EN TEMPS DE PAIX. EN TEMPS DE GUERRE
Directeurs et sous-Directeurs.
Chefs et sous-Chefs de bureau.
Employés de tous grades. . .
Totaux. . . 239 66
La Guerre en province, p. 14.
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môme une carte routière. Tout le monde ignorait alors que les cuivres du dépôt de la guerre avaient été envoyés à Brest; on ne le sut qu'à la fin de la guerre.
11 fallait des cartes cependant. On parvint à en trouver un album complet, et M. Jusselain, officier d'infanterie de marine, proposa de le faire reproduire par la photographie. Le général Martin des Pallières, qui n'avait pu se procurer qu'un album Joanne, adopta avec empressement la proposition de M. Jusselain. Mais le soir même, le colonel chef d'état-major du général lui ayant affirmé que de semblables essais, faits précédemmentà Paris, avaient exigé une installation spéciale et de longs tâtonnements, le général revint sur sa décision et retira à M. Jusselain la mission qu'il lui avait d'abord confiée.
Par bonheur, cependant, celui-ci ne renonça pas à son projet. Il fit faire par M. Biaise, photographe à Tours, une réduction aux deux tiers d'une carte de Tétat-major, et soumit cette épreuve au colonel de Loverdo, Directeur de l'infanterie et de la cavalerie au ministère de la guerre. Le colonel approuva ce travail, mais déclara qu'il n'y pouvait donner suite, n^ayant pas de crédit ouvert pour cette dépense.
Il fallut faire de nouvelles démarches. M. Steehackers , Directeur général des postes et des télégraphes, s'entremit auprès de M. de Freycinet, le jour même où il prenait possession de ses fonctions de Délégué du ministre au département de la guerre. Celui-ci, comprenant qu'il était ridicule de subor-
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donner un intérêt de cette importance à une question de formalité, prit sur lui d'ordonner l'exécution immédiate, et, grâce à lui, les armées françaises purent avoir les cartes dont elles avaient besoin. Du i5 octobre 1870 au T'" février 1871, le bureau topographique put ainsi fournir quinze mille vingt-cinq cartes complètes de la France, 1,375 photographiées et i3,65o autographiées.
Pendant ce temps, on s'occupait activement d'improviser le personnel nécessaire pour les services du ministère. On le composa surtout d'ingénieurs et d'employés supérieurs des chemins de fer. On organisa un service de reconnaissances, qui faisait complètement défaut, mais on ne put triompher complètement de l'inertie de la plupart des généraux. Ils n'arrivèrent jamais à comprendre la nécessité d'avoir des renseignements exacts et suivis sur les mouvements de l'ennemi. On leur alloua des fonds secrets pour payer des espions. Ils gardèrent leurs fonds en caisse, sans les utiliser. Sur une somme de 750,000 francs qui avait été destinée à cet emploi, ils ne dépensèrent que 3oo,ooo francs, malgré les protestations deM. de Freycinet contre cette économie ruineuse.
Cependant quelques chefs de corps montrèrent plus d'intelligence, et le bureau des reconnaissances, placé sous la direction très-active d'un ingénieur, M. Cuvinot, prit une véritable importance. Quelquesuns de ses agents rendirent des services très-considérables. On forma également vers la fin de la guerre deux corps d'éclaireurs, imités des détectives améri-
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cains. Un de ces corps manœuvrait en avant d'Auxerre, Tautre en avant du Mans. La conclusion de la paix empêcha dVni tirer parti.
Un Comité d'étude des moyens de défense fut chargé de faire un choix parmi la multitude des projets que présentaient chaque jour des nuées d'inventeurs. Le secrétaire du Comité, M. Alfred Naquet, tout en contrôlant les découvertes proposées, en fit lui-même un certain nombre qui pourraient avoir leur utilité dans le cas d'une nouvelle guerre.
Le colonel de Loverdo, promu au grade de général pour accroître son autorité, fut chargé des deux directions de l'infanterie et de la cavalerie. Il eut pour sous-Directeurs spéciaux MM. Templier et Poyer. Ces trois hommes déployèrent une activité dont les résultats se firent bientôt sentir, et qui ne se ralentit pas. M. de Freycinet, qui était bien placé pour se rendre compte des choses, calcule que, du i5 octobre au i^' février, c'est-à-dire en trois mois et demi, ils ont organisé et envoyé à l'ennemi environ 600,000 hommes : •
Infanterie de ligne : 208 bataillons 23o,ooo hommes
Garde mobile: 3 1 régiments à 3, 600 hommes. 111,600 —
Garde mobilisée : environ 180,000 —
Cavalerie: 54 régiments 32,400 —
Francs-tireurs : environ 3o,ooo —
Total 584,000 hommes.
