‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 78 sur 112 · A MR EP PC RU RS AT · texte numérisé non relu

A MR EP PC RU RS AT

FRANCE, ALLEMAGNE ET BALKANS ak

qui, peut-être insuffisamment renseignée sur les agissements et la conjuration des peuples balkaniques, surtout ne croyant Re pas à eur succès sur les Turcs, n'avait pris d’avance ancune . précaution. L'Allemagne, puissante amie, protectrice de la Turquie, à qui elle fournissait en abondance des instructeurs et __ du matériel pour son armée, se trouvait, elle aussi, atteinte par leur défaite, ou plutôt leur effondrement. ne. Le cabinet de Vienne ne dissimulait pas sa mauvaise humeur. < N'étant Imtervenu n1 avant ni pendant, il essaya d'intervenir … de toutes ses forces après: Il se tint à Londres une conférence à laquelle participèrent belligérants et grandes puissances. L’Autriche, soutenue par l'Allemagne, exigea énergiquement le retrait des troupes serbes de la côte de l’Adriatique, la création d’une principauté albanaise, à laquelle serait adjointe la ville de Scutari, que les Monténégrins assiégeaient et dont ils s’emparèrent : on dut les contraindre, non sans peine, à l’abandonner. Avec une dureté non moins inflexible, les Serbes - se voyaient écartés du littoral adriatique, sur lequel ils réclamaient, non sans de solides raisons, un débouché : Durazzo, qu'ils avaient conquis. Le cabinet de Vienne, soutenu en cela par celui de Rome, insistait, d’une façon péremptoire, pour qu'ils fussent éloignés de ce rivage (mars 1913). La dépouille ottomane était encore toute fraîche que déjà d’âpres désaccords régnaient parmi les partageants. Persuadés qu’ils avaient tout fait ou presque dans cette guerre, les Bulgares étaient aigris et furieux contre les Serbes, qu'ils accusaient d’avoir mis la main sur la plus grande partie de la Macédoine. S’étant disputé la peau de l’ours, alors qu’il vivait encore, les deux chasseurs, aussitôt l’ours abattu, s’apprêtaient à reprendre cette dispute, les armes à la main.

La diplomatie autrichienne, de plus en plus irritée contre les Serbes, voyant dans leur agrandissement une menace crotssante, cherchait par tous les moyens à brouiller les cartes, à tout remettre en question. Elle encouragea très certainement les Bulgares dans le mauvais coup que certains d’entre eux préparaient. Quand il s’agit d’un coup de tête, il n’est pas besoin d’un grand effort pour pousser en avant les Bulgares. La colère les envahit aisément, leur fait perdre la maitrise d'eux-mêmes, le sentiment de leur responsabilité, la peur des conséquences. ps

Une crise de cette nature secoua l’âme bulgare. Les militaires, furieux contre les Serbes, qu'ils arrivaient à détester beaucoup plus encore que les Turcs, excités en sous main par

242 | LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE Se

des émissaires autrichiens, se décidèrent à agir. Le général Savof, porte-parole des comités macédoniens, qui feraient allègrement sauter l'univers dès qu'il s’agit de la moindre revendication, arracha à Ferdinand l’autorisation d'attaquer à l’improviste et traitreusement, l'armée serbe (juin 1913).

l, Ferdinand était trop intelligent pour ne pas s'être rendu compte de tous les inconvénients de cette agression; mais Savof lui fit peur, à lui comme aux hommes politiques, et 1l

céda. La nation tout entière, grisée, étourdie, par une sute.

inespérée de victoires, avait complètement. perdu le sens des réalités : la limite entre le possible et l'impossible s'était obseurcie pour elle.

Aussitôt qu'il apprit cette lutte fratricide, le gouvernement russe expédia à Sofia des télégrammes courroucés. M. Dane, alors président du conseil, essaya d’arrêter l'offensive, ce qui donna aux Serbes et aux Grecs le temps de se ressaisir, de préparer leur marche en avant, de sorte que les Bulgares ne retirèrent finalement aueun bénéfice de leur mauvaise action.

A peine l’agression bulgare est-elle connue que la Roumanie se décide elle aussi à intervenir. Elle est restée simple spectatrice la première fois ; mais elle ne tarde pas à s’apercevoir que les victoires des Etats balkaniques, leur agrandissement inespéré sont en train de déranger l’équilibre dans les Balkans. Du moment qu'une occasion inattendue s'offre à elle, elle n’hésite pas à en profiter. Ainsi que le disait un des principaux hommes d'Etat roumains : « Nous avons laissé une fois partir le train sans y monter; mais du moment qu'il s’arrète de nouveau devant nous, nous sommes résolus à ne pas demeurer sur le quai ! »

I n’est pas jusqu'aux Turcs qui, avec beaucoup d’à-propos, ne se décident à profiter de cette chance qui s'offre à eux. Enver Pacha, rassemblant les débris de ses troupes, se jette à la poursuite des Bulgares et parvient à recapturer Andrinople. La Bulgarie se trouve envahie de tous les côtés à la fois ; elle est obligée de s’avouer vaincue, de déposer les armes, de s’en remettre à la bonne volonté des vainqueurs. Ceux-ci réunis à Bucarest, sous l'égide du gouvernement roumain, qui joue le premier rôle dans ces négociations, imposent aux Bulgares à peu près ce qu'ils veulent; entre autres la cession à la Roumanie de la ville de Silistrie et d’une bande de territoire, peuplée de quatre cent mille habitants.

Page 1