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I. Les Zouaves à Paris, par A. Ballue^ p

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périmètre de Paris, attaqués de dix côtés différents, trouvent moyen de faire affluer les renforts à Fheure précise sur le point important ; et le général en chef de Tarmée française, avec 100,000 hommes en ligne à quelques kilomètres, n'ayant qu'un signe à faire pour porter les forces nécessaires sur le lieu de faction, reste spectateur impassible des vains efforts de quelques régiments écrasés par faccumulation incessante des troupes ennemies ! Ce fait est d'autant plus incroyable que le Bourget est placé à moins de trois kilomètres des forts de F Est et d'Aubervilliers. Pour une affaire où, suivant le général Ducrot, nous comptions surtout sur la supériorité de notre artillerie, il est étrange qu'on ait commencé par jeter des hommes contre des maisons et des murs qu'il eût été possible de renverser à coups de canon.

Nous avions en effet une artillerie au moins égale à celle de l'ennemi, mais on ne voulait pas s'en servir. Puisque l'occasion s'en présente, nous devons dire quelques mots de cette question si grave. Nous empruntons nos renseignements au récit d'un officier qui a suivi de près toute cette affaire, et qui en parle en connaissance de cause.

(( Dès le début de la gueiTe, dit M. Ballue, il avait été facile de constater combien l'artillerie prussienne était supérieure à la nôtre au point de vue de la portée, de la rapidité et de la précision du tir. Quand on organisa l'armée de Paris, il fallut lui donner des canons, et pour cela en fondre, car tout ou presque tout avait disparu dans le désastre de

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Sedan. Au lieu de fabriquer des pièces de 4, condamnées par une rude expérience, ne valait-il pas mieux créer un modèle nouveau, plus en harmonie avec les exigences de la science moderne? Tel fut Tavis d'un certain nombre d'ingénieurs, d'officiers et particulièrement du ministre des travaux publics, M. Dorian, qui déploya en cette circonstance un zèle, une activité, une intelligence au-dessus de tout éloge. Mais, chose incroyable et pourtant vraie, le Comité d'artillerie trouva mauvais cet empiétement sur ses attributions, et le général Trochu, professant au plus haut point le respect des traditions, n'osa pas rompre en visière avec les ridicules préjugés du Comité, ni briser ses sottes résistances.

(( Heureusement que l'initiative privée ne se laissa pas décourager. Un modèle de canon du calibre de 7, se chargeant pas la culasse, fat adopté, et la fonte commença immédiatement. L'essai de ces canons mit en relief certaines imperfections de détail, ce qui était fort naturel, puisqu'ils sortaient des mains d'industriels peu au courant de cette fabrication. Le Comité en prpiita pour chanter victoire et condamner sans appel les canons se chargeant par la culasse. On le laissa dire. Les imperfections furent corrigées et la fabrication continua. Les fonds manquant, les bataillons de la garde nationale se cotisèrent pour offrir des canons au Gouvernement de la Défense Nationale — qui ne put moins faire que d'accepter. Seulement il continua à ne pas se servir desdits canons.

L'opinion s'émut, la presse pria et menaça, si

LA DÉFENSE A PARIS. 33j

bien que, le 3o novembre, une batterie de pièces de 7 fut envoyée sur le plateau d'Avron. J'ignore ce qu'on en fit, mais j'ai vu à l'œuvre une de ces batteries le 2 1 décembre et, de celle-là, je puis parler en connaissance de cause. Elle avait été établie en avant du Drancy et se trouvait à notre gauche. Grâce à la rapidité et à la précision de son tir, grâce à la longue portée de ses pièces, elle a pu tenir tète seule à quatre batteries prussiennes. Pendant trois heures, nous sommes restés à sa hauteur; nous l'avons vue continuer son feu sous une pluie d'obus que l'artillerie prussienne envoyait à toute volée. Ce qui lui permettait de tenir, c'est que, en raison de la distance, le feu de Fennemi avait en grande partie perdu sa précision. Et la preuve, c'est qu'une batterie de 12, ayant voulu se porter en avant pour se mettre à bonne portée, dut battre en retraite avant d'avoir tiré un seul coup de canon, tant fut violent l'orage qui s'abattit sur elle. Si maintenant on nous demande pourquoi nous n'amenions pas plus de ces excellentes pièces de 7 sur le champ de bataille, la réponse est simple : cela ne convenait pas au Comité d'artillerie et, pour rien au monde, le général Trochu n'aurait voulu contrarier ce respectable Comité ; quant à l'industrie privée, elle avait fondu 3oo canons ! »

C'est pour cela que, à toutes les sorties, nos soldats ont dû attaquer à la baïonnette des murs crénelés !

