‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 101 sur 112 · LE · texte numérisé non relu

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des intérêts énormes et multiples, le choix de la méthode prend

__ une importance considérable.

# La Conférence-employa les premières semaines et même les

3 ; pores mois à faire en quelque sorte l’école buissonnière, On la vit, comme un parlement, à qui elle ressemblait, sauter d’un

problème à l’autre, abandonnant ce qu’elle avait sur le chan-

d ; tier, pour s’attacher subitement à une besogne différente.

Les « Cinq ».

Le grand nombre des délégués paraissant un obstacle à la bonne marche des travaux, les cinq grandes puissances : Angleterre, Etats-Unis, France, Italie, Japon, décidèrent que les __ chefs de leurs délégations se réuniraient entre eux pour tran-

- cherles questions essentielles. Ce furent les « big five, les cinq

gros pays », comme les appelaient les journalistes anglo-saxons, quis’étaient abattus par centames, pour ne pas dire par milliers, sur notre capitale. Les représentants des puissances secondaires marquèrent, comme on pouvait s’y attendre, quelque méconten-

* tement de cette pratique qui avait pour nous de graves Inconvénients. Car parmi Le membres de cet aréopage, Japon et

Amérique ne possédaient aucun intérêt européen; l'Angleterre - est une puissance plus maritime que continentale, s'intéressant

moins aux affaires de l’Europe qu’à celles de son Empire. La

France avait tout avantage à ne pas laisser à la porte les nations

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secondaires de l’Europe, sur qui sa politique traditionnelle, vieille de plusieurs siècles, lui commande de s’appuyer; d’autant que la plupart de ces nations : Tchéco-Slovaquie, Pologne, Roumanie, Yougoslavie, lui devaient, pour une bonne part,

leur existence, leur résurrection où leur agrandissement, C'était

donc une faute et une faiblesse de se priver de leur appui.

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Des deux grandes questions à régler, celle-là était la plus

importante. | Au cours des cent dernières années, la France a vu son ter-

ritoire quatre fois envahi : 1814, 1815, 1870, 1914, ses pro-.

vinces les plus riches, occupées par lenvahisseur, sa capitale

prise ou sur le point de l’être. La dernière guerre et la der-

nière invasion ont été pour elle particulièrement désastreuses, par les destructions matérielles sans précédent, la terrible saïgnée infligée à son peuple, un des moins prolifiques de l'Eu-

rope.

Toute nouvelle invasion, toute nouvelle guerre, dans dix,

à (el À vingt, trente ans, risquent de lui porter le coup de grâce. Son

intérêt vital est done de l'empêcher à tout prix, de sacrifier au besoin tout le reste de cet objet.

Quelle est la meilleure manière d'obtenir cette sécurité dont elle a un besoin si pressant ? Pour vous mettre à l’abri des coups de votre adversaire, il n’existe que deux moyens : diminuer sa puissance d'attaque, augmenter votre force derésistance. Ces deux moyens-là peuvent d’ailleurs se combiner. Comment diminuer la puissance militaire de l'Allemagne qui, en dépit de ses pertes territoriales : Alsace-Lorraine, Posnanie, Sleswig, n’en garde pas moins une population supérieure de plus d’un tiers à celle de la France? Morceler l'Allemagne ? Il

n'y faut pas songer. On ne remonte pas le cours du temps. Il

n’est pas de force an monde capable de contraindre à vivre sépa-

rés des gens de même race et de même langue qui, pendant

plus d’un demi siècle, ont été fondus dans le même Etat. Peut-on, d'autre part, d’une manière vraiment efficace, la

désarmer? S'il s'agit d’un désarmement provisoire? Oui. Si

l'on cherche au contraire un désarmement durable, le bon sens, la raison commandent de répondre : Non. Un grand pays comme l'Allemagne, possédant de fortes traditions militaires, réussit toujours, en dépit des liens par lesquels vous prétendez le ligotter, à se donner l’armée qui répond à ses moyens et àses besoins. II

ce d'augmenter le plu

une extraordinaire abondance d'arguments, il démontrait que la vraie sécurité de Ha France est là, rien que là.

Foch, soucieux de ne pas déborder son domaine, s’en tient résolument au côté militaire : la barrière du Rhin; mais il est . ‘ facile detransposer cette thèse du domaine militaire dans le

- domaine politique et économique, d'envisager une certaine auto-

- nomie de la Rhénanie, sous le contrôle des alliés. Lés raisons les plus solides ne manquent pas. | = de n’est pas la première fois que le problème de la sécu- ritése pose, à la fin d’une guerre très longue, très coûteuse, oùles vainqueurs sont naturellement désireux, après les lourds sacri- fices consentis, de mettre leur victoire à l'abri de loute surprise. - ’ Au xvim° siècle, les Pays-Bas ont eu les mêmes précautions à prendre vis-à-vis de la France: Après les guerres napoléoniennes, l'Angleterre et la Prusse ont voulu rendre impossible toute violation par la France des nouvelles frontières, Dans chacun de ces cas, le remède a toujours été le même : “création d’une forte barrière défensive, capable, beaucoup plus que les arrangements diplomatiques, les parchemins, de garantir efficacement la paix. Après 1815, des précautions politiques

, sont venues doubler ces précautions militaires : la Belgique à

été inventée, fabriquée de toutes pièces par l'Angleterre, désireuse de ne pas voir la France s'étendre de ce côté, de ne pas avoir, tous les dix ou quinze ans, une guerre sanglante à soutenir dans les Flandres.

