tépée de la France d'une main si ferme et si loyale )). On concevrait que le Gouvernement, n'étant pas encore bien sûr de la trahison du commandant de Tarmée du Rhin, eût fait des réserves contre la note très-affirmative du Combat, mais il est difficile de comprendre que, avec toutes les raisons qu^il avait de croire à la réalité de la nouvelle annoncée, il ait cru devoir la démentir avec un pareil emportement, au risque de pousser la population à des actes de violence regrettables. Cette exagération était d'autant plus déplorable qu'il devait bien penser qu'il pourrait être forcé un jour ou deux plus tard, comme il l'a été en effet, de revenir sur ses propres déclarations et de se donner à lui-même un démenti d'autant plus éclatant. Le 29 octobre, un officier prussien, fait prisonnier à l'attaque du Bourget, annonçait la capitulation de Metz au général de Bellemare, qui s'empressa de transmettre ce renseignement au Gouvernement. 11 lui parvint d'ailleurs de plusieurs autres côtés, si bien que le jour même où il avait démenti en termes si amers cette nouvelle, il ne lui restait aucun doute sur sa réalité. Le 3o au matin, le Journal officiel dut reconnaître que le Gouvernement s^était trompé et que le Combat avait eu raison. Ces alternatives de crainte et d'espérance n'avaient pas peu contribué à rendre la foule plus irritable. Et l'on conçoit qu'elles n'avaient rien ajouté au prestige du Gouvernement.
Les bruits d'armistice qui circulaient dans Paris
inquiétaient beaucoup aussi la population. « Un armistice ! Pourquoi ? Pour discuter les préliminaires d'un traité, pour poser les conditions de la paix ? Il ne pouvait avoir d'autre résultat. Or les quatre cent mille combattants renfermés dans Paris n'avaient encore rien tenté de sérieux; ils s'étaient déclarés prêts à tous les sacrifices ; soutenu ou plutôt porté par Topinion, le Gouvernement avait hautement, publiquement, fièrement affirmé sa résolution de poursuivre la lutte jusqu'à ses dernières limites. On ne de^^ait céder « ;// un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses ». Pouvait-on manquer à ces engagements au point de songer à la paix avant d'avoir au moins sauvé l'honneur par un suprême etfort, avant d^avoir éprouvé la valeur des forces immenses que renfermait Paris ? Non ! Et les officiers de l'armée régulière, qui avaient tant de bonnes raisons pour nourrir moins d'illusions que la population de Paris, ne pouvaient l'admettre ^ »
Il ne faudrait pas s'imaginer qu'il n'y eût que les exaltés qui fussent dans ces sentiments. M. Jules Favre, dont le témoignage pèse ici d'un poids considérable, puisqu'il était pour son compte personnel partisan de l'armistice, a dit, dans sa déposition devant la Commission d'enquête parlementaire : (( Les hommes les plus raisonnables, les plus considérables, les propriétaires les plus intéressés à Tordre, ceux qui brillaient par leur esprit de conservation,
I. Les Zouaves à Paris pendant le siège, par A. Ballue, p. 63.
2i8 LA TROISIÈME INVASION.
étaient en proie à la dernière exaltation. L'idée que le Gouvernement pût solliciter un armistice de Tennemi était pour eux intolérable. » L'accord était complet sur ce point dans toute la population. Le rapport de M. Daru constate que, en apprenant les négociations engagées pour Tarmistice, « les journaux jetèrent les hauts cris, se livrèrent aux commentaires les plus malveillants. » — « Cet homme, disait-on, en (( parlant de M. Thiers, est affamé de paix. Après (( avoir intrigué auprès de toutes les monarchies de (( TEurope, il trafique aujourd'hui de Fhonneur de « la France; il veut nous livrer, nous vendre. »
Les municipalités et les clubs tenaient un langage analogue.
Cette négociation, que repoussait la population de Paris, n'avait d'ailleurs aucune chance d'aboutir. Il était invraisemblable que les Allemands, partout victorieux, consentissent à donner bénévolement à la France surprise ce dont elle avait le plus besoin, le temps d'organiser, d'exercer les recrues qu'elle appelait de toutes parts aux armes. On a échoué, disent les uns, parce que les généraux Trochu et Ducrot n'ont pas cru qu'il fût possible d'accepter un armistice sans ravitaillement pour Paris; les autres attribuent cet échec à l'insurrection du 3i octobre, bien que M. de Bismarck ait continué à négocier jusqu'au 3 novembre. En réalité M. de Bismarck négociait avec le gouvernement de Paris comme il avait négocié avec Bazaine, uniquement pour énerver la défense et sans aucune intention de rien accorder. Comptant sur la
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famine pour prendre Paris, chaque jour gagné équivalait à une victoire. A défaut de la question de ravitaillement et de insurrection du 3 1 octobre, on peut être sûr qu'il aurait trouvé quelque autre raison pour repousser les ouvertures de M. Thiers. Il faut une singulière dose de naïveté pour se faire encore des illusions sur les bonnes dispositions du ministre prussien ^ .