Le nouvel échec du 21 décembre acheva de décourager une partie des troupes. C'est ce jour-là

que, pour la première fois, on entendit des mobiles saluer leurs généraux par les cris : « La paix ! la paix! )) C'est alors que le Gouvernement commença à entrevoir que le général Trochu n'était décidément pas un Alexandre et que Paris risquait fort avec lui d'aller tout doucement à la capitulation, comme Metz, par une voie moins scélérate, il est vrai, mais tout aussi sûre. Quant à la population et à l'armée, il y avait longtemps qu'elles avaient cette conviction. Le général, qui s'aperçut de l'impression produite, s'efforça de calmer l'irritation de la garde nationale en lui adressant des compliments qui ont été depuis largement compensés par les injures de ses lieutenants. Le 22, le Journal officiel publiait la note suivante :

(( La journée d'hier n'est que le commencement d'une série d'opérations. Elle n'a pas eu, elle ne pouvait guère avoir de résultats définitifs. Mais elle peut servir à établir deux points principaux et importants : rexcellente tenue de nos bataillons de marche engagés pour la première fois, qui se sont montrés dignes de leurs camarades de l'armée et de la mobile, et la supériorité de nos artilleurs, qui a complètement éteint le feu de l'ennemi. Si nous n'avions pas été contrariés par l'état de l'atmosphère, il n'est pas douteux que le village du Bourget serait resté entre nos mains. A l'heure où nous écrivons, le général gouverneur de Paris a réuni les chefs de corps pour se concerter avec eux sur les opérations ultérieures. »

En conséquence, [le général du génie Tripier fut chargé d'exécuter des travaux d'approche qui devaient

permettre de reprendre avec plus de succès Fattaque du Bourget. Mais le froid devint bientôt intolc}rable. Le thermomètre descendit à quatorze degrés et la rigueur de cette température était encore aggravée par la violence du vent. Il se produisit jusqu'à 900 cas de congélation dans une seule nuit. Il fallut faire rentrer les troupes, et tout projet de sortie fut abandonné.

(( Nous avions espéré une bataille décisive, a écrit M. Jules Favre, et nous n'eûmes qu'une escarmouche. Le vaste périmètre qui lui servait de théâtre, le nombre considérable de combattants rassemblés pour y prendre part ne mirent que mieux en relief la disproportion de Teffort et du résultat. Aussi Témotion de Paris fut profonde et les accusations déjà peu ménagées au général Trochu redoublèrent de violence. »

Le 27 décembre au matin les Allemands ayant achevé d'installer leurs batteries de siège, commencèrent le bombardement du plateau d'Avron et des forts de Rosny, de Noisy et de Nogent. Le plateau, sur lequel, depuis un mois qu'il était en notre possession, on n'avait élevé aucun abri pour les troupes, dut être évacué dans la nuit du 28 au 29. Le 5 janvier les forts de Montrouge, d'Issy et de Vanves furent attaqués à leur tour, mais cette fois les Allemands ne se contentèrent plus de tirer sur les forts. Pour effrayer la population, ils envoyaient, la nuit, leurs obus sur toute la partie de la ville qu'ils pouvaient atteindre. La limite extrême atteinte par leurs projectiles « peut, dit le général Vinoy, être déter-

minée par une ligne partant de la Muette et traversant la Seine au pont d'Iéna, en passant par le Trocadéro et le cimetière de Passy, cette ligne se dirigeant ensuite sur Tesplanade des Invalides qu'elle traversait de biais pour aller rejoindre, par Téglise Saint- Sulpice plusieurs fois touchée, la Seine au Jardin des Plantes et arriver enfin aux fortifications en arrière d'Ivry. » Une protestation, adressée au comte de Molke contre ce procédé sauvage ne produisit aucun effet. Les Allemands ayant renoncé à un siège en règle, ne voulaient pas se priver de ce moyen psychologique de hâter la capitulation. Ils ne réussirent qu'à exaspérer le patriotisme des Parisiens. « L'étonnement, écrit M. Chaper, devint de la stupéfaction, puis de rindignation, quand on eut reconnu que les objectifs désignés aux pointeurs étaient d'abord les hôpitaux, puis les églises, les asiles, les étabHssements scientifiques et enfin les cimetières » .

