‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 44 sur 112 · RES · texte numérisé non relu

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locale; mais déjà les plantations de café et de cacao s’étenden au Dahomey et à la Côte d'Ivoire : aucune raison’ climatérique n’empêcherait” ces produits de s’y développer aussi bien que dans la colonie anglaise voisine, la Gold Coast. La production du caoutchouc ne compte presque plus, les arbres ou les lianes x productives ayant été dévastés. On peut beaucoup attendre des "€ lantations nouvelles, mais c’est une œuvre de longue haleme. Le bassin moyen du Niger serait excellent pour le coton. La question semble sortir enfin de la période d’études. Là comme ailleurs la grande guerre nous a ouvert les yeux. Le coton manufacturé en France provient en totalité des Etats-Unis, d'Egypte ou de l'Inde, ce qui est une lourde charge pour notre change, une menace pour notre industrie. Il faudra de longues années avant qu’une portion importante des trois cent mille tonnes nécessaires à notre consommation puisse être récoltée chez nous. è Ë ne

Les essais de plantation en Afrique occidentale ont donné de bons résultats. Mais les quantités sont encore minimes (trois mille tonnes). Le plus grave obstacle à l’extension de cette culture, exigéant beaucoup de main-d'œuvre, est la pauvreté du peuplement. |

Les ressources forestières dans la colonie du golfe de Guinée sont immenses. Ici encore, depuis la guerre, une mise en valeur rationnelle commence, entravée par la rareté des voies de communication ; la kola, le kapok, les gommes alimentent un commerce d'exportation qui pourrait être aisément décuplé. L’élevage enfin est prospère dans le Soudan et la Guinée.

Les ports ont été aménagés. Dakar deviendra une importante escale, le jour où une autorité énergique en aura entrepris l’assainissement. Les lignes de Dakar-Saint-Louis, de Kayes au Niger sont achevées depuis longtemps; celle de Thiès-Kayes l’est depuis 1924. Des lignes partent de la côte vers l’intérieur. Près de 3000 kilomètres de voie ferrée ont donné des excédents de recettes inattendus ; le trafic des marchandises et celui des voyageurs dépassent largement les prévisions.

L'Afrique équatoriale française.

Dans l'Afrique occidentale, la France eut à lutter contre des adversaires assez sérieux : Samory qui nous tint longtemps en haleine, Béhanzin vite abattu. La conquête du Gabon et du Congo s est opérée sans lutte contre les indigènes proprement dits. C’est seulement sur les confins de la colonie qu'un sultan

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be + ausulman, Rabah, essaya de nous barrer le passage. Ce fubune conquête diplomatique plus que militaire, ces territoires étant

considérés comme n’appartenant à personne : res nullius.

a aussi loin que possible, les terrains qu’elles se proposaient de revendiquer. | < 5 Cette colonie, comme la colonie voisine d’ailleurs, eut les débuts les plus modestes. LA Re | En 1841, pour fournir à nos vaisseaux qui surveillaient la traite des nègres, un abri, la France fit occuper l’estuaire du Gabon. En 1848, fut fondée Libreville, peuplée de nègres affranchis. L'intérieur du pays inexploré ne fut abordé qu’en 1856 : encore les voyages de découverte ne faisaient-ils que suivre les cours d’eau le long desquels quelques villages s’élevaient. De 1856 à 1872, du Chaillu, les lieutenants de vaisseau Braouzec et Genoyer, Aymes, Marche, le marquis de Compiègne préparaient l’élargissement de notre colonie du Gabon. k Mais Savorgnan de Brazza est le vrai fondateur du Congo français. Italien de naissance, admis au titre étranger dans notre Ecole navale, naturalisé français, il entrait dans la marine avec le grade d’enseigne. Dans une première exploration, de, Brazza explore le bassin de l'Ogoué, celui de lAlima, mais sans découvrir qu’il était un affluent du Congo. Renvoyant son escorte, il pousse seul plus au nord, puis reprend le chemin du retour. Ce voyage, D ES avec des crédits très réduits, Brazza subvenant à ses dépenses par ses ressources personnelles, était mené avec un grand souci d'humanité : l’esclavage fut aboli dans la région de l’Ogoué, les chefs indigènes conquis par des cadeaux et non par la force. Or, à peu près au même moment, un Anglais naturalisé américain, Stanley, venait de descendre tout le cours du Congo (1874-1877) : l'Afrique centrale révéla une partie de son mystère le jour (1877) où Stanley publia le récit de son expédition. k En 1876, le roi des Belges Léopold IF, réunissant à Bruxelles des explorateurs, des philanthropes, fondait l'Association internationale africaine dont l’objet, purement humanitaire, devait être la lutte contre l’esclavage. Les découvertes de Stanley donnaient à Léopold l’idée de prendre possession du bassin du Congo au nom de l’Association internationale. Stanley fut envoyé en Afrique avec cette mission (1879).

