I. Les Zouaves à Paris, par A. Ballue, pp
vernement s'y associait par une adresse au général Trochu, toute débordante de louanges et de compliments pour le gouverneur, pour le général Ducrot, pour tout le monde. 11 est vrai que cela ne dura pas longtemps et que la désillusion fut cruelle. Mais il n'en demeure pas moins certain que, le 3 décembre au matin, en ordonnant la retraite, le général Ducrot obéissait simplement à des nécessités stratégiques, et pas le moins du monde au besoin de sauver la société que personne ne menaçait.
Les souffrances étaient pourtant déjà très-grandes. Le pain n'était pas encore rationné, mais la viande Tétait depuis longtemps. Dès le i5 octobre la ration de viande de bœuf et de mouton était fixée à 100 grammes; quatre jours plus tard, elle était réduite à 5o grammes, et, le ii novembre, à 40 grammes.
Le 16 du même mois, la viande de cheval était rationnée à 60 grammes par tête. On pouvait encore choisir entre 40 grammes de bœuf et 60 grammes de cheval, mais on ne pouvait cumuler. Le 26 novembre, la ration de toute espèce de viande fraîche ou salée descendit à 35 grammes et Ton ne pouvait plus choisir. Mais ce qui était plus terrible que le rationnement lui-même, c'était la nécessité imposée aux femmes de venir, dès le milieu de la nuit, former à la porte des bouchers des queues interminables, tantôt sous la pluie, tantôt sous Tâpre morsure d'un vent glacial, par des températures de 10 à i5 degrés de froid. Il est vraiment étrange qu'on n'ait pas trouvé
moyen d'éviter à la population ce supplice de toutes les nuits. C'est un des plus douloureux souvenirs qui soient restés du siège. Ces terribles stations de trois ou quatre heures dans la boue ou dans la neige ont tué infiniment plus de femmes et d'enfants que les terribles Krupp des Allemands; aujourd'hui encore, six ans après le siège, il en meurt qui paient la dette de ces tristes jours. Ajoutez à cela le manque de combustible, le froid mortel des mansardes. Tout cela, la population le supportait sans murmure comme une conséquence du siège. Les femmes partout ont donné Texemple de cet héroïsme passif et obscur, mille fois plus difficile et plus rare que le courage retentissant et souvent théâtral des batailles.
. Et pourtant , comme Ta dit un témoin de ces souffrances, « cette population ne se plaignit pas. Elle ne désespérait pas davantage. C'est son indomptable énergie, son ardent patriotisme qui ont inspiré au gouvernement de la Défense Nationale le peu de bien qu'il a pu faire. Loin que ce fût, selon la coutume, l'autorité militaire qui eût à relever le moral de la population civile, c'est cette dernière au contraire qui empêchait nos généraux de succomber aux lâches défaillances et les retenait sur une pente où ils n étaient que trop disposés à glisser ^ ».
Ceux-ci ne voulaient pas croire à cet héroïsme. Ils aimaient mieux y voir une sorte de folie nouvelle qu'ils appelaient la démence obsidionale . (c Comme