‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 67 sur 112 · EM · texte numérisé non relu

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FR SLA $ NTE CORDIALE | ; temps à son haut personnel diplo-

essus les ministères éphémères, la

me en ce qui concerne les ministres, l’un d’eux, le plus in À one Delcassé, demeura sept ans à la tête du Quai

d'Orsay. C’est beaucoup qu’un septennat dans un régime par-

entaire. Il est’ juste d’en porter le mérite à l'actif du égime républicain.

LRO Le S - 7 M. Delcassé;

Ancien journaliste, entré d’assez bonne heure au parlement, cet Ariégeois petit, noiraud, énergique et têtu, avait les qualités __etles défauts à son pays montagnard : l’obstination, la volonté de suivre coûte que coûte le plan qu’il s'était tracé, un ardent patriotisme, la défiance instinctive de l’Allemagne, le sentiment que la France, à moins de tomber vis-à-vis de sa puissance voisine dans un état de demi-vassalité, serait-un jour ou l’autre

obligée de lui tenir tête et de se mesurer avec elle. Cette certi-

tude là le possédait tout entier. Il voulait, dans l’éventualité d’un conflit probable, sinon prochain, resserrer aussi étroite-

ment que possible notre alliance avec la Russie, nouer une

amitié solide avec l’Angleterre. De :

Les grands ambassadeurs.

C’est à quoi il s’employa de toutes ses forces. Il fut servi par

trois ambassadeurs remarquables : les deux Cambon et Bar-

rère.

Elèves de Thiers etde Jules Ferry sous les ordres de qui ils

commencèrent, tout de suite après le 4 septembre, leur carrière, après un court séjour dans l’administration, ayant été, très

jeunes encore, chargés de postes importants : grandes préfectures, résidence de, Tunisie et gouvernement de l’Algérie, les

- Cambon entrent dans la diplomatie.

L'’aîné des deux frères, Paul, de Constantinople est envoyé à Londres en 1898 Il y est resté pas loin d’un quart de siècle.

. Le cadet, Jules, après Washington où il joue un rôle considérable, lors de la conclusion de la paix hispano-américaine, passe à Madrid. En 1907 il est envoyé à Berlin où il demeure jusqu’à la guerre.

L’aîné apparaissait plus fermé, plus distant. Le cadet a plus de familiarité et de bonhomie. Avec son fin visage aux traits réguliers, sa courte barbe en pointe, l'élégance aristocratique

Recouuy. — La Troisième République. 14

es

de ses manières et de ses propos, Paul produisait du premier coup une impression de respect et d'autorité. De ce petit homme frêle et grêle se dégageait une force nerveuse, je ne sais quel fluide tout-puissant. Froid d'ordinaire, attentif à ses ropos, il s’échauffait, s’animait dans les moments critiques. quand les intérêts de son pays étaient en Jeu. -

De ses yeux clignotants où, derrière son lorgnon, pétillent la finesse et la vie, Jules n’a pas son pareil pour juger son interlocuteur, pour peser à leur juste valeur ses affirmations, pour savoir au Juste ce qu'il pense et ce qu'il veut. Doué comme son frère d’une très forte culture classique, toujours admirablement. renseigné, à l’affàt des événements dont il dégageait sur-lechamp la signification, resté jusqu’à un âge avancé, élonnant de jeunesse et de vivacité, il fut un de ceux qui devinèrent avec le plus de clairvoyance les intentions belliqueuses de l'Allemagne. | L

Camille Barrère, après un bref passage dans le journalisme, où Gambetta le distingue tout de suite, est poussé par ce dernier dans la carrière diplomatique. Tour à tour ministre à Stockholm, en Egypte, ambassadeur à Berne, en 1897, il est envoyé à Rome où il est maintenu'sans interruption pendant vingt-cin ans. Rétablir de cordiales relations entre la France et l'Italie, faire en sorte que la Triple-Alliance perde toute espèce de valeur, telle est l’œuvre difficile, de longue haleine, à laquelle il s’attache, qu’il réussit à mener à bien.

Ces trois hommes constituent, durant les dix ou quinze années qui précèdent la guerre, l’armature diplomatique de la Troisième République. Au moment de la crise de 1914, cette armature se révèle d'une solidité mébranlable

Conclusion de l'Entente Cordiale.