Ce qui s’était fait en 1815 pour la Belgique, on pouvait essayer de le faire en 1919 pour la Rhénanie.

Le gouvernement français adopta d’abord la thèse du maréchal ; il essaya de la faire accepter à ses alliés. Une violente résistance se manifesta de la part des Américains et sur-

tout des Anglais, Lloyd George ne voulant à aucun prix. d’une # occupation permanente de la Rhénanie.

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La France, assurément, était obligée de tenir compte, dans une large mesure, de ces objections. Cependant, sur une question vitale pour elle, la sauvegarde de ses frontières, elle pouvait et elle devait mettre tout en œuvre pour faire prévaloir sa solution. L’Angleterre avait donné l’exemple, en ce qui concerne la flotte et les colonies allemandes. Elle avait du premier coup produit au grand jour ses demandes et obtenu satisfaction. La France pouvait faire de même. Mais il fallait, précisément parce que la partie était difficile, se servir de tous nos atouts, s'appuyer sur le maréchal Foch, dont le prestige était immense auprès des alliés, sur l'opinion publique, sur le pays tout entier. Ces moyens-là ne furent pas suflisamment mis en œuvre. Assez vite, les représentants de la France mollirent, se replièrent sur une position en arrière. Ils se laissèrent prendre à une suggestion britannique, offrant, au lieu de la frontière définitive du Rhin, obstinément réclamée par Foch, un traité de garantie qui promettait le secours de l’Angleterre et de l'Amérique, en cas d’agression germanique.

‘était lâcher la proie pour l’ombre, abandonner une réalité solide contre une « promesse » diplomatique, dont les événements ne devaient pas tarder à montrer la fragilité. |

Car l’Angleterre, ayant adroitement subordonné sa garantie à la ratification du traité par l'Amérique, tout maintenant dépendait de cette dernière. Or, nul n'ignore que l'opinion américaine éprouve une répugnance instinctive pour toute immixtion Fair ee dans les affaires européennes; une clause de la Constitution oblige le gouvernement à faire ratifier par les deux tiers du Sénat, majorité très difficile et souvent impossible à obtenir, tout traité signé avec une puis- . sance extérieure, Le gouvernement français acceptait donc, avec une confiance bien imprudente, un chèque qui risquait de ne pas être payé. |

Il se contentait de la signature du président Wilson, alors que, de par la Constitution, cette signature devait être avalisée par le Sénat. Si elle ne l'était pas (en des matières aussi importantes, il est sage de prévoir le pire), tout ART drer. C’est exactement ce qui arriva à Wilson, en dépit de tous ses efforts, ne parvint pas à faire ratifier par le Sénat, ni le traité de garantie, ni le pacte de la Société des Nations. La garantie donnée par l'Angleterre s’évanouit automatiquement, de sorte que la France se trouva finalement n’avoir rien recu, en échange de la concession ps qu'elle avait faite.

L’occupation de la Rhénanie pour quinze ans, avec retraits

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ET

RARES … Les réparations.

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La même légèreté, le même défaut d'esprit réaliste se manifestaient en ce qui concerne les réparations. Faire payer par lAllemagne le maximum de ce qu’elle pouvait, rien n’était pre souhaïtable et plus juste. Mais étant donné l’énormité de la note présentée par chacun des belligérants, le bon sens indi- ‘ quait que cette note ne pourrait être acquittée intégralement. Il fallait prendre garde de ne pas l’enfler outre mesure, sans tenir compte des réalités, et aussi chercher avant tout un moyen pratique, commode pour toucher aussitôt que possible le plus d'argent.

La France avait été le champ de bataille de tous les alliés. Les destructions terribles commises sur son territoire l’avaient été pour la majeure part, sans doute, par les ennemis, mais aussi, dans une certaine proportion, par les alliés eux-mêmes.

C’était là un fait incontestable, dont elle pouvait se servir pour

réclamer un droit formel de priorité en faveur de la recons-,

truction des régions dévastées. Cette thèse, cependant des plus fortes, ne fut pas soutenue par les délégués français avec toute la vigueur, la précision, la décision désirables.

