CHAPITRE XXIV ; F LE TRAITÉ DE PAIX
Difficultés des négociations. — Le Congrès de Paris. — Les « Cinq ». La sécurité. — Les réparations.
Difficultés des négociations.
Au sortir d’une guerre de cinquante-deux mois durant lesquels il ne se passa pas un jour qu’on ne se battît, une des
‘plus meurtrières, des plus ruineuses de son histoire, la France
avait à obtenir :
; . SEC S ; d 1° La réparation des dommages formidables qu’elle avait subis; 2° La certitude qu’elle n'aurait pas pour longtemps, sinon pour
‘toujours, une nouvelle agression à redouter de l'Allemagne. ,
Réparation et sécurité, tels étaient les deux points essen-
tiels de ses revendications.
Rarement difficultés plus grandes se présentèrent à des négociateurs français ; matériellement, les ravages causés par la guerre atteignaient un chiffre tel qu’on pouvait se demander si l’Allemagne serait jamais en état d’en acquitter imtégralement le montant. La France, bien qu’elle fût la principale vic-
time, n’était pas, loin de là, la seule. La solidarité des alliés,
si difficile à établir, au cours même des hostilités, alors que la crainte du péril commun l’imposait, devait être bien plus difficile à maintenir, le jour où ce péril avait disparu. L’Angleterre voyant l'Allemagne abattue, ses dynasties effondrées, sous la double menace de la révolution et du bolchevisme, devait fatalement revenir à sa politique tradi-
tionnelle qui consiste à ne pas laisser une autre nation, la
France, prendre à sa place en Europe une prédominance trop marquée, Elle était donc amenée d’instinct à essaver par tous les moyens de limiter les conséquences de notre victoire.
: CUBE TRAITÉ(DE PAIX : D - 2 ‘ se des . % RE LE * ESS LÉ ES UT AT s avaient Joué dans la dernière partie de la erre un rôle prépondérant, Par le nombre de leurs soldats, < ES LT = » Ar IN r Fu: 4 . envoyés sans compter de l’autre côté de l'Océan, par le secours économique et financier qu'ils accordèrent sans marchander
s y avaient prise leur donnait le droit d'intervenir activeent dans les négociations du traité, de proposer sinon d’im-
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poser leurs solutions. : :
3, idéologue chez ‘qui le professeur explique et souvent domine l’homme d'Etat. Il connaît les questions européennes unique-
leure manière de Les connaître. - + : Sa grande idée, qu’il eut tout le temps demürir, est de pro- . fiter du traité pour rendre désormais impossible, par un vaste
se € . SE . . . . d Ni « projet de réglementation internationale, les guerres futures. Ce
.. projet consiste dans la création d’une Société des Nations, fondée par les Etais victorieux, à laquelle adhéreront les neutres, plus tard les vaincus eux-mêmes. | Cette idée:là n'est pas nouvelle. Elle a hanté depuis longtemps l'esprit de certains hommes d'Etat et philosophes. = En dehors des difficultés d’ordre pratique que présente une % vaste construction de ce genre, le seul fait de vouloir lincor- … porer dans un traité, déjà très compliqué par lui-même, puis- - qu'il doit constituer une Europe nouvelle, ajoute une difficulté de plus. Le président Wilson tenait obstinément à son projet. IL fallut donc faire marcher de front la création de la Ligue et - la conclusion de la paix. Les Anglais soucieux d’avoir Wilson ÿ avec eux, dès la première heure, adhérèrent à son projet. Ils | demandèrent en échange pleine satisfaction sur leurs deux - revendications essentielles, destruction de la flotte de guerre allemande et confiscation de la flotte commerciale, confiscation des colonies germaniques. Ces demandes qui, en elles-mêmes, étaient énormes, la dernière surtout, furent cependant acceptées sans objection.
