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Les efforts du gouvernement de Tours, en prolongeant la guerre de quelques mois, ne tardèrent pas à frapper d’étonnement les Allemands eux-mêmes. Les Mémoires de Bismarck, les souvenirs de Moltke en portent la preuve : « Je compte très prochainement aller tirer des lièvres à Creissau », écrivait ce dernier à son frère, dès les premiers jours d’octobre. Or, cette partie de chasse fut reculée de plusieurs mois, jusqu'à Pannée suivante. s
. Que la France, privée de toute son armée régulière, ait pu si longtemps lutter contre ses envahisseurs, les tenir en haleine, c'est là un phénomène inattendu, surprenant, que Moltke et les chefs militaires n'arrivent pas à s'expliquer. Il modifie, bouleverse toutes leurs opinions sur la guerre.
C'est que les Allemands, piètres psychologues, n’ont jamais
out jamais rien à re au ais. Non seulement ils sous-
En 1870, du jour où ils ont battu ses armées à Sedan, puis etz, ils considèrent que la guerre est terminée. La résisce des troupes organisées en toute hâte, improvisées par le gouvernement de Tours, les déconcerte. C’est pourquoi von Der Goltz a rendu à Gambetta un si éclatant hommage. -. Quarante-quatre ans pe tard, en 1914, ils retomberont . dans là même erreur. La bataille des frontières gagnée par eux, ils s’imagineront pareillement que tout est fini. Von Klück, commandant une des principales armées, se lancera tête baissée en avant, n'ayant qu’une idée, qu’un dessein : aller vite, dans une marche quelque peu échevelée, négligeant sur sa droite, très vulnérable, non seulement la garnison de Paris, mais la nouvelle armée que Joffre vient, en quelques jours, d'y cons- Leur grand Etat-Major fera pis encore. Pour calmer les clameurs des hobereaux teutoniques, furieux de voir leurs biens a saccagés par les Russes en Prusse Orientale, il expédiera à la veille presque de la grande bataille, sur ce théâtre très secon- daiïre, deux de ses corps d'armée qui, s'ils avaient été là, “auraient pu changer l'issue de cette bataille. | . Ces erreurs, qui furent parmi les causes de notre victoire, . dérivent toutes de la conviction qu'après les batailles des pre- miers jours, la France est désormais incapable de résistance. Une fois encore, la psychologie des Allemands se trouvait . en défaut. |
Le jugement de Foch.
-. Le vrai caractère de cette guerre entreprise par le gouvernement du 4 Septembre, l’esprit dans lequel il la livrait, les fautes commises, la conséquence qui en découlait fatalement, la défaite, ont été mis en lumière par un des plus grands soldats - de tous les temps : Foch.
> « Quelle allure, dit-il dans son livre : La manœuvre pour la * bataïlle, pouvait prendre la lutte avec un gouvernement qui, comprenant la guerre nationale, eût en entier couru aux armées de province, c’est-à-dire de France ; qui, séparant le sort de Paris de celui du pays, eût saisi que là est, possible la résis-
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tahce, où l’on dispose de la mer qui fournit les armes et le grain, du sol qui fournit les hommes, les ressources de toute nature, comme aussi l’espace pour se battre, pour manœuvrer malgré l'ennemi ? SRE
« En présence d’un pareil gouvernement, que restait-il à faire à nos adversaires, sinon à passer la Loire, à entreprendre, avec une armée épuisée, la conquête méthodique du territoire, sur 600 kilomètres, jusqu’à notre frontière méridionale et à prier . la fortune de se montrer constante jusqu'aux Pyrénées, ce qui était peut-être lui demander plus qu'elle ne voulait donner?
‘« Là sera dans l’histoire la gloire de Gambetta d’avoir compris que le centre de la puissance d’un État n’est pas sa capitale, mais bien la nation elle-même avec ses ressources de toute nature; que si la première contient deux millions d’habitants, bientôt investis d’ailleurs, la seconde comprend trentecinq millions d'hommes libres encore de manœuvrer et d’attaquer ; d’avoir sur ces bases organisé la guerre nationale, la lutte à outrance.
« Malheureusement, après avoir organisé des armées nationales, il ne saura pas faire la guerre nationale, échapper à l’opinion qui lie le sort de la nation à celui de la capitale. À ces armées qu’il a magiquement créées, il donnera comme premier but la délivrance de Paris ; il les épuisera ainsi à l’attaque de troupes nombreuses, instruites, victorieuses ; dans une offensive au-dessus de leurs forces ; à la recherche d’une décision immédiate et complète dont elles sont incapables ; à travers un pays (la Beauce) entièrement défavorable à de jeunes troupes inexpérimentées.
« Tout autre eût été un programme entendu de la lutte nationale, visant d’abord la défense pied à pied du territoire qui fournit les ressources, visant ensuite la délivrance du pays. L’exécution en eût comporté au début la défensive, seule forme possible à de jeunes levées parce qu’elle use de l’espace, du temps, du terrain, et permet de refuser la décision des armes à un adversaire qui a besoin de. victoires décisives pour briser les résistances el par là conquérir le pays. Elle eût comporté l'offensive en fin de compte, avec des armées aguerries et remises en confiance, contre un ennemi forcément étendu, dispere épuisé en efforts stériles, frappé de misère par suite de a longueur de ses communications ; là était bien la lactique à pratiquer.
« À cette tâche, le grand patriote, le puissant organisateur ne pouvait suffire faute de connaissances spéciales. Comme les.
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autres, en effet, les institutions et les conceptions militaires - n'ont de rendement qu’appuyées sur une base solide : ici, la possession complète de la nature de la guerre et de la troupe.
traire, en son temps, faire sortir du principe de la levée en masse, la victoire. »
Er . L'Assemblée Nationale ét le traité de Francfort.
Les élections.
L’armistice signé, la guerre terminée, il importe de substituer à un régime de fait, un régime de droit, de convoquer une Assemblée Nationale. Les élections sont fixées au 8 février 1871. Elles se déroulent dans une atmosphère de tristesse résignée. Le divorce entre la capitale et la province, prélude de la Commune, apparaît de plus en plus aigu. Paris encore enfiévré d’une lutte qui lui a coûté de lourdes pertes, des sacrifices et des souffrances, sans rien lui rapporter en échange, est pour la continuation de cette lutte. Il proteste d’avance contre la paix qu'on pourrait signer. :
La province, dans sa grande majorité, se prononce pour la cessation immédiate de la guerre, quelles que doivent être les conditions. Les Prussiens, sous les yeux de qui se font les élections, ne s’y trompent pas. Ils savent qu’ils peuvent demander à peu près tout ce qu'ils veulent. Thiers, le futur négociateur, a d'avance les mains liées.
À Paris, une alliance se forme, on dirait aujourd’hui un cartel, entre les différents groupes du parti républicain. Une liste de fusion est élue avec, outre des modérés en tout petit nombre, des radicaux, des socialistes et des révolutionnaires. Les grandes villes, surtout dans l’est et le sud-est, élisent, elles aussi, des républicains. La masse des campagnes, les « ruraux », comme on devait les appeler quelques semaines plus tard, non sans ï une nuance de mépris, cherchent instinctivement des chefs. Les # bonapartistes étant entièrement discrédités ils retournent, à défaut d’autres, à leurs anciens bergers. Ils se rallient autour des personnalités royalistes dont une locale est demeurée assez grande : châtelains qui vivent au milieu de leurs terres, grands et moyens bourgeois. C’est en leur faveur que le clergé, évêques et curés, emploie tout son crédit. Sur les six cent trente élus, les républicains sont à peine un tiers. En dehors