Ces bruits d'armistice, la reprise du Bourget et la nouvelle de la capitulation de Metz tombant coup sur coup ont déterminé l'explosion du 3i octobre. Mais pour bien comprendre le caractère de ce mouvement, il faut remonter plus haut et se rendre compte des sentiments qui dominaient dès auparavant dans Tesprit des Parisiens.
Ces sentiments étaient très-complexes. La population, traitée en ennemi par FEmpire, parce qu'elle n'avait pu lui pardonner le crime du 2 décembre, privée de ses droits municipaux parce qu'on savait
I. On a prétendu qu'on aurait pu obtenir à ce moment des conditions de paix beaucoup meilleures qu'après la capitulation de Paris. M. Thiers ayant abordé incidemment cette question dans ses entretiens avec M. de Bismarck, celui-ci lui aurait dit : « Quant à présent, la cession de l'Alsace et de la Lorraine et une indemnité de trois milliards. Après la prise de Paris, la cession de l'Alsace et de la Lorraine et une indemnité de cinq milliards. » Il est impossible de prendre ces paroles au sérieux, quand on songe que dès le i*''" septembre M. de Bismarck demandait déjà l'Alsace, la Lorraine et quatre milliards, et que le ig septembre il disait à M. Jules Favre : « Puisque vous voulez connaître les conditions auxquelles nous ferons la paix, en voici l'exposé général : Vous nous donnerez le Haut et le Bas-Rhin, c'est-à-dire l'Alsace et une partie de la Moselle avec Metz, Château-Salins et Soissons.
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qu'elle aurait nommé des municipalités hostiles au Gouvernement, avait cru tout naturellement que, après avoir si souvent protesté en son nom contre les abus d'autorité qu'on lui faisait subir, ses députés, en prenant possession du pouvoir, allaient lui rendre les droits dont on l'avait privée. Elle était alors pleine de confiance en eux, et il est certain que si le gouvernement de la Défense avait, comme c'était son devoir, procédé immédiatement aux élections municipales, il n'aurait rencontré dans les électeurs aucun esprit d'hostilité.
C'est ce qu'il ne comprit pas. Comme en 1848 et par le même sentiment de défiance contre le suffrage universel, on recula le plus possible le moment de lui faire appel. La population, tout entière à ses. préoccupations patriotiques, et n'ayant pas encore vu à l'œuvre son nouveau gouvernement, ne songea pas d'abord à protester contre l'ajournement de ses droits. Mais les indécisions, les lenteurs de ceux qui avaient pris la charge de défendre la France, l'inaction du gouverneur et les premiers échecs refroidirent bientôt ces dispositions bienveillantes. On s'aperçut avec inquiétude que ces hommes, qui naguère à la Chambre impériale soutenaient si éloqùemment les réclamations de Paris, ne lui appliquaient pas moins les traditions de l'Empire ; on commença en même temps à douter sérieusement que ce fussent là les chefs les mieux choisis pour sauver le pays. Ce doute gagna peu à peu jusqu'aux moins exigeants, et parmi les personnes qui ont assisté aux
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péripéties du siège, il en est bien peu qui n'aient pas, à diverses reprises, senti faiblir leur confiance dans la capacité et Ténergie des hommes auxquels étaient remises à ce moment les destinées de la patrie.
Il y avait donc deux questions, distinctes en apparence : la question des maires et celle de la défense. Mais celle-ci primait de beaucoup Tautre; si Ton n'avait pas cru, à tort ou à raison, avoir des motifs de mettre en doute Tardeur ou les talents militaires des généraux, on aurait beaucoup moins tenu aux élections municipales. On s'imaginait que des maires élus pourraient avoir à cet égard une heureuse influence sur le Gouvernement, et Ton s'attachait d'autant plus à cet espoir qu'on voyait sa répugnance à convoquer les électeurs. La preuve que ce sentiment était bien celui qui animait la grande majorité des habitants de Paris se trouve dans la popularité dont jouissait M. Dorian, dont les opinions politiques , on le sait , n'avaient rien d'excessif. Si, vraiment, les questions d'armement, de sorties et de guerre à outrance n'avaient été, comme on l'a dit, que des prétextes, on n'aurait pas tant acclamé un homme qui n'avait auprès de la population d'autre recommandation que son ardeur, son activité à accroître les moyens de défense. On s'attachait à lui parce qu'on le voyait agir; on s'éloignait des autres parce qu'on les croyait inactifs.
Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que les défiances avaient au moins une excuse dans la série des incroyables revers qui avaient accablé la France depuis
le commencement de la campagne. 11 était impossible de nier que la plupart des généraux avaient été inférieurs à leur mission; on savait que, dans plusieurs circonstances graves, les intérêts du pays avaient été subordonnés à ceux de la dynastie; même avant la capitulation de Metz, des bruits alarmants circulaient sur Fattitude de Bazaine, et Ton pouvait craindre qu'il ne fût pas le seul dans les dispositions qu'on lui attribuait avec juste raison. Quand un peuple a été pendant dix-huit ans soumis à un gouvernement uniquement préoccupé de lui-même et en lutte permanente avec la conscience publique, il est impossible qu'au moment où il se sent précipité dans Tabîme par les calculs à la fois criminels et ineptes de cet égoïsme dynastique, il n'éprouve pas quelque inquiétude en voyant à la tête de l'armée des hommes qui, pour la plupart, étaient les créatures du gouvernement même qu'il avait renversé. Si Ton refuse de tenir compte de ces considérations, il est impossible de porter un jugement exact sur les événements qui se sont alors produits à Paris. Il est certain que, dans de pareilles conditions, le Gouvernement ne pouvait échapper aux suspicions qu'en déployant une activité de tous les instants et en s'associant résolument aux ardeurs delà population. Malheureusement il paraissait hésitant, indécis; il ne craignait pas de laisser voir qu'il doutait lui-même du succès, et, ce qui est plus grave, il avait l'air de croire que les ennemis les plus dangereux pour lui étaient, non pas au dehors,
mais au dedans. C'était le vrai moyen de susciter les II. i5
hostilités qu'on redoutait. Par cette attitude il se condamnait lui-même à la nécessité de vaincre, et il ne faisait rien pour cela. Des victoires seules auraient pu calmer les impatiences et rassurer les doutes, et les victoires lui échappaient précisément parce que, ne croyant pas qu'elles fussent possibles , il s'arrêtait toujours à des demi-mesures, dont Téchec nécessaire le confirmait dans ses irrésolutions. On ne fait rien qu'avec la foi, et la foi manquait complètement au général Trochu*. En somme, comme un trop grand nombre de nos généraux, il songeait beaucoup plus à « sauver l'honneur des armes » qu'à sauver la France. Son ambition n'allait pas au delà d'une défense honorable , et il était parfaitement résolu à rester en règle avec le Code militaire. Là était pour lui la limite de son devoir, comme le Code pénal est celle de ces honnêtes gens dont l'idéal est de ne pas se brouiller avec la justice.
La population de Paris, elle, croyait naïvement^ niaisement si l'on veut, à quelque chose de plus. Il lui paraissait étrange que quatre cent mille hommes, assiégés par un ennemi inférieur en nombre, pussent être réduits à manger leur dernier morceau de pain derrière leurs murailles, sans qu'on voulût même
I. Il faut ajouter à cela l'incroyable désordre qui régnait dans l'administration et dans l'armée. Il y a là une foule de détails dans lesquels le cadre de cette histoire ne me permet pas d'entrer. Si l'on veut se faire une idée des négligences de toutes sortes qui paralysaient la défense, il faut lire le petit livre de M. Ballue : Les Zouaves à Paris. L'officier qui a écrit cet opuscule raconte ce qu'il a vu. Rien n'est plus instructif. Après
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essayer de mettre à Tépreuve leur bonne volonté et leur courage. Elle comprenait que cette tactique la menait infailliblement à la ruine, et les plus modérés se disaient que le salut de la patrie étant après tout la loi suprême, il faudrait bien en venir à sommer le Gouvernement d'agir ou, s'il croyait l'action impossible, de laisser à d'autres la direction des affaires ^
cette lecture il est impossible de garder la moindre illusion sur l'incapacité et l'incurie des hommes qui dirigeaient la défense à Paris.
