‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 3 sur 112 · TE EU < 6 T · texte numérisé non relu

TE EU < 6 T

peu p

grossie, s’est amassée devant le Palais.

C’est’ un dimanche de Paris, par une radieuse journée

envahit la salle des séances. En vain les chefs de la gauche,

Gambetta, Jules Favre, Picard, Crémieux, exhortent les manifestants au calme, essaient de faire respecter l'enceinte du

Parlement, s'efforcent d'obtenir une solution légale. Le peuple

est de plus en plus pressé. La majorité des députés, ceux

du Centré et de la Droite, quittent la salle. Le Président

Schneider lève la séance. La République n’a pas pu être pro-

clamée au Corps législatif, tombé en carence, trop lent à se

déterminer. Elle va l’être, selon la tradition révolutionnaire et jacobine, à l'Hôtel de Ville.

? A PHétel de Ville.

C'est là que se rendent en toute hâte les chefs des partis de gauche, les futurs membres du gouvernement, pêle-mêle avec les manifestants, Gambetta, Jules Ferry, Jules Favre, Jules Simon, Crémieux, Pelletan, Ernest Picard.

- Entre temps le Palais des Tuileries, d’où l’Impératrice est déjà partie, a été, lui aussi, comme le Palais-Bourbon, comme l'Hôtel de Ville, occupé par la foule. Les voltigeurs de la garde, commandés par le général Mellinet, qui le défendaient, se sont retirés sans qu'un seul coup de fusil ait été tiré, grâce au sang-froid, à la décision de Victorien Sardou, alors tout jeune homme, qui a raconté cet épisode avec sa verve accoutumée.

Arrivés à l'Hôtel de Ville, les députés dressent, aussi vite que possible, dans la crainte d’être une fois encore débordés, une liste du nouveau gouvernement. Elle comprend tous les députés de la Seine et ceux qui, élus à Paris, ont opté pour un département. Ils décident de donnor la présidence au

- général Trochu qui aura pleins pouvoirs pour assurer la défense nationale.

Tandis que cette liste se forme hâtivement, arrive en coup de vent Henri Rochefort, député de Paris lui aussi, que ses collègues avaient oublié. Ses électeurs n'avaient pas commis le même oubli. Ils s'étaient empressés d’aller le délivrer à Sainte-

à peu près la même chose. Tandis que les députés hési- - délibèrent, une foule de manifestants, de minute en

d'été. Cette foule enfiévrée veut des décisions immédiates, la déchéance, la République ; elle s’impatiente des lenteurs des députés. Elle force sans difficulté les grilles du Palais,

Pélagie où il était détenu. Sans empressement, en se serr.

PU Le ne Fr NÉ vi Fr pe È

un peu, les membres du nouveau gouvernement lui font une lace au milieu d'eux. Trochu, particulièrement, éprouve quelque hésitation à siéger à côté de lui. Comme le dit avec philosophie quelqu'un : « Mieux vaut Favoir dedans que dehors! » L Lee Mn

Le nouveau gouvernement.

Ce gouvernement, bien qu’il soit presque uniquement formé … de députés, se constitue en dehors de l’Assemblée parlementaire #1 qui, dès lors, n’a plus qu’à disparaître. Elle disparaît en effet. Le soir même, le Corps législatif et le Sénat ont cessé d'exister. Mais, tandis que le gouvernement venait au monde à l'Hôtel de Ville, les révolutionnaires, réunis dans une salle voisine, s’occupaient eux aussi de dresser leur liste où se trouvent les noms de Blanqui, Pyat, Delescluze, Flourens, tous les futurs chets de la Commune. ; & 5 LE

C'est là un fait très significatif et gros de conséquences. +2

Ce gouvernement de la Défense Nationale apparaît ainsi, dès son origine, comme un compromis hâtivement réalisé entre des tendances différentes et même contradictoires, entre l’esprit du Parlement et celui de la Commune de Paris, entre la province et la capitale. [l'est modéré, très modéré même par certains deses éléments, Trochu par exemple, un Breton catholique, très pratiquant ; très avancé par d’autres, Henri Rochefort, qui, d’ailleurs, ne tardera pas à le quitter. Thiers, tout en promettant son concours, refuse d’en faire partie, ce qui ne laisse pas d’être assez préoccupant. Issu d’un compromis, ce gouvernement ne peut — qu’en avoir tous les inconvénients, toutes Les faiblesses.

Un incident significatif.

