LE GOUVERNEMENT DES RADICAUX ET LES PROGRÈS DU SOCIALISME
| ar : * ‘ Le gouvernement des radicaux. — Le socialisme. — Le cas Millerand. Jaurès. — Les progrès du socialisme.
Le gouvernement des radicauxe
Le 17 janvier 1906, le président du Sénat, Fallières, est élu président de la République en remplacement de Loubet dont les pouvoirs étaient venus à expiration. Il obtient 449 voix contre 371 à Doumer, sur qui s’étaient comptés la droite et tous les opposants du « bloc ».
Les élections qui ont lieu quelques mois plus tard (6-20 mai) marquent pour le « bloc » un nouveau succès. Il conquiert soixante sièges environ sur les conservateurs, nationalistes, Rohan Les radicaux-socialistes et aussi les socialistes unifiés gagnent un nombre important de sièges. Les groupes de gauche possèdent dès lors la majorité de la Chambre. C’est le . du radicalisme qui prend le pouvoir et le gardera s :
jusqu’à la guerre.
Clemenceau, l'éternel opposant, le démolisseur de cabinets, est enfin appelé, sur le soir de sa vie (un soir qui, fort heureusement, devait se prolonger), à former un cabinet à son tour. Il passe allègrement de | « autre côté de la barricade ».
L'évolution vers la gauche que, sauf à de rares intervalles, on a pu observer, depuis le début de la Troisième République, se précise et s'accentue. Elle se marque non seulement par la prise de pouvoir des radicaux et des radicaux-socialistes,
mais par l’accroissement incessant du nombre des élus sociahistes à la Chambre.
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|. - LE GOUVERNEMENT DES RADICAUX © 493 F- A Ds; = e Ph : Acte NET OS Yi | \ è fe L À BR : . Le socialisme.” 54 S1 l’on suit le développement de la doctrine et du parti socia-
liste, depuis 1870 jusqu’à la guerre, on constate qu’une grosse question a dominé constamment les discussions ds Congrès : celle des rapports entre les socialistes et les partis détenant le pouvoir. ‘ 4 Deux tendances se sont constamment heurtées et continuent à se heurter, sans que l’ingéniosité, pourtant très grande, des chercheurs de compromis, les complications et les intrigues grâce auxquelles ces compromis s’élaborent, le byzantinisme soigneusement étudié des formules, réussissent à masquer, d'une manière définitive et durable, le profond désaccord.
Les orthodoxes, les « purs », ceux pour qui les principes comptent plus que les faits, estiment que le socialisme n’a rien -, à gagner, mais au contraire beaucoup à perdre en s’alliant, dans
une proportion si faible soit-elle, aux partis bourgeois. Les
avantages qu'il en retire sont plus illusoires que réels. La force de son prosélytisme, qui agit sur les masses à la manière d’un : aimant, se trouve diminuée, énervée par cette compromission, on pourrait presque dire cette collusion. Il cesse du coup d’être ce qu’il doit rester s’il veut triompher : une foi, une véritable religion.
À cela, les autres répliquent que toutes les religions, quelles que soient l’ardeur, la conviction de leurs adeptes, ont été obligées de tenir compte des conditions au milieu desquelles elles
"évoluent, de s’adapter aux réalités. Le socialisme, lui aussi, ne * saurait se soustraire à cette nécessité. S’il veut réussir à modifier de fond en comble la société présente, la première condition est de ne pas vivre, de ne pas se développer en dehors d'elle, mais au contraire de s’y mêler étroitement, de se servir de toutes les armes qui lui sont offertes, de toutes les occasions ui se présentent à lui. La lutte électorale, la conquête des mandats fournissent ces occasions et ces armes. Il faut que les socialistes sachent pratiquer cette lutte avec une tactique de plus en plus consommée. Ce qui importe, ce ne sont pas les moyens, mais le but. Les chefs du parti ont le devoir de ne pas hésiter sur le choix de ces moyens. Si, en échange de sérieux avantages, il leur est nécessaire de pratiquer des alliances momentanées avec les partis bourgeois, quitté à les éliminer - progressivement par la suite, où serait le mal après tout? Ta est l’éternel problème qui revient à chacun des Congrès.