En y ajoutant l'artillerie et le génie, on arrive à un total de plus de 600,000.
M. de Freycinet ne fait entrer dans ce compte que
les hommes réellement incorporés et mis en ligne; il laisse de côté ceux qui étaient restés en Algérie, dans les camps d'instruction ou dans les dépôts. Pour avoir le chiffre total des forces organisées à cette époque, il faudrait y ajouter les corps de troupes constitués antérieurement par le général Lefort, c'està-dire environ 80,000, et le nombre des combattants enfermés dans Paris.
La direction d'artillerie, confiée au colonel Thoumas, réussit à pourvoir les douze corps d'armée (de i5 à 26) qui furent formés pendant cette période, et leur fournit 1,400 pièces de tout calibre, ce qui représente deux batteries par jour, avec leur personnel et leur équipement. Le colonel de Reffye, à Nantes, et le général Demolon, à Rennes, rendirent dans cette partie des services signalés.
Une des créations les plus utiles de la Délégation de Tours fut celle du corps du génie civil des armées. Grâce à la routine, qui est le fléau de toutes nos organisations officielles, le génie militaire, malgré le nombre d'hommes distingués qu'il renferme, s'est montré pendant toute cette guerre inférieur à sa tâche. Il fallut créer un corps auxiliaire distinct, qui fut surtout composé d'ingénieurs, d'architectes, d'agents voyers, d'entrepreneurs de travaux publics.
Un décret du 3o novembre décida que chaque corps d'armée comprendrait désormais : un ingénieur en chef et trois ingénieurs ordinaires, neuf chefs de section dont trois principaux, neuf piqueurs, dixhuit chefs de chantier et une compagnie d'ouvriers de
60 hommes, pouvant être portée à 3oo. Ce personnel était réparti à volonté par tiers entre les trois divisions du corps d'armée. Il fut pourvu de tous les outils et accessoires nécessaires aux travaux et même de piles électriques, de lunettes d'approche, de fusées, etc. Les ingénieurs eurent d'ailleurs tous droits de réquisitions et furent spécialement chargés de réunir sur les lieux les travailleurs, les chevaux, tombereaux, bois, cordes, agrès, etc., que fournissait la contrée. A la fin de la guerre, le corps du génie civil comptait en activité cinquante-deux ingénieurs de tous grades et de toute provenance, et deux cents chefs de section. La direction générale fut confiée à M. Dupuy, ingénieur des ponts et chaussées.
Le génie civil rendit des services très-considérables et aurait pu en rendre davantage, s'il avait été possible de triompher des préventions du militarisme contre toute innovation. La plupart des généraux considéraient avec défiance ces nouveaux venus auxquels ils n'étaient pas habitués, et n'avaient recours à eux que quand ils ne pouvaient faire autrement. Il n'est pas facile de prévoir quand nous nous guérirons du fétichisme des spécialités et de l'adoration de la routine.
L'intendance militaire fut mise entre les mains de M. Férot, ancien chef général des chemins de fer de l'Est. Un autre fonctionnaire des chemins de fer, M. Lejeune, lui fut bientôt adjoint pour surveiller l'ensemble sous ses ordres. Les services furent partagés en cinq sous-directions, ayant chacune un titu-
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laire responsable : M. Panafieu pour les transports, la solde, les revues de comptabilité ; M. Roux, intendant militaire, pour les subsistances ; M. La Haussois, également intendant, pour Thabillement et le campement; M. Guy pourla comptabilité, et M. le docteur Robin, de rinstitut, pour les services médicaux.
Ces services furent complètement réorganisés et centralisés. Tout était à créer, car on n'avait pour les ambulances ni personnel ni matériel. Nous n'entrerons pas dans le détail. On le trouvera dans le livre de M. de Freycinet.
Restaient deux grosses questions, questions capitales à la guerre, celles des cadres et de Tarmement. La nouvelle armée formée sur la Loire n'avait ni officiers, ni canons ni munitions.