Prudent et mesuré, Paul Cambon qui conmaît bien les Anglais, qui a su très vite gagner leur confiance, n'ignore pas que, lorsqu'on négocie avec eux, une desrèglesessentielles consiste à ne pas leur demander plus qu'ils ne veulent et ne peuvent donner.

Dans la foule de questions qui sont à régler entre les deux pays, la logique et le bon sens commandent d'aller du simple au complexe, du facile au difficile. On commence donc à débarrasser le chemin des menues broussaïlles qui l’encombrent : difficultés concernant Terre-Neuve, la Sénégambie, le Siam, Madagascar, les Nouvelles-Hébrides. etc, ete... Puis

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D Ve % ds 2: $- #4 Di 2. ‘ ? L *,f gæet a orde les deux grosses questions qui doivent servir de ra échange : lEgypte et ke Maroc. | Le, 4

négociation franco-britannique est le type de la négo-

‘elle comme à un modèle.

Ph : À EE: +. F :

Pour Îles Anglais, l'Egypte, surtout à cause du canal de Suez, principale artère de leur Empire, présente un intérêt capital. Nous avons laissé les Anglais s’y installer seuls. Ils y sont maintenant et ils entendent y rester. I n’y à plus à essayer de revenir sur notre abandon. ré | . : L’Angleterre désire que, politiquement, nous nous désinté-

ressions de l'Egypte. Elle est prête, par ailleurs, à reconnaître Îles grands intérêts moraux que nous avons dans ce pays. À cet égardelle prend les engagements Les plus précis, qu’elle a d’ail- … leurs très loyalement observés. :

En échange de la liberté d’action que nous lui laissons en Egypte, elle nous laisse une liberté analogue au Maroc qui,

> - complément indispensable de notre empire nord-africain.

. Egypte et Maroc, voilà donc les deux éléments de l'accord. - Tandis qu’elle négocie avec l'Angleterre, la France, sur le Er désir de cette dernière, réussit à s'arranger avec l'Espagne qui, - elle aussi, par sa situation géographique, par ses traditions, possède au Maroc une situation privilégiée. Les deux pays … signent un accord qui divise le Maroc en deux zones : l’une comprenant la partie septentrionale du pays depuis les envi- … rons de Larache jusqu’à la frontière algérienne, soumise à … l'influence espagnole, le reste à l’influence française.

- Le 8 avril 1904, l'accord franco-anglais est signé. Il n’a « qu’un objet strictement limité. ne porte que sur des questions non européennes. Mais par le fait qu’il était conclu, par la

- manière dont il l'avait été, il ne pouvait pas ne pas prendre

très vite une portée beaucoup plus générale. Rien ne le prouva : mieux que l'appellation dont, dès son origine, il fut gratifié : - Entente Cordiale. Il introduisait en effet dans les relations franco-britanniques un élément nouveau, qui jusque-là leur - avait manqué : la cordialité.

… L'importance de cet événement était forcément des plus considérables, Elle ne devait pas manquer de se faire È sentir, non pas seulement dans les colonies, mais dans l’Eu- rope elle-même. ; re”

‘Il était fatal que la diplomatie germanique, qui avait tablé

jusque-là sur la désunion de la France et de l'Angleterre, en

on diplomatique bien conduite. Il faudrait toujours revenir

> pour la France, présente une valeur exceptionnelle, car il est le

a Le. 1 see FPE,

ce RIT) MPNP ON En D TS à 206 © LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE

prit ombrage. Il était fatal qu’elle saisit la première occasion de marquer sa mauvaise humeur. ASS C’est à propos du Maroc qu’elle la manifesta. x

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se? \

& Un pays moyenageux. — Les droits spéciaux de la France. — Le coup de poing allemand. — Risque d’une guerre. — Guerre russo-japonaise. —

#0 nais. — Conférence d’Algésiras. — Pénétration française au Maroc. — L’incident des déserteurs allemands. — Un accord anglo-russe. — Le -pacte manqué de Bjærkoë. z) |

SR rs Un pays moyenageux.

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. Par un extraordinaire concours de circonstances, le Maroc,

- bien qu'il soit situé aux portes de l’Europe, était resté jusqu'aux

- premières années de ce siècle, aussi loin de la civilisation euro-

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péenne que les contrées les plus reculées de l’Afrique et de

BEL PAsie. re

ä . lons de poussière dorée, les aboïements des chiens; les groupes

de jeunes femmes, pareïlles à celles de la Bible, revenant de la

fontaine, portant sur la hanche ou l'épaule, la lourde cruche de grès.

