N COLONIALE
Fe de | . ere EX ui ni CL rs 7 Re pare ts indigènes, jugea indispensable de procla-
Il resta à Madagascar de 1896 à 1905. Gallieni est le type du
lement amené à occuper les autres, si l’on veut éviter d’en faire
154 LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE g:
bétail bovin et porcin est abondant. Il alimente une industrie de conserves et de viandes frigorifiées qui expédie ses produits dans l'Afrique australe anglaise et une exportation de peaux brutes abondantes. Les richesses minérales sont Re r- Une seule est l’objet d’un commerce important : le graphite, pour lequel Madagascar concurrence Ceylan. Les pierres précieuses commencent seulement à être extraites méthodiquement. Des recherches ont révélé la présence de gisements de fer, de charbon, ’étain, de cuivre. Le commerce atteint quatre cents millions. La France y participe dans la proportion de 50 pour 100 environ.
Conclusion.
Un géographe humoriste prétendait que la France a conquis un immense empire colonial « sans le faire exprès ».
Cette affirmation — le simple exposé des faits le prouve — relève plus de l'humour que de la vérité.
Quand on suit, dans le détail, la progression de notre conquête, qu'il s'agisse de l'Afrique ou de l’Asie, on constate qu’elle résulte, ainsi que nous le disions au début de ce chapitre, de deux facteurs. ;
Dans la métropole, un petit groupe d'hommes, animés d’une foi véritable dans notre mission colonisatrice, étroitement unis les uns aux autres, pesant de toutes leurs forces sur le gouvernement pour l’amener à prendre, au bon moment, les décisions nécessaires. La fortune voulut qu'il se trouvât, dès le début, au pouvoir un homme comme Jules Ferry, partisan convaincu de l’expansion coloniale, décidé à tout sacrifier, même sa carrière politique, à ce qu'il considérait comme une nécessité primordiale. Si Thiers fut le libérateur de notre territoire, Jules Ferry est le fondateur de notre empire. Nous lui devons deux de ses principaux joyaux : la Tunisie et l’Indo-Chine. Il ouvrait une voie que d’autres devaient suivre; il laissait des collaborateurs et des disciples. Les premiers succès qu'il remporta, en dépit de toutes les résistances, rendirent possibles et même relativement faciles des suecès analogues par la suite. Chaque fois qu'une occasion se présentait désormais d'étendre nos possessions, chaque fois qu’il fallait adopter une résolution virile, les mêmes hommes, les gardiens de la flamme, étaient derrière le gouvernement pour le pousser en avant. Très souvent, plus souvent qu’on ne croit, le gouvernement résistait, invoquant la mauvaise volonté du Parlement et celle du pays. Entre 1907 et 1909, juste au moment où la France allait s'engager
” ar
A celte action, dans la métropole, d’un petit groupe d'hommes, correspondaient, dans les colonies, l’énergie, l’audace et aussi
l'intelligence et le savoir-faire des exécutants. Voilà les deux forces à quinous devons notre empire. L'une
défaillances, qu'ik y eut sur place des initiatives à prendre, elles
- se trouva en présence d un fait accompli. Comme il semblait - n’en devoir résulter que d’heureuses conséquences, il finissait par y donner son adhésion. | ÉRE Ces exécutants, en outre, et ceëi est un point capital, accom- __ plirent le plus souvent leur œuvre avec des moyens extrémement réduits, sans imposer au pays de grosses dépenses, des Des sacrifices contre lesquels il se-serait vraisemblablement regimbé. Les militaires surent à merveille, dès le début, recruter, entraîner, utiliser les troupes mdigènes. Ce fut le secret de leur __ succès. Neuf fois sur dix, en dehors des cadres français qui, certes, ne marchandaïent pas leurs sacrifices, les pertes por- taient presque exclusivement sur des troupes de couleur. S'il lavait fallu souvent faire appel à des soldats de la métropole, le Parlement, on peut en être sûr, n'aurait pas tardé à mettre son veto. La manière dont la France sut organiser, sans contrainte, ce recrutement indigène, l’art avec lequel elle s’en servit est une des choses dont nous avons le plus droit d’être re fers, x Un grand empire a été conquis de la sorte, à peu de frais. C’est pourquoi le pays laissait faire. Peu à peu, à mesure que nos succès s’affirmaient, que la valeur de nos acquisitions appa- * raissait davantage, les colonies, plutôt impopulaires tout d’abord, perdaient cette impopularité.