On doubla la force des compagnies pour réduire de moitié le nombre des capitaines à trouver. Un décret daté du i3 octobre suspendit les lois ordinaires de l'avancement pendant la durée de la guerre. Les délais légaux pour passer d'un grade à l'autre furent supprimés et plusieurs grades purent être franchis d'un coup. Les officiers et sous-officiers des dépôts reçurent des avancements rapides, qui déterminèrent un mouvement général d'ascension à tous les degrés de la hiérarchie. Ce procédé, qui excita de vifs mécontentements dans l'armée active, était absolument imposé par la nécessité de créer des cadres pour les régiments en formation dans ces dépôts.
Enfin on institua l'armée auxiliaire. Un décret du 14 octobre autorisa la collation des grades militaires,
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pour la durée de la guerre, à toutes personnes capables de les exercer. C'est ce qu'avaient fait les États-Unis du Nord pendant la guerre de la sécession. Cette institution rendit de très-grands services, et si elle n'a pas produit des généraux comparables aux Meade, aux Grant, aux Sheridan , aux Sherman , il ne faut pas oublier qu'en Amérique les officiers improvisés ont eu quatre années pour se former, tandis qu'en France ils n'ont pas eu quatre mois. C'est cette armée auxiliaire qui a donné à la défense nationale les généraux Cremer, Charette,Cathelineau, Bossack, Garibaldi, Jaurès, Gougeard; elle a compté parmi ses membres Lipowski, Keller, Bouras, Carayon-Latour , Jauréguiberry, Penhoat, Payen, Bruat, etc., sans parler d'une foule d'autres officiers distingués, qui, sans cette institution, n'auraient pu prétendre aux commandements qui leur furent confiés . Pour l'armement, la difficulté était peut-être encore plus grande. Toutes les réserves de chassepots fabriqués par l'Empire avaient été accumulées à Metz, à Strasbourg, à Paris. Les fabriques de TÉtat n'en produisaient pas plus de i5 à 18,000 par mois. Aussi la Délégation de Tours, à peine installée, avait-elle institué une commission d'armement, chargée d'acheter tous les fusils et munitions disponibles en pays étrangers. On lui avait ouvert un crédit de 16 millions. C'était insuffisant. M. Gambetta le fit élever à 200 millions. Avec cela on put, en trois mois, se procurer, outre 3oo, 000 chassepots, 1,200,000 fusils
de types divers, des Remington, des Snider, des II. 6
Springfield, des Enfield, des fusils français transformés ou non transformés, se chargeant par la culasse ou par la bouche.
Cette variété compliquait singulièrement le service des munitions. Il fallut de longs tâtonnements avant depouvoirfournir les cartouches et les capsules nécessaires pour les chassepots, dont la fabrication n'existait pas à l'étranger. M. G. Marqfoy, ancien élève de l'École polytechnique, et M. Laroche- Joubert, d'Angoulême, parvinrent à produire les papiers découpés et les boîtes sur le pied de i million de cartouches par jour. Quant aux capsules, un seul homme en France , le sous-chef artificier Chatenay en connaissait la fabrication. On lui fit organiser une fulminaterie à Bourges, sous la direction du colonel d'artillerie Michel ; mais l'approche de l'ennemi força de la transporter à Toulouse, ce qui fit perdre beaucoup de temps. M. de Freycinet raconte qu'un moment l'administration de la guerre fut réduite à demander au gouvernement de Paris de lui envoyer des capsules par ballons. Enfin on chargea M. Marqfoy, assisté de M. de Masquart, professeur au Collège de France, de créer une grande fabrique à Bayonne. Ceux-ci perfectionnèrent la fabrication, et arrivèrent à fournir 1,200,000 capsules par jour. L'établissement de Toulouse en fabriquait 5o à 60,000. On atteignit enfin un chiffre quotidien de deux millions, grâce aux efforts d'un ingénieur des mines, M. Linder, à Bordeaux, du colonel Dufaure à Toulon, et du comité de défense d'Angers.
