II
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tous les points de vue, le mouvement tournant par la gauche était commandé ; on coupait ainsi aux Allemands leur ligne de retraite, on les rejetait en Suisse ou on les forçait à capituler. »
Mais par suite de l'itinéraire imposé à Cremer, celui-ci avait à parcourir en quatre ou cinq heures quarante kilomètres, par des chemins affreux, ce qui suffisait déjà pour rendre impossible son arrivée en temps utile ; de plus, il avait à déloger les ennemis de Chenebier, ce qui faisait commencer la bataille juste du côté opposé à celui où le général en chef voulait qu'elle fût engagée, et appelait tout d'abord Tattention des Allemands sur le point où il importait qu'elle ne se portât pas. Dans ces conditions, le mouvement tournant devenait un mouvement tourné.
Cependant Chenebier ayant été enlevé aux Prussiens, on pouvait encore remporter la victoire en abandonnant Fattaque de front du Mont-Vaudois et en se bornant à une fausse attaque sur Chagey, pendant que la gauche de Tarmée pousserait droit sur Frahier, de manière à atteindre Belfort par la route de Lure. Mais la nouvelle de l'approche de Manteuffel, avec 60,000 hommes en partie détachés de Tarmée de Paris, fît renoncera ce projet, par crainte de se trouver pris entre deux armées.
Il est regrettable que, le i5, Bourbaki n'ah pas laissé Cremer suivre, comme il le voulait, la route de Lure à Belfort. Par cela seul les Prussiens eussent été tournés et coupés de leur ligne de retraite, qui était la route d'Epinal. « Cette manœuvre était d'au-
tant mieux indiquée, dit le colonel PouUet, que Grenier, arri\ant à Lure, n'avait pas besoin de faire une marche de flanc, toujours très-périlleuse, pour déborder Tennemi ; mais n'avait qu'à marcher droit devant lui par une très-belle route, dans la plus large des vallées qui mènent à Belfort. » On sait d'ailleurs par les récits des Allemands eux-mêmes qu'il n'y aurait trouvé personne pour lui disputer le passage.
Werder aurait été par là obligé de sortir de ses positions -, il perdait le bénéfice de son artillerie de position et de ses retranchements sur le Mont-Vaudois, à Montbéliard et à Héricourt, et l'extension même de sa ligne le plaçait dans une position trèsdésavantageuse.
Cette opinion de Cremer et du colonel Poullet s'accorde complètement avec celles de de Moltke, de Denfert et du colonel fédéral Lecomte. « Les ordres de la division Cremer, dit ce dernier, sont incompréhensibles et opposés à l'intention, très-juste en principe, du grand état-major qui est censée y avoir présidé. )) Il va jusqu'à se demander s^il n'y a pas eu « erreur de noms propres, de copiste qui prit Chenebier ou Chagey pour Frahier, et Mandrevillars pour Chalonvillars ^ » .
T. A ce propos, il est bon de constater que les volumes publiés par la Commission d'enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense Nationale, et surtout ceux qui contiennent les dépositions, sont littéralement criblés de fautes qui défigurent entièrement un grand nombre de noms propres de personnes et de localités'. Il est étrange qu'on n'y ait pas apporté plus de soin.
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Mais à quoi bon nous arrêter à ce qui eût été possible ? Le fait est que, comme le dit le colonel Lecomte, le plan réel de Bourbaki « ne fut ni sérieusement essayé ni formellement ordonné » . Le général en chef de Tarmée de TEst, ajoute-t-il, « ignora sans doute que la position allemande n'avait pas encore été réellement attaquée comme il Tavait désiré, c'està-dire de flanc en même temps que de front ; et cela tint peut-être à ce qu'il n'avait pas fait suffisamment reconnaître le terrain et les positions ennemies le 14 et le i5, à ce qu'il ne sut pas que la droite allemande, au lieu de finir à Chagey, comprenait encore Etobon, Chenebier, Echavannes et même les abords de Frahier ».
En s'entêtant trois jours de suite à poursuivre la partie de son plan qui était inexécutable, l'attaque directe des positions fortifiées, sans s'inquiéter de savoir si le mouvement tournant, qui seul pouvait aboutir, avait été dirigé convenablement, Bourbaki épuisa inutilement son armée et la mit hors d'état de pouvoir ensuite rien entreprendre de sérieux.
Nos pertes dépassaient 6,000 hommes ; celles de l'ennemi, qui avait combattu dans des positions fortifiées, ne s'élevaient pas à deux mille. La retraite fut ordonnée, malgré l'insistance de quelques officiers qui croyaient qu'en reprenant sérieusement le mouvement tournant, on pouvait encore réussir. Mais l'approche de Manteuffel effrayait Bourbaki. Il craignait, en cas d^un nouvel échec, de n'avoir plus le temps de sauver son armée.