I . Cette opinion est celle d'un homme qu'on n'accusera pas d'être un révolutionnaire. Dans sa déposition devant la Commission d'enquête parlementaire sur l'insurrection du i8 mars 1871, le général Leflô, ministre de la guerre du gouvernement du 4 septembre, a dit ceci :
« La cause principale de l'insurrection, c'est le mécontentement de la garde nationale, mécontentement résultant de nos opérations militaires et du refus qu'on avait fait d'employer la garde nationale, qui, je crois, se serait très-bien battue. Elle aurait commencé sans doute par se battre médiocrement, mais elle aurait fini par faire un élément de guerre excellent. J'ai dit vingt fois au général Trochu qu'il avait tort de ne pas l'utiliser, qu'il serait forcé de le faire un jour, et qu'alors il n'aurait plus le mérite d'en avoir pris l'initiative. Lui y était assez disposé ; je dois dire que celui qui. s'jr est opposé absolument, c'est le général Ducrot. »
M. Ballue, chef de bataillon de zouaves, termine son livre si plein de faits : Les Zouaves à Paris, par les lignes suivantes :
« A côté du Gouvernement et grâce à sa faiblesse s'était dressée une autorité qui primait la sienne. Cette personnalité hautaine et dominatrice était celle de M. le général Ducrot. Comment il conduisit les opérations qui lui étaient directement confiées — on le sait. Là malheureusement ne s'est pas bornée sa néfaste influence. Le fâcheux contre-coup de son intervention dans les conseils du Gouvernement s'est fait sentir par le rejet de toutes les mesures d'où dépendait notre salut. « C'est à lui, à lui surtout ; à son opposition constante, systématique, qu'est dû ce parti pris insensé de ne jamais faire appel à la bonne volonté, au dévouement de la garde nationale... Ce qui résume
C'est ce dissentiment de plus en plus accentué entre le Gouvernement et la population qui a causé tout le mal et amené la série des manifestations qui aboutirent aux tentatives insurrectionnelles du 8 et du 3i octobre. Sans lui, jamais une insurrection en face de Tennemi n'eût trouvé à Paris assez de partisans pour qu'elle pût devenir dangereuse. Les agitations de plus en plus tumultueuses et menaçantes qui, dans la nuit du 3o au 3 1 octobre, mirent les membres du Gouvernement entre les mains de leurs adversaires, se seraient du premier coup heurtées et brisées contre des résistances insurmontables. Ce quia fait la force des insurgés, c'est bien moins le nombre réel de leurs adhérents que ce sentiment plus ou moins accusé de défiance qui était le résultat naturel et nécessaire de l'inertie du gouverneur. Ceux mêmes qui ne se joignaient pas à eux et qui leur étaient le plus hostiles espéraient vaguement que ces manifestations secoueraient sa torpeur et le pousseraient aux résolutions énergiques.
C'est ce qui explique que, après l'avoir laissé presque toute une nuit aux prises avec les tirailleurs de Flourens, maîtres de l'Hôtel de ville, la garde nationale ne se décida à agir qu'au dernier moment, et lui donna le lendemain 557,976 voix contre 62,638 ^
d'un mot son rôle et son action, ce que l'on peut affirmer sans craindre d'être démenti, c'est qu'il a été le mauvais génie de la défense de Paris. »
I. Il ne faudrait pas croire qu'il n'y eût que les révolutionnaires qui votèrent non. Voici un détail curieux que nous trou-
23o LA TROISIÈME INVASION.
Par suite d'une convention qui avait été négociée entre MM. Dorian et Delescluze, et qui, d'après la déclaration du premier, confirmée par celle de M. Didier, aurait été acceptée par les membres du Gouvernement^, les insurgés ne furent pas inquiétés,
vons dans la brochure du commandant Ballue : « A la suite de cette échauffourée, le Gouvernement crut devoir raffermir son crédit ébranlé par un appel au peuple... et à l'armée, — car l'armée vota. — A notre grand étonnement, il ne craignit pas de nous enfermer tous dans le brutal dilemme d'une formule plébiscitaire ; c'était un peu tôt recommencer les procédés de l'Empire. Son succès d'ailleurs était certain, car personne évidemment ne pouvait songer à le remplacer pour le moment. C'eût été, en dehors de toute autre considération, une grave imprudence au point de vue de la province, qu'il ne fallait ni effrayer ni décourager. Mais nos zouaves, qui ne se piquaient pas d'être de profonds politiques, répondirent fort nettement : Non! à la question qui leur était posée. A Fun d'eux que je pouvais interroger sans indiscrétion, je demandai le soir même dans c|uel sens il avait voté. — J'ai voté non, mon capitaine. — Pourquoi ? — Parce que des généraux comme ceux que nous avons,y n en faut plus ! (textuel). C'était suffisamment clair. Les zouaves ne pouvaient pardonner au général Ducrot d'avoir inutilement et sottement laissé décimer leurs camarades à la Malmaison. Pour eux général en chef et Gouvernement, c'était tout un. Le Gouvernement leur demandait de confirmer ses pouvoirs, ils s'y refusaient. Il n'y avait rien à dire à cela et je me tus. Quant aux officiers ils s'abstinrent pour la plupart. Beaucoup d'entre eux, et j'étais du nombre, résumaient ainsi la situation : renverser le Gouvernement serait à l'heure actuelle une coupable folie, mais il serait non moins imprudent de lui permettre de persévérer dans ses errements. »
I. MM. Dorian, Blanqui, Flourens, Millière et Didier sont absolument affirmatifs sur ce point. MM. Jules Favre et Simon nient formellement. Il est probable qu'au milieu des préoccupations et du tumulte de cette nuit, ils n'ont pas prêté une attention suffisante aux clauses qui leur ont été énoncées ; mais les faits qui ont suivi démontrent péremptoirement que la transaction a eu lieu. Il est peu vraisemblable que sans cela on eût relâché le matin même du i"' novembre tous les prisonniers avec leurs armes.
