‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 61 sur 112 · SE 4 L · texte numérisé non relu

SE 4 L

Orient, un protectorat religieux qui sert son influence, soutient

ses intérêts matériels et moraux. Comment le faire subsister,

après la rupture avec le Vatican? Cette difficulté était à peu

|» près insurmontable. 2

Les inconvénients étaient tels que, la guerre à peine com-

mencée, il fallut, discrètement d’abord, puis presque ouverle-. ment, renouer des liens qui n'auraient jamais dû être rompus.

La guerre terminée, on décida fort sagement de transformer

cet état de fait en une situation de droit. L'ambassade près le

Vatican fut rétablie.

La politique intérieure.

Le même esprit d’étroitesse et d’intolérance se marque dans la politique intérieure du ministère Combes. Aussitôt après sa constitution, une circulaire aux préfets, demeurée fameuse, semblait reconnaître et consacrer définitivement, chose nouvelle - dans la vie publique, les droits des républicains, c'est-à-dire des partisans du gouvernement, aux faveurs administratives. = La pratique des « délégués » choisis par les préfets dans les communes réactionnaires, envenimait les querelles locales, exaspérait l'esprit de clocher.

Les adversaires du cabinet attaquaient de plus en plus violemment Camille Pelletan, ministre de la Marine, à qui ils

reprochaient d'introduire dans son administration, le désordre et le débraillé.

: Contre le général André, ministre de la Guerre, les attaques furent plus violentes encore. Aggravant les pratiques du sectarisme, il laissa s'étendre sur l’armée, sous prétexte de contrôler les opinions politiques des officiers, un vaste système de surveillance, et bientôt de délation, qui fonctionnait surtout grâce à l’appui des loges maçonniques. Un employé du Grand Orient ayant livré, contre argent comptant, ce répertoiremalodorant des « fiches », les journaux de l’opposition commencèrent à les publier. Le général André dut donner sa démission. Combes, atteint par ce scandale, se maintint quelque temps, puis disparut.

La séparation des Églises et de l’État.

. Quelque temps avant sa retraite, il avait déposé un projet de loi sur la séparation des Eglises et de l'Etat, Les relations rompues avec le Vatican, la disparition du

ré À rs " Fe ! ACTE 2, ’ k # d £ ' La France exerce, depuis des siècles, en Orient, en Extrême- *

£ RE LT Concordat rendaient indispensable la discussion de ce projet, l'établissement d’un statut régulier des Eglises. La séparation, un des articles du een radical, allait donc être abordée. La Commission parlementaire chargée d'examiner le projet choisit comme rapporteur un socialiste, nouveau venu à fa: Chambre, Aristide Briand. Ce furent les débuts retentissants d’un homme qui, durant les vingt années suivantes, devait jouer dans la vie publique française un rôle prépondérant.

Aristide Briand.

Né à Nantes, en 1862, il avait à ce moment quarante-trois ans. Ses rares qualités d’orateur, son éloquence adroite et prenante, servie par un organe incomparable, lui valurent de bonne heure une grande réputation dans les milieux socialistes. Il devint une des vedettes des tournées de propagande et des « meetmgs », : À . |

Ambitieux (il en avait le droit), il songeait à quitter, dès la première occasion, ce milieu où son esprit large, son intelhgence, à la fois rapide et étendue, se sentaient trop à Fétroit.

La loi de la séparation vint, à point nommé ,-la lui fournir. El mit, à défendre le projet de la Commission, au cours d’une discussion longue et passionnée, semée d’incidents et d’embüches, une ingéniosité, une fertilité de moyens, une virtuosité consommée. Ainsi qu'il arrive dans la recherche d’un compromis entre deux thèses violemment opposées, ceux contre qui il eut à lutter le plus étaient non pas ses adversaires politiques, mais ses partisans et ses amis. Îl déploya pour les convaincre et les réduire, tous ses dons de persuasion et aussi une coquetterie de libéralisme qui est tout à fait dans sa manière. Il fut le grand vainqueur de cette discussion, Désormais sa réputation était faite. [l devait entrer peu après dans le ministère Clemenceau. Depuis, sauf quelques entr'actes plus ou moins prolongés, il fit partie, comme ministre ou président, de: presque toutes les combinaisons gouvernementales. Son intelligence est aussi peu abstraite, aussi peu livresque que possible. Ne lui demandez pas de s’enfermer en tête à tête avec de volumineux dossiers, de les parcourir, de les annoter comme font Poincaré où Millerand. Ses dossiers à lui ce sont les êtres humains, la matière vivante, remuante, parlante. C’est à elle seule qu'il s'intéresse. Il n’aime ‘pas aborder de front l’adversaire, à foncer droit sur l'obstacle à la manière d’un Clemenceau. Plutôt que d'engager la bataille, il est porté par tempéra-

rangements et des compromis.

usse et le goût du moindre effort. La guerre, son

ître les limites de cet esprit, par ailleurs très attachant. on l’automne 1917, Briand était convaincu (il le dit à pourparlers, les hostilités pouvaient et devaient prendre fin, que lPAllemagne, se sentant incapable de vaincre, se résignerait à un compromis acceptable pour nous, irait même jusqu’à céder - l'Alsace Lorraine. C’est qu'il est porté d’instinct à croire que les litiges entre les peuples s’arrangent de la même manière et par les mêmes méthodes qu'entre les individus. "Te PERRCE TE ; 2 ,

La Pt Pile < , > Li RS se | : *

ch #4 > | + + La Chambre vota sans difficulté le principe de la séparation, garantissant le libre exercice des cultes, déclarant que la “République n’en reconnaît, n’en salarie et n’en subventionne aucuns ; | La grosse difficulté résidait dans l'attribution des biens cultuels, surtout dans la mise en œuvre d’un système pratique, __ commode, permettant aux cultes de s’exercer. Comment con- cilier la neutralité de l'Etat avec la sévère et rigide discipline catholique, soumettant fidèles et clergé à la pleine souveraineté pontificale ? 4 » | : Pour arriver à un arrangement satisfaisant, il aurait fallu

- s'entendre avec les évêques et avec le pape, ce que le principe =. de la séparation interdisait.

Toute solution acceptable, dans ces conditions, était plus ou

moins la quadrature du cercle. Comment s'étonner que cette. - solution n’ait pas été trouvée?

Bibliographie. — A. Debidour. L'Eglise catholique et l'Elat (2 vol). Voir la collection des Études (Revue de la Compagnie de Jésus). — Général André. Cinq ans de ministère (1907). — P. Fesch. Les dossiers maçonniques (1905). — Anonyme. Les fiches de Mgr Montagnini (1908). — Capitaine Mollin. La vérile sur l'affaire des fiches (1905).

e la rendre inutile. Il est nn maître dans ne certaine non-

prolongation, qu'il jugeait inutile et absurde, fit

uteur de cet ouvrage) qu'avec un peu d’ingéniosité dans les.

Page 1