‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 76 sur 112 · ET FD · texte numérisé non relu

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peu partout, dans la capitale, en province. Le conseil supérieur

en dépit de l’opposition des socialistes, la fit voter par le par-

lement.

Ce ne fut pas, on l’imagine, une affaire facile. Qu'un pays démocratique et constitutionnel, où le parlementarisme est tout, d'opinions très avancées, pût revenir sur une mesure considérée par tous comme définitive, la loi de deux ans, pour augmenter d’une année entière la durée de ce service, voilà qui devait paraître une tâche impossible. L’impossible se trouva cependant réalisé. Le pays eut la chance d’avoir, à ce moment, comme président du conseil, M. Louis Barthou. Ce Béarnais alerte et résolu se dépensa sans compter, pour mener à bien cette œuvre de salut. Il y mit toute son énergie et aussi tout son savoir-faire. Il réussit à force de décision et d’entrain, donnant un vigoureux coup d'épaule chaque fois que le char était embourbé, à faire enfin voter le projet. ;

Barthou, à qui ses adversaires ont fait parfois une réputation d'homme calculateur et très prudent, venait ainsi de se jeter allègrement et sans hésiter dans la bataille, de réussir un véritable tour de force, de mener à bien, au cours d’une interminable discussion (elle dura trois mois) contre l’opposition de certains radicaux et des socialistes, une réforme indispensable, sans laquelle, vraisemblablement, la guerre aurait été perdue.

Ce vote, les journaux du temps l’attestent, remplit l'Allemagne d’étonnement et bientôt de fureur. Bien des Allemands se refusaient à croire leurs rivaux capables d’un pareil-sacrifice. Le mal qu'ils s'étaient donné, pour les distancer à jamais, l’avait donc été en pure perte; l'avance qu’ils espéraient prendre était perdue. De là, contre la France, un vif mécontentement qui ne prenait plus la peine de se cacher. Pour beaucoup d'Allemands, le rétablissement du service de trois ans chez nous n’était pas loin d’être considéré comme une véritable provocation.

L'état d'esprit d’un grand nombre d’Allemands pourrait se résumer amsi, et c'est ce dont il faut avant tout tenir compte, si l’on veut bien comprendre les origines de la guerre : L’Allemagne a le droit de prendre elle-même toutes les mesures diplomatiques et militaires qu’elle juge indispensables à sa sécurité ; mais lorsque ses adversaires s’avisent de riposter par des

mesures analogues, elle se plaint, elle proteste, comme si on

allait l’attaquer.

Les signes avertisseurs de la tempête, quelques-uns particu-

lièrement run se multiplièrent désormais. Un document e 12 LE 6 L . L. . x d’ordre militaire parvint, en mars 1913, au ministère de la

guerre français, concernant les préparatifs immédiats, la néces-

sité de l'offensive, les avantages à retirer d’une victoire considérée comme certaine.

Confidences du Kaiser au roi des Belges.

© Mais voici qui est plus alarmant encore. En novembre de la

même année, au cours d’une visite officielle du roi des Belges à Berlin, Guillaume IT, prenant son hôte à part, lui annonce la guerre inévitable et prochaine. Il se déclare sûr de vaincre, en raison de la supériorité de son armée.

-Pour donner plus de poids à ces affirmations, le chef d’étatmajor général, de Moltke, les répète au souverain belge.

Les confidences, immédiatement portées par les Belges

à la connaissance de Jules Cambon, notre ambassadeur à

- Berlin, avaient un double objet : tâter l’opinion des dirigeants

en Belgique, voir comment ils réagiraient et aussi leur ôter d’avance toute envie d'intervenir, dans un conflit dont l’issue ne pouvait être douteuse. À la suite de cette conversation, Jules Cambon expédia à Paris son fameux télégramme du 22 novembre, qui serait tout entier à citer et qui demeure un de ses titres de gloire.

A mesure que les années s'aypesantissent sur Guillaume IT, les traditions familiales, les sentiments rétrogrades de la Cour et surtout l'influence des militaires prennent plus d’'empire sur lui. Peut-être éprouve-t-1l on ne sait queile jalousie de la popularité acquise par son fils, qui [latte les passions des

pangermanistes et ne trouve pas la situation de l'empire

dans le monde égale à sa puissance. Peut-être aussi la réplique de la France à la dernière augmentation de l'armée allemande, dont l’objet était d'établir sans conteste la suyériorité

germanique, est-elle pour quelque chose dans ses amertumes ;

car, quoti qu'on dise, on sent qu'on ne peut guère aller plus

loin.

C’est dans le courant de 1913, après le contre-coup moral d'Agadir, lorsque l'état-major prussien précipite à toute allure les armements, qu’il faut situer l’évolution de Guillaume IT, son adhésion à l’idée de la guerre. Parmi les motifs qui la déter-

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minent, il en est, autant qu'on peut voir clair dans sa nature, un

très grand nombre qui sont de lordre le plus bas : cabotinage,

jalousie de ténor envers le Kronprinz, qui est en train, dans les

milieux nationalistes et chauvins, de lui voler sa popularité. Son propre père qui était, lui, un gentleman, ne l'avait que

trop bien jugé, lorsque, de très bonne heure, il portait sur lui le

jugement terrible que nous avons cité.

L'Allemagne, en 1905 puis en 1911, songea à une guerre contre la France, dont le Maroc aurait été Îe prétexte. Mais à ces deux époques, elle ne se sentait pas assez bien préparée, matériellement et moralement au conflit. C’est dans la suite qu'elle s’y décida. Prise entre la France et la Russie, elle était

obligée de compter sur son alliée, l’Autriche-Hongrie, de

l’attacher à elle corps et âme dans cette lutte. Or, l'Autriche, quelle que fût sa dépendance vis-à-vis de Berlin, n'aurait certainement pas marché à fond dans une affaire marocaine, qui ne

l’'intéressait aucunement. Il fallait donc trouver une autre cause :

de conflit, une question vitale, ou considérée comme telle, par l'Autriche. C’est dans les Balkans qu’on devait la décou-

vrir.

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