LA DEFENSE EN PROVINCE DU COMMENCEMENT DE SEPTEMBRE AU 10 OCTOBRE
EN DAN T que le général Trochu habituait les troupes enfermées dans Paris à se replier en bon ordre, sans vouloir rien pousser à fond avant que les Allemands eussent achevé de fortifier leurs lignes d'investissement, ceux-ci se hâtaient de prendre leurs précautions contre les attaques sérieuses qu'ils croyaient toujours imminentes.
Le point principal, c'était d'assurer leurs communications avec l'Allemagne en faisant tomber toutes les places qui tenaient les chemins de fer. A ce point de vue, Strasbourg, Toul et Soissons avaient une grande importance. Toul avait été obligé de capituler le 23 septembre après une très-belle
défense du commandant Huck. Strasbourg succomba le 28. Soissons dut ouvrir ses portes le i5 octobre. La prise de cette dernière ville leur livrait la ligne du chemin de fer Reims-Soissons-Paris. Celle de Toul leur avait permis de faire arriver leurs trains jusqu'au delà de Château-Thierry. Mais là, ils étaient arrêtés par la destruction du tunnel de Nanteuil, qui ne fut rétabli que le 20 novembre.
C'était pour eux une gêne très-réelle. Cette interruption rendit le ravitaillement de Tarmée de Paris assez difficile pendant les deux premiers mois du siège. Pour s'en venger, les Allemands pratiquèrent le système de réquisitions avec une brutalité extrême. Ils ne laissaient rien aux habitants, et quand ils ne trouvaient plus de vivres en nature , ils leur imposaient des contributions pécuniaires. C'était le pillage organisé. Tous les prétextes leur étaient bons. Le général de Redern eut Tingénieuse idée d'infliger une amende à la ville de Saint-Germain pour la punir d'avoir laissé passer un ballon à quelques centaines de mètres au-dessus de ses maisons. Tout le pays fut ravagé et dévasté par les colonnes allemandes dans un rayon de 25 à 3o lieues autour de Paris. Ces ravages avaient le double avantage de maintenir l'abondance dans l'armée allemande, et de rendre très-difficiles dans l'avenir les opérations des troupes françaises qui tenteraient de s'approcher de Paris pour le délivrer ou qui parviendraient à en sortir pour donner la main aux armées de secours.
Ces armées n'existaient pas encore. Les Aile-
mands avaient donc toute facilité de ravager et de piller à leur gré, sans rencontrer d'autre résistance que celle de petits corps isolés et sans consistance, qui ne pouvait guère les inquiéter sérieusement. Cependant ils avaient grand'peur des francs-tireurs, dont la mobilité les embarrassait. Pour les réduire à rimpuissance, ils ne trouvèrent rien de mieux que de fusiller comme assassins tous ceux qui tombèrent entre leurs mains, et d'incendier les villages qu'ils soupçonnèrent de leur avoir donné asile.
11 est triste d'avoir à dire que ce procédé sauvage leur réussit. Les paysans finirent par avoir plus grand'peur des francs-tireurs que des Allemands eux-mêmes. Pour ne pas s'exposer aux vengeances de Tennemi, ils refusèrent des vivres à ceux qui venaient les défendre, et plus d'une fois les francstireurs durent se faire livrer par force les aliments qu'on refusait à leurs demandes. Ces violences entrèrent certainement pour une part dans la légende qui nous présente aujourd'hui les francs - tireurs comme un ramassis de pillards et de brigands. 11 faut bien avouer que beaucoup n'ont pas fait leur devoir, et que dans ces troupes bariolées il y avait bon nombre d'individus qui cherchaient surtout à échapper à l'obligation du service réguher. Mais il serait souverainement injuste de les englober tous dans une réprobation absolue, et surtout de condamner l'institution elle-même. Plusieurs groupes de francs-tireurs ont rendu de très-grands services, comme suffirait à le prouver la terreur qu'ils inspi-
raient aux Allemands. Ils auraient pu en rendre de plus considérables encore si, au lieu d'en abandonner Torganisation au hasard, on avait sérieusement étudié la question et pris pour maintenir la discipline les mesures nécessaires. Quand des armées sont obligées , comme celles des Allemands pendant l'invasion, de s'étendre à des distances de trois ou quatre cents kilomètres de leur base d'opération, la guerre de surprises, de coups de main et d'embuscades est toute indiquée.