Un incident qui se produit quelques minutes après son baptême le prouve mieux que tout le reste. Beaucoup d'ouvriers qui se trouvaient à l'Hôtel de Ville réclament violemment le drapeau rouge. Ils eà ont déjà arboré un sur l'édifice, Gambetta, non sans pen e, fait prévaloir le drapeau tricolore, celui de 92 et de 93. Quelqu'un dans la foule crie :

« Cest un drapeau bâtard. 11 a la couleur des: Bourbons ! »

Un autre ajoute : |

« C’est un drapeau sali ! »

À quoi de la foule, une voix répond :

« Eh bien, nous le laverons ! »

Ile qui en détermine fatalement le cours:

essen els — est faite par le peuple de Paris, par la rue.

mme au temps de la grande Révolution, comme en 1830 et

Er:

impose sa solution, met la province en présence du fait accom- pli. Le mouvement déclenché, des professionnels de la poli- tique, des chefs parlementaires essaient aussitôt de le contenir, l’endiguer, et, si possible, de le diriger. Mais voilà qui n’est pas très facile. Ces chefs de l'opposition, devenus d’une minute

à l’autre, membres du nouveau gouvernement, sentent et sen- ‘4 tiront de plus en plus peser sur eux de terribles responsabili- tés. Ils sont, par leur charge même, inclinés à la prudence, à la Re: aodération. Or, le propre des mouvements révolutionnaires est d'aller immédiatement aux extrêmes. Entre eux et une partie des troupes qui les ont pee pouvoir, un fossé se | creuse aussitôt qui ne peut qu'aller en s’élargissant. Considérez par exemple la Révolution russe de 1917. Elle 4 est née, elle aussi, dans la rue, d’une collusion instantanée entre les manifestants socialistes et les régiments de la capitale, passant les uns après les autres du côté des émeutiers. Des membres du Parlement, des hommes de la Douma, essaient __ comme en 1870, de canaliser le mouvement. Ils s'emparent du pouvoir, ou plutôt ils croient s’en emparer. Car le pouvoir véritable n’est pas en eux, mais hors d'eux. II réside dans le - Soviet, le conseil des ouvriers et des soldats, qui se constitue aussitôt et qui est, au fond, le véritable maître. Cela est si vrai qu'à peine la révolution TE la Douma disparaît - d'elle-même. Le Soviet seul subsiste. IL dicte ses décisions aux ministres. Kerensky est son homme et lui obéit docilement. Il pousse le gouvernement vers une politique de plus en plus avancée qui détend toute discipline militaire et sociale, désoranise le pays, détruit l’armée, prépare les voies au coup d'Etat olchevique,

ze LPS Caractère du nouveau gouvernement.

| Le gouvernement du 4 Septembre, constitué à l'Hôtel de Ville, épousait par cela même toutes les traditions, toutes les

évolution du 4 Septembre — c’est là un de sestraits

NE en 1848, c’est Paris qui, une fois de plus, donne le branle,

æ * & : | k Ç 1 ee fr a Ko. + AT tr "2e 6 HA - LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE X + “ | habitudes révolutionnaires. Il poussait EE a HE ne - continuation de la guerre, de la lutte à outrance. Un gouverne-

ment issu du Palais-Bourbon, qui aurait eu Thiers à sa tête, aurait décidé peut-être d’arrêter tout de suite une guerre inutile à qui était, quoi qu’on fit, à peu près irrémédiablement perdue, Ris de signer sans retard une paix qui ne pouvait être que plus désastreuse à mesure qu'on attendait. Thiers était partisan + d’une paix immédiate, et si l’on ne considère que la raison seule, il avait évidemment raison. > ——. Mais le gouvernement de l'Hôtel de Ville ne pouvait que s’engager tout de suite dans la guerre à outrance, la levée en masse, ete... ete.., tous les souvenirs dela Révolution. Ce gouvernementétait en outre, de par ses origines, moralement obligé de ne pas quitter la capitale, même lorsqu'elle allait être investie. C'était pour lui, militairement et politiquement, une faute des plus graves de demeurer dans Paris assiégé. Il s’isolait par là du restant du pays; il se coupait toutes les communications avec la province, il préparait ainsi ce divorce qui aboutit à la Commune. Mais, pour ceux qui le constituèrent, [a question . d'abandonner la capitale ne se posa mème pas. Gambetta qui, seul, eut la vision très nette des nécessités militaires, était partisan de transporter le gouvernement en province où d’ailleurs il alla lui-même quelque temps après. Mais son avis ne fut pas une minute écouté. é Voici le nouveau gouvernement en place. Il se laisse enfermer dans Paris, se bornant à envoyer en province une délégation très faiblement composée, deux vieillards sans énergie, avec laquelle il n’aura qu’un contact des plus intermittents. Dans la capitale elle-même son autorité est loin d’être indiscutée. Les éléments les plus avancés, ceux chez qui les révolutions parisiennes ont recruté de tous temps leurs principaux adhérents, se dressent déjà et se dresseront de plus en plus contre lui. Avant de prendre, en ce qui concerne la continuation de la guerre, la politique intérieure, les élections, des résolutions qui peuvent être grosses de conséquences, il lui faut procéder en toute hâte à un examen rapide de la situation. C’est ce que les marins appellent : « faire Fe point ».