En même temps on s'occupa de créer des obstacles à la marche des Allemands. Un décret du 14 octobre décida que tout département dont la frontière se trouverait par un point quelconque à moins de 100 kilomètres de Tennemi serait par là même déclaré en état de guerre. Cette déclaration entraînait la convocation immédiate d'un comité militaire chargé d'étudier les travaux à faire pour gêner F ennemi, tels que tranchées, abatis d'arbres, etc., de désigner les points les mieux situés pour disputer le passage et d'y réunir les forces disponibles du département. Le comité avait droit de réquisition directe sur les personnes et les choses pour procéder aux travaux indiqués. Les dépenses devaient être soldées à l'aide de bons, payables par le département ou la commune. Le chef militaire du département avait le droit de convoquer les gardes nationaux jusqu'à quarante ans, et de les diriger, ainsi que toutes les autres forces disponibles, sur les points menacés. Pendant la durée de l'état de guerre, la garde nationale était soumise à la loi militaire et les chefs militaires des départements étaient rendus personnellement responsables de l'organisation de la défense et de la résistance à opposer à l'ennemi.
Des instructions complémentaires des 22 et 29 octobre ordonnèrent de faire partout le vide devant l'ennemi, en emmenant les bestiaux, chevaux, denrées de toute espèce au delà des lignes de défense établies par le comité militaire et en brûlant celles qui n'auraient pu être emportées.
Ces prescriptions, qui, si elles avaient été partout et rigoureusement appliquées, auraient été singulièrement gênantes pour Tennemi, ne reçurent guère qu'un commencement d'exécution dans la plupart des cas. Sauf dans FOrne, la Sarthe, le Loiret, TYonne, la Nièvre et Flndre-et-Loire , on ne put triompher de Finertie des populations. Malgré le zèle des inspecteurs spéciaux chargés d^assurer Texécution des mesures indiquées, les paysans aimèrent mieux conserver leurs routes au risque d'y rencontrer les Prussiens, et quant à leurs denrées, au lieu de les enlever ou de les brûler, beaucoup les vendirent simplement à l'ennemi. C'est chose triste à dire, mais trop bien constatée pour qu'il soit possible de la dissimuler, dans plusieurs départements, un certain nombre de paysans n'ont vu dans les Allemands que des acheteurs et, dans la guerre, qu'une occasion de bénéfice.
Le 2 novembre parut un décret de mobilisation qui appelait sous les armes tous les hommes valides, mariés ou non mariés^ jusqu'à quarante ans. Pour activer l'instruction des mobilisés — mais avec la pensée d'en faire une institution permanente, ■ — le ministre de la guerre décida la création de 1 1 camps régionaux qui devaient prendre les noms de Saint- Omer, de Cherbourg, de la Rochelle, des Alpines (d'abord Pas-des-Lanciers), deNevers, de Bordeaux, de Clermont-Ferrand, de Toulouse, de Montpellier, de Sathonay (Lyon) et de ConHe (Sarthe). Les quatre premiers devaient être fortifiés et mis en état d'abriter jusqu'à 25o,ooo hommes; les autres, pré-
parés pour 60,000 hommes, ne devaient pas recevoir de fortifications. La conclusion de la paix n'a pas laissé le temps d'achever cette organisation, qui avait été confiée à la direction active et intelligente d'un ingénieur des ponts et chaussées, M. Théodore Lévy.
Pour être sûr de ne pas manquer de canons dans le cas où la guerre se prolongerait, un décret du 3 novembre ordonna qne chaque département mettrait sur pied, à ses frais, dans le délai de deux mois, autant de batteries qu'il comptait de centaines de mille âmes. Ce délai était évidemment trop court; les batteries ne purent être prêtes à l'époque fixée Mais le rapport fait à l'Assemblée par la Commission nommée le 19 février 1871 pour inventorier les forces militaires de la France, constate que, à ce moment, grâce à l'activité d'un ingénieur, M. Maurice Lévy, entre les mains duquel ce service avait été centralisé, ce décret avait produit 57 batteries complètes en matériel, en personnel et en chevaux, et 41 complètes seulement.
Cet exposé sommaire montre assez que, du 10 octobre au commencement de novembre, M. Gambetta et ses collaborateurs n'avaient pas perdu leur temps. L'histoire impartiale rendra une justice éclatante à leur ardeur, à leur zèle, à Topiniâtreté invincible de leurs efforts contre des obstacles qui auraient lassé un patriotisme moins obstiné. Jusqu'au dernier moment, ils ont refusé de désespérer. Si la France tout entière avait, comme eux , persévéré dans cet
héroïque entêtement de confiance en elle-même, il est bien probable qu'elle ferait en ce moment meilleure figure dans le monde.