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sauf 24 qui furent arrêtés deux jours plus tard sous j 'inculpation d'avoir voulu recommencer la tentative avortée du 3i octobre. Ils furent du reste à peu près tous acquittés.
Il est utile de remarquer, comme confirmation de ce que nous avons dit sur la nature des sentiments qui animaient alors la population de Paris, que « les prévenus du 3i octobre reçurent des marques éclatantes d'intérêt, le lendemain même de leur attentat, de la part de presque tous les journaux. Par l'effet même de leur arrestation, les inculpés devinrent l'objet de la sollicitude empressée des organes de ropinion de toute nuance. On blâma sévèrement les poursuites faites contre eux, on réclama avec instance la grâce des coupables. Cette émeute, disait-on, n'était qu'une échauffourée ! MM. Delescluze et Pyat n'avaient cédé qu'à l'entraînement d'une sorte de désespoir patriotique ; on adjurait le Gouvernement de se montrer généreux! » C'est M. Daru lui-même qui fait cette constatation dans son rapport sur la politique du gouvernement de la Défense Nationale sans en comprendre la portée. Rien ne démontre plus nettement que les circonstances avaient créé une sorte d'atmosphère morale dont nous devons aujourd'hui tenir grand compte quand nous prétendons juger les faits qui se sont alors produits. Apprécier les actes des hommes sans les replacer dans les milieux et dans les circonstances qui les expliquent, c'est se mettre dans l'impossibilité de les comprendre et dans l'obligation de leur imaginer des causes toutes plus ou moins
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Avant-poste français devant Fontenay (novembre 1870),
éloignées de la vérité. C'est ce qui explic[ue pourquoi la Commission d'enquête parlementaire sur les actes du gouvernement de la Défense Nationale était condamnée en 1872, après la répression sanglante de rinsurrection de Paris, au milieu des passions et des haines surexcitées, à Timpuissance absolue d'apprécier sainement les événements et les hommes des années précédentes. Elle croyait pouvoir les juger en se plaçant à un point de vue diamétralement opposé à celui qu'avaient imposé les circonstances aux malheureux enfermés dans Paris pendant les quatre mois du siège.
Le 6'novembre, le Gouvernement fit procéder aux élections municipales, depuis si longtemps réclamées, mais en ayant soin de déterminer d'avance par une circulaire, affichée le 8 novembre, le caractère qu'il entendait leur maintenir : « L'élection des maires et des adjoints, disait-il, ne ressemble en rien à celle de la Commune; elle en est la négation. Le Gouvernement persiste à se prononcer contre la constitution de la Commune qui ne peut que créer des conflits et des rivalités de pouvoirs. Quelques-uns de MM. les Maires ayant donné leur démission, il fallait pourvoir à leur remplacement. Le Gouvernement a cru sage de donner aux magistrats municipaux la consécration de l'élection populaire. Les maires et adjoints conservent le caractère d'agents du pouvoir exécutif, qui leur est attribué par la loi. C'est aux citoyens qu'il appartient de choisir les meilleurs administrateurs, les plus dévoués aux intérêts de la cité et de la défense. »
Les élections furent partout favorables au Gouvernement, excepté dans deux ou trois arrondissements, ce qui prouve une fois de plus combien les défiances qu'il nourrissait contre la population étaient alors exai^érées. S'il les eût faites dès le commencement, quand sa popularité n'avait encore reçu aucune atteinte, il n'eût trouvé d'opposition nulle part, et il eût par là même enlevé à ses adversaires un de leurs principaux arguments. Mais il est dans la tradition de tous les gouvernements de se défier de Paris et de faire naître par cette défiance même les difficultés et les dangers qu'ils redoutent alors qu'ils n'existent pas.
Route de Cliampigny. Observatoire dans un grenier (novembre 1870)