CHAPITRE IT
LA GUERRE A PARIS ET EN PROVINCE L’ASSEMBLÉE NATIONALE ET LE TRAITÉ DE FRANCFORT
L'investissement de Paris. — Le plan de Trochu. — L'effervescence dans la capitale. — La délégation de Tours. — Capitulation de Metz. — L'armistice. — L'Empire allemand. — Caractère de l'unité allemande. — Le jugement de Foch, — Les élections. — La paix avant tout: — Thiers, chef de l’Assemblée. — Le traité.
L'investissement de Paris.
Tandis que les armées allemandes investissent, par un cordon assez mince, à cause de son étendue, la capitale, la résistance s'organise. Deux corps d'armée, l’un revenu de Mézières, l’autre formé hâtivement de réservistes, soldats échappés, gendarmes, gardes, douaniers, agents de police, constituent les forces actives. La garde mobile et la garde nationale fournissent
des masses d’hommes considérables.
Cette armée vaut par la quantité plus que par la qualité. Cependant beaucoup de ses éléments sont bons. Sa valeur dépendra surtout des chefs chargés de la conduire.
Mais ceux-ci, à commencer par Trochu, n’ont pas confiance en elle. Voilà le point essentiel et qui explique tout. Militaires de carrière, ayant au plus haut degré le pli professionnel, ils sont convaincus qu'une armée digne de ce nom ne peut pas s’improviser de la sorte, en quelques semaines.
Le jour où les armées allemandes achèvent tant bien que mal l'investissement de Paris, le 19 au matin, un grave incident ne fait que donner plus de force à cette opinion. Les zouaves qui, sous les ordres de Ducrot, défendent le plateau de Chätillon, se débandent, Une troupe de fuyards en désordre parvient jusqu'aux portes de la ville.
Recourx. — La Troisième République. 2
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Cette affaire a les plus désastreuses conséquences. Le manque À dans leurs troupes va désormais peser sur.
de confiance des che | toutes les opérations. Trochu a beau entreprendre, ou plutôt
faire semblant d'entreprendre l’exécution de son plan, au
fond, il n’a jamais cru à un succès possible.
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Quand un chef militaire n’a pas cru au succès, il est sans
exemple qu'il l'ait remporté.
Le plan de Trochu.
En quoi consiste ce fameux plan, qui ne tarde pas à devenir
un objet de moquerie pour les Parisiens ? A exécuter, avec le 7, r e . . . , gros des forces assiégées, une sortie dans la direction de l’ouest
pour donner la main à l'armée de la Loire. Lorsque celle-ci a remporté la victoire de Coulmiers, très éphémère au demeurant, Trochu, sur les instances pressantes de Gambetta, modifie son projet et décide d'opérer par le sud.
Ici apparaît, en pleine lumière, la lourde faute commise lorsqu’on a fait de Paris le pivot de la défense nationale. Nos armées
sont coupées en deux. Pour arriver à s’unir, elles sont obligées d'attaquer, elles sont condamnées à l’offensive contre un adversaire qui a eu le temps de se retrancher solidement. L’offensiveest très difficile, presque impossible, avec des troupes improvisées, insuffisamment entraînées, médiocrement encadrées.
Toutes ces sorties finalement échouent. Quelque léger succès est-il remporté au début : Villejuif et prise de la Redoute des Hautes-Bruyères (23 septembre), Le Bourget (28-30 octobre), il n’a jamais de lendemain. |
La sortie de Champigny, la plus importante de toutes par le nombre d'hommes engagés, donne lieu à une véritable bataille (30 novembre-3 décembre). Ducrot, qui la commande avec énergie, est impuissant à briser la résistance des assiégeants. Après {rois journées de combat et de dures souffrances, par un
froid glacial, il est contraint de se replier sous les murs de la capitale. |
Les Prussiens, de leurs pièces à longue portée, bombardent.
les quartiers de la rive gauche. Ils comptent sur l'effet de terreur produit par ce bombardement, destiné dans leur esprit à affoler la population, à peser de la sorte sur le moral de ses chels, à les amener promptement à la capitulation.
C'est un calcul analogue qu'ils feront lors de la grand guerre en 1918.
Qu'il s'agisse de diplomatie ou de guerre, l'esprit germanique
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peu varié dans ses inventions, recourt presque toujours aux
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| USERS - L'effervescence dans la capitale.
