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LES CAUSES DE LA GRANDE GUERRE 947 > de ses filles, François-Ferdinand s’'éprend subitement de Jeune comtesse Chotek, simple demoiselle de compagnie, Il écide de l’épouser contre l’opposition de tous.
L'empereur, après une vive résistance, finit par donner son consentement. Mais François-Ferdinand doit reconnaître for- mellement que ses enfants seront à jamais exclus du trône.
Dès ce moment commence pour sa femme une longue et __ lente ascension, à travers les obstacles et les traverses de l’éti- #Æ Frs Elle est faite princesse, puis duchesse de Hohenberg.
Très adroite, elle profite des moindres occasions pour gravir | un à un tous les échelons. Le marquis de Reverseaux, long-
temps ambassadeur de France à es nous racontait les discrètes démarches dont il avait été Fobjet, afin de donner en l'honneur de la duchesse des dîners qui lui permettaient de se rencontrer, sur le terrain neutre d’une ambassade, avec des personnages qu’elle n'aurait pas pu connaître ailleurs.
Désireux de faire léur cour à l’archiduc, beaucoup favorisaient, comme on pense, des rencontres de ce genre. Guil-
laume II fut-un des premiers à se servir de ce moyen. Il accabla d’honneurs et de prévenances la femme de François- Ferdinand, espérant de la sorte s’attacher étroitement son mari. Ce dernier une fois souverain, sa femme n’essaierait-elle pas : de s’asseoir sur le trône à ses côtés. On prévoyait de ce fait < des complications et des difficultés sans fin.
1 Les entretiens de Konopicht.
Le 12 juin 1914, Guillaume IT rend visite à l’archiduc dans son château de Konopicht. Il est accompagné de l'amiral Von Tispitz, conseiller militaire et grand favori du souverain, ce
ui souligne le caractère politique de l'entretien. Le comte erchtold, ministre des Affaires Etrangères à Vienne, y est également invité.
À peine revenu de Konopicht à Vienne, Berchtold, dont cependant la paresse est le péché mignon, se met au travail. Il rédige un mémoire sur la situation de l'Autriche dans les Balkans. « Cette situation, dit-il, est entrain de devenir insupportable. La Russie vise à créer une confédération balkanique, dirigée contre la monarchie des Habsbourg. C’est pour cela
welle cherche à gagner la Roumanie, dont les relations avec l’Autriche ont beaucoup empiré. »
La conclusion en est très sombre, presque menaçante contre la Russie.
Les dirigeants de la monarchie.
Très fatigué, très affaibli, le vieil empereur a cessé de gouverner. Il signe les papiers qu’on lui présente. C’est tout. On lui fait faire à peu près ce qu'on veut.
Le ministre des Affaires Etrangères est le comte Berchtold qui a succédé à d’Ærenthal. Grand seigneur, très riche, courant après ses plaisirs et cherchant avant tout à s'amuser, 1l rappelle un des personnages de Reigen (la Ronde). la pièce célébre d'Arthur Schnitzler, qui contient, pris sur le vif, de très amusants croquis de types viennois.
Berchtold fréquente les petits théâtres,; fait la cour aux actrices et s'amuse comme un étudiant en goguette. Léger, superficiel et vain, sans connaissances sérieuses, sans culture, il va se laisser inconsciemment entraîner dans le tourbillon.
L'homme qui mène le Ballplatz est le comte Forgash. C’est lui qui machina de toutes pièces, en 1909, le procès d’Agram, inventa une fausse conspiration, usa de documents fabriqués et finalement se couvrit de ridicule en même temps que d’infamie. Ce procès, où la diplomatie autrichienne était apparue en si mauvaise posture, n'avait nui d'aucune manière à son avancement.
Quant aux chefs militaires, le plus influent est le futur généralissime, le général von Hoetzendorff. Dans les souvenirs qu'il a publiés, il avoue avec une certaine candeur, qu’à peine nommé chef d'état-major, quelques années auparavant, il avait conseillé à l’empereur de déclarer la guerre à l'Italie : « Comme il faudra un Jour ou l’autre, disait-il, se battre avec elle, le plus tôt serait le mieux ! »
L'attentat de Serajevo.