MM. de Moltke et de Bismarck ont beau attribuer ces erreurs à Fétat de l'atmosphère et à l'éloignément des batteries de siège, ils ne feront croire à personne que leurs pointeurs, dont ils sont si fiers, aient été assez maladroits pour envoyer régulièrement leurs obus à deux ou trois kilomètres au delà des points qu'ils visaient. Quelque bonne volonté qu'on y mette, il est impossible d'admettre que pareil accident puisse se reproduire dix mille fois de suite, car tel est à peu près le nombre des obus qui sont arrivés dans les six arrondissements du sud de la ville.

La population, malgré ses souffrances physiques

et morales, ne se lassait pas cependant d'espérer. (( On attendait, écrit M. Chaper, que nous tenons à citer, précisément parce qu'il est peu suspect de partialité pour les Parisiens, on attendait, non pas sans murmure, non pas sans colère, mais sans défaillance. On attendait quoi ? Que sais- je ? Un retour de cette fortune que la France avait connue si clémente et qu'elle trouvait si implacable, une victoire de Chanzy, un succès de Faidherbe, un triomphe de Bourbaki? On attendait surtout une sortie, un combat. Tous ceux qui ont vu les derniers jours du siège nous l'ont rapporté, un sentiment dominait les souffrances, les craintes, les lassitudes. Qu'on le nomme orgueil ou qu'on l'appelle honneur, il n'importe. Ce sentiment, c'était qu'il fallait résister jusqu'à la dernière extrémité et qu'il fallait combattre encore avant de succomber. Si nous revenons sur ce fait, que nous avons déjà signalé, c'est qu'il nous paraît à la fois juste et utile d'en faire ressortir la signification morale. Nous n'abuserons pas, on ne l'a que trop fait, des grands mots et des superlatifs. Mais il nous sera permis de signaler cette résignation à supporter les privations du corps et de 1 ame, cette volonté devenant de l'obstination et qui faisait trouver, après plus de cent jours de siège, à la grande majorité d'une population de deux millions d'âmes, non pas qu'on avait assez attendu et qu'il fallait capituler, mais que l'honneur exigeait davantage, et qu'il fallait se battre encore. Il nous sera permis de dire que ce ne sont pas là les signes d'une nation tout à fait

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décrépite d'où la vie se retire et où le cœur ne bat plus. Nous avons tant souffert, non-seulement des défaites et du démembrement de la France, mais surtout de la crainte effroyable, — pourquoi ne Tavôuerions-nous pas ? — qu'elle ne fût atteinte jusque dans son âme, qu'il faut nous pardonner notre émotion. C'est une joie profonde de recueillir, quand nous les rencontrons, les preuves qu'elle n'est pas encore perdue, cette France si meurtrie, puisqu'on y sait encore et souffrir et combattre et se sacrifiera »

Le commandant du fort de Montrouge, l'un des plus maltraités par le bombardement, le capitaine de vaisseau Admet, a déclaré, devant la Commission d'enquête, que jamais il n'avait vu de troupes si admirables ».

Le 21 janvier le bombardement s'étendit au nord. Les forts et la ville de Saint-Denis furent criblés d'obus et les travaux d'approche furent commencés de ce côté. Une première parallèle fut creusée. On commençait à s'apercevoir que l'effet psychologique du bombardement ne suffirait pas et l'on préparait une attaque de vive force.