On se tromperait d’ailleurs si l’on croyait que, dans Paris assiégé, l'attention, les préoccupations du gouvernement sont toutes tournées vers la continuation de la guerre. Loin de là. .… La politique, l’agitation de la capitale où fermentent déjà toutes les passions qui doivent aboutir à la Commune, l’organisation du pouvoir donnent au gouvernement autant de soucis que les Prussiens eux-mêmes. F
Un proverbe russe dit : « Celui qui prend le bâton devient caporal ». Les hommes du # Septembre avaient pris le bâton. Ils exerçaient le pouvoir de fait, un pouvoir d’ailleurs, dans Paris tout au moins, assez faible et assez vacillant. Seules, des élections régulières pouvaient consacrer ce gouvernement, lui donner une base solide,
La question des élections se pose donc tout de suite. Mais comment y procéder en pleine bataille avec les deux tiers du territoire envahi, une capitale investie, où iles partis avancés disposent d’une si grande puissance? Autre conséquence de la faute commise en enfermant le gouvernement, organe de la défense nationale, dans Paris. Militairement les effets en sont désastreux; ils ne le sont pas moins politiquement.
Des nécessités impérieuses obligent le gouvernement à renvoyer les élections de semaine en semaine, d’où le mécontentement, bientôt l’exaspération d’un certain nombre de Parisiens. Cette exaspération, ce mécontentement se traduisent par l’émeute du 31 octobre pendant laquelle la foule des manifestants envahit l'Hôtel de Ville aux cris de : « Pas
- d’armistice, les élections, la Commune. » Cette journée du
31 octobre a une importance capitale; elle est l'annonce des graves événements qui vont se dérouler quelques mois plus tard. Le gouvernement tout entier est prisonnier. On s’en tire par une transaction d’abord, puis par l'essai d’une politique de répression. Es me J
Paris étant devenu, par la décision initiale d’où les faits découlent avec une logique impitoyable, le centre de la résis-
tance, lorsque la capitale, à bout de forces et de vivres, est réduite à capituler, la guerre est forcément finie. En vain Gambetta essaie-t-il de lutter contre cette nécessité inéluctable, en vain prétend-il continuer la lutte; ses efforts sont inutiles.
Entre lui et les autres membres du gouvernement un co aigu se produit. Il se résout par sa démission. se À La délégation de Tou Gambetta, demeuré d’abord dans Paris, est envoyé par gouvernement à Tours avec pleins pouvoir pour orgamser la nu résistance. Il part en ballon et à peine arrivé prend en mains la direction de la guerre. RC ANSE ti Gambetta est le type de l’homme d'Etat latin avec ses » ualités et ses défauts. Fils d’un petit commercant génois établi dans le sud de la France, devenu Français d'adoption | et de cœur, il est envoyé, jeune étudiant, à Paris, par sa famille qui s'impose pour son éducation les plus durs sacrifices. »
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Ses lettres à son père montrent”une nature attirante et gén reuse. Ses succès oratoires le rendent célèbre au Quartier Latin. Sa plaidoirie au procès Bonin consacre sa notoriété. Elu … - député de Paris en 1869, il est le jeune chef indiqué de la France républicaine, tendant toute, son énergie vers la sauve-… garde du territoire. L’impétuosité et l'élan sont tempérés par le bon sens, la clarté de son jugement sur les hommes et sur … les choses, l’art de susciter, parmi ceux qui l’approchent, le dévouement et l'affection. : É
Partout où ses efforts peuvent se faire sentir directement, sans intermédiaire, dans la direction politique et administrative de la guerre, les résultats sont remarquables. Le feu sacré = qui l’anime, son intelligence, l’art de mamier les hommes, surmontent la plupart des obstacles, parviennent à réaliser ce qui paraissait impossible. , E
Pour la direction militaire, il est bien obligé de s’en remettre à ses exécutants. [l se heurte à la mauvaise volonté, à la défiance d’un grand nombre de chefs qui considèrent la partie comme perdue.
