‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 73 sur 112 · E, ALLEMAGNE ET BALKANS · texte numérisé non relu

E, ALLEMAGNE ET BALKANS

inexistants au Maroc — car après tout ce pays ne lui appartient d'aucune manière — s’est fait payer pas Là res en Egypte, pourquoi l'Allemagne, tout aussi puissante, ne serait-elle pas payée elle aussi? Pourquoi ne toucherait-elle pas un bénéfice ? . lel fut, chez Kiderlen, l’état d'esprit d’où sortit l'affaire d'Agadir. Une fois cette affaire engagée, il voulait qu’on la menât énergiquement, jusqu’au bout, sans se laisser détourner É, Ée aucune crainte. Le seul moyen, selon lui, d’obliger la rance à céder était de lui faire comprendre qu'elle risquait très gros en ne cédant pas. à | 7 Mais il voulait aussi — et ceci est très important — que « l'Allemagne cessât de pratiquer envers sa voisine une politique __ de provocations et de coups d’épingle. Dès que des intérêts fait

vitaux n'étaient pas en jeu, il fallait, au contraire, essayer de

vivre avec la France dans les meilleurs termes Il fallait sur- - tout se garder, dans les questions balkaniques, d’abandonner à lAutriche la direction de l’alliance. Rien ne pouvait être plus dangereux, car l’Autriche, affirmait-il, et il n'avait. pas tort, était menée par des chefs incapables.

Si Kiderlen, qui fut, jeune encore, terrassé par l’apoplexie l’année suivante, s’était trouvé au pouvoir en 1914, il est pos- sible que les événements eussent suivi un tout autre cours.

Caillaux.

Le président du conseil était, en France, Joseph Caillaux. C’est lui qui, par-dessus la tête du ministre des Affaires Etran- gères, conduisit les négociations. Fils d’un ancien ministre du 16 mai, appartenaut à une famille de grands bourgeois, inspecteur des Finances, député de la Sarthe, ministre des Finances dans le cabinet Waldeck-Rousseau, Caillaux avait évolué rapidement vers la gauche; il était devenu un des chefs du parti radical. Une intelligence très rapide, une vivacité, une mobilité d'esprit singulière, l’art de se retourner sur-le-champ, un tempérament impétueux, l’audace et l'amour de la lutte (il la prouvé au milieu de ses multiples avatars), un manque de pondération et d'équilibre, un goût très vif de l'intrigue sous toutes ses formes, une absence de discernement touchant les hommes dont il s’entoure, Caillaux, chez qui le financier prenait le pas sur le diplomate, estimait que la France peut et doit chercher un terrain d'accord colonial, économique avec l'Allemagne, et qu’elle a au fond intérêt à le faire. D’après lui, les avantages - que nous vaudrait l’adhésion de l’Allemagne à notre politique

. marocaine, compenseraient largement l’abandon de quelques

voies. détournées, pour lesquels il garde une secrète prédilec-

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territoires au Congo. < 2e Cette idée était, en elle-même, défendable. Du moment qu'on décidait, en effet, de ne pas tenir tête à l'Allemagne, de … se résigner à une négociation, 1l fallait, dans les meilleuresconditions possibles, conduire cette négociation à bonne fin. 4 Le tort de Caillaux fut de se servir des sentiers obliques, des =

tion; d'employer, parfois à l’insu de nos agents officiels, des émissaires plus ou moins qualifiés.

Un jour l’auteur de cet ouvrage, lui rendant visite au mmistère de l'Intérieur, place Beauveau : « Si vous voulez être : renseigné, n'allez donc pas au Quai d'Orsay, lui dit-il. Il n’y a là que des médiocres et des snobs, qui ne vous diront rien, parce qu’ils ne savent rien. »

Cet état d’esprit l’amena à traiter directement, en dehors du Quai d'Orsay, de M. Jules Cambon, notre ambassadeur, avec . le baron de Lancken, conseiller à l’ambassade d'Allemagne à Paris. Or, un des télégrammes de Lancken, où il relatait sa conversation et les promesses de Caillaux, ayant été déchiffré par le ministre des Affaires Etrangères, on eut la preuve de ces tractations. Ce fut l'affaire des « documents verts ». Lors de l’examen de l'accord par la commission du Sénat, M. Caïllaux n’en affirma pas moins et sans que personne d’ailleurs le lui demandât (il est tout entier là-dedans) qu’il n'avait jamais engagé aucune négociation secrète. Sur quoi Clemenceau, excellent escrimeur s’il en fût, pria du tac au tac M. de Selves de confirmer cette déclaration. Sur le refus de ce dernier, Caillaux, pris en flagrant délit d'inexactitude, donna sa démission, ce qui amena la chute du ministère tout entier.

Difficulté des négociations.

Comme toujours, lorsqu'on discute avec l’Allemagne, les négociations furent très dures, très âpres. Elles se poursuivirent quarante jours, au milieu d’un été étouffant, un des plus torrides qu'on ait vus à Paris.

. Lorsqu'on se croyait arrivé au port, quelque nouvelle prétention de l'Allemagne remettait tout en question. Il y eut, en août, en septembre, quelques journées critiques, où la guerre parut possible. D’après les confidences recueillies plus tard, il semble que les dirigeants germaniques y aient un moment songé. Ce sont surtout des considérations financières, l’opinion des ban-

EMAGNE ET BALKANS = % 2 Tu re d LE fe, 27 es ys n’était pas préparé à supporter les

qui les en détournèrent. L’Angleterre, de te (discours du Lloyd George alors ministre

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