Ce fut une faute grave dont les conséquences devaient peser lourdement sur les finances françaises. Une vague d’optimisme, d’insouciance, de laisser-aller, assez explicable d’ailleurs par

des raisons psychologiques, la détente brusque après un effort trop prolongé, s’abattit sur l'Europe au lendemain de la guerre. - Au lieu de régler les difficultés, on trouva plus simple de les

reporters au lieu de fixer une fois pour toutes, ce qui était conforme au sens commun, la dette à payer par l’Allemagne, en la maintenant dans des limites raisonnables, on imagina d’en laisser le montant indéterminé. Les alliés instituèrent une Commission des Réparations, dont une des principales charges était d'établir périodiquement les annuités que verserait l’Allemagne. Il n’y a guère d’exemple qu'un débiteur mette grand empressement à satisfaire son créancier, lorsque ce dernier commet l’imprudence de lui laisser ignorer ce qu'il lui doit exactement.

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Cette première erreur s’accompagna d'une seconde : la

somme qu'on espérait tirer de l'Allemagne était manifestement

trop élevée, hors de proportion avec les réalités. Il se produisit

ce qu'il était assez facile de prévoir : l'Allemagne, minée par le socialisme qui, là comme ailleurs, déséquilibrait son budget, augmentait prodigieusement les dépenses, sans accroître en proportion les recettes, vit son déficit grandir d'année en année. Elle en vint rapidement à se dire qu’elle avait, après tout, plus d'intérêt à faire faillite qu’à acquitter les formidables annuités que ses vainqueurs attendaient. e

Tel qu’il est, avec ses mérites et ses défauts, le traité de Versailles et les autres traités annexes : Trianon, Saint-Germain, Reuilly, constituaient la charte de l'Europe nouvelle.

La France recouvrait l’Alsace-Lorraine, où ses armées, au

lendemain de l’armistice, firent une entrée triomphale, où l’enthousiasme des populations mesurait la profondeur et la

ténacité de leur attachement à la mère-patrie. Un régime spécial était institué pour la Sarre qui devait, après une période de quinze ans, décider par un plébiciste, si elle serait incorporée à la France ou à l'Allemagne.

Après une éclipse de plus d’un siècle, la Pologne était rendue à l'existence. Elle recouvrait tous ses territoires que les empires voisins s'étaient cyniquement partagés et dont deux sur trois venaient de s’écrouler.

La Bohême, depuis des siècles annexée à l'Autriche, retrou-

vait son mdépendance, augmentée de la Slovaquie prise sur les

Magyars. La Roumanie, la Yougoslavie, l'Italie, recevaient des agrandissements territoriaux très considérables, presque entièrement réalisés aux dépens de l’Autriche-Hongrie.

La carte de l’Europe se trouvait ainsi modifiée, et même bouleversée, beaucoup plus encore qu'après le Congrès de Vienne, quelque cent ans auparavant.

Que valent ces constructions nouvelles édifiées à la place ou aux dépens des vieux empires existants? On entend souvent exprimer des craintes sur la solidité de certaines d’entre elles, la Pologne, la Tchéco-Slovaquie.

Polonais et Tchèques, pour ne parler que de ceux-là, ont cependant en eux tout ce qu’il faut, les qualités morales aussi bien que la force matérielle, pour constituer des nations

capables de vivre et de se développer. Des dangers extérieurs

Là ét

là leur éclipse passagère — entre l’Alle- +. Mais ils ne sont pas les seuls dans ce

7, RU er

sd dl

e guerre de plus de quatre ans, seraient, pen-

| imême si elles en avaient le désir. Cette période peut être mise à profit par ces jeunes nations pour s’affermir et se développer.

vainqueurs de chercher à se prémunir contre cet ésprit de revanche. Pour peu. qu’ils s’entendent entre eux (le danger a commun les y pousse), il leur est possible d’empècher toute Aragression.. - : e E | ; 2 RICE \ TA Bibliographie. — C. House. Ce qui s'est passé à Paris pendant la Conférence de la paix (1925). —R. Lansing. The peace negociations (1920). — R. Stannard … Baker. Wilson and world setllement (3 vol., traduction abrégée en français, - 1924). — G. Clemenceau. La France devant l'Allemagne. — H.-W. Temperley. An hislory of the peace, Conference of Paris (3 vol., 1920).— Léon Bourgeois. … Le traité de paix de Versailles (1919). — Louis Barthou. Le traité de paix de Versailles (4919) (rapports présentés au Sénat et à la Chambre). — G. Hano- taux. Le lrailé de Versailles du 28 juin 1919 (1919). — Victor Bérard. La paix française (1919). — F, Nitti. La Paix (1925). — J.-M. Keynes. Les conséquences économiques de la paix (trad. française, 1920); Nouvelles considérations sur … les conséquences de la paix (1922).

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Re L: à k |

de PE Ve DRDAN RS AA RUN R UE di nais surtout, que la géographie a dange-

er aussi que la plupart des nations européennes,

, d'autre part, les vaincus ont le désir naturel de réparer profit les conséquences de leur défaite, rien n'empêche

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