La paix impossible.

Une paix honorable pour la France, acceptable pour ses nouveaux chefs, les Prussiens n’en veulent pas. Par son origine même, révolutionnaire et jacobine, souvenirs de 93, le gouverne-

e- République, le 7 septembre, Jules Favre, ministre des Affaires €

Core A Re 4 4. Re

(48, 20 septembre). 5 |

Bismarck et Jules Favre.

Nul n’était moins propre que lui à négocier avec le chance-

lier. Il est impossible d'imaginer entre deux caractères, deux tempéraments, un contraste plus éclatant.

.. L’Allemand, réaliste et sec, habitué à ne tenir compte que des forces et des faits, jugeant fort bien d’un coup d’œil les hommes et les situations, terrible adversaire dans les négociations, n'ayant pas son pareil pour asséner au moment opportun l’argument décisif qui, comme un coup de massue, démonte son partenaire. Le Français, avocat et rien qu'avocat, — ce qui n'est pas beaucoup, quand il s’agit non point de convaincre un auditoire, mais de discuter avec un adversaire qui sait ce qu’il veut et qui le veut bien, — facilement impressionnable, impuissant à dissimuler ses émotions, allant à l’occasion jusqu’à verser des larmes. Or, rien de pire qu’un homme d'Etat qui pleure trop facilement !

A son interlocuteur qui demande les conditions de l’armistice, Bismarck les communique aussitôt par écrit : occupation de Strasbourg, des forteresses des Vosges, d’un fort dominant

* Paris, les habitants de l'Alsace et de la Lorraine exclus du

vote pour l’Assemblée Nationale.

L’entrevue de Ferrières n’ayant donné aucun résultat, il ne reste qu’une ressource : se battre.

Situation diplomatique et militaire.

Dans quelles conditions va s'engager cette lutte ? | Le gouvernement doit dresser rapidement l'inventaire de ses ressources diplomatiques et militaires. t

vÉgeTi 3 LE Sd 7e LR cs: 2e 74 STORE de CET 2 * 4 HAN RE FE ete

Diplomatiquement, la situation est aussi mauvaise que pos-

sible. On décide d'envoyer Thiers en mission dans les diverses

capitales, sans se faire beaucoup d'illusions sur ses chances de succès. à

. L’Angleterre, où les libéraux avec Gladstone sont au pouvoir, regarde sans déplaisir la défaite de la France. Opportuniste d’instinct, ne voulant ni ne sachant prévoir de loin les événements, elle ne s’alarme aucunement des conséquences que peut avoir l'agrandissement de la Prusse. Cet agrandissement lui paraît plutôt de nature à établir en Europe un équilibre des

‘forces, dont elle aura lieu de se féliciter.

L'Autriche, libre de ses mouvements, se serait Re tée à notre secours ; mais elle est ligotée d’abord par la Hongrie devenue -un Etat dans l'Etat et penchant nettement du côté de l'Allemagne; plus encore par la Russie où le Tsar a

signifié clairement qu'il riposterait du tac au tac à toute

mobilisation autrichienne par une mobilisation russe.

Du côté russe, Bismarck a pris toutes ses précautions. C’est la partie la plus soignée, la plus réussie d’un long travail diplomatique qui doit aboutir à l’isolement de la France. Il n’a rien négligé pour mettre dans son jeu les Russes, au moment où la partie décisive s'engagera. Il s’est servi à merveille des affaires de Pologne, où la diplomatie velléitaire et brouillonne de Napoléon IIT avait, selon ses habitudes, accumulé les erreurs.

Quant à l'Italie, une seule chose l’intéresse : l’achèvement de son unité nationale et l’occupation de Rome que Napoléon IIT, si peu conséquent avec lui-même, s’obstine à lui refuser. |

Ainsi la France, prise à la gorge par un adversaire implacable, se trouve seule en Europe, sans alliés, sans amis. C’est ce que Thiers, au cours d’une terrible mission-qui ressemble à un calvaire, ne peut que constater. On lui donne, en maints endroits, de bonnes paroles ; nul ne veut ni ne peut lui promettre le moindre appui.