. On arrivait ainsi à Fez, cité moyenageuse, une des plus

pittoresques et des plus colorées de l'Islam, où cinq fois par

jour la rumeur des prières venait se mêler au murmure des eaux

__ courantes. % … Vers la fin du siècle dernier, le sultan, Moulay Hassan,

__ Progrès de la Russie en Extrème-Orient. — Attaqué brusquée des Japo-

“% vane le voyage de Tanger à Fez. II mit 1e journées pour

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gouvernait, à la façon d’un prince du temps passé, ce pays demeuré le même à travers les siècles. Il guerroyait les tribus insoumises, passant d’une de ses capitales à l’autre, coupant la tête des rebelles, que les juifs, après les avoir salées, accro-. + chaient en haut des remparts. Son fils, Moulay Abd-el-Azis nu (1894), fut loin de montrer la même énergie. Il s’occupa sur- PRE tout de dépenser, à pleines mains, les caisses d’or que son rand vizir lui avait laissées. Une tourbe de mercantis et d'amuseurs s’abattit sur la capitale, prêts à vendre au jeune souverain | tout ce qu'il pouvait désirer, depuis les lions d’une ménagerie jusqu’à des appareils photographiques en or. : Ainsi qu'il arrive immanquablement au Maroc, dès que le | pouvoir central se relâche, un prétendant, un rogui, surgit Fe aussitôt. Celui d'alors s'appelait Bou-Hamara (l’homme à l'ânesse). Il recrutait ses partisans dans la région de Taza, non loin du Rif et de la frontière algérienne. é

Les droits spéciaux de la France.

Le voisinage de l'Algérie, la longueur de cette frontière, créent pour la France, au Maroc, un intérêt et des droits spéciaux. Lorsque le pays est troublé, ce qui arrive souvent, = ces troubles ne manquent pas de se faire sentir jusque dans les territoires soumis à notre domination.

En plein vingtième siècle, la situation du Maroc apparaissait comme un paradoxe, un anachronisme. Seule, l'opposition des

£ puissances qui y possédaient les principaux intérêts : France, Angleterre, Espagne, pouvait en expliquer la durée. Dès que ces puissances se mettraient d'accord, cette situation, de toute évidence, devait se modifier rapidement.

Quelques mois après la signature de l’accord franco-britannique, la France expédie à Fez son ministre, M. Saint-René Fallandier, avec mission de faire accepter au sultan un certain nombre de réformes jugées indispensables. C’est à ce moment que l’Allemagne intervient.

Durant les dix années qui précèdent la grande guerre, le Maroc sert à l'Allemagne de levier pour peser sur la politique française. Les intérêts germaniques dans ce pays sont, au début tout au moins, fort peu considérables. Mais le gouvernement allemand désire garder cette question ouverte, pour faire,

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a AE A a Le coup de poing allemand.

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Le 31 mars 1905, le Kaiser en personne débarque à Tanger.

C'est au sultan du Maroc, souverain indépendant, déclare- , que je rends une visite. » :

- La diplomatie d’outre-Rhin, fidèle aux traditions bismarc-

__ kiennes, frappe ainsi sur là table un violent coup de poing,

a aux mêmes procédés d’intimidation et d’intrigue. Un ami per- sonne] du Kaiser, Henckel de Donnersmark, qui avait épousé sur - le tard la Païva, la célèbre courtisane du second empire, vient à Paris. Il voit des journalistes, se répand dans les milieux politiques et financiers. La cause de tout le mal, insinue-t-il, c'est Delcassé, mégalomane et germanophobe, qui a essayé d’encercler l Allemagne. Voici pomdre déjà ce thème de l’encerclement, dont le gouvernement germanique fera plus tard un tel usage. Que l’on sacrifie Delcassé, transformé en bouc émissaire, - = et les relations franco-allemandes s’amélioreront instantané- Fr ment. ; __ Delcassé avait au parlement, et jusque dans le conseil des __ ministres, des adversaires. Quel homme politique, surtout

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lorsqu'il est demeuré sept ans au pouvoir, n’en a pas ? Rouvier,

pate du conseil, financier avant tout, porté à voir sous

angle financier toutes les questions, trouvait dangereuse sa D Q x É 2 x

politique. Il ne fut d’ailleurs pas le seul à croire, d’après une vision un peu sommaire, qu'une étroite collaboration écono-

mique était possible et ouate ble entre la France et l’Alle-

magne, que cette collaboration amorcée, toutes les difficultés s’arrangeraient ensuite aisément. Tel sera, six ans plus tard, lors de la crise d'Agadir, l’état d'esprit de Caillaux.

