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CHAPITRE VII

LES CRISES ET LES HOMMES ns

+ Fréquence des crises ministérielles. — L'œuvre scolaire. Gambetta et le grand ministère.

Fréquence des crises ministérielles.

Les ministères, désormais, se succèdent avec une rapidité plus ou moins grande : quelques mois, parfois quelques semaines ; quand ils dépassent une année on peut les considérer comme ayant eu une chance exceptionnelle. Ce sont toujours plus ou moins des ministères-silhouette.

Rien ne serait plus fastidieux, plus inutile par surcroît, que de dérouler, sans en rien omettre, cette interminable énumération. La plupart de ceux qui la composent n’ont aucune figure, aucun trait véritablement distinct.

Ce qui cause ces changements gouvernementaux, ce sont moins des questions d’idées ou de doctrines, que des intrigues parlementaires et des jalousies de personnes. A défaut d'hommes supérieurs qui, s’ils apparaissent, sont d’ailleurs rapidement usés comme les autres, plus rapidement peut-être, des personnages moyens, assez souvent médiocres, pendant le temps qu'ils occupent le pouvoir, sont guettés, minés par l’impatience de leurs successeurs éventuels. Ïls ressemblent à un organisme qui, ayant sans cesse à se défendre contre des microbes destructeurs, résiste plus ou moins longtemps à leur attaque, jusqu’au jour où il finit par succomber.

La division du Parlement en groupes et en sous-groupes permet entre certains d’entre eux — ce qui est un autre facteur important — les alliances les plus imprévues, souvent les plus

paradoxales, “entraînant comme conséquence un déplacement subit de la majorité.

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On pourrait en citer d'innombrables exemples. En voici un très typique : RO RES £ Jules Ferry, un des plus remarquables hommes d’État de cette époque, un chef et même un grand chef, signale sa pré- sence au pouvoir par deux œuvres capitales : la réforme sco- laire, l’expansion coloniale. | - Dans la première, il a contre lui les droites, le parti clérical - qui lui vouent une haine violente. Lorsque la seconde est en dis- __ cussion, cette haïne-là n’est pas éteinte : cléricaux et conserva- teurs n'hésitent pas, pour renverser l’homme qu’ils détestent, . à s'associer avec IC es les radicaux et l’extrême gauche. Prenez un fait comme celui-là, multipliez-le par cent, vous aurez une des explications, entre beaucoup d’autres, de cette instabilité gouvernementale.

L'œuvre scolaire.

Né à Saint-Dié, Jules Ferry, journaliste, député au Corps législatif en 1869, membre du gouvernement de la Défense Nationale, maire de Paris pendant le siège, débordait d’énergie et d’espritcombatif. Il en donne la preuve lors de la fameuse | journée du 31 octobre 1870 qui fut comme une répétition géné-

__ rale de la Commune. Quand celle-ci éclate, il est le dernier à partir: | à

Enseignement primaire, secondaire, supérieur, les diverses __ lois établissant l'organisation scolaire de la République sont dues pour une bonne part à son initiative.

A la base, l’enseignement primaire. Pour le mettre sur pied, - il faut créer des écoles et trouver des maîtres. C’est la partie | la plus neuve, exigeant le plus d’efforts et de sacrifices. L’en-

seignement peus restait partiellement soumis à l’influence du clergé. Il s’agit de supprimer cette influence, de la remplacer par une autre.

L'école primaire donne l’enseignement gratuit et obligatoire. Des écoles normales créées dans chaque département forment les maîtres nécessaires. Cet enseignement est neutre au point de vue religieux. On exige des instituteurs congréganistes, exerçant dans les écoles libres, le même brevet de capacité que celui des instituteurs laïques dans les écoles publiques. Pour les filles, des établissements d'enseignement secondaire sont créés. Pour l'enseignement supérieur, Jules Ferry propose d'enlever aux facultés libres la collation des grades. Un des” articles de son projet, le fameux article 7, interdit l’enseignement, à quelque degré que ce soit, aux membres des congré-

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96 / {LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE ations non autorisées. Il voulait ainsi atteindre les Jésuites. £e n’est pas la première fois que l'Etat, républicain ou monarchiste, dirigeait contre eux une offensive. Jules Ferry ne faisait, à cet nl que continuer la politique de Charles X, peu suspect d’anticléricalisme, cependant. Cet article, qui souleva de violentes discussions, après avoir été voté par la Chambre, fut rejeté par le Sénat. Le ministère n'en prononça pas moins [a dissolution de la compagnie de Jésus et la fermeture des

établissements qui lui appartenaient. :

Cette organisation le est conforme aux tendances démoeraliques. lle est doctrinale et logique. Son seul défaut est peut-être de l’être trop. 24 ; CE Re

La pierre maîtresse de l'édifice est l'école primaire qui dispense à des millions d’enfants une instruction sérieuse et solide, égale, sinon supérieure dans l’ensemble, à celle qui se donne dans tous les autres pays. Grâce à la multiplication des bourses, il n’est pour ainsi dire aucun élève de ces écoles, le plus pauvre soit-il, qui ne puisse passer sans trop de peine dans.les lycées et les collèges, plus tard dans les Facultés.