= = Survint la guerre qui se ie de démontrer à tous, même aux plus sceptiques, les immenses services que pouvait nous rendre cet empire. Par suite du peu d'intérêt que la France portait à ‘ses colonies, l'outillage économique de ces dernières était, pour la plupart, des plus rudimentaires. Il aurait été plus sage, assurément, de leur consacrer quelques-uns des nom-
Recoury. — La Troisième République. 11
n'aurait rien pu sans l’autre. Toutes les fois, sauf de rares
= furent prises et fort bien prises. Très souvent le gouvernement
AT PET TT Vel D RS ML VE ANNEES SUAET PCR LES L'ART RTE DOS ER NL ain > Dont te
156 LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE . CAES breux milliards que notre pays investissait inépuisablement au £
dehors, en Russie, en Turquie, etc. fe |
Cependant, malgré les imperfections de cet outillage, la contribution des colonies fut considérable. En plus des huit cent mille combattants, des deux cent vingt mille ouvriers, elles fournirent des produits de toutes sortes que nous aurions été obligés d'acheter à l'étranger. Depuis la guerre, l'effort pour intensifier leur développement économique a été dés plus orands. La restauration de nos régions dévastées étant plus
O 3 La A Ar :
qu'aux trois quarts terminée, c'est du côté des colonies que
nous devons de préférence orienter notre activité, notre esprit d'entreprise et nos capitaux.
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En CHAPITRE XI LE BOULANGISME
É:- - L'incident Schraebelé: — La vague boulangiste. — Le soir de l'élection.
Fe = Exposition de 4889. — Les élections de 4889.
Les-élections de 1885 se firent au scrutin de liste; par suite
| des divisions du parti républicain en présence d’adversaires qui présentaient un front uni, elles furent un succès, surtout au
__ premier tour, pour ces derniers, Mais ce fut un succès sans len-
__ demain, le second tour ayant diminué, dans une large mesure,
__ lesconséquences du premier. Aussitôt que les républicains reve-
__ naient à la discipline, maintenaient leur union, ils l’emportaient
__ sans peine sur la droite. |
Quinze ans après sa proclamation, la République paraissait done solide, en état de résister à tous les assauts. Cette solidité,
toutefois, était plutôt relative qu’absolue ; elle provenait sur-
tout de la faiblesse de ceux qui avaient conduit, fort mollement, ces attaques. Parmi les prétendants au trône, celui qui
- avait toutes les chances d’y monter, le comte de Chambord,
n’avait pas su ou n'avait pas voulu, dix ans auparavant, en pro- =” fiter. ; |
—- Cette occasion perdue ne se retrouva plus. Le comte de Chambord s’éteignit sans enfants à Frohsdorf et sa mort marqua la fin des espérances monarchiques.
.* Comme le prétendant bonapartiste, le re impérial, avait disparu lui aussi, on.pouvait penser que la République n'avait vraiment plus rien à craindre de personne. C’est de cela, ie
ue d'elle-même, qu'elle tirait sa force. L'aventure boulan-
iste vint en fournir la preuve. Elle fit paraître à quel point é régime était vulnérable. Il aurait suffi, pour le jeter à bas, d’un peu plus de décision, d'énergie, de courage, chez celui qui l’attaquait. Cette fois encore, la République eut le bonheur d’avoir affaire à un adversaire peu dangereux.