La situation s'aggravait donc de jour en jour et le Gouvernement voyait avec terreur approcher le moment où il faudrait annoncer à la population que le pain allait manquer. Tout le monde sentait qu'il

I. Rapport de M. Chaper, au nom delà Commission d'enquête parlementaire sur les actes du Gouvernement de la Défense Nationale, pages 260-261.

fallait auparavant tenter un effort suprême, mais on n'avait plus aucune confiance dans les capacités du général lYochu. Le lendemain de la ridicule affaire du Bourget, MM. Jules Favre et Jules Simon étaient allés le trouver pour lui demander des explications ; il leur avait, disaient-ils, « promis une nouvelle affaire plus vigoureuse » et leur avait remis une lettre par laquelle il conseillait au Gouvernement de prescrire des prières solennelles pour appeler la protection du ciel sur les opérations projetées. Dans un conseil tenu le 24 décembre, M. Picard demanda la convocation d'un conseil de guerre. Cette proposition fut vivement discutée le 25. C'est dans cette réunion du 25 que M. Jules Ferry prononça cette parole qui peint exactement Tétat des esprits : ce On en voudrait moins au gouverneur de la perte de 20,000 hommes que de son inaction \ »

Le gouverneur, mandé à la réunion du 26 décembre, essaya de se disculper en accusant Tarmée,

ï. M. Jules Favre dit de son côté, dans son ouvrage sur le gouvernement de la Défense Nationale, t. II, p. 366 : « Ceuxlà seuls qui ont assisté au siège peuvent se faire une idée de l'exaltation des esprits pendant ces quatre mois et demi de combats et de souffrances. Nul n'aurait pu le prévoir et je si^is sûr qu'aujourd'hui beaucoup parmi les plus enflammés auraient peine à s'expliquer par quels degrés ils en étaient venus à cette surexcitation patriotique qui leur faisait perdre de vue la réalité. J'ai entendu dire des hommes graves, sérieux, incapables de démonstrations affectées, jurer que plutôt que se rendre, ils immoleraient leur famille et mettraient le feu à leur maison. »

M. Ghaper porte un témoignage identique, dans son rapport au nom de la Commission d'enquête parlementaire, p. 266 : c( Il ne manquait pas d'hommes assez affolés par la douleur pour soutenir qu'il ne fallait à aucun prix traiter avec l'assié-

qui, dit-il, « n'a jamais été qu'une ombre d'armée, ne sachant ni marcher, ni se battre, manquant non pas de cœur, mais d'habitude et de force », et finit en offrant à deux reprises sa démission. La majorité des membres du Gouvernement la refusa, et décida qu'un conseil de guerre se réunirait le lendemain. Le bombardement, qui commença justement ce jourlà, le fit remettre au 3i. Dans l'intervalle, le 29, eut lieu une réunion des maires de Paris où le gouverneur, vivement attaqué, ne trouva pour le défendre que MM. Vacherot et Dubail.

Au conseil de guerre qui se tint le 3 1 , les généraux déclarèrent qu'il ne restait aucun espoir de percer les lignes prussiennes. Il faudrait, dirent-ils, pour forcer les retranchements ennemis, revenir aux (( attaques régulières usitées dans les sièges, aux tranchées et aux approches » . Il était trop tard alors pour y songer. Il fallait donc les enlever d'assaut, ce qui était à peu près impossible. Cette argumentation,

géant ; il fallait, à les entendre, user jusqu'au bout toutes les ressources et ensevelir Paris dans les flammes; il fallait mourirdefaim. Ils ajoutaient que la responsabilité delà catastrophe retomberait sur les vainqueurs. » C'était en somme ce que les Russes avaient fait à Moscou. Cet état des esprits jette un terrible jour sur les événements qui ont suivi la capitulation. Il eût été équitable d'en tenir plus tard quelque compte.

Le général Vinoy, dans son livre sur le Siège de Paris, page 38 1, rend également justice à la fermeté de la population :

« Les sentiments de la population furent exaltés au suprême degré par l'accroissement subit du danger. Bien loin d'avoir donné lieu à des actes de faiblesse, le péril commun enflamma au delà de toute mesure le désir de la résistance poussée à ses dernières limites. Il a fallu écouter un vœu unanime et s'y rallier, déclarer même qu'on l'approuvait, qu'on le partageait. »

