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LA POLITIQUE RELIGIEUSE

La loi sur les associations. — Les élections de 1902. — Combes. — La bataille religieuse. Conflit avec le Saint-Siège. — Conséquences de la rupture, — La politique intérieure. — La séparation des Eglises et de l'Etat.

La loi sur les associations.

I y a chez les partis républicains, surtout 16 plus important d’entre eux, les radicaux, un fond d’anticléricalisme qui ne demande qu’à se réveiller. Le fameux cri de guerre de Gambetta : « Le cléricalisme, voilà l’ennemi! », beaucoup de ses successeurs, notamment au lendemain d’une crise, comme Paffaire Dreyfus, plus éncore après des élections où ils se plaignent d’avoir été violemment combattus par le clergé, sont prêts à le pousser. ..

Waldeck-Rousseau avait le sentiment que, dans la dernière période de l'affaire Dreyfus, certaines congrégations riches et puissantes : “arm pe Jésuites, étaient derrière lagitation nationaliste. [| se proposait de les atteindre, en guise de représaïlles, de frapper, comme on disait, les moines ligueurs et les moines d’affaires. Juriste avant tout, il voulait, par une loi d'ensemble sur les associations, régler nettement et d’une façon définitive, le statut des congrégations.

Rien n’était plus difficile que de mener à bien pareille entreprise, sans se laisser déborder par les surenchères et l'esprit de parti. El s’agissait d'accorder, dans une proportion harmonieuse, les pouvoirs de l'Etat, les droits des congrégations et ceux du Vatican, qui se sentirait forcément atteint par toute mesure prise contre elles: La loi conçue, s’il eût été seul maître de la faire vôter telle quelle par le parlement et ensuite de l’appliquer, Waldeck-Rousseau aurait peut-être réussi à trouver un com-

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promis, capable de ne pas trop mécontenter chacune des parties.

- Mais il était bien obligé decompter avec le parlement qui modifia sensiblement certaines de ses dispositions, en aggrava, à l'égard des congrégations, le caractère agressif, provoqua ainsi une crise devant aboutir peu après à un conflitet à la rupture avecle Vatican.

Lors de la discussion de la’ loi, Waldeck-Rousseau, partisan déterminé du concordat, c’est-à-dire de l’accord avec le pape, se trouva sans cesse dépassé, par la Commission d’abord, chargée d'étudier le projet, puis par la Chambre. - |

Les congrégations, d’après la loi, ne peuvent plus être autorisées que par une décision du parlement, non plus par un simple décret du ministre. Toutes celles qui ne sont pas encore autorisées, doivent, dans un délai de trois mois, demander l’autorisation, faute de quoi elles seront considérées comme illicites. Un article ajouté par la Commission interdisait l’enseignement à tout membre d’une congrégation non autorisée:

Le pape avait déjà protesté par une interwiev, d’abord, puis.

par une allocution aux cardinaux.

La loi fut finalement votée (1* juillet 1901) : tout dépendrait maintenant de la manière dont elle serait appliquée.

Les élections de 1909.

Entre temps, eurent lieu les élections générales de 1902, où le clergé, une fois encore, intervint vigoureusement dans la bataille. Elles renforcent les partis de gauche d’une quarantaine de sièges environ, bien que, si l’on tient compte du chiffre des

votants, l'écart entre les voix obtenues par les deux blocs soit.

des plus faibles.

Ce n’est pas la première fois qu’une différence du nombre des suffrages assez minime se traduit par une différence marquée dans le nombre des députés, arrivant quelquefois à déplacer l’axe de la majorité parlementaire.

Excités par leur victoire, les anticléricaux de la Chambre ne songent qu'à frapper sur leurs adversaires. Voici que, par surcroît, le hasard va leur fournir un chef plus ardent encore que ses troupes. Au lendemain des élections, Waldeck-Rousseau fatigué donne sa démission. Il désigne au président de la république, Combes, comme son successeur.

Combes.

. Ge petit homme, un vieillard de soixante-dix ans, batailleur, vindicatif en diable, était animé, contre le parti catholique,

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d'une haine violente, farouche. Ce sentiment dominait, étouffait en lui tous les autres. C'était la passion d’un transfuge. Ancien séminariste, professeur lui-même au séminaire, auteur d’une thèse sur saint Thomas d'Aquin, Combes avait sucé le lait de la nourrice qu’il mordait à belles dents. Barbey d’Aurevilly ne disait-il pas que, seuls, les anciens prêtres savent haïr vraiment la religion dont ils se sont évadés ? | . Combes arrivait à son heure. Parmi les partis avancés, beau- __ coup ne demandaient qu’à manger, comme on dit, du curé. Il était homme à leur en servir, jusqu’à l’indigestion. Appliquée par lui, la loi dont certaines dispositions, contrairement à la __ volonté de son auteur, étaient déjà très dures; ne pouvait manquer de devenir beaucoup plus sévère encore. Combes commence par fermer les écoles et les établissements des congrégations non autorisées. Ces mesures provoquent des troubles en Bretagne. Le nonce, puis le Vatican protestent. | Quand il s’agit de statuer sur les demandes d’autorisation, formulées par un grand nombre de congrégations, il fait décider, contrairement à l’idée de Waldeck-Rousseau, d'examiner en bloc les demandes qu’il compte refuser. Au lieu d’une discus-

sion attentive, cas par cas, c’est la condamnation massive, la

<harrette des guillotinés. de Nous voilà loin déjà de la mesure, de l’équilibre que comptait — garder Waldeck-Rousseau. En ouvrant cette discussion, en levant ce lièvre qui ne pouvait pas manquer de lui échapper, Waldeck- Rousseau n'avait pas fait preuve d'un grand discernement politique, pas plus que lorsqu'il avait désigné Combes comme son successeur.

La bataille religieuse. Conflit avec le Saint-Siège.

La bataille est maintenant déchaïînée ; les passions s’exaspèrent. En vain Waldeck-Rousseau, dans un discours à Tréguier, pour l'inauguration du monument à Renan, le 13 septembre 1902, puis dans une intervention au Sénat, essaie de se mettre en travers de cette politique brutale et maladroite, dont il sent tous les inconvénients. Le moteur est Jancé; il est impossible de l’arrêter. Non seulement toutes les congréga-

tions d'hommes et de femmes sont dissoutes, mais la Chambre * interdit à leurs membres l’enseignement pendant trois ans, dans leur commune et les communes voisines.

Le conflit avec le Saint-Siège est désormais fatal. Peut-être,

Recouzy. — La Troisième République. 15

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