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158 Diet TROISIÈME RÉPUBLIQUE HS = 6
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Après Gambetta, Jules Ferry se voyait à son tour écarté € pouvoir, par suite de sa politique coloniale qui cependant assurait un vaste empire, de nouvelles forces, de nouvelles richesses à la métropole. Le système parlementaire, tel qu'il s établissait en France, par l’émiettement des partis, l'absence de discipline au sein de chacun d'eux, les âpres compétitions pour la conquête des portefeuilles, apparaissait de plus en plus comme un terrible mangeur d'hommes d'Etat. Il les usait avec une rapi-* dité extrême. Il les menait en un rien de temps du capitole à la roche tarpéienne. Ceux qui paraissent le plus usés, ilest vrai, réussissaient, après quelque temps, à revenir sans trop des peine sur le devant de la seène. Comme le disait Adrien > Hébrard qui fut le Rivarol et le -Chamfort de son temps : « Ce n’est pas la Seine qui coule à Paris, mais le Léthé ». Re
Ferry mis à l'écart, aucun chef vraiment digne de ce nom, : ne s’imposait plus. La majorité parlementaire était aussi inexistante que les chefs. FA
Grévy ayant été réélu à la présidence de la République, Freyeimet (7 janvier 1886) appelé à constituer le éabmet, Émilie le portefeuille de la guerre au général Boulanger, alors directeur de Finfanterie, qui lui avait été très recommandé, presque imposé par Clemenceau. Jeune encore (quarante-neuf ans), sa carrière militaire avait été assez brillante : une campagne en Cochinchine, en Kabylie, ke commandement du corps d'occupation en Tunisie. À peme en fonctions, il parut surtout soucieux de donner satisfaction à ses protecteurs radicaux. Il éloigne des environs de Paris des régiments de cavalerie dont les officiers manifestaient leurs opinions eléricales et royalistes. - Une circulaire, adressée aux commandants de corps, ‘leur recommande une véritable neutralité, aussi bien de la part de ceux qui attaquent la République que de ceux qui la défendent, les premiers, Jusqu'ici, ayant seuls, disait-il, bénéficié de toutes les mdulgences. É
Le général, entre temps, ne perd pas une occasion de se faire + connaître du public. Sa belle prestance, sa barbeen pointe, son cheval noir, lui gagnentla faveur du peuple parisien, toujours prêt à dispenser une copieuse popularité à tout militaire s’occupant activement de la conquérir. Îl se sert à cet égard de toutes les occasions, et lorsqu'elles ne se présentent pas, il s'entend à merveille à les faire naître. Plus que ses prédécesseurs, il parait s'intéresser au bien-être, à l'hygiène de la troupe; il permet aux soldats de porter la barbe, goûte leur gamelle, etc., Tout ce travail,
à la portée du premier venu, ne tarde pas à produire ses effets.
Es Fi Je public en chœur d’acclamer le « brave général ». … Le comte de Paris, chef de la maison de France à la mort.
: Lt 1 2e
4 x consacre cet événement :
# LA ‘ re si F4 50 » À la revue du 14 juillet, ai bois de Boulogne, Boulanger 4 À set, L ogne, Boulanger est clamé pz Comme toujours, le café-concert En Ma ;
4 Je suis fe chef d’une nombreuse famille « Depuis longtemps j'avais fait l’projet « D'emm'ner ma me, ma sœur, ma fille, « À la r’vue du {4 juillet.
du comte de Chambord, donna dans son hôtel, à l’occasion du
DORÉ E QU AL MSA, NU ds Cdi Le
po
iage de sa fille avec le prince héritier de Portugal, une
D brillante réception qui, par la volonté de ceux qui l’organisent
comme de ceux qui v assistent, tourne à une grande manifestation Lt art s républicains y voient une provocation. Ils ent par. une loi isterdisant le territoire de la Répu-
ique aux chefs des familles ayant autrefois régné sur La France. Soucieux de surenchère, Boulanger, non seulement de l'armée les princes qui en faisaient partie, notamment
le duc d'Aumale, mais il prétend leur enlever leur grade, alors
- que le grade reste juridiquement la propriété de celui qui l'a
conquis. Le duc d’Aumale proteste aussitôt contre ce décret
- qu'il déclare arbitraire. Pour se venger, il laisse publier, par
ses amis, une lettre reçue quelques années auparavant de Boulanger et où ce dernier lui prodiguäit, non sans effusion, les
- hommages et les remerciements : « C’est vous qui m'avez
proposé pour général, s’écriait-1; £'est à vous que Je dois ma nomination... Béni serait le jour qui me rappellerait sous vos
ordres. »
Boulanger nia Fauthenticité de la lettre; mais un fac similé en ayant été publié aussitôt, il fut bien obligé de la reconnaître. Ce trait mettait ficheusement en lumière son caractère peu sûr; il apparaissait désiréux de se pousser par tous les moyens, prêt à miser, comme on dit, sur les deux tableaux, affamé de réclame, impatient de jouer un rôle, quoiqu'il advint.
Sa popularité cependant ne cesse pas de s’accroître. Les nationalistes viennent. à lui. Déroulède lui amène la Ligue des
* patriotes dont il est le président. Les plus échauffés de :ses
zélateurs l’appellent communément : « Le général de la -revanche ».