Nous ne suivrons pas les colonnes allemandes dans la série des dévastations qu'elles accomplirent autour de Paris. Il nous suffira de rappeler, comme exemples, les incendies des villages de Rantigny et d'Angy, et le massacre d'une partie de leurs habitants par les Saxons sous les ordres du général Krug de Nidda ; les incendies de Héricourt, d'Armentières et de la Frénaye commandés par le général Senflft de Pilsach ; celui de Parmain par le prince de Hohenlohe , qui fait en outre fusiller les francs-tireurs qu'il a pris. Du côté de Mantes, le général de Bredow rivalise avec les Saxons, mais les uns et les autres sont dépassés par le major bavarois de Beumen^
Ce major opérait dans les environs de Ram-
1. Il est à remarquer que, dans toute cette guerre, les Bavarois se sont fait remarquer par leur férocité. Il semble que M. de Bismarck ait réservé à ses bons alliés les besognes odieuses afin d'accumuler entre eux et la Franee des haines dont le souvenir rende impossible dans l'avenir toute restauration d'une confédération du Rhin.
boiiillet. Ce pays, couvert de bois et de marais, se' prêtait admirablement à la guerre de surprises, et les Allemands en avaient une peur horrible. Pour se rassurer, ils incendiaient et massacraient avec fureur. L'incendie d'Ablis fut accompagné de circonstances particulièrement odieuses , qui arrachent ce cri à un historien allemand , Zimmermann : « L'incendie d'Ablis ne s'éteint pas dans l'histoire... Il reste comme une tache inetfaçable sur ceux que leur aveugle fureur a entraînés à donner des ordres sauvages, et qui ont forcé leurs soldats à mettre tout à feu et à
sang. ))
Heureusement pour nous, les troupes allemandes ne pouvaient pas s'éloigner beaucoup de Paris. En somme , les deux armées qui l'investissaient ne comptaient guère, à la fin de septembre, plus de i5o,ooo à 160,000 hommes. Les Allemands donnent des chiffres précis qui ne semblent pas être beaucoup au-dessous de la réalité : 122,661 hommes d'infanterie, 24,325 cavaliers, avec 622 pièces de campagne. Elles avaient dû laisser une bonne partie de leur effectif derrière elles pour assurer leurs communications et leur ravitaillement. Le reste était occupé au siège de Strasbourg et à l'investissement de Metz. Tant que ces deux villes ne seraient pas tombées en leur pouvoir, l'armée qui enveloppait Paris était condamnée à une situation assez critique.
Que faisait pendant ce temps le gouvernement de la Défense nationale? C'est ce que nous allons examiner maintenant. Mais avant de nous engager
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5o LA TROISIEME INVASION.
dans le récit des événements qui vont suivre, il n'est peut-être pas inutile de rappeler rapidement ceux qui ont précédé, et de faire un retour rapide sur Taccumulation des fautes dont nous allons voir se développer les conséquences. C'est le seul moyen de se bien rendre compte de la situation de la France à ce moment.
Nous avons vu que dès les premiers jours de la guerre, où le défaut d'organisation produisit partout la confusion et exposa nos troupes à manquer de vivres dans leur propre pays, il n'est pas un officier intelligent qui n'ait condamné le plan de campagne initial dont l'absurdité éclata d'autant plus vivement à tous les yeux, que, à l'incapacité de ceux qui l'ont conçu, s'ajoutait celle des généraux chargés de l'exécuter; malgré tout cela, même après la série des innombrables fautes d'ensemble et de détail qui justifient nos désastres de Wissembourg, de Spickeren et de Frœschw^iller^ nous croyons que, au 20 août, il était encore possible de sauver la France.