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Faute de le pouvoir résoudre, on s’applique à le masquer par É
des formules plus où moins adroites. Les élus, tous ceux qui ont
conquis et détiennent des sièges, — par le seul fait qu'ils les
détiennent, — ceux que la fréquentation du Palais-Bourbon a rendus conciliants, accommodants, seraient es partisans de la. deuxième solution. Mais la masse des « militants », le gros des troupes ne l’entendent pas de la sorte. Ils soumettent les chefs à un contrôle, à une surveillance de tous les instants. Attentifs à
la moindre défaillance, ils prétendent diriger étroitement leurs D
décisions.
Le contrôle devient si tyrannique que beaucoup de ces élus, surtout lorsqu'ils sont doués d’une personnalité puissante, Lorsqu’ils ont de la force, de l’originalité, du talent, aspirent instineti-
vement à se débarrasser de cette tutelle, qu'ils arrivent à trouver
humiliante, insupportable. Il leur paraît injuste et même odieux
de se sentir en eux l’étoffe d’un chef parlementaire et même d'un grand chef, d’avoir les chances de devenir ministre, président du conseil et même président de la République, sans pouvoir en profiter, simplement parce qu'un Congrès ou plutôt un concile, où les ignorants et les envieux dominent, en a décidé de la sorte.
Le socialisme, par la pratique quotidienne, la gymnastique incessante des discussions, des meetings, est une excellente pépinière, non seulement d’orateurs, mais aussi, ce qui compte tout autant, sinon plus, de manœuvriers électoraux et parlementaires. Quoi d'étonnant si, parmi les meilleurs d’entre eux et les mieux doués, quelques-uns prétendent utiliser, jusqu'à leur maximum de rendement, les facultés et les dons qui se sont développés en eux ?
Le socialisme pourrait se comparer à une poule qui couverait des œufs de canard. Son histoire, au cours des trente dernières années, est remplie de cas d’ « évasion ».
Le cas Millerand.
La première de toutes, et la plus retentissante, fut celle de Millerand qui, en 1900, accepta le portefeuille du ecommerce dans le cabinet Waldeck-Rousseau. Cette entrée d’un socialiste dans un ministère bourgeois déchaina un terrible tumulte. Il faut rappeler ses souvenirs, relire les journaux du temps pour se faire une idée exacte de cette agitation. Ceux qui criaient le plus fort n'étaient pas, comme on pourrait le croire, les conservateurs, les bourgeois, épouvantés par l'apparition du eroque-
Ts d ke er ve
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étaient au contraire les frères en doctrine du nouveau mstre, s’indignant de ce qu’ils considéraient comme une ahison: Guesdistes, blanquistes, allemanistes s’élèvent contre Ÿ s reves prétendue socialiste faite de compromissions
éfections ». « Le parti socialiste, disent-ils, ne saurait
Millerand ouvrait ainsi une voie qui devait être suivie par beaucoup d’autres. Six ans plus tard, en 1906, Briand, un autre
président du conseil, disait, de sa voix grave et non sans un malicieux sourire, à un socialiste, Albert Thomas, sur le point de franchir le pas lui aussi, pour être nommé sous-secrétaire : d'Etat aux munitions : « Thomas, l’heure a sonné pour vous de = devenir un renégat! »
F é- , Ê > | = Jaurèés.
à Tandis que Millerand, Briand, Viviani, sortis du sérail, s'apprêtent à conquérir les plus hautes charges de l'Etat, le plus grand orateur socialiste et le plus puissant tribun, avec Gambetta, de la Troisième République, Jaurès, demeure attaché à la formule, à la discipline du parti, s’efforçant par ses - discours au parlement, et hors du parlement, par ses articles du journal L'Humanité, fondé en grande partie grâce à lui, par ses brochures et ses livres, de donner à la diffusion des doc- . trines socialistes le plus vaste rayonnement. : Né à Castres, en 1859, Jaurès a, dans son éloquence, quelque chose de très méridional. La boursouflure et l’emphase, la rhétorique, sous ses artifices les moins recommandables, y tiennent une trop grande place. Mais un mouvement large et puissant, l’élan ininterrompu de la pensée et du verbe, emportent ses harangues, pareilles à un fleuve qui roulerait de tout pêle-méle dans sa course. L’ardeur et la sincérité des convictions, une vaste culture, une intelligence à la fois sûre et rapide lui Desrer de comprendre, de maîtriser les questions les plus compliquées et les plus diverses, une curiosité d'esprit toujours en éveil, font de Jaurès le type même du grand chef socialiste, cie d'exercer une grosse. influence dans le parlement aussi bien qu’au dehors.
De gros défauts obseurcissent ces qualités. La discipline étroite et rigoriste des formules, l'esprit de parti dont il est