Le gouvernement germanique ne manque pas, comme tou-
pi 4e
jours, de prendre prétexte de cette Re pour obtenir du Reichstag, le vote de nouveaux cré its militaires, Il laisse
entrevoir une guerre possible, ce qui provoque une petite panique à la Bourse de Paris. - Le
L'incident Schnaebelé.
Et voici qu’à point nommé, comme toutes les fois que les relations franco-allemandes se tendent, éclate un incident. Schnaebelé, commissaire spécial de Pagny-sur-Moselle, est
attiré par son collègue allemand de lPautre côté de la fron- | | tière, pour un soi-disant entretien. Il est arrêté et conduit à
Metz. C’est un vrai guet-apens dont les conséquences peuvent être très graves. Heureusement le Président Grévy, Flourens, ministre des affaires étrangères, gardent leur sang-froid. Ils mettent du premier coup, avec beaucoup de clairvoyance, le doigt sur le point faible de Pargumentation allemande : le côté juridique. Quels que soient les griefs des Allemands contre Schnaebelé, Le seul fait qu'il a été imvité à franchir la frontière par son collègue lui confère une véritable immunité. Il devient un parlementaire, à qui on n’a plus le droit de toucher. Telle est la thèse que Grévy fait immédiatement soutenir à Berlin. Elle impressionne le vieil empereur dont la nature est malgré tout droite et honnête. Il ordonne à Bismarck de faire relàcher Schnaebelé. À
L’incident est clos, mais il en subsiste longtemps des traces comme après tous ceux qui risquèrent de mettre aux prises les deux grands pays. Succédant à celle de 1875, cette affaire Schnaebelé est, pour la France, la deuxième alerte sérieuse. Celle de 1905, le débarquement du Kaiser à Tanger, sera la troisième ; la quatrième, l’envoi d’une canonnière à Agadir. Chacune d'elles montre à la France à quel point, en présence d’un voisin aussi formidablement armé, visant à l’hégémonie européenne, sûr et plus que sûr d’une écrasante supériorité militaire, la paix demeure précaire et.toujours menacée.
En excitant l'inquiétude et la nervosité du publie, en provoquant ses alarmes, l'incident Schnaebelé amène forcément beaucoup d’eau au moulin boulangiste. Le général, adoré de la foule, apparaît à beaucoup comme le chef qui sera capable, un Jour prochain, de tenir tête aux provocations et aux rodomontades teutoniques. |
Le ministère étant tombé, les républicains du Sénat qui,
plus vieux et plus sages, commencent à voir clair dans ce jeu,
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LE BOULANGISME A dei
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rent qu'ils combattront tout.cabinet dont ferait partie anger. Pour l’éloigner de Paris, où sa popularité devient
tester contre cet éloignement qu'ils représentent comme un
peine à s'échapper des mille mains qui veulent le retenir. Il est obligé, pour se sousträire aux effusions enthousiastes, de grimper sur la machine du train.
Re | - La vague boulangiste.
- La vague boulangiste s’enfle ainsi à vue d’œil, roulant en
elle, pêle-mêle, des eaux pures et des eaux bourbeuses. -
Chez beaucoup de boulangistes un sentiment patriotique, fort respectable, est à la base de leur ferveur. Il se double du mécontentement, parfois du dégoût, causés par le régime parlementaire. Depuis que la République n’a plus rien à craindre
. des prétendants, elle se montre un peu trop par ses mauvais côtés, sous ses aspects les plus négligés, en pantoufles et en camisole, ce qui n’est pas toujours un très beau spectacle. Au milieu de ce relâchement, de ce laisser-aller, Boulanger apparaît comme l’homme capable de ramener.la discipline, l’ordre, la tenue, là où ils font par trop défaut. L’éternel besoin d’un
gouvernement fort, qui ést au fond des cœurs français, se fait.
sentir une fois de plus.