Au commencement de juin, les journaux annoncent de grandes manœuvres militaires en Bosnie, sous la direction de l’archiduc héritier qui, le dimanche 28 juin, fera son entrée solennelle dans Serajevo, la capitale, C'est l’anniversaire de la célèbre bataille de Kossovo, qui est pour tous les Serbes, ceux du royaume comme ceux de Bosnie, un jour de deuil national.
Le choix de ce jour est un avertissement très net aux Serbes ainsi que les journaux officieux ne manquent pas de le souligner.
Le dimanche matin, vers neuf heures, l’archiduc et la
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duchesse de Hohenberg sa femme, arrivent en automobile. Dès __ les premières maisons, une bombe est lancée sur eux. Le chauf-
feur accélèrant l'allure, elle tombe sur la capote de la voiture
d’où avec beaucoup de sang-froid, l’archidue la rejette sur la. chaussée. Comme on venait d'arrêter l’auteur de l’attentat :
« Qu'on se dépêche de le pendre, s’écria François-Ferdinand,
car sans cela Vienne va lui envoyer une décoration! » Il arrive
à l'Hôtel de Ville où il n’a pas la patience d’écouter la longue allocution du bourgmestre, qui vantait, avec peu d’opportunité, le loyalisme et la fidélité des habitants:
Au moment de repartir dans la même automobile, il veut renvoyer à son hôtel sa femme qui refuse obstinément : « Non, dit-elle, c’est au moment du danger que tu as besoin de moi ». (Nein, gerade in der Gefahr brauchst du mich!)
Après ce premier attentat, la prudence la plus élémentaire conseillait de prendre de très sévères précautions. On continue à n’en prendre aucune. Comme le comte Harrach, de la suite de l’archidue, s’en montre étonné, le général Potiorek, gouverneur militaire, le rabroue vertement : « Pensez-vous, lui dit-il, que Serajevo est rempli d’assassins? Ne savez-vous pas d’ailleurs qu’il n’y a jamais deux attentats dans la même journée! ». Sur cette affirmation, l’on part. Dans une des rues très étroites, au moment où Éomobilé pour tourner à angle droit ralentit, un tout jeune homme, posté sur le trottoir, n'a qu’à étendre le bras pour décharger à bout portant deux coups d’un gros revolver sur l’archiduc et la duchesse. Quand l’automobile ayant précipité sa marche, arrive chez le gouverneur, elle ne contient que deux cadavres. François-Ferdinand et sa femme ont été tués sur le coup.
Le mystère de Seragevo.
Il plane un inquiétant mystère sur ce drame, cause d’une des plus effroyables guerres qui aient désolé l'humanité. Le meurtrier, arrêté presque sans difficulté, est un étudiant, Serbe de race, mais né en Bosnie, et donc sujet austro-hongrois, Gabrilo Prinzip. Comment l’a-t-on laissé se poster en cet endroit pour accomplir, tout à son aise, son forfait? Pourquoi aucune mesure
1, Tous ces détails sont empruntés au récit d'un témoin oculaire, M. René Gourdiat, qui se trouvait à Serajevo comme correspondant du Malin. Sa brochure « Serajevo, 28 juin 1944 » est un des documents les plus intéressants et les plus précis, qui cependant n’a presque pas été utilisé.
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de surveillance et de contrôle n’a-t-elle été prise, alors que tout, commandait d’en prendre et des plus strictes? £
Ce n’est pas la première fois que de hauts personnages ont visité officiellement la capitale bosniaque. En 1910, l’empereur François-Joseph y est recu en grande pompe; en 1914, peu de temps avant, un autre archiduc, François Salvator, est venu le jour de la Fête-Dieu. Toutes les rues étaient barrées par des soldats et des agents de police. On avait, à la gare, pendant les journées précédentes, contrôlé soigneusement l’arrivée de tous les voyageurs. Pendant la procession, l’archiduc marchait entouré d’un épais cordon de soldats hongrois.
Cette fois, rien de tout cela ne fut fait. Aucun service d’ordre, aucune troupe pour former la haie.
Cette négligence fut-elle accidentelle, ou au contraire voulue? Toutes les suppositions, même les pires, sont permises.