C'est que la nation britannique tout entière et aussi tout
l'Empire, l’ensemble des Dominions que le Gouvernement avait sagement associés à son programme, fit bloc derrière Jui. Le président Wilson d’autre part, sûr d’obtenir l’appui de l’Angleterre pour la réalisation de son programme, ne marqua aucune opposition.
a France avait intérêt à suivre une tactique analogue, à
aux alliés, ils leur permirent de remporter la victoire, beau- : coup plus vite qu on ne pouvait l’espérer. La part considérable
Le président Wilson est un idéaliste, par certains côtés un :
ment par les livres et les rapports, ce qui n’est pas la meil-
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soutenir les aspirations wilsoniennes, quitte à faire connaître tout de suite, elle aussi, en jouant cartes sur table, ses deux revendications capitales : les réparations et la sécurité. &
Telle ne fut pas la méthode suivie. L'homme quimenaittout, Clemenceau, était mieux fait, par son esprit, son caractère, son tempérament, pour conduire jusqu’au bout la guerre que pour discuter la paix. C'était un lutteur plus qu'un ét
Parmi les hommes d'Etat de la Troisième République, il n’est pas de physionomie plus marquante, plus vigoureuse. Ce « rouge » de Vendée, qui se jeta, dès le début de sa vie, dans la bataille politique, maire de Montmartre sous la Commune, à vingt-cinq ans, sort en ligne droite des hommes de la Révolution. Amour de la lutte, mépris des coups, la brusquerie des manières recouvrant-un fond de bonté et de tendresse humaine, croyance au progrès, puisée chez les philosophes du xvrn° siècle, . pères spirituels de la Révolution, Clemenceau fut admirable d'énergie, d’obstination, de vaillance aux heures les plus sombres de 1917-et de 1918. Quand il prit le pouvoir-il sentit d’instinct que, faute d’être mené à la manière forte, celle des Jacobins, le pays, épuisé par trois années d’hostilités, risquait de s’affaisser. Il tendit jusqu’à l’extrême les énergies nationales. Les revers les plus graves, celui du Chemin des Dames, par exemple, n’abattirent pas un instant sa confiance.
Si la guerre fut gagnée c’est à Foch et à lui qu’on le doit.
Le prestige incomparable que lui valaient la victoire, ses immenses services, faisait de lui le maître de la France. Quand il parlait, quand il décidait, personne ne pouvait lui tenir tête, et personne, au fond, ne l’essayait.
Le Congrès de Paris.
[existe du Congrès de Berlin, qui, en 1878, régla les affaires balkaniques, après la guerre russo-turque, un tableau célèbre, dont on trouve des reproductions accrochées aux murs des ambassades et des chancelleries. On voit, au centre, le prince de Bismarck, présidant avec un mélange d’autorité brutale et de bonhomie, près de lui, son rival, l’autre ténor, le chancelier russe Gortchakotf, le délégué anglais Beaconsfield, le Français Waddington avec ses favoris, relégué au bout de la table, le Ture en costume national. Une vingtaine de personnes au plus composent cet ensemble, placées dans un ordre parfait, selon toutes les règles du protocole et de l'étiquette.
En regard de ce groupe si harmonieux, supposez qu'un
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. w- se? Le A 3 PR As ss © TRAITÉ DE PAIX = 307
ein it essayé de reproduire une séance plénière de la Conérence de Paris en 1919. Au lieu d’une vingtaine d’assistants, t plusieurs centaines qu’il aurait dû faire figurer, et à côté centaines de délégués, plusieurs centaines de journalistes, sés les uns contre les autres, écoutant, écrivant, dessinant, tant, critiquant. Au lieu de cette belle ordonnance, c’est le grouillement, la cohue. ; | se re Par le nombre des puissances représentées, l’importance des intérêts débattus, ce Congrès dépasse de beaucoup tous ceux | As sont tenus au cours des siècles précédents, même celui de Vienne, en 1815, après l’ère napoléonienne. Toute la carte de l’Europe est à refaire, par suite de l’écrou- lement de trois puissants empires : Allemagne, Autriche-Hon- grie, Turquie. Après l’Europe, l’Asie pour les dépouilles otto- -manes, Syrie, Palestine, Arabie, etc., puis l’Afrique, pour les