La nouvelle armée formée à Châlons pouvait, soit être portée sur Metz pour débloquer Bazaine, comme le voulait le ministre de la guerre , soit être ramenée sous Paris, comme le demandait le maréchal de Mac-Mahon, pour en empêcher l'investissement.
Avec des troupes exercées, commandées par un général résolu, actif, organisateur, le succès du plan imaginé par le ministre de la guerre n'était pas impossible. Nous avions dans le principe quarantehuit heures d'avance sur Tarmée du prince royal.
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Si nous avions su les mettre à profit, nous pouvions arriver, avec des forces doubles, sur les 60,000 hommes du prince de Saxe avant qu'il pût être secouru, le battre, donner la main à Bazaine, et opposer aux Allemands un effectif qu'on ne peut évaluer à moins de 25o,ooo combattants. On peut croire que dans ces conditions le cercle qui investissait Metz aurait été rompu, et Bazaine se serait trouvé dans la nécessité absolue d'agir. D'un autre côté, la présence d'une pareille force sur leurs lignes de communications aurait forcé les Allemands à ajourner leur marche sur Paris, ce qui aurait donné au gouvernement le temps de créer d'autres armées. Le plan du maréchal deMac-Mahon, moins audacieux, était par là même plus conforme aux moyens d'exécution dont il disposait. Son armée, composée en grande partie de soldats ou inexpérimentés ou démoralisés, aurait trouvé dans le camp retranché, où Ton voulait la concentrer sous Paris, le temps et le moyen d'acquérir ou de recouvrer les qualités militaires qui lui manquaient. Sa présence aux abords de la capitale aurait rendu l'investissement impossible, tout en immobilisant les deux armées du prince royal et du prince de Saxe, les seules qui fussent alors disponibles. Par la même raison, on eût pu garder en province les 100,000 gardes mobiles qui ont été inutilisés derrière les remparts. Ceux-ci eussent formé le noyau solide et vigoureux d'une grande armée de secours qui nécessairement se serait organisée et constituée beaucoup plus rapidement
qu'il n'a été possible de le faire sans eux. Dans ces conditions, le général Trochu lui-même n'aurait pas eu de raison de considérer la défense de Paris comme (( une héroïque folie », et peut-être se fût-il décidé à chercher sérieusement dans la ville même les éléments d'une troisième armée qui eût pu seconder les opérations de celle qui eût campé sous ses murs. D'un autre côté, Bazaine, sachant que son armée n'était pas la seule qui restât à la France, ne se serait sans doute pas laissé prendre à la tentation de devenir Tunique arbitre de la situation ; n'ayant pas d'intérêt à trahir, il se serait résigné à faire son devoir. On peut croire enfin, et ce point n'est peut-être pas le moins important, que, dans de pareilles conditions, les hommes qui ont employé tout ce temps de la guerre à répandre partout leur propre découragement et à paralyser, par de sombres pronostics, Télan national, auraient hésité à exprimer leurs défiances antipatriotiques.
Sans doute on peut dire qu'il est toujours commode, avec des hypothèses, de rectifier après coup les événements. Mais la question ici s'impose d'ellemême, car quelle que soit la valeur stratégique du plan du général Palikao, considéré en lui-même, il est bien certain qu'on n'en aurait pas poussé l'accomplissement avec tant d'obstination, même quand il devenait évident qu'il serait inexécutable, s'il n'avait été inspiré avant tout par une préoccupation d'intérêt dynastique. Pourquoi le retour sur Paris , décidé d'un avis unanime au camp de Châlons, ne s'est-il
pas fait ? Uniquement parce que Timpératrice craignait que la présence de Tempereur, revenant après une série de fautes et de désastres sans précédent, ne soulevât rindignation publique et ne compromît riiéritage de son iils. Elle aima mieux compromettre le salut de la France.