Ces raisons là ne suffisent pas à tout expliquer. Il vient rapidément s’en ajouter d’autres, très Res simon décisives. Tous les ennemis de la République : bonapartistes, royalistes, plébiscitaires, ne tardent pas à se rallier à ce mouvement, en qui ils voient le moyen le plus sûr de saper le régime, de le faire crouler. Ils lui apportent des adhérents, des bulletins de vote et aussi, ce qui n’est pas moins important, de l'argent, beaucoup d'argent. Un comité s'organise, chargé d'exploiter, par les procédés Fais les plus perfectionnés, les plus modernes, placards, affiches, chromos, tracts, : distribués à profusion, l'enthousiasme en faveur du général. C’est la première fois peut-être que ce procédé de réclame commerciale, très employé aux Etats-Unis, où il joue un rôle
considérable en politique, est appliqué chez nous sur une aussi
nquiétante, le gouvernement le fomme commandant du COrps d’armée-de Clermont-Ferrand. Ses partisans aussitôt de pro-
exil. Ils reprochent au gouvernement de vouloir se débarrasser
» El CPAS . 0 = .
M d’un homme dont il a peur. Le soir de-son départ, une mani- D , à A Es . = j ‘ » festation arrangée, de longue main, se produit en sa faveur. Une foule considérable assiège la gare de Lyon. Boulanger a
… 4 Ex ge e ke 162 2 LA TROISIÈME RÉPU
blirent que ce sont surtout des roya
tisme, se produisit à ce moment. Le gendre de Grévy, Wilson,
moyen d’obliger un président à se démettre de sa charge. HEC
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fournie. Les révélations, faites are années plus tard, ét listes, la duchesse :
notamment, qui se chargèrent de la remplir.
vaste échelle. Or, cette propagande suppose une
sr)
RE Re Une crise présidentielle, résultant d’une affaire de népe-
un député, fut mêlé à plusieurs scandales, trafie de déco-
rations, où deux généraux sont compromis, correspondances envoyées sous le timbre de la présidence pour éviter de payer
laffranchissement, etc., ete... Ces scandales, ébruités par les
journaux, ne peuvent plus être étouffés. La Chambre ordonne des poursuites. Le président est forcément atteint par les
fautes de son gendre qui habite sous son toit, à l'Elysée. On le
presse de donner sa démission. H refuse, Seulement la majorité
parlementaire, quand elle le veut vraiment, a toujours le
lui suffit de rendre la formation de tout cabinet impossible, Devant cette impossibilité, qui arrête le jeu de la machine parlementaire, le président est bien obligé de s’en aller. C'est à : quoi Grévy se décide enfin. d LU Ferry restant très impopulaire, surtout à Paris, ainsi qu'il arrive souvent dans les élections présidentielles, un homme de
bien
demi-teinte, plutôt obscur et-eflacé, Sadi Carnot, est élu "par le ae.
Congrès. Ingénieur, député de la Côte-d'Or, il avait été ministre des travaux publics et des finances. Honnête homme, conseieneieux, travailleur, un peu timide, il allait remplir avec zèle et sans éclat les hautes fonctions auxquelles il se vovait subitement élevé. LS
Cette crise présidentielle, les scandales d’où elle:est sortie, tournent encore au profit de Boulanger. Ses partisans ont alors l’idée, encore que comme officier en activité il soit. inéligible, de poser sa candidature dans les départements où des siègés sont vacants. Le gouvernement s’en émeut. Soumettant le général à une étroite surveillance, il acquiert la preuve qu'il a plusieurs fois quitté son poste, sans permission, pour venir, sous un déguisement, à Paris. Les menéés contre le régime se précisent ainsi de plus en plus. Le gouvernement se décide à agir; il met Boulanger en non-aclivité, le traduit devant un conseil d’enquête qui prononce sa mise à la réforme, pour fautes graves dans le service.
Boulanger devenu, du jour au lendemain, libre de ses mouvements, est maître d'organiser, comme il l'entend, l'agitation. Voici pour lui le moment de montrer ses talents d’organisateur,
abileté et aussi sa décision et
: nstances plutôt que par son mérite.