Recouzy. — La Troisième République. 10

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F TE Si Brazza voulait garder à la France une partie dé ce bassin, il fallait done se hâter. Avec l'appui d’un comité d’études et du gouvernement, Brazza repart pour le Gabon (décembre 1879). Remontant l'Ogoué dans le haut bassin duquel est fondée Franceville, il attemmt le Congo dans les Etats du ro Makoko qui accepte notre protectorat (1880), redescend le fleuve, fonde Brazzaville, et retourne au Gabon. En route il avait rencontré Stanley; l'explorateur américain, décrivant plus tard cette curieuse rencontre montrait Brazza, le conquérant apôtre, dans son piteux équipage, ayant l'air d’un va-nu-pieds, “5 avec son uniforme en loques et son chapeau défoncé, Revenu à Paris, accueilli avec enthousiasme, fait lieutenant de vaisseau, il est nommé commissaire du gouvernement de l'Ouest africain. Un troisième voyage est éntrepris : Brazza, | à la tête d’une mission composée-de militaires, de marims, de fonctionnaires civils et d’indigènes (soldats ou porteurs), devait organiser l'immense pays nouvellement acquis. Quelques postes furent créés, la cartographie du pays complétée. Mais Brazza ne put parvenir à délimiter les territoires français, contigus à ceux de l’Association internationale du Congo, qui allait former l'Etat indépendant du Congo, reconnu par l’acte de Berlin (1885). Des conventions avec l’Allemagne établie au Cameroun (décembre 1885), avee l'Espagne établie au Rio Mount, avec le Portugal installé dans l’enclave de Cabinda (mai 1886), précisèrent les frontières du nouvel Etat, devenu en 1888 la colenie du Congo-Gabon. Avec l'Etat indépendant du Congo, un conflit faillit se produire : la ligne de lOubanghi était la frontière commune ; les ‘troupes de l'Etat libre la franchirent, dans l’intention de s'étendre vers le Nord. La France, pour arrêter cette tentative qui risquait de rompre la liaison entre . l'Afrique occidentale et ses nouvelles possessions, envoya sur les lieux le colonel Monteil avec un bataillon de tirailleurs. Des négociations menées à Bruxelles mirent fin à l'incident. Le colonel Monteil fut alors dirigé sur la Côte d'Ivoire où il se heurta aux bandes samoristes. Ÿ Enserrée entre l'Etat libre et le Cameroun, la nouvelle colonie ne pouvait s'étendre que vers le Nord, en direction du Tchad. Mais un projet commençait à se préciser : l'immense Afrique est partagée de part et d'autre de l’Equateur par des zones symétriques, analogues par leur climat. Alors que la France prolongeait son extension vers la boucle du “Niger, et de la côte du Golfe de Guinée, glissait par ses explorateurs jusqu'à la zone tropicale de l’intérieur, le lac Tchad ne sem-

NOCDEOMIALE AE 0 7 2 le à RUN OP Re LENS To ne le centre de cet empire? De u Congo était occupé, ne pouvait-on, ain, rejoindre le Gabon à nos établissements en atteignant le Haut-Nil ? De ces deux pro-

réalisé ; Fautre faillit amener un conflit des plus

ne: avec Angleterre. SES TÉ M 4 Ah aetir de 1890, une série d’explorations reconnurent les