Si même, sans rien changer aux autres conditions, le îîouvernement de la Défense, au lieu de s'enfermer dans Paris où sa présence était inutile, était allé aussitôt donner aux départements Timpulsion énergique qui ne leur fut imprimée que plus tard ; si, au lieu d'appeler à Paris 100,000 gardes mobiles, le général Trochu s'était dès le commencement préoccupé d'organiser et d'exercer les éléments énergiques que renfermait la ville en enrégimentant les hommes de vingt à trente-cinq ans, comme l'exigeait la loi, qui sait si le résultat définitif de cette funeste guerre n'eût pas été modifié?
Mais non ; il était dit que nous devions marcher de fautes en fautes, de désastres en désastres, comme si le démembrement de la France pouvait seul expier les crimes et les hontes de l'Empire.
La délégation envoyée en province le i3 septembre se composait uniquement de M. Crémieux, qui était investi de tous les pouvoirs. Le 18 on se décida à lui adjoindre M. Glais-Bizoin et l'amiral Fourichon. L'organisation de la défense nationale était confiée à deux vieillards , qui n'avaient aucune des qualités requises pour un pareil rôle, et à un
amiral à qui manquait Félément essentiel pour réussir dans de pareilles conditions : la confiance !
L'amiral Fourichon, croyant , comme le général Trochu, qu'il n'était pas possible de former des soldats en quelques semaines ni même en quelques mois, convaincu d'ailleurs, par une contradiction singulière, que Paris devait être"^ bientôt délivré, ne pouvait pas apporter dans l'organisation des forces nouvelles l'ardeur et l'activité indispensables. La France se trouvait donc placée dans cette situation étrange : d'un côté, le gouverneur de la capitale ne faisant rien, parce que, selon lui, c'est un axiome qu'une ville assiégée est une ville prise, si elle ne peut compter pour sa délivrance sur une armée de secours ; de l'autre, les hommes chargés de l'organisation de cette armée de secours pensant n'avoir pas à se presser, puisque, selon eux, la capitale était par elle-même assez forte pour contraindre bientôt l'ennemi à lever le siège.
Le général Le Flô, ministre de la guerre, a déclaré que, avant l'investissement de Paris, il avait donné les instructions les plus précises au général de La Motterouge, qui, ayant perdu le commandement de la garde nationale de Paris, lui paraissait tout naturellement désigné pour commander la future armée de la Loire. Quelles étaient ces instructions? Personne ne le sait. Les dépositions du général de La Motterouge, du général Le Flô lui-même, ne permettent pas de préciser les opérations qui devaient être faites, et le témoignage du général Borel, auquel
en appelle M. Le Flô, ne nous apprend rien de plus. Tout ce qu'on peut en dire, c'est qu'elles ne tiennent aucun compte du plan du général Trochu, qui, du reste, n'existait sans doute pas encore à ce moment. Nous ne connaissons pas mieux les instructions données au général Cambriels, chargé d'opérer dans les ^^osges. Nous savons seulement qu'il devait « non pas constituer une grande armée, mais de petites armées destinées à manœuvrer sur les flancs et les derrières de l'ennemi, de manière à menacer et à gêner ses communications ». Il est fort probable que le ministre de la guerre n'avait pas plus que les autres une idée bien nette de ce qu'il y avait à faire et qu'il ignorait parfaitement quelles étaient encore les ressources de la France.
