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I. Les Zouaves à Paris, par A. Ballue, p

si ce n'était pas assez des souffrances physiques, dit M. Chaper dans son rapport, cette maladie morale, dont nous avons déjà montré les symptômes, va toucher à sa crise la plus aiguë. La population, bien loin de s'affaisser dans la torpeur, s'enfiévrera de colère; elle ne voudra plus croire même à ce qu'elle verra de ses yeux, même à la famine ; elle voudra, elle exigera qu'on la mène au combat ; elle rêvera d'y aller tout entière avec les femmes et les enfants. Elle n'aura que des éloges pour ceux qui voudront la faire périr par le feu et par la faim ; elle n'aura que des malédictions pour ceux qu'elle soupçonnera de vouloir la sauver. Et il faudra enfin un courage, un dévouement véritables pour oser arracher à une mort affreuse deux millions d'êtres humains devenus presque insensés et qui ne voudront pas de leur propre salut *. »

Le Rapport de M. Daru n'est pas moins affirmatif à cet égard : a Au moment où les provisions s'épuisaient; lorsque, par un froid rigoureux, le combustible commençait à manquer; quand on se voyait sans communication avec la province , en proie à toutes sortes de souffrances physiques et morales, une seule consolation restait à la population de Paris, l'espoir de la délivrance! Toutes les classes de la société partageaient cet espoir et se montraient animées du même esprit d'abnégation et de sacrifice...

I. Rapport de M. Chaper sur V examen, au point de vue militaire, des actes du gouvernement de la Défense Nationale à Paris, p. 192.

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Les femmes consacraient leurs nuits au service des blessés et des malades. Partout éclatait une noble rivalité de dévouement, partout on s'appliquait à secourir les infortunes, à consoler et à relever les âmes. Loin de s'affaiblir, la force morale grandissait avec le péril. Plus tard, lorsque vinrent les mauvaises nouvelles, lorsque les bruits sinistres se répandirent, le moral d'une population composée d'éléments si divers, en proie à de si poignantes inquiétudes, à des besoins si pressants, dut s'en ressentir; mais alors elle était tout entière emportée par un sentiment généreux, par le désir de défendre son pays; elle était résolue à tout. Elle n'avait de colère que contre ceux qui voulaient lui épargner, en la ménageant, d'inutiles dangers. Cependant les souffrances s'accroissaient. On avait froid, on avait faim; on supportait tout sans murmures. Des files de femmes et d'enfants à peine vêtus, pâles et grelottants, se pressaient aux portes des boucheries, recevant, après de longues heures d'attente, par la pluie, la neige et le froid, quelques grammes de viande; et pas une plainte ne se faisait entendre. En ce temps-là surtout, on peut le dire, Paris a été admirable ^. »

Pour répondre au vœu de la population de Paris et pour ne pas laisser seule exposée aux attaques de toutes les forces allemandes l'armée de la Loire, que l'on croyait en marche sur Fontainebleau, le gouver-

I. Rapport de M. le comte Daru sur la politique du gouvernement de la Défense nationale à Paris, pp. 3oi-3o2.

neur se préparait à un nouvel effort, quand, le 6 décembre, il reçut de Versailles la lettre suivante :

(( Mon Général,

(( Il pourrait être utile d'informer Votre Excellence que farmée de la Loire a été défaite près d'Orléans et que cette ville a été réoccupée par les troupes allemandes. Si toutefois Votre Excellence jugera à propos de s'en convaincre par un de ses officiers, je ne manquerai pas de le munir d'un sauf-conduit pour aller et revenir.

(c Agréez, mon Général, Fexpression de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très-humble et très-obéissant serviteur.

« Le Chef d'état-major ^

(( Comte de Moltke. »

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