présentée par le général Ducrot, était la condamnation du gouverneur et de son principal conseiller, le général Ducrot. S'il était vrai que les travaux de Tennemi ne pussent être enlevés que par des attaques régulières de siège, pourquoi avait-on attendu, pour s'en apercevoir, qu'il ne restât plus que le temps nécessaire pour les exécuter ? De l'aveu même du général Ducrot, on aurait pu par ce moyen déjouer tous les efforts de l'ennemi. Le général Trochu partageait cette opinion. Dans la soirée du 22 décembre, il disait à MM. Favre et Simon que, pour prendre le Bourget, qu'on n'avait pu enlever la veille et dont la résistance avait fait échouer là sortie, il suffirait de faire des « cheminements qui, poussés rapidement, nous conduiraient jusqu'au pied des retranchements qu'il s'agissait d'enlever, ce serait alors un jeu pour nos soldats; ce n'était qu'un retard de quelques jours ». Quoi! on avait le moyen de réussir presque à coup sûr, et on ne l'avait pas employé ! Quand on n^eût fait par là qu'inquiéter les assiégeants et les tenir en alarmes, n'est-il pas incroyable qu'on n'ait pas compris qu'on ne devait pas hésiter à agir dès le premier jour? En admettant que, même dans ces conditions, on n'eût pas pu percer, n'y avait-il pas un intérêt immense à retenir autour de Paris le plus grand nombre d'Allemands possible, au lieu de leur laisser, par une inaction absolue, la facilité de détacher à leur guise des corps de troupes qui venaient à point nommé renforcer les armées du prince Charles et des généraux de Gœben et de Manteuffel, pour

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écraser successivement Chanzy, Faidherbe et Bourbaki ? Le général Trochu et ses lieutenants n'ont jamais paru se douter qu'ils avaient à tenir compte, non-seulement de Paris, mais de la France entière, et ce n'est pas là la moindre de leurs fautes.

Malgré les objections de la plupart des généraux, on décida cependant qu'on tenterait encore une grande sortie, et la population de Paris put croire que le gouverneur avait fini par croire lui-même que le succès était possible puisque, le 7 janvier, il publiait la proclamation suivante :

« Au moment où l'ennemi redouble ses efforts d'intimidation, on cherche à égarer les citoyens de Paris par la tromperie et la calomnie. On exploite contre la défense nos souffrances et nos sacrifices. Rien ne fera tomber les armes de nos mains. Courage, confiance, patriotisme! Le gouverneur de Paris ne capitulera pas. »

Un pareil engagement , pris en pareille circonstance par un homme qui avait jusqu'alors déclaré qu'il ne croyait pas à la délivrance, était au moins étrange. Nous ne voulons pas faire au gouverneur de Paris l'injure de supposer, comme on l'a dit, qu'il eût dès ce jour prémédité de passer au général Vinoy le soin de capituler à sa place quand le moment serait venu. Il est probable qu'il ne faut voir là qu'un de ces entraînements de rhétorique auxquels le général n'était que trop sujet. Malheureusement les grands mots ne suffisaient pas pour sauver Paris de la nécessité de capituler. Et il ne paraît pas qu'on

Enfants et femmes arrachant l'écorce des arbres boulevard d'Enfer (janvier 1871).

ait cru devoir chercher autre chose pour Fy soustraire.

Ce qui est certain, c'est que, après avoir promis le 22 décembre à MM. Jules Favre et Simon qu'il allait reprendre les opérations militaires au bout de quelques jours ; après avoir reconnu dans le conseil de guerre du 3i qu'il fallait faire un suprême effort, rien n'était prêt le i5 janvier. C'est seulement dans la nuit du 1 5 au 16 que, sur les instances de M. Jules Favre, qui demandait qu'on fixât la sortie au 20, le général décida qu'elle aurait lieu le jeudi 19, ne voulant pas risquer une opération aussi importante un vendredi. Plus tard, il s'est plaint qu'on ne lui ait pas laissé le temps de la préparer. Cette plainte est au moins étrange, quand on songe qu'il aurait pu commencer ses préparatifs depuis le 3i décembre, et que c'est lui-même qui, par un scrupule superstitieux, a avancé d'un jour la date qu'on lui proposait.

On avait d'abord songé à attaquer le plateau de Châtillon ^ . On y avait renoncé à cause des difficultés probables de l'opération. On résolut de marcher sur Versailles, en prenant pour point de départ et comme base d'opérations la forteresse du Mont- Valérien.

