CONGRÈS DE BERLIN. — TRIPLE-ALLIANCE
Le
S’engager à fond dans une affaire qui lui paraissait secondaire, alors que l’autre, au contraire, la tenait pour essentielle.
En dépit de son alliance, la Russie au demeurant conservait des relations cordiales avec l'Allemagne. Les liens dynastiques, toujours très étroits entre les deux cours, ne pouvaient qu’en
— accroître la force. Leur influence fut considérable. Le Tsar et
le Kaiser correspondaient directement, en dehors des ministres et des ambassadeurs, par des aides de camp personnels que
chacun accréditait auprès de l’autre. |
Entre la France et la Russie, les divergences diplomatiques avaient forcément leur répercussion dans le domaine militaire. Chaque fois qu’il s'agissait de régler la coopération des deux Etats-Majors, la France éprouvait les pires difficultés à empêcher la Russie de porter la majeure partie de ses forces contre l'Autriche, au détriment de son effort contre l’Allemagne. |
Il fallut beaucoup de soin, beaucoup de patience pour adou-
- cir toutes ces causes de friction.
La question d'Égypte.
Au commencement. de la troisième République, notre inflüence était prépondérante en Egypte, véritable colonie morale de la France, et le percement récent du canal de Suez venait encore de l’accroître grandement. | = Dans la mise en œuvre du pays, son organisation militaire, administrative, etc... la France avait tenu une place éminente. Elle avait fourni, pour la majeure partie, des. instructeurs, grâce à qui d'immenses progrès avaient été réalisés.
- À peine un gouvernement énergique avait-il introduit un peu d'ordre dans le pays, que ses ressources, ses richesses prodigieuses avaient fait de la fertile vallée du Nil, vrai miracle géographique, une des terres les plus prospères, les plus florissantes du monde. x
Le descendant dé Méhémet-Ali, Ismaïl, abusa de ces richesses. Ses dépenses extravagantes, ses folles prodigalités ne tardèrent pas à mettre en péril les finances de son Etat. Des emprunts successifs et multipliés le menèrent où ils finissent toujours par mener-ceux qui, gouvernements ou individus, y ont par trop recours : la banqueroute. Ses créanciers européens, surtout Français et Anglais, furent obligés d'intervenir, de le pourvoir d’un conseil judiciaire.
Toutes les fois qu’elle est exercée par des étrangers, cette
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tutelle financière ne tarde pas à provoquer le mécontentement ou la fureur de ceux sur qui elle pèse. Ismaïl, à court d'argent et faisant flèche de tout bois, se résolut à vendre son gros paquet d’actions (176000) de la compagnie de Suez. Il les offrit d’abord au gouvernement français. Empêtré dans des scrupules parlementaires, craignant l'opposition de la Chambre, les critiques des journaux, toujours faible et vacillant par ailleurs, celui-ci n’osa pas prendre la responsabilité d'un tel achat, encore qu’il se présentât sous l’aspect le plus avantageux. Les actions étaient offertes au prix très bas de 568 francs. Elles en valaient à l’époque beaucoup plus; tout indiquait que leur valeur ne cesserait pas de s’accroître. Elles valent aujourd’hui de quatre à ciuq mille franes-or environ, c'est-àdire presque dix fois plus.
Si les dirigeants français hésitaient à entreprendre euxmêmes cette opération, ils pouvaient, avec un peu d’insistance, l’effectuer par des organismes particuliers, des banques. La faiblesse, k pusillanimité l’emportèrent. Le gouvernement britannique se montra autrement décidé. Il acheta sans hésiter les actions et du coup acquit une influence considérable sur l'administration du canal.
Ce contrôle financier franco-anglais souleva l’opposition des milieux nationalistes égyptiens. Un agitateur, Arabi, tel qu’il en surgit spontanément dans le monde musulman, aussitôt que la situation devient trouble, se mit à la tête du mouvement qui
rit très vite un caractère xénophobe, aboutit au massacre des Européens à Alexandrie le 11 juin 1882.
Voici donc la France et l'Angleterre, les deux puissances les plus intéressées, obligées d'envoyer en Egypte, après des con- . trôleurs, des cuirassés et des soldats, ceux-ci devant soutenir et protéger ceux-là. Or, au moment décisif, la France se refuse àceteffort dont elle s’exagère grandement, d’ailleurs, les difficultés. Elle laisse l'Angleterre agir seuleet recueillir, seule aussi, les bénéfices de son action. Il y eut là de notre part, un véritable accès de défaillance, tel qu’il s'en est produit quelquefois dans notre histoire. Tout le monde, gouvernants et gouvernés, Parlement, opinion publique, en porte la responsabilité. Le ministère Freycinet donna Fm de la faiblesse, lorsque, au lendemain du massacre, les escadres .embossées devant Alexandrie, obligées d'ouvrir le feu sur les forts, il télégraphia à notre amiral de ne pas participer à ce bombardement.
Cette faiblesse initiale détermina toutes les autres. Quand quelque temps après, le gouvernement proposa à la Chambre
PS