LA DÉCADE TRAGIQUE
Impression dans les capitales. — Attitude de l'Allemagne. — Riposte de la Serbie. — Intervention allemande. — Mobilisation allemande. — Le nœud du drame. — Les déclarations de guerre. ?
Impression dans les capitales.
Par sa raideur cassante et inusitée, par la brièveté du délai, cette note prend le caractère d’un véritable ultimatum. C’est ainsi qu’on la considère partout. L’impression produite est des plus alarmantes.
Attitude de l'Allemagne.
Tout de suite une question se pose, qui domine toutes les
autres : l'Allemagne soutient-elle ou non l’Autriche ? Si elle ne la soutient pas, tout peut aisément s'arranger. Dans le cas contraire, jamais la paix n’a été plus menacée. On eut dès le lendemain la réponse à cette question, quand le public apprit, à travers quelques réticences du Quai d'Orsay, la grave démarche accomplie par M. de Schoen, Der d'Allemagne à Paris, auprès de M. Bienvenu-Martin, chef par intérim du gouvernement français.
À la fin d’une longue note, dont il refusa de donner copie, mais qu'il relut par deux fois à son interlocuteur, Fambassadeur d'Allemagne appela, en y insistant, l'attention de M. Bienvenu-Martin sur la phrase suivante :
« Le gouvernement allemand estime que la question actuelle est une affaire à régler exclusivement entre l’Autriche- Hongrie et la Serbie et que les puissances ont le plus sérieux intérêt à la restreindre aux deux parties intéressées. Il désire
En ns ES vire he AGE RE TES PdtiE AE DL AA 4 SE ve à Lt LA DÉCADE TRAGIQUE dE PT an
Eu £ T
-que le conflit soit. localisé, toute intervention d’une uissance devant, par le jeu naturel des alliances, proer des conséquences incalculables. » Eu 25 au matin, l’auteur de cet ouvrage eut l’occasion de voir , uement M. de Schoen, à l’ambassade d'Allemagne. Il em-
t capital, il le trouva irréductible. « Il n'y a qu’à laisser. Autriche et la Serbie, répétait-il obstinément, régler à elles deux leurs affaires. L'intervention d’un tiers. amènerait les” pires malheurs. » | = Plus’ encore que cés paroles, revenant comme un leitmotiv, aspect de l’ambassade était des plus significatifs : dans les escaliers, les couloirs, les vestibules, les domestiques faisaient des paquets et clouaient des caisses. Tout l'hôtel paraissait en plein déménagement. RCE ” La thèse du gouvernement germanique peut dès lors se E résumer ainsi : CR . 1° Le gouvernement allemand déclare en toute occasion, par tous ses représentants, qu'il n’a pas connu le texte de la note LE autrichienne, que Vienne n’a pas pris la peine de le consulter. C'est une affirmation qui peut paraître extraordinaire, quand on sait la docilité, pour ne pas dire plus, de la diplomatie austro- Des hongroise vis à-vis de Berlin. Or, comme il arrive souvent à ceux qui mentent, une RARES de leur part fait éclater tout d’un coup leur mensonge. Tandis que les diplomates germa- niques à Paris, à Londres, à Saint-Pétersbourg, multiplient cette affirmation à laquelle personne ne croit, à Munich, le = président du conseil bavarois mange le morceau et déclare 5 fe contraire à M. Alizé, notre ministre, qui en rend compte aus- -sitôt à Paris : « … Le président du conseil m’a dit aujourd’hui, écrit ce dernier, que la note autrichienne dont 2/ avait connaissance... ».
Ce mensonge, le premier d’une longue série, établit ainsi en même temps que la préméditation de l'Allemagne, sa mauvaise foi. Il vicie par avance tous les arguments que pourront fournir plus tard les Allemands, lorsqu'ils essaieront de démontrer qu'ils ne sont pas responsables de la guerre. pu
2° N'ayant pas connu, prétendent-ils, la note autrichienne qu'ils approuvent cependant, qu'ils soutiennent de toutes leurs forces, les dirigeants de Berlin signifient à tous, à la Russie
lus particulièrement intéressée et aussi à la France, que ‘Autriche doit être laissée en tête à tête avec la Serbie, que l'affaire qu’elle se prépare à régler, de la manière forte, la
de son entretien une impression très pessimiste, Sur le
* EE : a = 5 a” L A de 5 | é #- € se
regarde elle ef elle seule, que toute intervention de la Russie provoquerait automatiquement l'entrée en jeu de l’Allemagne, mettant ainsi le feu à l’Europe. Cest ce que la diplomatie ger-
manique exprime d'une façon très suffisamment claire quand
elle parle des « conséquences incalculables ». ’ Echafaudée sur un mensonge, cette prétention de l’Allemagne n’est soutenable ni en fait ni en droit.
Réponse de la Serbie.
La note autrichienne, remise à Belgrade le jeudi 23 à
6 heures du soir, n’est connue que le matin du vendredi 24 dans les diverses capitales. En France, le président de la République et le chef du gouvernement se trouvent à cette heure bien loin, dans la Baltique, sur le croiseur qui les ramène, de Kronstadt, où ils viennent de prendre congé du tsar, vers le Danemark. En Angleterre, ministres, diplomates, parlementaires s'apprêtent à partir pour le sacramentel repos du weekend. La plupart des ambassadeurs sont en vacance, Île chef d'état-major de l’armée serbe prend les eaux dans une station allemande.
Or, le délai laissé à la Serbie est des plus courts. Avant que les gouvernements intéressés aient à peine eu le temps de se consulter, ce délai va être expiré.
= Sur le conseil de la France, de l'Angleterre, de la Russie, le gouvernement serbe remet à l'Autriche une réponse des plus conciliantes. Il accepte toutes les demandes austro-hongroises, à l'exception d’une : la participation des agents étrangers à lenquête judiciaire, ouverte contre les prétendus complices de l'assassinat de Serajevo. Prenant prétexte de cette simple réserve, le ministre d'Autriche, Giesl, quitte Belgrade avec le personnel de la légation. Les relations diplomatiques sont rompues. Des manifestations belliqueuses se produisent à Budapest et à Vienne. Dès le lendemain, l'Autriche prend des mesures militaires très importantes : mobilisation d’un certain nombre de corps d'armée, suspension des libertés constitutionnelles, ajournement du parlement, ete...
À Paris, comme à Saint-Pétersbourg, on a le sentiment très net que seule une démarche énergique de l'Angleterre vis-à-vis de l'Allemagne pourrait retenir cette dernière et empêcher la catastrophe. Le malheur est que l'Angleterre à ce moment, étant donné l'état d'esprit de ses dirigeants, de son publie, ses traditions, ses habitudes, ses routines, ne veut pas et au fond’