te ombreux parti, hétéroclite assurément, éléments les plus divers, mais suffisamment uni ant, tant qu'il ne s’agit que de renverser le régime parle-
général ne tarderaient pas à se disputer entre eux. Il a à sa à sposition des journaux, tout l’argent qu'il veut, l'appui de la capitale, ce qui peut, le moment venu, lui faciliter un coup de __ force. Le comité qui le soutient, où Rochefort, éternel destruc- Eee toujours en lutte contre quelque chose ou contre quelé
d’extrême gauche, décide de poser désormais sa candidature à tous les sièges vacants. C’est.une manière de plébiscite. Boulanger est élu coup sur coup, avec d'énormes majorités,
s ne lui manquent pas. Il se trouve,
mentaire. Le jour où, ce régime détruit, il y aurait lieu de mettre quelque chose à sa place, les partisans momentanés du
à DUT
qu’un, voisine avec Déroulède, le sénateur Naquet, des députés
en Dordogne, puis dans le Nord. Dans ces deux départe-
% ments, la remarque est essentielle, les conservateurs l'avaient . emporté lors des élections précédentes. C’est la preuve que,
sans le large appoint des voix conservatrices et monarchistes, Boulanger, électoralement tout au moins, ne serait pas très 2e dangereux pour la République. Parmi les conservateurs, en … effet, la plupart, tous les jeunes, sont maintenant pour lui. * Seuls quelques vieux parlementaires, chez qui la doctrine, le sens moral, et aussi le sens politique l’emportent sur toute autre considéralion, refusent de se jeter dans cette aventure qui __ risque. conduite par un chef de qui on ne sait rien, de mener Le = pays Dieu sait où. 5 ___ Boulanger pour ses débuts à la Chambre. dépose un projet - supprimant le Sénat, et en fait tout le Parlement, abolissant la responsabilité ministérielle, instituant le plébiscite. Il se produit entre lui et Floquet une altercation suivie d’un duel où le général est blessé. | Sa propagande devient plus active. Il est élu dans trois départements (19 août) : Nord, Somme, Charente-[nférieure. C’est toujours dans des régions où le parti conservateur est très puissant, où il suffit d'un léger appoint des voix de gauche, de tous ceux que le régime a mécontentés, pour lui assurer la majorité. sue Voici que, pour mettre le comble à cette agitation, il se __ produit une vacance à Paris. Clemenceau, son ancien protec-
del. 4
EN
# Lé { RT y AE TES en 24 DA EURE, ENORAPTERE TE Een El
16 © LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE ; | à el | teur, devenu maintenant son pire ennemi, défie Boulanger
d'affronter le verdict de la capitale. Défi bien imprudent, quand on sait à quel point le public parisien est, frondeur de sa nature,
toujours prêt à s’enthousiasmer pour le premier venu et comme il a, d'autre part, des raisons de ne pas trouver parfait le
régime parlementaire, tel qu’il fonctionne sous ses yeux. $ £ 3 7 “ t Dans la campagne électorale qui s'engage, toutes les forces
boulangistes donnent à fond : affiches, chansons, réunions
publiques, tracts, ete. Pour lutter contre le général, dangereux
adversaire s’ilen fût, les républicains n’ont trouvé qu'un homme
assez terne, un radical, M. Jacques, dont le nom prète aux
plaisanteries. ÿ Boulanger est élu par 244000 voix contre: 162 000. Ce succès déchaîne, chez ses partisans, le plus violent enthou-
siasme. Rien mieux que cet enthousiasme ne fait,voir de quoi.
se compose, au juste, cet accès de fièvre boulangiste. Car il
s’agit d’un véritab'e accès. Les femmes, dont le verdict est tou-
.jours très puissant, sont pour la plupart « coiffées » du
général La duchesse d’Uzès et Louise Michel, une très grande dame et une révolutionnaire, s’étant rencontrées au chevet d’un malade, dans une clinique, s'entendent pour l’acclamer. C'est assurément la seule chose sur laquelle elles soient d'accord. « Nous communions, dit l’une d'elles, en Boulanger. »
Le soir de l'élection.
Le soir de l'élection, le général, son état-major politique,
Rochefort, Thiébaud, Dillon, Naquet, se tiennent dans un
salon du restaurant Durand, place de la Madeleine, le général en habit noir, deux grosses perles à la chemise, un œillet rouge, sa fleur favorite, à la boutonnière. A mesure qu'on annonce les résultats, ses partisans envahissent le restaurant. Il faut organiser un service d'ordre pour que l'idole ne soit pas écrasée. Des aides de camp improvisés contiennent difficilement la foule. Seuls ceux qui connaissent personnellement
Boulanger ont le droit, très envié, de monter lui serrer la
main.
. Les boulevards sont noirs de monde. Sous les fenêtres du journal boulangiste La Presse, qui annonce les résultats, .la foule, grossie de minute en minute, pousse des cris de Joie. Sergents de ville et gardes municipaux la font circuler assez mollement. On les sent de cœur avec les manifestants. Une
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