PRIT PUBLIC E
dant leur était familière, Taine y faisait un voyage quelques semaines seulement avant la guerre. À . Un qui n’a rien vu, rien soupconné lui aussi, c’est Flaubert, Il écrivait l’année d’après Sadowa : « Voici qu'on parle de la. guerre. Je n’y crois pas. Avec qui? La Prusse? La Prusse n’est pas si bête! »
: Flaubert n’est qu’un homme de lettres, se défendant d’être autre chose, enfermé dans sa tour d'ivoire. Mais Renan, Taine ___ sont des philosophes, des historiens. La déception qu'ils éprouvent, pareille à un coup de massue, les étourdit sur le moment. Taine, pendant quelques semaines, se déclare inca- pable de tout travail. Il est obligé de faire un vigoureux effort sur lui-même pour continuer son cours à l’école des Beaux-Arts. - La guerre, la défaite, la Commune, les réactions si doulou- > reuses qu’elles provoquent en lui détermineront désormais son évolution morale, ses jugements historiques, politiques et aussi . le déroulement de son activité. Ses principaux ouvrages, philosophiques et littéraires, sont antérieurs à la guerre. Maintenant = c’est l’histoire qui l’attire, une histoire récente, dans ses rap- ports avec la politique. Ce qui est aujourd’hui étant, d’après sa doctrine, le résultat direct et fatal de ce qui a été hier, comment la France du xix° siècle est-elle sortie du xvin°, comment la Révolution découle-t-elle de l’ancien régime, la France contemporaine, de la Révolution ? .
Tandis qu’il seconde de toutes ses forces son Jeune ami Boutmy, l’aide à fonder l’école des Sciences politiques, sous l'empire des mêmes préoccupations, il s’attelle, en bénédictin, à son grand ouvrage les Origines de la France contemporaine. Il s’enferme des journées durant à la Bibliothèque Nationale, aux Archives! fouillant des montagnes de vieux papiers, sou-
= 1 : . é = Le 4 PTT $ empire, mais comme une partie dans un tout. » Si l'animal
apparente, sa belle façade extérieure, mais toutes les faiblesses, …
typiques, qui animent-et expliquent le passé. Sa grande philosophique demeure le fil conducteur de ses recherches. Elle dérive tout entière de la phrase fameuse de Spinoza
«L'homme n’est pas dans l’univers comme un empire dans un
humain n’est ainsi qu’une résultante des forces naturelles : chmat, milieu, moment, auxquelles il ne saurait, dans la plus faible mesure, se soustraire, quelles sont ces forces, comment se sont-elles exercées ? Quels résultats devaient-elles produire? L'histoire devient une vaste construction, dont une pensée générale règle l'ordonnance, où les mille faits particuliers, … fournis. par une documentation copieuse, communiquent le … mouvement et la vie. C’est l’ancien régime avec sa grandeur
toutes les tares du dedans, qui s’aggravent de jour en jour jusqu’à | ce que se produise l’explosion qui fera tout sauter. La Révolution découle de l’ancien régime, comme un fleuve sort de sa source;
les forces qui la mènent sont aveugles, désordonnées, chao- … tiques. Elles lâchent à bride aux pires instinets de l'être”. humain qui s'y montre comme un « gorille déchainé ». Et voici que le Titan auquel cette Révolution aboutit, sorte de = condottiere audacieux, n’aimant rien tant que le risque, vivant intensément dans la minute présente et uniquement en elle, : insoucieux de l’avenir, fabrique artificiellement une France à son image, où le lycée n’est que la préparation de la caserne, … un, pays centralisé à l'excès, caporalisé, fait non pour se gouverner lui-même, mais pour obéir à l’impulsion d’un seul. -
Un sentiment d’amertume,: de pessimisme, émane de tout cet ouvrage. Tout serait done mauvais dans cette France con temporaine? L'édifice en entier serait à rebâtir pierre par pierre. Mais qui se chargerait de cette reconstruetion ? L
Le souci, la tristesse du temps présent expliquent, pour une bonne part, ce pessimisme. Nul écrivain, si cuirassé soit-il, ne, saurait échapper aux préoccupations, aux angoisses qui, de toutes. parts, l’assaillent. Les douleurs de l'Année terrible ont noirei les couleurs de sa palette. Taine, d'autre part, grand connaisseur et grand admirateur de l’Angleterre, est obsédé sans cesse dans-ses jugements sur la France, par la comparaison avec l’histoire et la politique britanniques. 2
Autant il est sombre quand il s’agit de son pays, autant le pays voisin se présente sous des couleurs riantes. Çes deux appréciations sont également excessives. Le goût de labstrac-