Risque d’une querre.

Le gouvernement germanique demande, ou plutôt exige, que l’affaire du Maroc soit soumise, dans son ensemble, aux puissances signataires de la conférence de Madrid. Refuser, lui tenir tête est possible ; c’est ce que voulait Delcassé. Mais on risque une guerre. Cette guerre, est-on préparé militairement et moralement à la soutenir?

Or, tandis que Delcassé avait poursuivi sa politique, en principe inattaquable, la préparation militaire et navale avait

été gravement négligée par ses collaborateurs radicaux du

cabinet. L'armée, sous le ministère du général André, beaucoup moins général que politicien, venait de passer par une crise très grave. :

Enfin, et ceci était l'argument déterminant, l’alliée de la France, la Russie, qui se trouvait en ce moment aux prises avec le Japon en Extrême-Orient (1904-1905), était absolument hors d’état de lui assurer le moindre secours.

Ces raisons, extrêmement fortes, 1l faut en convenir, firent

que le conseil des ministres se rangea à l'avis de M. Rouvier. Le 6 juin 1905, Delcassé donnait sa démission. Le gouvernement germanique était arrivé à ses fins. Il venait de remporter, à propos du Maroc, une première victoiré diplomatique:

Guerre Russo-Japonaise.

Progrès de la Russie en Extréme-Orient.

La marche de la Russie en Orient n’avait été, pendant tout le cours du x1x° siècle, qu’une suite ininterrompue de succès. Ces succès avaient ceci de particulier qu'ils avaient été remportés non point par les généraux, mais par les diplomates.

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t que le Russe, à demi asiatique lui-même, n'a pas son

see pour traiter avec le Chinois et l’'amener à ses fins. gociateur astucieux, il pratique en maître l’art de tempo-

riser. T andis quê la Chine se trouvait en butte à d’autres convoitises, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la France, du

. Japon, il intervenait à point nommé, enlevant sans coup férir son morceau. en LEbess

Attaque brusquée des Japonais...

Le Japon, empêché par les Russes, après sa guerre victo-

supportait de plus en plus impatiemment leurs empiétements,

- Soutenu par l'Angleterre, il n’hésita pas à attaquer la Russie.

A peine rompues les relations diplomatiques (février 1904), sans déclaration de guerre, des torpilleurs japonais, pénétrant la nuit dans la rade de Port-Arthur, torpillent deux des plus belles unités de la flotte russe. - Il en résulte une longue et terrible guerre que l'auteur de ces lignes suivit du côté russe comme correspondant du Temps. Matériellement, et plus encore moralement, la situation des deux adversaires était des plus inégales. Les Russes n'avaient

| ue ligne de chemin de fer pour ravitailler, à plus de

ix mille kilomètres de leur base, leur armée. Cette guerre

était pour eux une simple expédition coloniale, qui les inté-

ressait à peine, alors qu'elle était, pour les Japonais, une lutte nationale dans laquelle ils s'étaient corps et âme jetés.

Par là s'expliquent les résultats. En dépit d’une résistance vigoureuse des Russes, Liao-Yang, Moukden furent autant de victoires Japonaises.

Etrange guerre qui se déroulait dans un étrange pays : vieilles cités mystérieuses avec la ligne immense de leurs remparts, grandes He à triple toiture, pagodes et temples; vastes plaines fertiles, populations grouillantes, contemplant avec stupeur des étrangers, également détestés, qui venaient dévaster leur contrée. Vie

Les Japonais avaient remporté des victoires, qui leur coùtaient fort cher. Le comte Witte, négociateur habile, sut à Porsthmouth profiter de leur lassitude et aussi de l’appui moral des Etats-Unis, pour obtenir une paix n’imposant à la Russie que des sacrifices somme toute assez légers (5 septembre 1905).

Beaucoup plus grave pour cette dernière et aussi pour son alliée la France, fut le profond ébranlement intérieur que les

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rieuse avec la Chine (1894-95), de toucher le prix de sa victoire,

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