CHAPITRE XX
Oncle et neveu. — La maladie de François-Ferdinand. — Le roman de l’archiduc. — Les entretiens de Konopicht. — Les dirigeants de la monarchie. — L'attentat de Serajevo. — Le mystère de Serajevo. — Effet produit en Europe. — Le comte Tisza. — Le secret de l’ultimatum. — Remise de l’ultimatum.
Oncle et neveu.
Au cours du printemps 1914, des informations alarmantes se répandent sur la santé du vieil empereur d'Autriche, Fran- LEA APT Ce n’était pas la première fois. Dans les rédactions des grands journaux, on tenait, depuis plusieurs années, tout préparé, l’article nécrologique, consacré au doyen des souverains européens. Cette fois cependant, les nouvelles paraissant plutôt mauvaises, chacun de tourner les yeux sur l’archi-
duc héritier : François-Ferdinand.
Dans les cercles de la cour, parmi les diplomates, les hauts fonctionnaires, les généraux, François-Ferdinand s'était attiré de vives inimitiés.
Autoritaire et brutal, prêt à tout briser au moindre caprice, il fait un tel abus de son pouvoir, les rares fois où le vieil empereur le charge provisoirement des nominations dans l’armée, qu'on est vite obligé de lui retirer « la signature ». a bles ne l'aime guère, ce qui est un sentiment assez naturel et assez fréquent chez un souverain vis-à-vis de son héritier; il ne manque pas une occasion de lui marquer son antipathie. Pour la souligner davantage, 1l accable de
révenances l'héritier en second, l’archiduc Charles, époux de je princesse Zita, qui doit, théoriquement, monter sur le trône à la mort de François-Ferdinand, les enfants de ce dernier,
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par suite du mariage morganatique de leur père, se trouvant
exclus de la succession. HAPepe
A peine François-Ferdinand, qui ne vit presque jamais à Vienne, est-il parti pour une de ses villégiatures lointaines : Saint-Moritz, Brioni, que l’empereur se fait remplacer dans les cérémonies officielles par son petit-neveu Charles, faveur qu il n’accorde que très rarement à l’autre.
La ma'adie de François-Ferdinand.
Il court depuis quelque temps, parmi les personnes les mieux informées, d’étranges histoires sur l’archiduc héritier. Atteint, dit-on, d’une grave maladie, contractée pendant sa jeunesse, il serait pris, par moments, de crises violentes, pendant lesquelles il s’'abandonnerait à la fureur et casserait tout autour de lui. La
crise passée, il tomberait pour longtemps dans une sorte de
prostration.
Il a, par ailleurs, presque entièrement disparu de la cour.
Il vit à l’écart avec sa femme et ses enfants, dans son château
de Konopicht en Bohême, à Miramar près de Trieste, ou dans la petite île de Brioni, non loin de Pola.
Au cours d’une croisière dans lAdriatique, sur le yacht d’un de nos amis, nous nous arrêtâmes toute une semaine dans ce délicieux coin, très fréquenté par la meilleure société autrichienne et hongroise. Un hôtelier javial et boute-en-tram, excellent homme d'affaires, avait réussi, en peu de temps, à « lancer » Brioni, à en faire une station à la mode. François- Ferdinand y passait presque tous ses hivers, vivant très simplement avec sa famille et un ou deux aides de camp.
On nous raconta qu'il était pris de véritables accès de folie. Gens de lhôtel et domestiques s’en entretenaient ouvertement.
À tout cela venait s’ajouter les graves inquiétudes, causées par le caractère ambitieux de sa femme qui, vraisemblablement, une fois son mari sur le trône, ne se résignerait pas à la position
subalterne dans laquelle son mariage morganatique la plaçait.
Le roman de l'archiduc.
Roman ou drame, assez souvent les deux, c’est à quoi sont voués depuis longtemps les membres de cette famille tragique des Habsbourg. Le mariage du prince héritier avec une pauvre comtesse tchèque fut un roman, en effet. Venu en visite chez une archiduchesse qui désirait lui faire épouser