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2 - LA DÉCADE TRAGIQUE ie #87 ; nur pas accomplir cette démarche. Nous sommes en pleine Pate + UC | FER | La clé de Vattitude britannique est donnée par l’ambassadeur d'Angleterre à Berlin qui, à une observation de Jules Cambon, affirmant que des paroles énergiques prononcées par JAngleterre pourraient sauver la situation, répond : « Je + pense comme vous, maïs Je ne suis pas autorisé à le dire». Sir Edward Grey qui, depuis de longues années, dirige la 56 politique étrangère du cabinet radical, est un philanthrope, un # pacifique, on peut même dire un pacifiste. Il y eut en lui, durant cette terrible semaine, deux hommes qui se combattaient : le - diplomate qui, d’après les rapports de tous ses agents, ne peut $ ne ignorer qu'on marche à toute vitesse vers j
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D | seu avoir pour effet, croyait-il, de jeter l'Angleterre dans a guerre. Car il craint dès le début — cette crainte le para-
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Le mythe de la caverne.
- Dans un de ses mythes les plus célèbres Platon représente
des prisonniers enfermés dans une caverne, prenant pour les
objets eux-mêmes ce qui n’en est que l’ombre, reflétée sur le rocher. !
Il faut avoir présente à l’esprit cette comparaison, si lon veut comprendre ce qui s’est passé dans cette semaime, si lourde d'événements, qui précéda la guerre.
L’apparence, l'ombre des objets projetée sur le mur de la
caverne, ce sont les faits diplomatiques. Seuls les événements
* militaires, la mise en marche un peu partout de ce formidable organisme qui s'appelle la mobilisation, constituent la réalité. Tandis que ministres et ambassadeurs s’agitent vainement sur le devant de la scène, multiplient les démarches et les communications, font passer sur toutes les capitales un chassé-croisé de notes qui se mêlent et s’entremêlent, dès les premiers jours, les états-majors des puissances qu’on pourrait appeler « agressives », l'Autriche d’abord, bientôt après l'Allemagne, se met-
tent à l’ouvrage.
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ETS 2€ En attendant la mobilisation définitive, toutes les mesures
sont prises qui forment le travail préparatoire de cette mobilisation, ou plutôt qui sont pratiquement la mobilisation ellemème. La Russie, directement visée, puisqu'elle risque d’avoir “affaire à deux assaillants, très vite aussi la France, ne peuvent pas, sous peine de se suicider, ne pas riposter sans trop de. retard par des mesures analogues. Ainsi, d'un pays à l’autre, la colossale machine est en branle. A-mesure qu’elle tourne de plus en plus vite, il sera plus difficile à l’arrêter. x
La mobilisation de l’Autriche, le commencement des opérations militaires contre la Serbie, le bombardement de Belgrade (29 juillet) qui, provoque une grosse émotion à Pétersbourg, constituent le premier acte. La riposte de la Russie, riposte,
partielle d’abord, bientôt générale, est le deuxième. La mise
sur le pied de guerre de l'Allemagne, bientôt suivie d’un ultimatum à la Russie, est le troisième. k
La mobilisation allemande et la riposte française.
| Ce n’est point par de simples paroles, par des notes diplo-
matiques de plus en plus comminatoires, mais par des faits, :
ue se marquent les Imtentions belliqueuses de- Allemagne. Dès le samedi 25 et le dimanche 26, les régiments allemands en Alsace prennent la tenue de guerre. Les officiers en congé sont rappelés télégraphiquement, ce qui oblige le ministre de la guerre français à prendre une mesure analogue. Le lendemain 27, les armements allemands se multiplient et se précisent. |
Le 28, appel des réservistes allemands pour le recrutement frontière en Alsace, recensement des véhicules et des chevaux, mobilisation du personnel de l’aéronautique, familles des officiers allemands en garnison sur la frontière expédiées vers l'intérieur, etc... etc... Mais voici qui est plus grave encore : M. Jules Cambon télégraphie qu'un avis préliminaire de mobilisation a été donné pour toute l’Allemagne.
