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LA GUERRE DANS L EST, DU 25 OCTOBRE 187O AU 18 JANVIER 187I

ELFORT fut investi le 3 novembre, mais cette fois les espérances des Allemands devaient être trompées grâce à Fénergie du commandant de la place, le colonel du génie Denfert-Rochereau , et à son entente de la défense. Au lieu de s'enfermer, comme les autres, derrière les murs des forts de la ville, il fit construire des redoutes sur les Hautes et Basses-Perches, et la redoute de Bellevue ferma la trouée entre le fort des Barres et les Basses-Perches. Il enlevait ainsi aux ennemis leurs meilleures situations pour Tattaque, et du même coup les forçait à étendre considérablement leur ligne d'investissement. Malheureusement la garnison n'était pas assez forte pour qu'il fût pos-

sihle de tenir les hauteurs dominantes de Salbert et du mont d'Arsot, tout indiquées pour les batteries ennemies. Mais tous les villages environnants étaient occupés, et le colonel Denfert avait ordonné d'y tenir jusqu'à la fin et de disputer les moindres plis de terrain. 11 savait bien que Tennemi finirait par les prendre, mais c'était toujours du temps gagné pour la défense.

Le 10 novembre eut lieu la première sortie de la garnison, une autre, le lendemain. Le i5 une action plus sérieuse du côté de Bessoncourt nous coûta i36 hommes hors de combat. Le 23, les Allemands attaquèrent à leur tour et enlevèrent la position du Mont. Le 3 décembre ils commencèrent le bombardement de Belfort et du fort des Barres. Dès le premier jour 5,ooo obus tombèrent dans la place. En même temps les ennemis s'emparaient de nos positions avancées, le Bosmont, Andelnans, Froideval, le bois de Bavilliers. Mais en somme l'ennemi n'avait au i" janvier remporté aucun avantage sérieux.

Après le départ du 20^ corps sous les ordres du général Crouzat il n'était plus resté dans l'est de troupes capables de tenir la campagne. Mais le général Werder n'était pas plus tranquille pour cela. 11 était obligé d'occuper un pays très-étendu et qui se prête admirablement à la guerre d'embuscades et de surprises. Auxonne, Dijon, Besançon, Langres, Belfort, renfermaient des garnisons; les francs-tireurs du commandant Bourras tenaient les environs de Pesmes; les garibaldiens étaient à Dole et dans la forêt de la

Serre; toute la population était soulevée contre Tennemi. Malgré la facile victoire qu'il avait remportée le 27 octobre sur le docteur Lavalle, qui s'était fait nommer colonel à titre auxiliaire et commandant des forces réunies à Dijon, la situation du 14' corps allemand était assez menacée pour qu'il n'osât pas profiter de son avantage et marcher sur la ville. Il se préparait à rétrogarder le 3o sur Vesoul et Gray, quand une dépêche du prince Guillaume de Bade vint changer ses résolutions. On lui annonçait que • Dijon ne se défendrait pas. C'était en effet l'intention de la municipalité et du comhé de Défense, mais la population avait refusé de se prêter à cette lâcheté. Quand le 3o le général Werder parut devant la ville, il fut reçu à coups de fusils. Le 3 1 l'ennemi avait reçu des renforts, et la résistance dut cesser.

Le 3 novembre, le commandant du 14^ corps reçut l'ordre de s'emparer de Dole et du chemin de fer du Jura, tout en observant la route de Besancon. A Dole était Garibaldi qui, malgré son âge et ses infirmités, était venu, le 9 octobre, offrir son épée à la France. Le gouvernement lui avait donné le commandement de l'armée des Vosges, qui n'existait pas encore, mais qu'il était chargé d'organiser. Il avait été suivi en France par un certain nombre d'Italiens, dont quelques-uns avaient fait avec lui l'expédition de Sicile et la campagne de Naples. D'un autre côté, quelques centaines d'étrangers Polonais, Hongrois, Espagnols étaient venus se mettre sous ses ordres, quand ils avaient appris qu'il était chargé d'un com-