Cependant le général Lefort, secrétaire général de la guerre, se mit à préparer méthodiquement les éléments de cette armée. La chose n'était pas encore devenue aussi difficile qu'elle le sera plus tard. On forma une compagnie de 200 hommes dans chaque dépôt; on enrégimenta et encadra dans les brigades les gardes mobiles les mieux organisés et l'on fit venir d'Afrique trois régiments d'infanterie. On arriva ainsi à mettre sur pied dans les derniers jours de septembre trois divisions de 20,000 hommes chacune : l'une à Vierzon, sous les ordres du général Peytavin, l'autre à Bourges, sous ceux du général Martineau des Chesnes, et la troisième à Nevers, sous ceux du général Martin des Pallières. Ces trois divisions formèrent le iS*" corps placé sous
le commandement du général de La Motterouge.
L'organisation de ce corps était très-défectueuse. Le général Martin des Pallières dans son livre, Orléans, déclare que, « à son arrivée à Ne vers, le 28 septembre, il trouva ses troupes dans le plus misérable état. »
11 n'y a pas à s'en étonner quand on se reporte à la déposition du général Lefort : « Je dois dire qu'en commençant Torganisation de ce 15'' corps je ne prévoyais guère qu'zY serait appelé à prendre part aux opérations militaires. C'est dans cette pensée que je disais au ministre de la guerre : Cette armée nest peut-être pas destinée à agir efficacement, mais je regarde son organisation comme indispensable. Elle aura un effet moral considérable, non-seulement sur les défenseurs de Paris, mais encore sur les populations du Midi et du Centre, qui sentiront qu'il y a une armée entre elles et les Prussiens. J'ignore quel en sera le chilïre, mais nous le ferons aussi fort qu'il nous sera possible, et si, comme nous l'espérons tous, Paris doit être délivré dans quelques mois, eh bien ! alors, nous aurons une armée (j'espérais pouvoir la porter à 200,000 hommes) qui pourra, lors même qu'elle n'aurait pas tiré un coup de fusil, peser dans la balance, si nous devions être appelés à traiter de la paix.
(( Voilà le langage que je tenais au ministre de la guerre, et voilà la pensée qui m'avait fait agir en poussant à cette organisation. »
11 avait en même temps donné à tous les mobiles
du Midi et da Centre Tordre de se transporter sur la rive droite de la Loire, dans l'intention, a-t-il dit, (( d'en former un réseau commençant aux Vosges et devant s'étendre jusqu'à la Manche ». Ils devaient, siu' cette longue ligne, faire la guerre de partisans, en évitant tout engagement sérieux.
A la fin de septembre, les troupes disponibles, en dehors du i5' corps, étaient ainsi réparties : au Mans, 18,000 mobiles étaient réunis sous les ordres du général d'Aurelle de Paladines; à Rouen, le général Gudin avait 2 régiments de cavalerie, 2 bataillons de marche , 1 1 bataillons de mobiles , soit environ 1 3,000 hommes. Le 39' régiment de mobiles et le T'' régiment des éclaireurs delà Seine, 4,000 hommes environ, étaient à Evreux avec le général Delarue. Le général de Polhès occupait Orléans avec quelques régiments du i5^ corps et des mobiles des départements voisins. Le général Boyer à Chartres, et le général Paulze d'Ivoy à Amiens, n'avaient avec eux qu'un petit nombre d'hommes insuffisant pour réprimer les incursions des Allemands.
Quelques jours plus tard, au commencement d'octobre , le général Fiereck continuait au Mans l'organisation des mobiles qui y étaient rassemblés . 11 remplaçait le général d'Aurelle de Paladines, qui entreprenait d'organiser un 16^ corps composé comme le 1 5' de trois divisions, dont la première était à Blois avec le général Pourcet, la deuxième à Tours avec le général Barry, et la cavalerie à Tours avec le général Ressayre.
Du côté des Vosges, le général Cambriels réunissait quelques bataillons de gardes mobiles qui formèrent le noyau de ce qu'on a appelé la première armée de Test.
Voilà ce que la province pouvait alors opposer à rinvasion allemande. Aussi les faits militaires sontils sans grande importance.