Le 29 juillet, retour de M. Poincaré et de M. Viviani qui arrivent de Russie. Ils débarquent à la gare de l'Est. Sur tout leur passage, jusqu'à l'Elysée, des acclamations à la fois ardentes et graves saluent les chefs de l'Etat et du gouvernement. Dès ce jour, l’union sacrée se manifeste de la facon la plus émouvante. |
Aussitôt l’arrivée des présidents, se tiennent deux conseils des ministres. Entre ces deux conseils se place la fameuse
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de M. de Schoen à M. Viviani, L’ambassadeur allesur un ton presque menaçant, parle au président du des mesures militaires que prend le gouvernement de République, en ajoutant que la France est libre d'agir ainsi, iais en Allemagne les préparatifs ne pouvant pas étre tenus crets, 1l ne faudrait pas que l’opinion française s’alarmât si l'Allemagne ripostait. ETATS | Jusqu à présent, le gouvernement français n'avait rappelé aucun réserviste. Aucun transport de troupes n’avait eu lieu ers la frontière. Le général Joffre, chef d'état-major, demanait avec insistance que le dispositif de couverture fût exécuté immédiatement, tout retard pouvant avoir des conséquences désastreuses. Le” conseil des ministres décide d’attendre encore un peu pour s’y résoudre.
Le 30 juillet, des troupes allemandes occupent sur la . frontière leurs emplacements de combat et exécutent des travaux défensifs. Des concentrations sont signalées dans la - région de Trèves. Le général Serré, attaché militaire à Berlin L. (qui fut tué en Alsace), télégraphie que l'Allemagne, soucieuse de débuter par un coup d’éclat, hâte fébrilement ses préparatifs. - Au conseil des ministres, M. Messimy, ministre de la Guerre, fait part du désir du général Joffre qui demande immédiatement __ la mobilisation de toutes les régions frontières et de toutes les __ divisions de cavalerie.
Le gouvernement se trouve dans un très grand embarras. Les raisons militaires veulent évidemment qu’on accorde à Joffre ce qu'il exige. Des raisons diplomatiques tout aussi impérieuses commandent la plus grande prudence, la plus grande réserve. Après une longue délibération, le conseil décide d’autoriser la mise en place des troupes de couverture mais : avec la réserve suivante : seules les unités pouvant faire mou- vement par voie de terre seront dirigées sur leurs emplacements ; ! aucun homme de réserve ne sera encore appelé ; enfin, les ‘troupes de couverture seront maintenues 4 {0 kilomètres de la frontière, pour empêcher tout contact entre les patrouilles alle- = mandes et les françaises.
2 Cette dernière mesure a valu au gouvernement les plus sévères critiques. Elle avait assurément, au point de vue mili- taire, quelquesinconvénients qu’il ne faut d’ailleurs pas exagérer. Mais au point de vue diplomatique elle produisit partout, surtout en Angleterre, où nous avions tout intérêt à redoubler de précautions, une impression excellente. Elle précisait de la manière la plus nette, l'attitude de la France qui ne se décidait
à la guerre que parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement.
On arrive à cette journée critique du jeudi 30. Dès le matin, le gouvernement français est informé que des troupes allem andes barricadent les routes traversant la frontière, refoulent en France les piétons et les voitures et retiennent les automobiles. A 12h. 30, une édition spéciale du Lokal Anzeiger, journal semi-officieux, publie à Berlin la nouvelle de la mobilisation
an Cette édition est saisie quelques instants après et
FEU secrétaire général des affaires étrangères, téléphone à
Jules Cambon que la nouvelle est fausse, avec prière d'en
informer « d'urgence » son gouvernement.
Jules Cambon nous a raconté lui-même, plus d’une fois, qu'il n’attacha aucune créance à ce démenti. Il était convaincu que la mobilisation avait été décidée la veille, mais que, par suite de diverses influences : échange de télégrammes entre le Kaiser et le tsar, surtout déclaration de l'Angleterre, qui disaitréserver sa complète liberté d'action, ces graves mesures avaient été suspendues.
Le nœud du drame.
Que se passait-1l donc à Berlin ? Nous touchons au nœud du drame. Le Kaiser et les dirigeants germaniques s'étaient jetés dans cette affaire avec l’idée, d’abord que la Russie, par suite du mauvais état de son armée, céderait; ensuite que l’Angleterre resterait en dehors du conflit.