C'était le côté de Paris où l'ennemi avait accu -

I . Cette opération avait été proposée par le général Trochu. Son ami, le général Ducrot, déclare à deux reprises dans sa déposition devant la Commission d'enquête « que cela n'avait pas le sens commun ».

mule le plus de défenses, contrairement à la supposition qui avait, on se le rappelle, servi de point de départ au plan de sortie pour la basse Seine, élaboré par MM. Ducrot et Trochu. Cette accumulation était telle que le capitaine Gœtze, dans son livre sur les Opérations du corps du génie allemand, se demande si elle était « nécessaire ou même utile ». Il se prononce pour la négative et croit que, si à la bataille de Buzanval les Français ont pu enlever assez facilement les premières défenses, cela tient précisément à ce que la multiplicité des travaux ne permit pas d'employer assez de monde à la protection de la ligne avancée. Puis il ajoute : Quelque magnifique que soit, pour la défense de Paris, la position du Mont-Valérien , position telle que le siège régulier de cet ouvrage présenterait des difficultés extraordinaires, il n'en est pas moins vrai que la configuration du terrain oppose les obstacles les plus sérieux à une grande opération offensive tentée par l'assiégé dans cette direction. Les hauteurs de la Bergerie, prolongées par celle de Saint-Cloud et de Bougival, donnent du côté du nord et de l'est une excellente ligne de bataille , distante de 3 à 4 kilomètres du Mont-Valérien, et par conséquent en dehors de la portée la plus efficace de son artillerie. Cette ligne trouve un bon point d'appui pour sa droite dans le parc de Saint-Cloud, qui commande toute la vallée de Sèvres. Les hauteurs au sud-ouest de Bougival et le plateau de Jardy donnent une deuxième ligne ou position de retraite, dont le flanc

35o LA TROISIEME INVASION.

est bien assuré par le bois des Fausses-Reposes. (( Une attaque par le flanc gauche de ces positions est des moins probables, attendu que la vallée de la Seine est complètement maîtrisée par les hauteurs dominantes de Carrières et de Chatou sur la rive droite, hauteurs protégées par le fleuve lui-même contre toute agression. Une attaque par l'étroit défilé de Sèvres présente tout autant de difficultés, et n'est admissible que si Ton s'est rendu maître des hauteurs au sud de Sèvres, qui commandent toute la vallée. Il ne reste donc à Tennemi d'autre alternative que d'aborder de front la position par le plateau de la Bergerie ; mais ce plateau une fois emporté, une percée dans la direction de l'ouest se heurte à de nouveaux obstacles, et l'assaillant, pris en flanc par le plateau de Jardy, est obligé de l'attaquer à son tour. Dans cette région montueuse, déchiquetée , couverte de châteaux et de parcs faciles à défendre pied à pied, l'attaque ne peut déployer ni de grandes masses de troupes ni de grandes masses d'artillerie, tandis que la défense trouve sur le plateau de bons emplacements pour ses batteries. Enfin les nombreuses et • bonnes routes qui sillonnent le terrain dans toutes les directions, donnent toute espèce d'avantages à l'armée d'investissement, sans compter que les nombreux villages et châteaux, situés à l'intérieur des lignes, peuvent loger toutes les troupes chargées d'occuper la position. »

Tel est le terrain qu'on avait choisi pour l'attaque des lignes allemandes. Les forces chargées de

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cette opération s'élevaient à 84,000 hommes, parmi lesquels il y avait 40,000 gardes nationaux. Elles étaient divisées en trois colonnes. La première formant Taile gauche, sous les ordres du général Vinoy, avait mission d'attaquer Saint-Cloud, les parcs qui Tentourent et la redoute de Montretout. Au centre, le général de Bellemare devait enlever la crête qui de Montretout s'élève à Touest, la Maison du curé, le château et le parc de Buzanval et enfin Tenclos de la Bergerie. A droite, le général Ducrot avait pour objectif les bois qui s'étendent au delà du parc de Buzanval, depuis la porte dite de Longboyau jusqu'à la Bergerie, le vallon boisé de Saint-Cucufa et des pentes de la Jonchère. Le point commun sur lequel devaient converger les trois colonnes était le Butard. Après avoir enlevé et fortement occupé les villages de Marnes, de Vaucresson et de Roquencourt, elles devaient marcher sur Versailles.