Le 24 septembre, la quatrième division de cavalerie allemande rencontra auprès d'Arthenay quelques escadrons du 6^ hussards et du ô*" dragons soutenus par une section d'artillerie. . Le 27, le général de Polhès, frappé de panique, s'enfuit d'Orléans, croyant avoir devant lui toute une armée. Quelques jours plus tard, le 5 octobre, les Prussiens, attaqués à Toury de trois côtés à la fois par les généraux de Longuerue, Ressayre et Michel, se retirent sur Angerville, abandonnant un convoi de vivres.
Le même jour le général de La Motterouge remplaçait le général de Polhès à Orléans. Le 10 octobre, avec 12,000 hommes, il essaie d'arrêter les Allemands à Arthenay. Ceux-ci, au nombre de 40,000 , forcent les Français à la retraite, malgré l'acharnement d'une résistance inattendue , et les poursuivent j usqu'à l'entrée de la forêt d'Orléans. Le 11, la lutte recommence. Mais le général de La Motterouge n'a pas encore eu le temps de réunir des forces assez considérables. Apt'ès un nouveau combat, qui fit le plus grand honneur à nos jeunes troupes, il est forcé de passer la Loire et de se replier sur la Ferté-Saint-Aubin, sans songer à avertir de son mouvement 4 ou
LA DÉFENSE EN PROVINCE. Sq
5,000 gardes nationaux et mobiles qu'il avait postés dans la foret d^Orléans , sous les ordres du général Maurandv, et qui s'échappèrent à grand'peine.
Cette retraite livrait Orléans à Tennemi, qui y entra aussitôt.
A Test, le général Cambriels n'était pas plus heureux!
11 n'avait d'abord avec lui que quelques bataillons de mobiles et de francs-tireurs, trop faibles pour lutter contre les forces allemandes, que, d'ailleurs, il croyait plus nombreuses qu'elles n'étaient réellement. Le 26 septembre , il télégraphiait à l'amiral Fourichon que « l'avant-garde d'une armée prussienne était arrivée la veille à Fribourg-en-Brisgau. Cette armée, forte de 100,000 hommes, devait éviter Belfort parle Sungdau et se diriger sur Dijon et Lyon». Ce qu'il prenait pour une armée de 100,000 hommes, c'était l'avant-garde de la 4^ division de réserve. Notre service de renseignements était partout si mal fait que ces erreurs se reproduisaient à chaque instant et paralysaient nos généraux par la persuasion qu'il n'y avait rien à tenter contre des forces infiniment supérieures.
Le gouvernement de Tours envoya de Vierzon au général Cambriels la division Dupré comprenant le 32' de marche, le régiment des mobiles des Deux- Sèvres et une batterie de 4. Cette division rejoignit le 6 octobre, entre La Bourgonce et Nompatalize, le 2' bataillon des mobiles de la Meurthe, un bataillon et demi des Vosges et quelques compagnies de francs-tireurs.
Go LA TROISIÈME INVASION.
Le même jour ces troupes furent attaquées par la brigade Degenfeld marchant sur Saint-Dié. Cette brigade faisait partie du 14® corps allemand, sous les ordres du général de Werder que la chute de Strasbourg avait rendu disponible. Après un combat de sept heures , pendant lequel nos troupes montrèrent une solidité qu'on n'attendait pas , des renforts arrivèrent à Tennemi, de Raon-FÉtape, et les Français furent obligés de se retirer.
Au lieu de reconnaître Fénergie qu'avaient montrée ses soldats et de chercher à prendre sa revanche, en profitant de la situation précaire où se trouvait le général Degenfeld, dont les communications étaient complètement coupées, le général Cambriels, subitement découragé par cet échec, abandonna aussitôt le massif des Vosges qu'il était chargé de défendre et se retira sur Besancon.
Voilà quelle était la situation quand M. Gambetta prit la direction de la défense en province.