D < | LE -pays entre le Niger et le Tchad. Le colonel Monteil, après avoir

traversé la boucle du Niger (1891), franchit le fleuve à Say et __ remonta jusque dans le Bornou. Cholet et Fourneau exploraient 1 le cours de la Sangha, Crampel partait de l’Ooubanghi, Mizon remontait le Bénoué. Crampel fut assassiné en avril 1894 et Dybowski chargé de rechercher les débris de la mission put le venger. Mizon porta le pavillon français dans l’Adamaoua, limitrophe du Cameroun allemand, au cours de deux voyages successifs (4892-1893). Mais l’Angleterre et l'Allemagne par le traité de 1893 se réservaient ces territoires qui nous échap- __ paient; seul le Baghirmi nous fut reconnu et nous laissa un Peterbaran Loeb ::""; à; - Or, de ce côté, s'était constituée la puissance de Rabah, musulman, ancien gouverneur au service de l'Egypte, qui, avec une armée disciplinée, tirait ses ressources de la traite des esclaves. Les voies d’accès vers le Tchad reconnues (mission __ Clozel et Gentil, 1894-1897), Rabah fut attaqué par trois colon- nes: la mission Foureau-Lamy, venue à travers le Sahara, la mission Voulet-Chanoïine devenue mission Joalland-Meynier, venue du Soudan, la mission Gentil venue du Congo. Les trois colonnes firent leur jonction. Dans la bataille qui se livra, Rabah fut tué (avril 1901). Son domaine devint le territoire militaire du Tchad. Il ne restait plus, pour assurer |a pacifica- tion, qu'à faire disparaître les chasseurs d’esclaves qui y sub- — sistaient.

Toute la zone nord du Congo touchant au Cameroun fut explorée ou délimitée par Lœæfler, Moll, Lancrenon, Lenfant qui | reconnut dans l’est les sources de la Sangha et les affluents de - lOubanghi. A l’est du Tchad, le sultan du Ouadaï, marchand d'esclaves, fut vaincu et déposé ; celui de Massalit massacra - une de nos colonnes (4 janvier 1940). Le soulèvement général - qui s’ensuivit fut réprimé par le colonel Moll qui trouva la mort dans sa victoire (1911). En 1912 l’œuvre de pacification était achevée ; la conquête du Borkou et du Tibesti en 1913, où les Senoussistes aidés des Tures résistèrent énergiquement — au colonel Largeäu, fut la dernière partie de l’action immense

NE PE A TT ETS PT SOA) 122 à LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE | entreprise par la France des bords de la Méditerranée à travers le Sahara, jusqu'aux rives du golfe de Guinée. VrK La route du Nil nous était fermée. En septembre 1882, notre . abstention avait laissé l'Angleterre occuper seule l'Egypte et abolir le condominium franco-anglais. Nos droits subsistaient théoriquement. Le gouvernement français le déclara formellement en 4892; mais il ne fit rien pour appuyer ses revendications. La Grande-Bretagne préparait diplomatiquement son accès au bassin supérieur du Nil : l’idée d’un chemin de fer transafricain, du Cap au Caire, était lancée ; le 12 mai 1894, une convention avec l'Etat libre du Congo accordait à bail à cet. Etat la province du Bahr-el-Gazal et reconnut à l'Angleterre sur la frontière orientale de l'Etat libre, une zone de 30 kilomètres, lui donnant un passage continu jusqu’à ses possessions de l'Est africain. La France protesta. Le 28 mars 1895, le ministre des affaires étrangères britannique déclarait aux Communes qu’une expédition française de l'Ouest africain vers le Nil, serait considérée comme un acte inamical. Cependant tant que la France n’entreprenait aucune expédition, SR DA laissait dormirses prétentions. Or, en 1896, la défaite des Italiens par Ménélik, put faire prévoir à la Grande-Bretagne l’extension possible des Abyssins sur la vallée du Nil. Déjà les Italiens, pour expliquer le désastre d’Adoua, prétendaient que des officiers français avaient instruit les armées du négus : une liaison pouvait donc s'établir entre les Français venus du Centre africain et l'Etat libre des hauts plateaux d’Ethiopie. Cet effort conjugué pouvait avoir raison des Derviches. Le gouvernement anglais résolut d’abord de se débarrasser de ces derniers en lançant contre eux les troupes anglo-égyptiennes. La France ayant fait interdire, par autorité de justice, le versement par la caisse de réserve de la dette égyptienne, au gouvernement du Khédive, des fonds nécessaires à l’expédition, l'Angleterre elle-même en fit l'avance (février 1897). L'expédition, méthodiquement menée Ce s’accompagna de la construction de la voie ferrée e long du Nil. La progression, commencée en mars 1886, ne s'arrêta pas. Le 2 septembre 1896, le Mahdi était vaincu et Omdurman, sa capitale, prise. Or, depuis le 10 juillet, la mission française du capitaine Marchand se trouvait à Fachoda sur le Nil: dans la course vers le Haut-Nil, le drapeau français était arrivé bon premier.

La mission Marchand avait été décidée, en mars 1896, par le Ministère Bourgeois. Officiellement, elle devait être une simple exploration; en fait, il s'agissait de donner la main aux

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