mandement. A cela il faut joindre une foule de petits groupes, francs-tireurs, volontaires, éclaireurs, guérillas, chasseurs, gardes mobiles, dont les uniformes étaient aussi variés que les dénominations. Au 20 octobre, il avait réuni environ 7,000 hommes. Ce chiffre était à peu près doublé au milieu de décembre, mais il n'a jamais dépassé i5,ooo. Une armée ainsi composée ne pouvait pas avoir une grande cohésion. La valeur des groupes qu'elle comprenait différait encore plus que leurs uniformes et leur provenance. On y trouvait à la fois le meilleur et le pire. A côté de véritables héros, qui se battaient pour la France avec un dévouement absolument désintéressé, se trouvaient une foule d'aventuriers, qu'on ne peut comparer qu'aux condottieri et aux routiers du moyen âge. C'est ce qui explique la contradiction des jugements qui ont été portés sur cette armée. Les uns n'ont considéré que les héros, pendant que les autres n'ont vu que les bohèmes. L'impartialité exige qu'on tienne compte des deux éléments. Si Garibaldi n'avait eu avec lui que des hommes comme Bossack, il aurait pu rendre à la France de bien autres services que ceux qu'il lui a rendus. La vérité est que, quand on songe à ce que valait la plus grande partie de son armée, il est déjà bien étonnant qu'il ait pu faire ce qu'il a fait, et ceux qui l'accusent auraient peut-être été embarrassés d'en tirer un meilleur parti. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que Garibaldi était infirme et malade; dans de pareilles conditions son action ne pouvait pas être bien considérable.

Le 8 novembre, au moment où Werder s'attendait à un mouvement des Français sur Gray, le général Crouzat quittait Besançon pour aller à Gien, où ses troupes devaient former le 20* corps, et Garibaldi se portait sur Autun pour surveiller les défilés du Morvan. Le général Pellissier, avec quelques bataillons de mobilisés, se dirigeait de Chagny sur Paray-le-Monial. Quelques engagements sans grande importance eurent lieu vers Auxonne, Arc-et-Senans, Chambœuf, Nuits et Vougeot. Le 23, Riccioti Garibaldi, par un coup de main hardi, surprit à Châtillon-sur-Seine un détachement de troupes d'étapes et lui enleva plus d'une centaine d'hommes. Werder, pour mettre fin aux alertes que lui causaient les perpétuels coups de main des garibaldiens, résolut de les attaquer vigoureusement. Après avoir concentré des troupes nombreuses à Dijon, qu'on disait menacé par Garibaldi, il plaça le 25 novembre la brigade Keller à Thil-Châtel, la division Schmeling à Fontaine-Française, Chaume et Saint-Maurice-sur- Vingeanne, et le détachement Goltz à Quéligny.

Le même jour, quatre compagnies de la brigade de Bossack, soutenues par un bataillon de mobiles, furent repoussées à Velars par deux bataillons badois. Le 26, près de Fleury, une colonne garibaldienne dut reculer sur Lantenay , mais, au même moment, Garibaldi battait à Pasques le général Degenfeld et le poursuivait jusqu'à Hauteville, où Werder lui envoya des renforts. Pendant que le général allemand prenait ses dispositions pour le len-

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demain, en vue d'un mouvement concentrique, les garibaldiens attaquèrent pendant la nuit et surprirent un bataillon de fusiliers, posté sur le hauteurs à Touest de Darois. Les ennemis accoururent au bruit de la fusillade. Après s'être battus avec le plus grand courage, le garibaldiens furent obligés de céder au nombre et se mirent immédiatement en retraite. Le 3o, les Allemands entrèrent à Nuits sans y trouver de résistance, le général Crevisier ayant ordonné, sans qu'on sache pourquoi, au général Cremer de se retirer sur Beaune. Mais, le lendemain, le général Crevisier était dépossédé de son commandement, et Cremer envoyait aussitôt la 2"^ légion de mobilisés du Rhône et le bataillon de la Gironde, qui chassèrent les Badois.

