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L'ESPRIT PUBLIC ET LE MOUVEMENT DES IDÉES

.. L'évolution politique. -Les nouveaux dirigeants. — La presse. — Le mouvement philosophique. Taine et Renan. — Bergson. — Littérature et politique. — Le rayonnement de la pensée française. né ee |

+ L'évolution politique. Les nouveaux dirigeants.

35 Si l’on suit la courbe de l’évolution politique, depuis 1870, . onconstate un mouvement marqué'vers la gauche et les partis avancés. La guerre avait paru l’interrompre, disloquer les Es anciens partis, en amener un nouveau. Ce n'était qu'une apparence. Après un court entr'acte, l’évolution s’est poursuivie. Les » divisions au sein des modérés, leur manque d’esprit politique, Le : l'insuffisante attention accordée par eux aux batailles électorales qui, comme toutes les autres, se gagnent à la condition de bien

7 les préparer, expliquent ce glissement.

40 A mesure que cette évolution vers les partis de gauche se . précise, la qualité, le rang social des élus subissent une modification correspondante. Certains départements de l'Ouest, où les influences conservatrices continuent à prévaloir, nomment — . des aristocrates, grands propriétaires terriens pour la plupart. - Presque partout ailleurs, sauf de rares exceptions, ces catégories sociales, encore nombreuses durant les années qui suivent - 1870, sont de plus en plus éliminées. C’est presque exclusivement dans la bourgeoisie, de plus en plus la moyenne et la petite, dans le peuple même, pour les socialistes, que se - recrutent les parlementaires : professions libérales, avocats,

médecins, professeurs, petits propriétaires ruraux.

Les avocats dominent de beaucoup. Leur clientèle, les rami- - fications nombreuses que, grâce à elle, ils étendent dans les circonscriptions, leur habitude de la parole qui leur permet de

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dominer aisément les réunions publiques, tout les arme pour la lutte électorale. La Chambre et les ministères qui en émanent sont en majorité composés d'avocats. Ils apportent dans le tra- |

vail gouvernemental et parlementaire, leurs habitudes, leurs

méthodes, leur pli professionnel : facilité, rapidité d’assimila- “tion, talent d'exposition, mais souvent aussi Kgèreté de la

documentation, vues superficielles, aisément déguisées sous

un flot de paroles, surtout impuissance à réaliser et à conclure, l'avocat étant assez porté Xcroire qu’il a achevé sa besogne, lors=

qu'il a prononcé sa plaidoirie.

La presse.

Les journaux, par suite de leur développement prodigieux, devraient jouer un rôle considérable dans la formation de: l'esprit public. Peut-être cependant ce rôle n'est-il pas aussi grand

qu'on pourrait de prime abord l’imaginer.

La presse, muselée sous l'Empire, recouvre, tout de suite après le 4 septembre, une entière liberté. Les journaux se fondent à leur guise. Leurs rédacteurs, à condition que le directeur le permette, ce qui n’est pas toujours le cas, écrivent ee qui leur plaît. Seuls les délits d’outrage ow de diffamation relèvent des tribunaux. Avec le bon marché du papier, Fmvention de la presse rotative, permettant d'imprimer en quelques heures des centaines de mille exemplaires, la presse à grand tirage fait son apparition : Le Petit Journal d’abord, purs le Petit Parisien, le Matin, le Journal, etc... Par sa richesse, la

puissance matérielle dont il que le journal dit d'informa-

tion prend em ce qui concerne la diffusion le pas sur le journal de: doctrine. Yelle de: ces feuilles n’est pas loin d'attemdre quotidiennement le chiffre colossal de deux nnllrons d'exemplaires.

Les autres se tiennent aux alentours du million. Ces tirages

auraient paru invraisemblables il y à um demi-sièele, comme

aussi la modieté du prix de vente : un sou (c'était le tarif. FA» ; He ne ; courant d’avant-guerre et encore ee Le en abandon- |

rait-elle: une: partie aux revendeurs). Comment pour ce prix-là parvient-on à fournir aux lecteurs six ou huit pages, eomprepant les nouvelles les plus récentes, des artieles variés, des contes, un où deux romans-feuilletons, ete...?