Effet produit en Europe:
Guillaume IT se trouvait à Kiel à bord. de son yacht à voiles qui courait les régates. Affairé, agité, comme toujours, donnant des ordres, il voit tout d’un coup une vedette se diriger vers . son bateau en essayant de l’aborder. Il lui fait, d’un geste péremptoire, Le de s'éloigner. La vedette se rapproche au contraire. L'amiral Muller, debout près du timonier, montre un papier qu’il tient à la main, le place dans son étui à cigarettes qu'il lance adroitement sur le pont. Guillaume ouvre l’étui, retire le télégramme fui annonçant l'assassinat de l’archiduc. Son visage
pâlit. IT laisse tomber la dépêche et dit ces simples mots :
Tout est à recommencer.
Les meurtriers de l’archiduc sont deux très jeunes étudiants bosniaques. Tout de suite le cabinet de Vienne prétend rattacher leur acte à l’organisation d’un vaste complot qui aurait été fomenté à Belgrade. D’un simple attentat, il arrive tout de suite à une conspiration politique mettant en cause un État voisin.
Toute à l’idée d'exploiter à fond loccasion inespérée qui s'offre à elle, la diplomatie viennoise se met à l’œuvre aussitôt. Le 4 juillet, le comte Hoyos, chef de cabinet et homme de confiance de Berchtold, apporte à Berlin une lettre autographe de François-Joseph, déclarant nettement qu'il s’agit d’un complot ourdi à Belgrade.
. L'ambassadeur d’Autriche- Hongrie à Berlin, Szogyeni, déjeune chez le Kaiser à Potsdam et lui remet la missive de
e déjeuner se tient une réunion très ontre la Serbie, et éventuellement ce, est au fond décidée. Ag bassade en, rendant compte de son entretien le Kaiser, écrit : WT ae
re la Russie et la Fra:
ambassadeur autrichi
- €D’après l'opinion de Guillaume IF, il ne faut pas attendre longtemps pour agir contre la Serbie. L’attitude de la Russie serait certainement hostile; mais si la guerre éclate entre l’Au-
riche-Hongrie et la Russie, Allemagne, dans sa fidélité couumière d’alliée, sera à nos côtés. » 7 Le prince Lichnowsky déclare dans ses Mémoires : « J’ai appris plus tard que, dans la discussion décisive du 5 juillet à : Potsdam, la demande viennoise avait rencontré l’assentiment sans condition de toutes les personnes autorisées, et même avec ; cette addition qu’il ne serait pas mauvais non plus qu’une guerre avec la Russie dût en résulter. |
. Préparation de l’ultimatum.
Dès le retour du comte Hoyos à Vienne, le gouvernement
austro-hongrois tient, le 7 juillet, un conseil des ministres très
important. ne |
Le livre rouge autrichien en a publié le procès-verbal.
+ « Il faut mettre dès maintenant, dit Berchtold, les Serbes hors d'état de nuire; le gouvernement allemand a promis tout
son appui. S'il doit en résulter une guerre avec la Russie, il
—est préférable que ce soit maintenant que plus tard. »
Le comte Tisza, président du conseil et premier ministre hongrois, exprime une opinion différente. [l refuse son consentement à une attaque brusquée contre la Serbie, sans une action diplomatique préalable.
Le comte Tisza,
De haute taille, sec et décharné, une barbe mal taillée,
; négligé dans sa mise, brutal et volontiers cynique dans ses propos, Tisza mène la politique extérieure et intérieure, à coups de poing, quelquefois à coups de sabre.
S'il intervient ainsi, d’une manière au demeurant très relative, en faveur des Serbes, ce n’est certes pas par amour pour eux. Il a seulement une vision plus intelligente et plus large des complications de toutes sortes qui peuvent résulter d’une guerre avec la Serbie. C’est un esprit autrement puissant el vigoureux qu'un Berchtold.
Recoury. — La Troisième République. 17
NP
Cependant, il n’est pas long, lui aussi, à se laisser convertir à une politique belliqueuse. Il collabore avec Berchtold à la rédaction À PolGratun On s'arrange pour que son acceptation
par la Serbie soit impossible.