De son côté, le général Keller arrivait le i^' décembre, à deux heures, devant Autun. Il se disposait à bombarder la ville le lendemain, quand il reçut Tordre de revenir précipitamment sur Dijon. Cremer, ayant appris son mouvement, s'était porté sur Blignysur-Ouche pour lui couper la route, en occupant le défilé depuis Châteauneuf jusque vers les Bordes. Keller, battu, se retira vers Sombernon, d'où il se rabattit le 5 sur Dijon.

Ces combats incessants épuisaient les troupes allemandes. Elles se sentaient d'ailleurs dans une situation très-précaire, ce ne trouvant plus de vivres dans le pays, dit un écrivain allemand, qui a fait l'histoire du 14^ corps, Lœhlein, depuis qu'un décret avait menacé de mort les paysans qui en vendraient à

renncmi )k CcMiimc Ta écrit un autre historien allemand, « Werder a eu à soutenir en Bourgogne une véritable guerre d'Espagne ». Malheureusement il n'y avait aucun concert entre les mouvements des troupes françaises. Cremer, Garibaldi, Pellissier, Bourras, agissaient tous isolément. Avec plus d'accord, ils auraient détruit le 14^ corps allemand.

Le général allemand profita de ce manque d'entente pour diriger, le 18 décembre, une nouvelle attaque sur Nuits, où se trouvaient les seules troupes de C^remer, montant à environ 9,000 hommes avec vingt pièces de canon. L'armée allemande avait environ i5,ooo hommes, avec six batteries complètes. Mais le général Cremer, bien secondé par son chef d'état-major, le colonel Poullet, avait pris d'excellentes positions. Son artillerie, placée sur les hauteurs de Chaux, dominait tout le champ de bataille; ses lignes de tirailleurs, protégées par des plis de terrain, échappaient aux regards de l'ennemi. Ces troupes, ayant confiance dans leurs chefs, se battirent avec une énergie et une solidité remarquables, particulièrement la 32' de marche, le bataillon des mobiles de la Gironde, placé sous les ordres du commandant de Carayon-Latour, et la r' légion des mobilisés du Rhône, qui voyaient pour la première fois le feu, commandés par le colonel Celler. Le combat commança à onze heures. Il se serait peut-être terminé par la défaite des Allemands, sans la panique d'une partie du 3' bataillon de la 2' légion du Rhône, qu'il

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fut impossible de ramener au combat ^ Cette débandade livra rentrée de Nuits aux Allemands. Après avoir concentré toutes ses troupes sur le plateau de Chaux, que Tartillerie rendait inabornable aux Allemands, Cremer eut un moment la pensée de recommencer la lutte le lendemain, avec les renforts qu'il comptait recevoir d'Autun. Mais les munitions manquaient pour une seconde journée et il dut se résigner à ordonner la retraite sur Beaune.

Nous avions perdu dans cette bataille environ quinze cents hommes, tués, blessés et disparus. Les pertes de Fennemi étaient beaucoup plus considérables. Des renseignements, trouvés plus tard à Tintendance prussienne de Dijon, les ont fait porter au chiffre probablement exagéré de sept mille deux cents. Le colonel Poullet adopte l'évaluation du capitaine anglais Hamilton, attaché à Tétat-major de Werder, qui les porte à 900 tués et plus de deux mille cinq cents hors de combat. Cette différence entre les pertes des deux armées s'explique par la situation dominante de Tartillerie française. Werder, épouvanté de sa victoire, s'empressa de rétrograder. Si Garibaldi avait eu l'heureuse inspiration de marcher sur Dijon pendant que Werder se portait à Nuits, il aurait pu lui couper la retraite et peut-être détruire cette armée profondément démoralisée en ce moment. Le commandant Bourras établi à Seurre, à 22 kilomètres

I. Ce sont les récils de quelques-uns de ces fuyards qui excitèrent à Lyon l'effervescence dont le brave et honnête commandant Arnaud fut la victime.

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de Nuits, aurait pu ci;alement en tombant sur les derrières de l'ennemi, pendant la bataille, assurer sa défaite.

