TRIPLE-ALLIANCE
… l'assassinat d'Alexandre IT (1881) fait monter sur le trône - Alexandre IIT qui se sent beaucoup plus libre, beaucoup plus
dégagé vis-à-vis de l’Allemagne. En France, le Président. . e rable ce rapprochement franco-russe dont il ne comprenait pas
* Grévy, un jurassien d'esprit étroit, voyait d’un œil peu favo-
la nécessité, à la solidité duquel il ne croyait pas. Lorsque Carnot le remplace (1887), l’état d’esprit change. De part et d'autre les dispositions s’améliorent. La situation extérieure,
… surtout la toute puissance de l’Allemagne dont l’hégémonie
s’affirme de jour en jour, fait sentir à chacun des deux pays les graves inconvénients de son isolement.
L’Autriche, à mesure qu’elle se sent plus soutenue par l’Alle-
magne, développe son influence dans les Balkans. Elle est
maîtresse à Belgrade où la dynastie des Obrenovitch lui est. tout acquise, maîtresse à Sofia où Ferdinand de Saxe-Cobourg (1887), un Autrichien, a remplacé Battenberg qui malgré tout, er plutôt du côté des Russes. A Bucarest même, le roi
arol, un Hohenzollern, en dépit des aspirations de son peuple, fait graviter son royaume dans l’orbite des empires centraux. La
* Russie se trouve ainsi de plus en plus combattue, contrecarrée.
dans les Balkans. : |
La France, de son côté, continue de temps à autre à subir
la mauvaise humeur de Bismarck. Celui-ci, chaque fois qu’il a une loi militaire, prévoyant une augmentation de l’armée, à faire voter (Dieu sait si c’est souvent le cas), ne manque pas, pour réduire l’opposition, d’invoquer le péril que fait naître l'esprit de revanche des Français. Il souffle tour à tour le chaud et le froid sur les relations. franco-germaniques. Après l'alerte de
1875, il y a l'alerte de 1886, causée par l’incident Schnaebelé.
Ainsi, de part et d’autre, les raisons de ce rapprochement se
- multiplient et se précisent. Bismarck, qui le sent venir, fait tout ce qu’il peut pour l’empêcher. Il use à la fois de la persuasion et de la menace. Il se sert des influences dynastiques, des vieilles et cordiales relations existant entre les cours de Berlin et de Saint-Pétersbourg.
Il réussit pendant quelque temps à retarder cet événement inévitable Tant qu’il reste au pouvoir, tant que vit le vieil empereur son maître, le Tsar, bien que les relations francorusses ne cessent pas de s'améliorer, hésite cependant à franchir le pas décisif.
Il a du mérite à le faire, les dirigeants allemands ne lui ménageant guère les mauvais procédés. Alors que se prépare en Russie une vaste opération financière pour convertir de la dette
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publique, Bismarck inspire ouvertement une campagne qui
Fos “oi rend impossible le concours financier allemand, sur lequel l’en
treprise reposait. e Ce concours refusé par l'Allemagne, c'est la France qui le fournira. Un financier d’origine danoise, Hoskier, établi à Paris, obtient l'émission en France d’un premier emprunt, destiné à convertir le 5 pour 100 russe (novembre 1888). C'est le commencement d’une longue, très longue série. Les capitaux abondants en France sont plutôt rares en Russie. En vertu
du principe des vases communicants, le trop-plein de l'un des
marchés se déverse périodiquement dans l’autre. Les Russes, chaque fois qu’ils ont besoin d’argent pour mettre en œuvre les ressources naturelles de leur pays, prennent l'habitude de: s'adresser à la France.
Cet appui financier favorise dans une large mesure la conclusion de l’alliance, de même qu’il aidera plus tard à rendre son application plus aisée. C’est l’huile qu'on verse de temps à autre dans les rouages de la machine pour l'empêcher de grincer.
La France ayant un excédent de capitaux disponible, il était naturel après tout, qu’elle les plaçât dans un pays auquel elle était politiquement attachée, d'autant que ces emprunts se traduisaient par certains bénéfices politiques, commerciaux : construction de voies ferrées devant faciliter la mobilisation des armées russes, commandes à l’industrie française, ete... - Ce n’était là qu'une question de mesure. On ne saurait affir-
mer, en observant impartialement les choses, que cette mesure :
n'ait pas été quelque peu dépassée. Le gouvernement républicain, à qui manqua wne politique d'ensemble touchant la meilleure utilisation possible de l'épargne nationale, très instable par ailleurs, désarmé vis-à-vis des grandes banques, laissa s’opérer sur une échelle trop vaste le drainage régulier de ses capitaux. Les banques, qui y trouvaient de copieux courtages, étaient naturellement portées à diriger ces capitaux vers le dehors plutôt que vers le dedans, vers la France et ses colonies, où ils auraient pu, plus utilement pour nous, s’employer.
ILeût été sage, d'autre part, de les répartir un peu partout, sauf, bien entendu, dans les pays pouvant devenir un Jour nos ennemis, afin de ne pas mettre comme on dit tous ses œufs dans le même panier. Quand la Russie, par la guerre, d’abord, puis par le bolchevisme, conséquence de la guerre, s’effondra, læ perte Imfligée de la sorte à tous les porteurs de fonds russes, fut colossale. S'ajoutant à toutes les autres, elle fut une des causes de l’appauvrissement de notre pays.