Cette vente: semble s'opèrer à perte. Le journal est dans: la -

Situation d’un commerçant qui vendrait un sou ce qui lui revient à un sou: et demi. La publieité seule lui donne le moyen-de compenser cette perte. Son produit s'accroît en proportion du

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ont vite évoillées, toute opinion nette, tout jugement catégos’en tient à une neutralité commode qui lui permet de >utenir, sans trop de zèle au demeurant, les gouvernements 3 2008 se suceèdent, si différents, si opposés soient-ils. IL s’absient de prendre position dans la lutte des partis. Qu'il Te se de politique intérieure ou même extérieure, il expose Se | faits en se gardant de conelure. ns RENE à oujours pour les mêmes raisons, il remplace'dans le menu >

quotidien servi à sa clientèle, les nourritures solides et subs-

. tantielles, par des mets plus légers : les pâtisseries sont préférées aux viandes. Les articles sérieux, documentés, cèdent la

ie rer première page aux faits divers, rédigés sous la forme Ja plus alléchante, afin de piquer la curiosité du lecteur. L'art du journaliste devient avant tout une affaire de présentation. : 7 La manière a beau se varier, les premières pages, souvent les - deuxièmes des journaux à grand tirage sont plus ou moins

pareilles ehez tous. Quand on en a Va Où parcouru ub, on pourrait à la rigueur se dispenser de lire Les autres. Cet abus de la neutralité politique, cette absence de jugements etde doctrine à été poussée si loin, qu’elle a fini par pro- voquer une réaction. Les grands journaux d'opinion, le Temps, - … le Journal des Débats pour ne citer que ceux-là, ont vu, par -— cela même, s’aceroître considérablement leur tirage. De nou- veaux journaux de doctrine, représentant tel ou tel parti, se 5 sont créés. Certains d'entre eux ont obtenu dès les premiers e. jours un succès considérable : preuve que leur rien Ê ” #

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répondait à un besoin.

Par suite de cette évolution, on ne saurait dire que la presse, = . dans son ensemble, malgré sa grande extension, l'augmentation de sa puissance, de sa prospérité matérielle, tienne, dans la formation et le développement de l’esprit publie, une place plus

__ importante qu'au début de la Troisième République. I n'y -. aurait même aucun paradoxe à affirmer le contraire. Du temps <-

- à COX | E. À où les journaux étaient moins nombreux et d’un tirage plus

faible, un article signé d’un nom connu, paraissant au moment, opportun, avait un retentissement, une portée qui se retrouve raient difficilement aujourd’hui. TE ee Ces millions de lecteurs des grands journaux sont pareils aux spectateurs du cinéma, devant qui défilent, à toute allure, les visions les plus diverses, les plus mcohérentes, l’une chassant l’autre, aucune, par suite de cette rapidité, ne parvenant à laisser de traces durables. Un des maîtres du journalisme contemporain, Adrien Hébrard, avait coutume de dire ‘: « Le journal est chose qui naît le matin, et meurt le soir ». Il ajoutait d’un air narquois : « quelquefois même à midi ». : De même, l’influence individuelle des journalistes sur la politique et l’esprit public a, dans l’ensemble, plutôt diminué ue grandi. Leur situation matérielle qui, de plus en plus, he notre société, mesure l’importance et le crédit, serait plutôt en voie de régression. Elle est loin d’avoir suivi l’aug-

mentation du coût de la vie. Le journaliste a cela de commun.

d’ailleurs avec les hommes de lettres, artistes, et une partie des professions libérales.

Le mouvement philosophique. Taine et Renan.

Il ne saurait être question, faute de place, d’esquisser ici, même très rapidement, l’évolution de la littérature, pendant les cinquante dernières années. Nous devons nous borner, laissant résolument de côté le reste, à marquer de quelques traits essentiels les rapports existant entre le mouvement des idées d’une part, la be et l'esprit public de l'autre.

Au lendemain de 1870, Taine et Renan, qui sont au plus haut de leur gloire, apparaissent comme les deux sommets de la pensée française.

Chez l’un et l’autre, la guerre qu'ils n'avaient point prévue, provoque un terrible ébranlement, dissipe d’un coup les nuages, lait paraître à leurs yeux une Allemagne aussi féroce qu'insoupçonnée, Le pays des savants, des philosophes, des professeurs, leur seconde patrie intellectuelle, se montre subitement sous son jour véritable : le casque à pointe prussien dominant, écrasant tout le reste, ou plutôt, ce qui est plus grave encore, penseurs, philosophes et professeurs suivant docilement, allègrement le casque à pointe.

Chez Taine, le déchirement est profond, presque tragique. Tout ce à quoi il croyait s’eflondre sous ses yeux. Il vit dans

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mmense cimetière, celui de ses illusions jonchant le sol tour de lui. De là son sentiment de détresse. -Il écrit, par- o. ant des Allemands, à un de ses amis, Emile Planat, le OS 7 février 1871 : « La guerre à mis au jour le vilain, le mau- | vais côté de leur caractère, que recouvrait une écorce de civilis sation. L'animal germanique est au fond brutal; dur, despo- DE tique, barbare... Tout cela vient d’apparaître à la lumière à » et fait horreur. » ! es Es 2

__ Ses théories, ses rêves lui avaient caché l’âme germanique telle que la Prusse, l « organe mäle de l'Allemagne », comme __ on l’a justement appelée, depuis plus d’un siècle, l'avait 14 HN façonnée. :, «

Renan ne He mieux comprise. L'Allemagne cepen-

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