L'EXPANSION COLONIALE
L'Algérie, — La conquête du Sahara. — Occupation de la Tunisie. — Le Soudan. — L'Afrique équatoriale frarçaise. — L'Indo-Chine. — Madagascar.
Caractères généraux de cetle expansion.
En 1870, le domaine colonial de la France s’étendait sur l'Algérie, les Antilles, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Guyane, la Réunion, les comptoirs de l'Inde, Saint-Louis du Sénégal et l’ilot de Gorée, quelques points de la côte au Gabon, la Nouvelle-Calédonie et quelques archipels océaniens, la Cochinchine, le protectorat du Cambodge, au total 1 122000 kilomètres carrés, peuplés de 5 millions d'habitants.
Au lendemain de la grande guerre, les colonies françaises ‘couvrent un territoire de 10 241 000 kilomètres carrés (y compris notre Afrique du Nord et les 487000 kilomètres carrés du Togo et du Cameroun, territoires à mandat) et une population de 52 millions d'habitants. Leur superficie est égale à environ dix-neuf fois celle de la métropole, leur population dépasse celle de la France de plus d'un cinquième. L'empire colonial français se place tout de suite après celui de l'Angleterre (13 millions et demi de kilomètres carrés et plus de 400 millions d’âmes) et avant celui des Pays-Bas (2 millions de kilomètres carrés, 48 millions d'habitants). :
L'expansion française est remarquable, presque miraculeuse par sou ampleur et sa rapidité. En 1900, elle avait, sauf au Maroc et dans le centre africain, atteint toutes ses limites. Trente années à peine avaient donc suffi à la réaliser. Pareil
agrandissement est unique dans l’histoire de l'Europe contemporaine.
gleterre, en effet, avait posé les fondements de sun -dès Ja fin du xwiu° siècle; elle en savait poursuivi le:
me
siècle, effacer l’erreur du siècle antérieur. La progression de cet empire colonial fait, de prime abord, Peffet d’avoir été dirigée par une pensée réfléchie : conquête de: la Tunisie d’une part, du Muse de l’autre, qui flanquent l’Algérie de ses deux bastions naturels ; liaison du Sénégal au Niger, du Soudan à la côte du golfe de Guinée, du Soudan au Tchad æt au Congo, constituant ainsi un immense empire africain, égal aux deux tiers de l'Europe ; empire indo-chinois s’étendant sur une surface supérieure à celle de la métropole. N’y a-t-1l pas, dans cette extension, l'effet d’une volonté consciente de son but ? | C’est là pure illusion, affirment certaines gens. En réalité, cette unité de pensée et de dessein n'exista aucunement. Le hasard, le concours accidentel des circonstances firent tout. La France, comme on l'a dit, se donna un vaste empire, sans de faire exprès. ù Quiconque observe attentivement les faits, ne saurait un seul instant ratifier un tel jugement. Pas plus que, selon la théorie fataliste, asiatique de Tolstoï, les victoires ne se gagnent sans généraux, les empires coloniaux ne se conquièrent sans chefs, chefs civils et chefs militaires.
Les animateurs.
La vérité est tout autre. Ce vaste mouvement d'expansion au delà des mers, fut avant tout le fait d’un petit groupe d’animateurs. La masse du public, les neuf dixièmes des Français, on peut même dire du Parlement, se laissèrent pousser, sans bien savoir au juste où on les conduisait. On pourrait en dire autant, d’ailleurs, de presque toutes les grandes œuvres utiles et fécondes ‘accomplies par les démocraties. A leur origme se retrouve toujours l’action décisive d’un petit noyau d'hommes, d’une oligarchie qui mène tout. Toute l’histoire de l'Angleterre
est là pour.en témoigner.
Le goût des expéditions lointaines, des campagnes aventureuses, des entreprises d'exploration et de conquête date de fort loin en France Il s’est au cours des xvu° et xvin° siècles, épanoui
. ; PRE ; é Mr En.
en une magnifique floraison. Il se heurta de bonne heureà l'oppo-
sition et à la jalousie de l’Angleterre qui, par sa situation géographique et économique, parce qu’elle est une île, était imfini-
ment mieux placée que la France pour soutenir de toutes ses :
forces ses pionniers de l'expansion coloniale. En France les
gouvernements de l’ancien régime, bridés par les nécessités de
leur politique européenne, ne surent pas ou ne purent pas con-
cilier cette politique avec le désir et le besoin de se répandre au delà des mers. Les « arpents de neige du Canada », nos pos-
sessions des Grandes Indes furent sans cesse et inexorablement sacrifiées aux obligations de la politique continentale. Le gouvernement de la Troisième République se montra plus
clairvoyant et plus sage. Il sut trouver un juste équilibre entre 1!