Avec les éléments les plus disparates, on arrive à IMproOViser des armées, ou quelque chose qui y ressemble, à les doter d’un matériel à peu près suffisant. |
Mais ces armées une fois constituées, il faudrait, pour les mettre en état de remplir leur tâche, leur laisser le temps de s'aguerrir. Or, le plan stratégique, toujours par l'effet de la laute première, ne le permet pas. Il exige impérieusement. qu'elles soient, du jour au lendemain, épreuve redoutable entre … toutes, jetées au feu, lancées à l’offensive, contre des troupes de métier, admirablement disciplinées. PAC
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idément-de d’Aurelle de Pise. Fe pre-
ès ce m ssue de la guerre, telle qu’elle est enga- - gée, n'est plus douteuse. Les Français sont battus à Beaune-
- la-Rolande et à Longwy. Orléans est de nouveau perdue.
- L'armée de la Loire est coupée en deux. Celle de lOuest, sous les ordres de Chanzy, un chef plein d’allant, se replie sur Le Mans, au cours d’une retraite mémorable, où le terrain = est disputé pied à pied, où des prodiges de valeur sont accom- - plis, mais qui ne peut changer le résultat. L’armée de l'Est commandée par Bourbaki essaie de se porter vers l’Alsace et le Rhin, de débloquer Belfort où le colo- E nel Den fert-Rochereau fait une défense héroïque, de menacer
. ainsi les lignes de communication ennemies. C’est reprendre
. partiellement le plan de Napoléon, lorsqu’en 1814 il tenta de se jeter sur le derrière des Alliés, de les coincer de la sorte entre son armée et. Paris.
- Mais ici encore des troupes improvisées, si braves soient- . elles, ne sauraient avoir raison d’une armée régulière, très en main, surtout lorsque, par surcroît, elle s’appuie sur de bonnes » positions préparées d'avance et solidement fortifiées. Bourbaki, - dans sa marche vers Belfort, se heurte aux lignes d’'Héricourt qu'il est impuissant à enlever. Pris entre ces lignes et une autre - armée allemande commandée par Manteuffel qui s’est lancée à - sa poursuite, il risque de se trouver bloqué. Par une négligence . imexplicable, Jules Favre omet de le comprendre dans l’armis- . tice; il n’aura d’autre ressource que de se réfugier en Suisse. - Dans le Nord qui n’est qu’un théâtre secondaire, Faidherbe, avec une armée peu nombreuse, remporte un léger succès à ; propine. mais est finalement battu à Saint-Quentin.
n somme, la situation est la même partout. Les mêmes causes reproduisent inexorablement les mêmes effets.
Capitulation de Metz.
Que s'est-il passé à Metz, où la résistance de Bazaine devait avoir une influence directe sur le résultat de la guerre?
caractère, et ce niveau est des plus bas. Il avait de l’allant, du
Tant que la forte citadelle lorraine tient, elle accroche, elle. éloigne 4 théâtre principal des opérations, une des plus fortes … armées allemandes. LES
Malheureusement, celui qui la commande est un des plus … mauvais chefs militaires à qui Napoléon II, déplorable connaisseur d'hommes, ait confié un commandement aussi important.
Les qualités intellectuelles, chez Bazaine, sont au niveau du cran tant qu'il était jeune, il a a ces quelques dons avee l’âge qui l’a alourdi et épaissi. Seuls, ses éfauts demeurent. | Son attitude lors de l'expédition du Mexique, ses manœuvres et … ses intrigues auraient dû le tenir en suspicion. Il n'en fut rien. On le fait maréchal, on le pousse au premier plan. Il jouissait, nul ne saurait dire pourquoi, d’une grande popularité dans l'armée, ce qui prouve à quel point la popularité d’un chef, civil ou militaire, est sujette à caution.
Bazaine ne sait pas le premier mot de son métier. Il se sent incapable de diriger une grande armée. Aussi ne la dirige-t-il point. Sa conduite à Saint-Privat, où il aurait pu remporter une éclatante victoire, ne s’explique pas autrement. Il n’a qu'une idée : se replier sous les canons de la citadelle et attendre.
Au lendemain de Sedan, ilne songe plus à se battre, à sauver. son armée et le pays, mais uniquement à négocier. Il se laisse entraîner par Bismarck dans de louches pourparlers politiques que sa conscience de chef, son devoir de Français auraient dû = lui interdire. Dès qu’un soldat a mis le doigt dans cet engre- « nage, il est perdu.
Bismarck, qui voit clair dans son jeu, qui n’a qu'un dessein : gagner du temps, amuse avec ces parlottes. Les jours s’écoulent; les rations diminuent. Il n'y a plus qu'une issue, la capitulation pure et simple, une capitulation déshonorante. Toute une grande armée est ainsi, par la faute de celui qui la commande, obligée M de se rendre avec ses drapeaux, ses officiers, ses canons dont … elle ne demandait qu'à se servir.