Or, cette opinion était en train de recevoir un double démenti. La Russie était visiblement décidée à aller jusqu'au bout. L’Angleterre faisait savoir qu'elle ne pourrait pas rester à Fécart. La veille de ce jour en effet, le 29 juillet, avait eu lieu à Potsdam, sous la présidence de l'empereur, le fameux conseil de guerre où l'état-major, avec une insistance grandissante, leva les dernières hésitations des civils et obtint que la mobilisation serait décidée pour le lendemain. De là, linformation du Lokal Anzeiger. Tout de suite après cette réunion, dans la nuit, Bethmann-Holweg rend visite à l'ambassadeur d'Angleterre. Il lui annonce, d’une manière à peine voilée,
la catastrophe imminente. « Si l'Angleterre, dit-il, consent à -
rester à l'écart, le gouvernement impérial est prêt à lui donner toutes les assurances qu’en cas de victoire, il ne cherchera aucun agrandissement territorial aux dépens de la France conti: nentale. Il se refuse toutefois à prendre les mêmes engagements pour les colonies françaises. Il est très réticent à l'égard de la
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ÿ. prendre dépendant de ce que fera la France. » . Cette communication de l'Allemagne, sur la gravité de ‘4 laquelle il est inutile d’insister, produit à Londres une très mauvaise impression. s . Sir Edward Grey a prévenu déjà auparavant le prince … Lichnowsky, ambassadeur d’Allemagne, que celle-ci ne doit pas compter sur « la neutralité britannique, dans toutes les . éventualités susceptibles de se présenter». Attitude très ferme de la Russie, attitude de l'Angleterre, il y a là de quoi faire réfléchir à la dernière minute les dirigeants civils de l'Allemagne. Sentant sur leurs épaules le poids de leur terrible responsabilité, ils ont à cet instant suprême un sursaut d’hésitation, un dernier scrupule. Ils essaient de se ressaisir, de suspendre le mouvement de la formidable machine qui commence à s’ébranler, Par là s'expliquent le contre-ordre - donné à la mobilisation et le démenti de la nouvelle du Lokal - Anzeiger. Mais les militaires reviennent à la charge avec plus de vigueur que jamais. Ils emportent rapidement les dernières - résistances. | | Le lendemain 31 juillet, Jagow annonce à Cambon qu’en présence de la mobilisation de l’armée russe, l'Allemagne se - voit dans l'obligation de prendre des mesures de précaution. __ : Son gouvernement vient de décider l’état de danger de querre.
- D'autre part, et ceci est tout aussi grave, sinon plus, il adresse un ultimatum à Saint-Pétersbourg. Il somme la Russie de suspendre dans les douze heures toute mesure de guerre, faut de quoi, l’Allemagne ordonnera la mobilisation générale.
Il demande en outre au gouvernement français de déclarer dans les dix-huit heures, si dans une guerre entre l'Allemagne et la Russie la France resterait neutre.
. L'instruction qui prescrivait cette démarche à M. de Schoen se terminait par cette clause secrète :
«Si, ce qu'il n’y a-pas lieu de supposer, le gouvernement français déclare qu'il restera neutre, Je prie Votre Excellence de lui déclarer que nous devrons exiger, comme gage de sa neutralité, {a remise des forteresses de Toul et de Verdun, que nous occuperons et que nous restituerons après que la guerre sera terminée. La réponse à cette questron doit être connue 1ci avant demain à 4 heures de laprès-midi. »
* La déclaration de l'état de danger de guerre par l'Allemagne, qui est en fait la mobilisation, amsi que la démarche de son ambassadeur à Paris, obligent le gouvernement français à
58 Belgique, les opérations que LA lsmague croira devoir y entre-
; 2 à À Mi. n & Tv. ER Fr :
prendre les mesures militaires que réclame avec une insistance de plus en plus grande le général Joffre. 2.