Malgré tout, la bataille de Nuits eut des effets considérables. En démoralisant Tarmée de Werder, elle empêcha une expédition projetée sur Saulieu et, ce qui est plus important, elle sauva de la destruction les chemins de fer au sud de Besançon, qui allaient prochainement être utilisés pour l'expédition dans TEst.

Nous ne raconterons pas toute la série des petits combats qui continuèrent à se produire dans cette région. Le plus important fut celui de Dombront-le- Sec, où 7,45o Prussiens furent mis en fuite.

Le 26 décembre, le général Werder apprenait la marche de Bourbaki vers TEst, et se hâtait de concentrer ses troupes à Vesoul.

On se rappelle que, le 19 décembre, Bourbaki, sur Tordre du ministre de la guerre, avait commencé les préparatifs d'une opération sur Montargis, dans laquelle il paraissait avoir peu de confiance. M. de Freycinet, qui la redoutait également, envoya à M. Gambetta M. de Serres avec une lettre où il exposait ses craintes à cet égard, et proposait une expédition dans TEst. Le ministre de la guerre consentit à modifier ses plans, et M. de Serres se rendit le même jour à Baugy, où était le général Bourbaki, qui accepta immédiatement de marcher sur Belfort. « Cette opération, dit M. de Serres dans sa déposition, consistait à transporter dans TEst, par les voies

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ferrées, Tarmée du général Bourbaki et à la déposer aussi près que possible de Tennemi. De là, après ravoir renforcée de la totalité des troupes disponibles dans ces régions, on la faisait remonter, ayant à sa gauche le corps commandé par le général Garibaldi dans la vallée de la Saône ; on débloquait Belfort au passage et, en appuyant la partie droite de Tarmée sur les Vosges, on menaçait la base des communications de Tennemi, pour attirer dans l'Est les forces de V Ouest et de Paris, qui alors obligeaient le général Chanzy à la retraite sur Laval et la Bretagne. L'opération de l'Est est donc définie d'une façon nette, complète dans ce but \ Attirer dans l'Est les forces prussiennes de l'Ouest. Elle n'a jamais eu d'autre but et ceci est contenu dans maintes et maintes dépêches donnant le programme de cette campagne. »

Cette conception, éminemment stratégique, pouvait avoir les plus heureux résultats. Si l'on réussissait à détruire Tarmée de Werder et à faire lever le siège de Belfort, comme on pouvait Tespérer, les communications des armées allemandes se trouvaient menacées. Bourbaki, appuyé aux Vosges, se trouvait dans une excellente situation pour tenir tète aux forces qui seraient envoyées contre lui. Ces forces, d'ailleurs, n^auraient pas pu être bien considérables, car on devait croire que Chanzy, Trochu et Faidherbe se seraient empressés de prendre une vigoureuse offensive contre les troupes qu'ils avaient devant eux, et que le succès de Bourbaki sur leurs derrières auraient singulièrement ébranlées. Les récits des histo-

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riens allemands sont unanimes dans Texpression des inquiétudes, on pourrait presque dire de la terreur, que jeta sur nos ennemis la nouvelle inattendue de cette grande diversion.

L'essentiel était d'aller vite, pour ne pas leur laisser le temps de se mettre en mesure de repousser nos attaques; et, malheureusement, c'est ce qui ne fut pas possible. Cette opération, déjà bien tardive et qui aurait eu beaucoup plus de chances d'aboutir si elle avait pu être mise à exécution un mois p)lus tôt, se trouva encore retardée par la mauvaise organisation de nos chemins de fer et de nos gares au point de vue militaire, et par Tinexpérience de nos officiers en ce qui touche les transports de troupes. La concentration qui devait être faite en quatre jours n^était pas achevée à la fin de décembre, et le 1 5^ corps ne fut entièrement réuni que le i6 janvier. Aussi l'ennemi eut-il tout le temps de prendre ses mesures, de choisir et de fortifier les points où il voulait arrêter les Français.

Malgré cela, il fut battu à Villersexel le 9 janvier, après une lutte de vingt heures consécutives. La bataille, commencée à huit heures du matin, ne finit que le lendemain matin à quatre heures. Pour des jeunes troupes, dont une grande partie n'avait jamais vu le feu, c'était un effort qui pouvait donner bien des espérances. Malheureusement ces espérances devaient être cruellement déçues dans les journées des i5, 16 et 17 janvier, à Héricourt.