son action européenne et son action coloniale. Le développement de l’une ne l’empêcha nullement d’être, quand il s'agissait de l'autre, très attentif et très vigilant. Il suivit, pas toujours sans résistance, les inspirateurs, les animateurs de cette expansion coloniale, qui prenaient les initiatives les plus courageuses, les plus lourdes responsabilités, Jules Ferry le premier et le plus grand de tous. [l eut la chance de trouver des exécutants incomparables : Gallieni, Lyautey, Jonnart, pour ne citer que les principaux.
Un noyau d'hommes ardents et convaincus, ayant pleine confiance les uns dans les autres, furent les apôtres de cette idée. Par tous les moyens, la parole, la plume, ils essayèrent d’ intéresser leurs compatriotes et ils y réussirent finalement. Les énergies nationales, comprimées après la défaite, trouvèrent dans ces entreprises lointaines, le débouché dont elles avaient besoin. Dans l’armée notamment, tous ceux qui se sentaient l'amour du risque, qui auraient étouffé dans l’atmosphère des petites garnisons, sollicitaient et obtenaient du service aux colonies. Quelques-uns des plus grands chefs de la grande guerre : Joffre, Gallieni, Gouraud, Mangin, Humbert, etc.…, étaient des coloniaux. |
Sous l'effet de ce double apostolat, celui du dedans et celui du dehors, la propagande coloniale augmenta sans cesse sa force et recruta de nouveaux adhérents. Devenue pour certains comme une autre religion, elle eut de véritables missionnaires, entre autres Paul Bourde, rédacteur colonial du Temps, un « saint laïque », ainsi que l’a justement appelé Pierre Mille, qui, bien qu’inconnu du grand public, joua un rôle des plus actifs dans cette propagande.
La France républicaine rencontra naturellement sur son che-
NO rent : ace à face les deux pays, fut à deux doigts p rtèrent, ‘rançais et Anglais reconnaissant qu'après tout Trains à partager étaient immenses et le monde assez pour eux. ; CR ÈS
re. Finalement la sagesse et l’esprit politique
PAbyssinie. d | La Russie avait l'Asie à dévorer, ce qui suffisait largement AR NDIL APPEL. ET . L'Allemagne, fidèle aux doctrines de Bismarck, dont l’ho- rizon ne dépassait guère le cadre de la vieille Europe, qui ne savait rien des problèmes mondiaux, preuve que son intelli- gence d'homme d'Etat avait des limites, n’entra que très tard dans cette compétition. | Bismarck crut très habile, au début, d'encourager la France 3 dans sa politique coloniale, persuadé que c'était Le meilleur moyen d’user son activité et ses forces, de la browiller avec l'Angleterre et l’Italie. Cet espoir machiavélique fut déjoué. r 7
L’Algérie.
La colonisation après la conquête.
En 1870, la France était en Algérie depuis quarante ans déjà. La conquête de la colonie était virtuellement accomplie. Elle avait demandé beaucoup de temps, beaucoup d’efforts et de sacrifices, qui s'expliquent, pour une bonne part, par les fautes commises, dans l’ordre politique aussi bien que dans l'ordre militaire. On avait perdu un assez long temps, par exemple, en essayant de traiter avec Abd-el-Kader. Pour s’épargner un effort momentané, on fut obligé d’en consentir les années suivantes de beaucoup plus considérables. L'histoire coloniale est pleine d’erreurs de ce genre qui se renouvellent indéfiniment.
Le soulèvement d’'Abd-el-Krim, dans le Rif, n’en est que la répétition. - 2e |
Après l'insurrection de Kabylie (printemps 1871), qui fut sans trop de peine durement réprimée, la France, en dehors de
Recouzv. — La Troisième République: 9
8 . + TELE : . e ve . dE ee ; sa vieille rivale. L’'incident de Fachoda, qui
he VTT Here Re TUE TTC OR IE POUR ‘ \ eo) É : Fs
“ d . ù , . x L = 5, Fr 2 petites actions sur les confins marocains et sahariens, n'eut
plus aucun effort militaire sérieux à soutenir.