Le samedi 1° août, ce dernier vient remettre à M. Messimy une note plus énergique que les précédentes, protestant contre tout retard ; il est entendu par le conseil des ministres. L'Allemagne, par suite des facilités de sa législation, prenant ainsi sur la UAE une avance assez considérable, il est indispensable de répondre à toutes ces mesures par la mobilisation générale, faute de quoi Joffre déclare qu'il ne pourrait plus continuer à assumer la responsabilité écrasante de ses fonctions. Le conseil des ministres décide de faire droit à cette demande. Toutefois, voulant jusqu’à la dernière minute tout tenter pour sauver la paix, il laisse à M. Messimy la faculté de garder par devers lui, l’ordre de mobilisation, quelques heures encore. es.
À 15 h. 30, le sous-chef d'état-major vient dans le cabinet du ministre chercher le document. À 15 h. 45, il est porté au bureau de poste de la rue de Grenelle. Deux simples lignes : « Mobilisation des armées de terre et de mer. Dimanche 2 août, premier jour de la mobilisation ». C’est tout. En deux ou trois heures, comme si on pressait sur un bouton électrique, la France tout entière va être ébranlée. Pas un village, pas un hameau, perdu au fin fond des campagnes, dans la Bretagne ou les Pyrénées, qui ne reçoive la nouvelle. Quand le télégraphe manque, il est remplacé par le tocsin.
Aussitôt, la France qui moralement était prête, se lève pour marcher au canon.
Le pouls de Paris.
Au plus fort de ces journées tragiques, un procès qui po la capitale, venait de se terminer. Du 20 au 29 quilet, M Caillaux, qui avait quelques mois auparavant (16-mars) assassiné, dans son bureau de la rue Drouot, Gaston Calmette, directeur du Figaro, comparaissait devant la cour d’assises, présidée, avec une partialité évidente, par un magistrat acquis à l’accusée.
Le procès, où témoignèrent des hommes politiques, des écrivains connus, exCita une émotion des plus vives, Les ineidents qui se produisirent au Palais, la manière dont le débat était conduit, l’acquittement, que beaucoup jugèrent scandaleux, tout contribuait à accroître la fièvre du ubles mais cette fièvre s’afflaiblit vite dans l’immense rumeur de guerre qui montait de tous les coins de l'horizon.
ée. Rien de pareil ne se produisit. 4 imide cortège essaie, des hauteurs de Montmartre, de se dre sur les boulevards. Les cris des manifestants sont ment noyés dans la vague d'émotion, de grave enthou- À e qui soulève en ce moment la capitale. | Vers une heure du matin, les cafés venaient de fermer, les boulevards étaient encore pleins de monde, lorsqu'on entend
Pa
oupe de cavaliers. Les sabots des chevaux résonnent sur le avé. Une voix crie : « Les cuirassiers ». Une décharge élec-
fenêtres s'ouvrent. Les gens grimpent sur les bancs, sur les tables des cafés. Précédés d’une bande d’enfants et de jeunes gens, les cavaliers paraissent en tenue de campagne, les casques recouverts de housses, gigantesques dans leurs amples manteaux. Une clameur formidable jaillit de toutes les bouches : « Vive la France! Vive l’armée! »
Les déclarations de guerre.
La mobilisation générale se fait, en Allemagne, à peu près
. Le chancelier envoie à Pourtalès, son ambassadeur, le texte de 3 la déclaration de guerre à la Russie qu'il doit remettre à __ Sazonof, ce même Jour à dix-sept heures, au cas où la Russie n’accepterait pas l’ultimatum adressé la veille. La déclaration de guerre se termine par cette phrase mélodramatique : « Sa Majesté l’empereur, mon auguste souverain, au nom de l’empire, relève le défi et se considère en état de guerre avec la ” Russie ». | On se croirait au tournoi de Lohengrin !
Ayant déclaré la guerre à la Russie, qu’allait faire l’Allemagne vis-à-vis de la France? La question ne laissa pas de lembarrasser quelque peu. Le gouvernement germanique espérait qu'en présence des violations de sa frontière par les troupes allemandes, le gouvernement français prendrait l'initiative d’une déclaration de guerre, ce qui lui aurait permis d’en rejéter sur nous la responsabilité. Le cabinet de Paris se
| loin, vers la porte Saint-Martin, le trépidement sonore d’une
à la même heure qu’en France. Ce jour-là, dès treize heures,
ique passe au travers de cette foule. A tous les étages des
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