Ce qu’on pourrait reprocher à ce système, c’est d'être trop abstrait, trop universel, de ne pas suffisamment tenir compte des différences individuelles, des particularités de province à province. Il ignore d’une manière à peu près complète tout ce qui est local et technique, et c'est là, pour des enfants du peuple, en majorité des fils de paysans, une grosse lacune. Il les mstruit, les façonne comme s'ils devaient tous, plus tard, devenir des notaires, des avocats, des professeurs. Par là, il pousse encore au nivellement des esprits, à la centralisation déjà excessive. Il achève de tuer ce qui reste d’individualité, d'originalité locale.

Ce reproche, au demeurant, aurait vivement étonné ceux qui construisirent ce système. Ce caractère d’universalité était voulu par eux. Il était conforme à leurs tendances philosophiques, doctrinales, à l’idée qu'ils se faisaient d’un gouvernement et d'une société démocratiques. ;

Gambetta et le grand ministère.

Après Jules Ferry écarté du pouvoir à cause de sa politique tunisienne, voici le tour de Gambetta. Comme il était la personnalité la plus marquante du parti républicain, l’heure devait latalement venir où le gouvernement lui serait confié. Malgré

la résistance et la répugnance du Président Grévy, cette heure sonna enfin. Elle fut brève.

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Par suite de la division des groupes, Gambetta ne pouvait : Consttuer un ministère parlementairement solide que s’il s’entendait au préalable avec quelques-uns de leurs chefs. Mais

c'était du même coup restreindre son champ d’action, son acti-

vité. La même difficulté s’est présentée cent fois depuis à ses successeurs, surtout aux plus marquants, aux plus vigoureux d'entre eux. Clemenceau, alors l’adversaire de Gambetta, l’éprouvera plus tard lui aussi.

= Gambetta crut bon de passer outre, de former son ministère non pas avec des personnalités de premier plan, mais des hommes à lui, qui lui seraient entièrement acquis puisqu'ils lui devraient tout. :

Ce fut le grand ministère appelé ainsi par dérision parce u’il n'était composé que de sous-ordres. Son compte fut vite réglé. La politique de Gambetta consistait d’une part, à accroître ar tous les, moyens, y compris la revision de la Constitution, a force du pouvoir exécutif qui risquait de plus en plus de tomber en quenouille. Ses craintes à cet égard n'étaient que trop justifiées. | Il voulait par ailleurs, par une sorte d'union nationale, en roupant autour de lui toutes les forces du pays, exalter, tonide l'action française au dehors. :

La plupart des parlementaires qui se sentaient d’instinct plus ou moins menacés, eurent tôt fait de se liguer contre lui. En un rien de temps, son ministère s’écroula.

Les grands chefs écartés, force était bien de recourir aux doublures. Des hommes de second plan prennent le pouvoir, le gardent plus où moins de temps. Autun parti d'autre part n'ayant la majorité, une PE de concentration est de plus en plus indispensable. Elle va être pendant très longtemps la FRS Elle est un des traits essentiels du parlementarisme français. Elle se fait tantôt à droite, tantôt à gauche. Faite à droite jusque vers la fin du siècle, elle amène au pouvoir des gouvernements modérés. Après l'affaire Dreyfus, surtout après le ministère Waldeck-Rousseau, les partis avancés, les radicaux, prennent le gouvernement et ils continuent, presque sans interruption, à s’y maintenir.

Bibliographie. — Rambaud. Jules Ferry (1903). — J. Reinach. Le ministère Gambetla 884). — Tournier. Le Cardinal Lavigerie (1913). — Général Zurlinden. Souvenirs. — J. Simon. La réforme de l'enseignement secondaire (1874). — Th. Ferneuil. La réforme de l'enseignement public en France (1879). — De Laprade. Le baccalauréat el les études classiques (1879). — Paul Deschanel.

Gambetta.

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