A six heures et demie du matin, le canon du Mont- Valérien donne le signal de la marche en avant. Le général Noël commence l'attaque. Vers neuf heures, le 139^ de marche s'empare de la redoute de Montretout. Quelques instants plus tard, nous sommes maîtres de la crête qui s'étend entre la redoute et le parc de Buzanval. Cependant la colonne du centre s'est engagée à son tour ; elle a enlevé la Maison du curé et la partie est de Buzanval. Elle poussa jusqu'à la maison Craon, qui était fortement occupée, et commença l'attaque de la Bergerie. « Quelques troupes plus intrépides, dit le général Vinoy,

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des zouaves et 7nême des gardes nationaux, avaient pénétré dans le village de Garches, et de là elles avaient organisé une fusillade très-nourrie contre le

parc de Saint-Cloud Il était alors dix heures du

matin ; le début de la bataille était des plus favorables, puisque les positions désignées comme objectifs à la gauche et au centre avaient été enlevées. » Cependant Tennemi se défendait avec acharnement autour de la Bergerie. Il était de tout nécessité d'armer sur-le-champ la redoute de Montretout, ainsi que la crête qui part de ses murs. Mais on ne put le faire à temps, parce que les ordres de mouvement avaient été si bien combinés que la seule route par laquelle pouvait venir Tartillerie de Taile gauche était encombrée par Tartillerie du général de Bellemare, qui défilait pour se rendre à la Pouilleuse. (( Ce défilé interminable, dit le général Vinoy, qui ne dura pas moins de deux heures, s'accomplissait au moment même ou l'armement de la redoute était encore possible. Quand il fut terminé, Toccasion favorable était perdue pour nous, car, vers midi, Tennemi ouvrit sur Montretout un feu des plus violents qui nous interdit d'utiliser efficacement, faute de pièces installées pour répondre, l'ouvrage si important que nous avions pu reprendre. »

Pour comble de malheur, le général Trochu, devant livrer combat sur un terrain des plus accidentés, avait eu l'étrange idée d'interdire pour ce jour l'emploi des pièces de 4, de telle sorte que le dégel ajoutant ses difficultés à celles qui résultaient

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de la nature du terrain, il fut impossible au général de Bellemare « de placer une seule batterie sur la hauteur, et Tartillerie de Taile gauche n'y réussit pas davantage ».

Ce qui était non moins grave, pendant que le cetitre et Taile gauche marchaient en avant, Taile droite n'attaquait pas. Elle n'arrivait sur le champ de bataille qu'à dix heures du matin, avec trois heures et demie de retard, puisque Tordre était d'attaquer à six heures et demie ^ . »

Ce retard eut pour résultat de forcer à re-

I. Le général Ducrot a essayé de se disculper et n'a réussi qu'à fournir des arguments contre lui. S'il n'avait rien dit, tous les reproches seraient tombés sur ceux qui avaient donné les ordres du mouvement de manière à en rendre l'exécution impossible. Malheureusement pour lui, il a pris soin de raconter que la veille, en recevant son ordre de marche, il était allé trouver le gouverneur et lui avait dit : « Je connais le terrain mieux que toi, je suis resté trois mois dans la presqu'île de Gennevilliers et je te déclare qu'il est impossible que les têtes de colonnes soient à 6 heures au lieu du rendez-vous. Au rondpoint de Courbevoie, il va se produire un encombrement de voitures, d'infanterie, de cavalerie, dont tu ne te fais pas une idée parce que cela dépasse l'imagination. » Le général Trochu parut frappé de mes observations et alors je lui dis : « Il n'y a qu'une chose à faire, envoie une dépêche au Mont-Valérien pour prescrire de ne pas faire le signal avant 6 heures et demie. Nous serons à nos postes à cette heure; si nos têtes de colonnes ne sont pas arrivées, nous t'enverrons une dépêche pour faire suspendre le signal. » Ainsi fut convenu. En conséquence, le général Ducrot, qui prévoyait l'encombrement, ne fit rien pour l'empêcher ; le général Ducrot, qui devait être à son poste à 6 heures et demie, y arriva à lo heures; le général Ducrot, qui devait envoyer une dépêche pour faire suspendre le signal du combat, s'il n'arrivait pas à l'heure, n'envoya aucune dépêche, ou du moins la dépêche qu'il dit avoir envoyée n'arriva pas à son adresse, et la bataille s'engagea dans des conditions qui devaient la rendre boiteuse et aboutir à un échec.

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