Le général Werder, qui n'avait à Villersexel que

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35,000 hommes, avait reçu de nombreux renforts. A Héricourt, il disposait de 55,ooo hommes. Dès le i"' janvier, il avait commencé à fortifier la vallée de la Lisaine. Descanonsde gros calibre avaient été empruntés au siège de Belfort pour armer le mont Vaudois, dont le contre-fort sud s'avance en forme de bastion sur la Lisaine. Toutes les hauteurs furent garnies de batteries ; les ponts et les routes par lesquels pouvaient passer les Français furent minés. Cela fait, on attendit.

Bourbaki, sans s'inquiéter de ces formidables défenses, ne craignit pas de les attaquer de front. La vérité, c'est qu'il ne se doutait pas de leur existence. Comme tous les généraux de l'Empire, il dédaignait les reconnaissances et, par conséquent, était très- mal renseigné sur les dispositions de Tennemi. Malgré cette faute, la victoire était cependant encore possible grâce à l'ordre qu'il avait donné d'exécuter sur la droite de l'armée allemande un mouvement tournant qui devait porter un corps de troupes considérable sur les derrières de Tennemi. A ce point de vue, l'idée première de son plan était heureuse et, à un moment donné, le général Werder, coupé de Belfort, pouvait se trouver dans une situation très-précaire. Malheureusement les ordres furent transmis avec si peu de précision et d'intelligence, qu'aucun des mouvements nécessaires ne put se faire à propos et que le plan général de l'attaque se trouva complètement interverti^ .

I . Le chef d'état-major général de l'armée de TEst était offi-

VlLI.EUSEXEL-nÉUICOURT

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(( L'idée i^cnérale du plan de Bourbaki, dit le colonel Poullet, était excellente. Attaquer les Prussiens par la droite d^ibord, puis par le centre, afin détromper Tennemi et de le retenir dans ses positions, faire alors avancer le iS'' corps et la division Cremerpour écraser et déborder la gauche de Tennemi, vraisemblablement dégarnie : tel était le plan du général en chef de Tarmée de TEst. C'était donc un mouvement successif dont la réussite semblait assurée par une vigoureuse démonstration à droite et au centre. A

ciellement le général Borel, officier instruit et exact, sur les services duquel il était permis de compter. Par malheur, le vénérai Bourbaki laissa usurper ses fonctions par un de ses aides de camp, le colonel Leperche, qui semble n'avoir eu aucune des connaissances ni des qualités exigées parla fonction. En réponse aux reproches adressés aux généraux Gremer et Billot dans le rapport de M. Perrot, appuyé sur les dépositions de M. Leperche, le colonel Poullet, chef d'état-major du général Gremer, a publié dans le Spectateur militaire (livraison i3o et suivantes) une série d'articles véritablement accablants pour les accusateurs. Il y démontre que les ordres de mouvements ont été donnés par un homme qui ne se rend compte ni de la valeur des termes ni de la signification des cas , ni des dispositions prises par les ennemis . Le calcul des heures de marche est fait comme s'il n'y avait aux environs d'Héricourt ni montagnes ni Allemands. Un télégramme contenant l'annonce et le plan de la bataille pour le lendemain, est envoyé le 14 janvier; à deux heures, à Lure, occupé en ce moment par l'ennemi, ce qui a pour conséquence, non-seulement d'empêcher le général français auquel il est adressé de faire le mouvement prescrit, mais encore de permettre au général allemand de renforcer immédiatement le point où il doit être attaqué et de dégarnir sans danger ceux qu'il sait ne devoir pas être menacés. Ge qui est plus étrange encore, le rapporteur de la commission d'enquête, instruit de ces faits par le colonel Poullet, et après avoir promis par lettre d'en tenir compte , les passe sous silence et persiste à faire retomber sur le général Gremer la responsabilité de l'incroyable légèreté de l'aide de camp du général Bourbaki.

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