CHAPITRE XVI
RTE L'ENTENTE CORDIALE
à Aer © à - Edouard VII. — Oncle et neveu. — M. Delcassé.
ÈS Les deux Cambon. — Conclusion de l’Entente cordiale.
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Plus on étudie l’histoire, celle d’hier comme celle d’aujour-
. Tout ce quiest, tout ce qui a été, aurait parfaitement pu ne
Z. Le ne être, ou être autrement. Il y a, dans le déroulement des . faits historiques, ce qu’on pourrait appeler des carrefours, des points de bifurcation où plusieurs voies sont également ouvertes. __ C’est à ces points-là que l’énergie, la volonté des hommes interviennent pour imprimer aux choses telle ou telle direction,
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pour transformer les événements possibles en événements Donoreels.
Après la crise de Fachoda où, sans savoir au juste pourquoi,
l'Angleterre et la France avaient failli en venir aux mains, Jus-
qu’à ce qu'au dernier moment un sursaut de sagesse de notre part vint empêcher la catastrophe, la raison, le bon sens, ainsi qu'une vision exacte de la politique européenne, conseillaient -à Fune et à l’autre des deux nations d’apaiser leur différend. Même pour ceux de leurs nationaux qui étaient atteints dé la plus terrible boulimie, lunivers après tout était suffisamment vaste, il-y avait sur les deux hémisphères assez de terre à partager.
Pour ce qui est de l’Europe elle-même, bien des considérations, surtout la menace grandissante d’un adversaire commun, l'Allemagne, étaient de nature à les rapprocher. Un accord était donc possible, et il était au plus haut point souhaitable. Seulement il fallait donner, de part et d’autre, au moment opportun,
le coup de barre qui lancerait Le navire dans la bonne direction.
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SUD ANT LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE re
Il se trouva à point nommé, des deux côtés du Détroit, des hommes pour le donner. En Angleterre, ce fut avant tout le roi Edouard VII, en France, M. Delcassé, assisté d’un trio d’am-
bassadeurs excellents, les deux frères Cambon et Barrère.
Edouard VIL.
On entend dire assez souvent que le roi d'Angleterre à moins de pouvoir encore que notre président de la République, qui cependant, comme on sait, n'en a guère, qu'il lui manque le droit de dissoudre le parlement, reconnu par la Constitution à notre président, mais en fait, Jamais exercé. ER C'est peut-être vrai théoriquement. C’est faux dans la pratique, qui seule compte, surtout en Angleterre, où ce qui est
écrit a beaucoup moins d'importance que ce qui ne l’est pas, à
savoir la tradition et la coutume.
L'Anglais excelle à aménager confortablement sa Constitution comme sa demeure. Qu'il s'agisse d’une maison de campagne ou d’une loi, ce qu'il cherche, c’est beaucoup moins la symétrie que la commodité. Il s’est donc arrangé pour qu'un souverain médiocre ou mauvais (il y en a-eu et il y en aura) fût mis dans l’impossibilité de nuire. Toute initiative lui est à peu près interdite. Il se trouve étroitement ligoté.
Mais lorsqu'un de ses rois est reconnu bon, lorsqu'il a fait ses preuves au dedans, et plus encore au dehors, ces liens, d’un commun accord, se desserrent. Chacun accepte fort bien de le voir intervenir, surtout dans les affaires extérieures, pourvu que cette intervention d’abord soit discrète et pleine de tact, ensuite s'exerce dans un sens conforme aux aspirations générales du pays.
Les débuts du règne d'Edouard VIT montrent jusqu'à l’évi-
dence à quel point cette influence peut être déterminante. … Tant que vécut la vieille reine Victoria, d’esprit rigoriste et étroit, n'éprouvant aucune inelination pour la France, qu’elle comprenait mal et qu’elle n’aimait guère, il y avait peu de chances que les relations franco-britanniques pussent s'améliorer.
Son fils offrait, à cet égard, avec elle un contraste saisissant. Il connaissait la France pour y être très souvent venu. Il aimait Paris où il se sentait chez lui. À chacun de ses séjours il ne manquait pas de se faire présenter nos hommes d'Etat, nos littérateurs, nos artistes. Îl s’était notamment rencontré avec Gambetta, avec qui il avait déjeuné dans un des cabinets du
Anglais. Les boutades, les anecdotes du général Galiffet,
théâtres, appréciait nos pièces et nos livres. __ Amoureux de la vie sous toutes ses formes, ne refusant aucun des plaisirs qu’elle dispense, sous des dehors légers, parfois un peu frivoles, Edouard VIT cachait de solides qualités, les dons les plus appréciables du caractère et de l'esprit. Il était d’abord et avant tout un gentleman. Sa simplicité, la liberté de ses manières s’alliaient à un sens très vif de sa dignité et - de son rang. | | __ Hlevé d'une facon très sévère, très austère par sa mère et = surtout son père, féru de la discipline et de la culture allemande, de très bonne heure son indépendante nature s'était émancipée. Il avait rejeté tout ce qu'il y avait de trop étroit dans cette éducation. Il possédait un jugement droit et clair, un ferme bon sens, la connaissance approfondie de l'Europe, acquise non point dans les livres ou les rapports diplomatiques, mais, ce 1e vaut infiniment mieux, par l'expérience et la fréquentation
es hommes. J 24e
Il fut un des premiers à discerner le péril allemand, bien
avant que son peuple et ceux qui le dirigeaient n’y eussent.
seulement ouvert les yeux. C’est à cela que se reconnaît un véritable homme d'Etat. Il aperçoit nettement ce que les autres commencent à peine à entrevoir.
Oncle et neveu.
Autant la France et les Français lui étaient sympathiques, autant il se défait de l’Allemagne, surtout de son souverain, son propre neveu, le Kaiser. Entre les deux monarques, l’anti-
athie datait de lom. Les mémoires du temps, l’œuvre capitale de Sir Sidney Lee, le biographe d’Edouard VII, permettent d'en saisir l’origine et le développement. |
Alors que son grand-père l’empereur et son père le prince héritier vivaient encore, le futur Kaiser, quelques jours avant l’arrivée à Berlin de son oncle, le prince de Galles, le 13 mars 1885, écrivait à son correspondant le tsar Alexandre TT : « Nous verrons ici, dans quelques jours, le prince de Galles. Je ne suis nullement enchanté de cette apparition inattendue, parce que (exeusez-moi puisqu'il est votre beau-frère) sa fausse et intrigante nature le poussera certainement à essayer d’un moyen où d’un autre de soutenir contre la Russie les intérêts bulgares. Puisse Allah l’envoyer aux enfers, comme disent les