Tel est l'aboutissement logique de cix-huit années de gouvernement impérial, un des plus funestes que la France, en ce qui concerne la politique extérieure, ait jamais eus. On peut

caractériser d’un mot ce gouvernement, cette diplomatie en disant que ce qui leur manque avant tout, c’est Le sens des

+, hi

sis Te sx < « CE = français. À travers ses rêveries confuses et ses visions emande, Napoléon IIL ne paraît pas se demander un instant en quoi la réalisation de cette unité affecte les intérêts vitaux F "de la France. Il fait toutes les guerres qu’il ne fallait pas faire et ne fait pas la seule à laquelle il aurait dù se décider sans retard : contre la Prusse, au moment de Sadowa. : + L « * * 1e té “ , - Au point de vue militaire, la situation n’est pas meilleure. » œ Un, seul ni de l’armée active, le treizième, qui, après le désastre de l’armée Mac-Mahon, s’est replié en faisant un détour par Mézières. Tout le reste est fait de pièces et de morceaux. Les hommes à coup sûr ne manquent pas. Ce qui manque ce sont les cadres, les armes, l’organisation, Le commandement, c’est-à-dire la partie essentielle de l’armée. Seuls les esprits superficiels peuvent être trompés par les sou- venirs de la grande Révolution où la France, avec des troupes improvisées, tint tête victorieusement à une-coalition d'ennemis. Les ennemis d’alors, qui s’entendaient très mal entre eux, attaquèrent avec une extrèéme mollesse, laissant ainsi aux forces révolutionnaires le temps de se constituer, de prendre confiance en elles-mêmes et en leurs chefs. Ces troupes possé- daïent des cadres solides composés des officiers et sous-offi- - ciers de l’Ancien Régime.

- La guerre, d’autre part, à mesure qu’elle se perfectionne, qu’elle dévient plus savante, plus compliquée, laisse moins de place aux improvisations.

Sous la Révolution, notre territoire fut à peine envahi. En 18707 deux puissantes armées allemandes se trouvent déjà sous les murs de la capitale.

Il reste une issue, une seule, la crainte, on peut même dire la terreur qu'éprouve Bismarck de voir la guerre se prolonger. C’est là notre unique carte. La guerre en se prolongeant peut donner le temps à des interventions diplomatiques de se produire en notre faveur. Bismarck, très averti des choses de l’Europe, ne l’ignore pas. Toute l’entreprise germanique, militaire et politique, est basée sur la rapidité, une rapidité foudroyante.

ses, tour à tour partisan de l'unité italienne et de l’unité.

LA

Tss CONS pe CPE —. fé TORRES A PART RTS F1 Dee : ECTS CES RES LE é

Ïl en rs d'ailleurs de même en 1914. "7 |

Si donc l’on veut obliger les Allemands à modérer leurs, exigences, les contraindre à une paix raisonnable, c'est dans” le sens d’une guerre prolongée qu'il faut orienter tous les efforts. Voulant la fin, il faut vouloir énergiquement les

moyens. LEE Ün homme, qui fut un vrai chef, eut de cela l'intuition

très nette : Gambetta. [l essaya de soulever, de galvaniser le

pays, de concentrer toutes ses ressources en vue d’une lutte à outrance. Malheureusement il lui manqua le noyau de généraux, d’exécutants, capables de faire passer son énergie et ses visions du plan politique sur le plan militaire. :

‘Bibliographie.— Ouvrages généraux. Les principaux journaux quotidiens, les publications hebdomadaires, surtout l'Ilustralion très précieuse à consulter. — De la Gorce.: Histoire du Second Empire (1896-1905). — E. Ollivier. L'Empire libéral (1894-4902). — G. Hanotaux. Histoire de la France Con-

temporaine(4 vol.) (1903-08). Une nouvelle édition contenant de nouveaux docu--

ments est en cours de publication. — Zevort. Hisloire de la troisième Répu-

blique (4 vol.) (1896-4901). — Larousse. Histoire contemporaine de la France - (4913). — Lieutenant-colonel Rousset. Histoire de. la troisième Republique - (1912). — Zevaes.Histoire de la troisième République (1926).

Travaux divers. — Bismarck. Pensées et souvenirs (traduction française (3 vol.) (4899). — Mémoires de Bismarck recueillis par Maurice Buseh (2 vol.) (1899). — Mémoires du roi de Roumanie (1905). — J. Simon. Le Gouvernement de la Défense Nalionale (1874). — J. Favre. Le Gouvernement de la Défense Nationale (3 vol.) (1873). — Thiers. Notes ef souvenirs (1903. — Daniel Halévy. Le courrier de M. Thiers (1921).

Re Re Re cn er nd ie Te er er = < de: Clé

Page 1