CHAPITRE VII RAPPORTS FRANCO-ALLEMANDS. — ALERTE DE
Psychologie de Bismarck. — Premiers travaux de rapprochement avec l'Au-
triche. — Politique envers la France. — La guerre préventive. — La première alerte. 3
Psychologie de, Bismarck. |
Pendant les années qui suivent la guerre, une question domine les rapports franco-allemands : l'exécution du traité de Francfort.
Grâce à la sagesse du gouvernement de Thiers qui réussit.
à fonder, à faire vivre ce que beaucoup de gens en France et au dehors considéraient comme impossible, une république conservatrice, inspirant pleine confiance aux possédants, les divers emprunts contractés pour la libération anticipée du territoire sont souscrits avec la plus grande facilité. Tout en empochant l'argent, ce qui les ravit, les Allemands sont les premiers étonnés de la rapidité avec laquelle la France se relève. Cette rapidité même leur inspire des craintes pour la sécurité de leur victoire. Bismarck est dans la situation d’un homme qui, ayant réalisé des bénéfices inespérés, craint qu'ils ne lui
soient un jour ou l’autre ravis. Il multiplie done les précautions
our les mettre à l'abri de tout danger. Ces précautions ne Ê paraissent Jamais suffisantes. D'après lui, et il ne le cache point, la victoire remportée si aisément sur la France, est due saus doute à la supériorité de la préparation militaire et diplomatique, mais aussi au concours quasi-miraculeux d’un certain nombre de circonstances exceptionnelles qui ont toutes, sans exception, Joué en faveur de son pays. Il était pénétré de cette conviction qui explique, par la suite, son attitude et sa politique. Il le répète à tout propos dans ses Mémoires, dans: ses entretiens avec ses confidents. Les Allemands auraient ee tort de
simaginer que, parce qu'ils ont battu sans peine les Francais,
TS FRA CO-ALLEMAND ALERTE DE 4813 99 DE ES APTE RNA PT nr -
de les battre à nouveau quand ils le voudront, ontraire moins certain. Loin de s'endormir dans
état d'esprit, partagé par beaucoup de ses compatriotes, pour __ comprendre ses efforts, ses manœuvres en vue de ce résultat : maintenir la France isolée en Europe, l'empêcher de trouver des alliances et des appuis qui, venant s'ajouter à ses ressources, à l’élasticité de sa race, lui permettraient de songer à une guerre __ de revanche. % Fe 1 Cette idée de l’encerclement qui, quelque trente années plus tard, agira comme un épouvantail sur l’Allemagne et sera une des causes essentielles de la grande guerre, ss à ce moment, songe à la réaliser contre la France. Il n’a pas de cesse qu'il ne construise contre elles une sorte de dique diplomatique.
Premiers travaux de rapprochement RS: avec l'Autriche.
| Ses premières tentatives sont tournées vers l'Autriche. Il recueille ici le fruit de la sagesse, de la prévoyance avec les- quelles, au lendemain même de Sadowa, il a modéré, non sans les plus grosses difficultés, les militaires qui, soucieux unique- : ment du présent, f’avaient qu’une idée : exploiter à fond leur : victoireetaccabler l'Autriche. Bismarck lui, qui voyait plus loin, . qui pensait au lendemain, s’est mis résolument en travers de ; cette politique imprudente. Il s’est gardé d'irriter à fond l’Au- … triche, de créer vis-à-vis d’elle l'irréparable, etil a réussi. Jamais dans aucune autre circonstance, il ne s’est, à un tel oint, révélé grand homme d'Etat. Que n'a-t-il fait preuve de a même modération et de la même prévoyance, dans son attitude envers la France, après 1871? Fe paix de l’Europe eût pu être assurée pour très longtemps. Mais Bismark, d’un tempé- __ rament très passionné, comme l’a bien montré E. Ludwig, son récent historien, ne parvient pas toujours à se maîtriser. Dès qu'il s’agit de la France, il cède à la fois aux militaires et … à son tempérament. La sagesse, la modération lui sont autre- | ment difficiles qu'envers l'Autriche.
L’Autriche ménagée de la sorte, la réconciliation avec elle . devenait plus facile. L'influence de jour en RUE Pipes des - Hongrois, dont Bismarck se servait à merveille, facilita ce rapprochement. Désormais, la Hongrie sera entre l'Allemagne et
LV RENE x Le AT p réa ie D RS re - LONG EVE NERO
Hu ; de s F Fe RE ; d&- 2: L o
l'Autriche, le trait d'union indiqué. Les Magyars pèseront de toutes leurs forces sur Vienne, pour amener le gouvernement à resserrer de plus en plus ses liens avec Berlin. f
Les deux Empereurs se rencontrent à Ischl et à Salzbourg. Bismarck, en toute occasion, pousse de plus en plus l’Autriche vers l'Orient, ce qui est, croit-il, le moyen le plus sûr de la détourner de l'Allemagne. Pour les mêmes raisons et aussi pour la brouiller avec l'Italie, il poussera la France vers la Tunisie.
Seulement, cette politique orientale de l'Autriche a pour conséquencé fatale son antagonisme avec la Russie. L'opposition des deux pays est inévitable. Un jour viendra pour l'Allemagne où il lui faudra choisir entre les deux. Bismarck fait tout ce qu'il peut pour retarder ce choix, qui lui est des plus désagréables. Il continue tant qu'il peut à miser sur les deux tableaux. Quand enfin arrive l’heure où il doit se décider, des raisons profondes et impérieuses selon lui, sur lesquelles il s’est longuement expliqué dans ses Mémoires, l’amènent à opter pour lAutriche.
Pour l'instant, l'Allemagne est au mieux avec les Autrichiens et les Russes. En septembre 1872, les trois Empereurs se réunissent à Berlin. Cette réunion, autour de laquelle [a presse germanique, inspirée par Bismarck, mène Eat tapage, est pour l’Allemagne comme la garantie morale de ses conquêtes. Les beaux jours de la Sainte Alliance semblent revenus.
Au lendemain de ces effusions sentimentales, les réalités cependant ne sont pas longues à reprendre leurs droits. Important et majestueux, le chancelier russe Gortchakof considère
volontiers Bismarck comme un élève, ce dont l’autre ne prend
pas aisément son parti. Entre les deux commence à poindre quelque jalousie, une joe de ténors, qui atteindra son point culminant lors de l’alerte de 1875 et pendant le Congrès de Berlin. ie
Politique envers la France.
La politique de Bismarck envers la France est double. Elle l’amène, d'une part, à faire sur le terrain diplomatique un travail intense, incessant, pour empècher « l’ennemi héréditaire » de remettre en question sa défaite. Bismarck, très attentif aux événements qui se déroulent en France, aux possibilités d’une: restauration monarchique, désire de toutes ses forces que cette réstauration n'ait pas lieu. Il morigène vertement son ambas: sadeur à Paris, d’Arnim, qui, intrigant et brouillon, manifes-