Le secret de l'ultimatwm:
L'essentiel est que le secret le plus absolu soit gardé, que ersonne, dans le camp des adversaires éventuels, Russie, rance, Angleterre, ne se doute de ce qui vase passer. Comme
tous les mauvais coups, celui-ci se prépare dans l'ombre. Les résultats ‘obtenus à cet égard sont prodigieux. La note à la Serbie, dont aucun d’eux n’avait eu vent, du moins d’une façon suffisamment précise, surprit en plein désarroi les gouvernements de la Triple-Entente. |
Ses ambassadeurs étaient tous partis en congé. M. Poincaré, président de la République, M. Viviani, président du conseil, s’embarquent pour leur visite officielle à Saint-Pétersbourg,
ü doit être suivie d’une autre visite dans les capitales scan-
inaves. Les dirigeants viennois, d'accord avec Berlin, retardent d’une heure la remise de l’ultimatum, afin que la nouvelle ne puisse pas être connue à Saint-Pétersbourg, avant Le départ des hôtes français.
Les financiers, selon l’habitude, sont mieux renseignés que les diplomates. Tandis que Les chancelleries se laissent endormir dans un mol optimisme, dès le 10 Juillet les Bourses de Vienne, de Budapest et de Berlin sont de plus en plus mauvaises. La baisse se précipite, chacun cherchant à vendre tout ce ge possède.
Mieux renseignés, les cabinets de Paris, de Londres, de Saint-Pétersbourg auraient pu essayer d'intervenir, avant que la note ne fût envoyée à Belgrade et peut-être l’atténuer. N'ayant rién su, ils ne pouvaient rien faire et ils ne firent rien.
Remise de l’ultimatum.
Le 23 juillet, à six heures du soir, le ministre autrichien en Serbie remet lultimatum au remplaçant de M. Patchich, en ce moment absent. La note énumère tous Les griefs de l’Autriche- Hongrie contre la Serbie. Elle exige un désaveu formel par le gouvernement serbe de sa propagande en Autriche-Hongrie, la dissolution des sociétés qui la fomentent, la destitution de tous les officiers et fonctionnaires coupables dont l'Autriche
| 952 er LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE Tr
MA Le
auteurs du complot, à laquelle participeront les autorités
ause notamment, consacrant l’ingérence d’agents étrangers ans une action Judiciaire, était difficilement admissible pour
aucun Etat indépendant.
huit heures. : | f :
orange (russe), ver£ (italien), blew (serbe), gris (belge), blanc (allemand), rouge (autrichien). - AN
à Karl Kautsky. Documents allemands relatifs à l'origine de la guerre: Gol- lection complète de documents officiels (trad. française, 4 vol., 1922)
- (ouvrage capital). —J. Réïinach. Histoire de douze jours(1914). —J.-W. Head-
- de Nicolas il (4924). — KR. Poincaré. Les omigines de la querre (1921). — E: -1IW. James Gérard. Mes quatre années en Allemagne. —H.Morgenthau. Vingt- = six mois en Turquie (1919). — A. Dumaine. La dernière ambassade de France ns. à Vienne (1922). — M. Paléologue. La Russie des tsars pendant la grande guerre (1922). — Conrad von Hoetzendorf. Aus Meiner Dienstzeit (4 vol., 1922). — Giovanni Giolitti. Mémoires. de ma vie. — E. Bourgeois et Pagès. Les respon- sabililés de la guerre (1921). — Renouvin. Les origines immédiates de la guerre (1925).— A. Gauvain. L'Europe au jour le jour (tomes VI à XII). — —. V. Giraud. Histoire de la grande querre (19#8). — J'accuse, par un Allemand (4947). — Le: Cnime: (3: vol.), par le même: auteur. — Les: souvenirs, de: Lord
__ Grey. — Wickam Steed. Mes souvenirs: (2 vol.) (1926). |
tra une liste, l’ouverture d’une enquête judiciaire contre
austro-hongroises ; venant après toutes les autres, cette dernièr :
Le délai fixé pour la réponse est des plus courts : quarante- .
Sy Bibliographie. — Les différents livres : jaune (français), bleu (anglais), |
- Jam. The History of twelve days (1915) : Correspondance de Guillaume IE et
Le Pa: NME ARR.