Après Sedan, Metz : vraiment la France méritait mieux !
PURES MARNE RUE URI DE Re
L'armistice. Lorsque la capitale, où tout espoir de délivrance a disparu, : où les vivres se font de plus en plus rares, est obligée de capi-
tuler, la guerre, quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, est terminée.
La population qui souftre du froid et déjà de la faim, excitée
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ê Ho aniérolulionnaires dont l'audace s’ acerolt, réclame
(19 janvier), Après Féchec de Buzenval, les révolutionnaires enhardis, ayant 4 leur tête Flourens qu'ils sont allés délivrer dans sa prison de Mazas, essaient, le dimanche 22 janvier, de s'emparer de l'Hôtel de Ville, La garde nationale, restée fidèle au gouvernement, tire sur les manifestants et sauve, pour cette … fois, la situation. d | ; Cette échauffourée, connue de Bismarck, à naturellement pour effet de le rendre plus inträitable au moment où les négo- - ciations pour la capitulation et l'armistice vont s'engager. Jules Favre se auprès de lui à Versailles. Le Prussien
FE * | L'Empire ollemans,
. Il s'était déroulé entre temps un événement d’une portée f . Le 18 janvier, Les 12 Galerie des Glaces, à
- Versailles, l'Empire allemand à ét£ proclamé. Tous les princes
- germaniques confédérés ont offert la couronne impériale au roi
» À Prusse, Guillaume 1, Ils le reconnaisssient pour leur sou-
…versin héréditaire sous le titre d'Empereur allemand : Deut-
£' scher Kaiser.
…. Que résistance s'était manifestée de a part des princes
… de l'Allemagne du Sud : Bavière et Wurtemberg. Bismarck, - qui n'était horame À reculer devant aucun moyen, en avait —… eu raison aisément. Sa Msjesté le Hasard, comme disait Frédé- … ric IL, le servit encore une fois. Pendant toute la durée de la 4 , politiquement, militairement, il fut sans cesse du côté
ds. Des documents ultra-secrets, saisis dans un chifeau francais, mirent entre ses mains la preuve des négociations … engagées, durant les années qui précédérent la guerre, entre le . ernement français et certains États de l'Allemagne du | . Bismarck de les utiliser aussitôt comme un moyen de | pression, on même dire de chantage envers les princes qui
résistaient. I les menaca, si leur résistance ne cessait pas immmé- » diatement, de rendre publics ces documents, établissant leur collusion avec la France.
à cors € à cris, une sortie, une sortie torrentielle, capable de laver tous les obstacles La sortie à lieu et elle échoue
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To RAR ETIER TROISIÈME RÉPUBLIQUE. ESS er 2
Hommes d'État et diplomates devraient avoir pour règ essentielle de brûler toujours, lorsque, dans une période. crise, ils quittent leur domicile, les pièces secrètes qui sont en. leur pouvoir. Négligent-ils cette précaution élémentaire, leur négligence risque de coûter cher aux intéressés.
Aux premières semaines de la guerre, en 1914, un consul général des puissances alliées, à Beyrouth, oublia pareillement SE: dans sa maison des papiers ‘établissant ses rapports avec un certain nombre de notables syriens. Les Turcs s'en emparèrent
et es Syriens furent pendus aussitôt. : “5
Caractère de l'unité allemande.
… , “4 eo L'Empire allemand était fondé de la sorte en pleine guerre et en pleine victoire, à Versailles, dans le palais de nos rois: Fruit de la guerre et de la victoire, il doit à cette double ori-. gine ses caractères principaux. La guerre d’où il sort, eomme + un fleuve sort de sa source, ayant été voulue de longue main, préparée, cuisinée et gagnée par la Prusse, elle consacre, elle assure définitivement l’hégémonie prussienne sur le restant de là Germanie. Bavarois, Wurtembergeois, Badois, ete..., ete, ne peuvent que s’incliner devant le fait accompli. D'ailleurs, la puissance matérielle et morale que l'Allemagne, unifiée sous le joug de la Prusse, retire de son triomphe est telle queses peuples, plus encore que ses rois, ne seront pas longs à se féli= citer de cette unification. a