On peut prédire que le jugement définitif de l'histoire sur la Délégation de Tours se rapprochera de celui qu'a porté sur elle, et en particulier sur M. de Freycinet, le général Borel devant la Commission d'enquête sur le 4 Septembre. Cette déposition, faite par un témoin non suspect de complaisance, mais trop honnête homme pour ne pas dire sa véritable pensée, se trouve au tome III des comptes rendus de la Commission d'enquête parlementaire. En voici un extrait, qu'il faut citer textuellement, et qui nous dispensera d'avoir à nous arrêter plus tard pour répondre à un certain nombre de calomnies :
M. LE COMTE DE Rességuïer. — Quelle était, dans votre pensée, l'action de l'élément civil dans les opérations militaires ?
M. LE GÉNÉRAL BoREL. — On s'est teaucoup exagéré cette action. Il y a eu un fait dont j'ai parlé tout à l'heure et sur lequel je ne crois pas devoir insister, pour lequel je vous renvoie aux correspondances échangées entre le général d'Aurelle et le ministre. L'élément civil donnait d'excellents renseignements, et quelquefois fort utiles; seulement, quelquefois aussi, ces messieurs, quoique fort intelligents, étaient tout à fait dans le faux. Ainsi, quand ils nous donnaient 25, 000 hommes, ils nous disaient : « Vous avez 25,000 soldats. » Il faut rendre justice à l'administration de la guerre du 10 octobre, elle a rendu de
très-grands services et a fait tout ce qu'il était matérielleinent possible de faire. Elle a été souvent pour nous sévère et même injuste, mais ce n'est pas une raison pour que nous ne lui rendions pas justice. Je doute, je le répète, qu aucune administration ait pu faire plus quelle n a fait. Tout ce quil était matériellement possible de faire, elle Ta fait; mais il y avait un côté sur lequel elle ne pouvait rien. Il y a eu un homme qui, sous le titre modeste de délégué à la guerre, a rendu d'immenses services, dont on ne lui est point reconnaissant, parce qu'il n'a pas réussi. Depuis, cet homme s'est effacé. C'est à lui que nous devons l'improvisation de nos armées, auxquelles manquaient la force morale, la discipline, l'instruction militaire, la confiance en soi et l'organisation que la tradition seule peut nous donner.
(( M. LE Président. — Quel est le nom de celui que vous voulez désigner ?
(( M. LE GÉNÉRAL BoREL. — M. de Freyciuet.
(( M. LE COMTE DE Rességuier. — Général, comment expliquez-vous l'éloge que vous venez de faire de l'administration civile, avec les accusations si graves qu'elle portait, au risque de déshonorer un chef de corps ?
M. LE général Borel. — Je vous dis que cette administration a été très-dure pour nous, même injuste; ce n'est pas une raison pour être à notre tour injuste envers elle. Comme improvisation d'armées comme création, je doute qu'une administration quelconque eût pu faire autant quelle a fait. »
Le général Chanzy, dans sa déposition devant la Commission d'enquête parlementaire, n'est pas moins affirmatif dans le même sens : « Pour ce qui est de la création des armées dont il s'agit, je trouve qu'on est arrivé très-rapidement à des résultats très-satisfaisants. Je doute qu'il soit une nation dans le monde qui ait pu faire en aussi peu de temps et aussi complètement l'effort suprême que nous avons fait. L^histoire rendra justice plus tard à ce grand effort, c'est la gloire de la France. Nous n'avons pas réussi, quoi que nous ayons pu faire. C'eût été trop beau, si nous avions abouti à la délivrance, mais nous avons sauvé l'honneur du pays, et montré aux Allemands ce qu'il pouvait faire. »
Les écrivains étrangers, les Allemands eux-mêmes, portent le même jugement sur l'administration de MM. Gambetta et de Freycinet. En France l'esprit de routine est trop vivace, Tesprit de parti est trop excité pour que Ton puisse se décider à rendre justice à une administration improvisée et de plus républicaine. Ces petitesses d'esprit, qu'expliquent la puissance des préjugés et la violence des passions politiques, sont vraiment déplorables. Comment ne comprend-on pas que, en pareille circonstance, la question politique est primée par Tintérêt patriotique, et qu'il y a une certaine pudeur à priver le pays, au milieu des dangers terribles qu'il traversait, des mérites qui font sa gloire devant les étrangers et dont le souvenir est la consolation de ceux qui placent avant tout l'honneur de la patrie ?