LA DÉCADE/TRAGIQUE
ses grandes manœuvres. C'était une résolution des plus impor- Lorsque l’Angleterre, un peu tard, se décide à agir, le a ainsi sous la main l'instrument naval prêt à frapper. Lloyd George, alors chancelier de l’échiquier, est un des plus hésitants. AE NT | - De caractère impressionnable et mobile, docile aux influences os s'exercent sur lui, il recut le 30. juillet une importante députation de grands financiers, venant lui déclarer que l’An- E-; leterre ne devait, sous aucun prétexte, DS à la guerre. __ Pour peu qu'elle se prolonge, disent-ils, elle aura inévitablement > cier sans précédent. (Cette prédiction ne manquait pas d’une L certaine justesse.) Le seul moyen de sauver l’univers est donc de maintenir leur pays en dehors de la bataille, afin qu'il - puisse demeurer le grand marché, le régulateur économique du Bo monde ;:
= Très impressionné par cet argument, Lloyd George se déclare opposé à l'intervention, ce qui augmente d’autant l’in- ; décision du cabinet. Les ministres se réunissent tous les jours, | quelquefois deux fois par jour, sans arriver à prendre aucune résolution. Le jour du fameux conseil de Potsdam qui décida la ee après que Bethmann-Holweg, en échange de la neutralité britannique, eut proposé à l'ambassadeur d'Angleterre le lus infâme des marchés, Paul Cambon rend visite à sir Edward Grey : « Le gouvernement impérial aurait tort, lui dit en substance ce dernier, de croire que nous resterions en dehors du conflit dans le cas où les efforts tentés dans le but de préserver la paix échoueraient. Mais j'estime nécessaire, ajouta-t-il, de vous faire savoir, d’autre part, que notre opinion publique n’envisage pas la crise actuelle dans le même esprit que la crise marocaine, il y a quelques années. Il s'agissait alors d’une affaire qui nous intéressait au premier chef, qui avait fait le sujet d’un accord spécial entre nos deux pays. Aujourd’hui, on se trouve en présence d’une lutte de suprématie dans les Balkans entre catons et Slaves, qui ne nous regarde pas. » ; « Voiläun distinguo bien subtil », répliqua Paul Cambon, qui exposa lasituation de la France, ne pouvant matériellement, mi moralement donner à l'Allemagne l'assurance de sa neutralité, au cas où cette dernière attaquerait la Russie: Il revient à la charge les jours suivants.
Sir Edward Grey refusait de prendre aucun engagement. Il se
maintenir mobilisée la flotte qui venait justement de toner
pour effet de plonger le monde entier dans un cataclysme finan-
orme,
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retranchait derrière l’état d'esprit du parlement et du public, qui n'étaient pas favorables à l'intervention. | EE = Le samedi 1° août, Paul Cambon revoit sir Edward, au moment où il sort du conseil des ministres. La cause de l’intervention n’a pas avaucé d’un pas. Sir Edward Grey le charge de notifier à Paris cette absence de décision. LISE
« Je me refuse à transmettre pareille nouvelle, réplique : ambassadeur qui insiste, non sans une vive émotion, sur toutes les preuves données par la France de ses intentions pacifiques : résistance à l’état-major qui pressait le gouvernement de mobiliser, recul de 10 kilomètres des troupes sur la frontière, Il attire enfin son attention sur ce point capital: tout le littoral français, au Nord et à l’Ouest, Pas-de-Calais, Manche et Atlantique, est entièrement dégarni; il peut être impunément insulté par les escadres allemandes. Par suite, en effet, de l’arrangement naval entre les deux pays, la France se charge de la garde en Méditerranée, tandis que l’Angleterre s'occupe de la mer du Nord. L’Angleterre va-t-elle manquer à cet engagement? Laissera-t-elle, quand se prépare ouvertement la violation de la Belgique, les cuirassés allemands libres de bombarder Cherbourg et Brest? Ce dernier argument semble impressionner sir Edward Grey.
« Ce furent là, nous racontait plus tard Paul Cambon, les heures les plus sombres de ma carrière. » |
Le Président de la République venait d'écrire au roi d’Angleterre une letire émouvante qu’un diplomate du Quai d'Orsa avait portée en personne à Londres. Le roi, bien qu'il fût lumême d’un avis tout différent, se borna à répondre par une missive des plus vagues, dictée par son cabinet et dans laquelle 11° déclarait que le gouvernement britannique ne savait pas encore le parti qu'il choisirait.
Le dimanche matin 2 août, nouvelle réunion du cabinet. Un des plus grands financiers de la Cité, Lord X..., v avait été convoqué. Aucune décision n’est prise. ;
C'est seulement dans la soirée que sir Edward Grey apporte à Paul Cambon l'assurance qu’il attendait. Il vient lui déclarer que le gouvernement a résolu de prêter à la France le concours de sa flotte. Au cas où les escadres allemandes essaieraient de franchir le Pas-de-Calais, la flotte britannique les en empêcherait et l'Angleterre se considèrerait en état de guerre avec l’Allemagne.
C'était quelque chose et c'était même beaucoup. Le chef du parti conservateur, après une importante réunion tenue chez
al sdowne, fit une démarche officielle auprès du Premier pour lui annoncer que, au cas où le gouvernement
ait d'intervenir aux côtés de la France, les conservasoutiendraient à fond cette politique. Cette démarche eut très grosse influence sur la décision dû cabinet.
LE - + Violation de la neutralité belge.
L'affaire belge vient juste à ce moment lever les dernières hésitations de l’Angleterre, la pousser à s’engager de toutes ses forces aux côtés de la France. À | Dès le 31 juillet, le gouvernement français avait notifié à Bruxelles son intention de respecter la neutralité de la Bel- gique. Le 1% août il renouvelle catégoriquement cette promesse. Le gouvernement allemand, lui, garde un silence qui . commence à inquiéter les Belges et n’est pas sans DrÉOCCUuper les Anglais. Le 2 août, on apprend à Bruxelles et à a la violation du grand-duché de Éuxembourg. | À treize heures, ce jour-là, le ministre d’Allemagne à Bruxelles se rend au ministère des Affaires Etrangères, pour __ demander qu’on veuille bien faciliter le transport des réser- vistes allemands résidant en Belgique (Dieu sait s’il y en à avait !) qui sont pressés de regagner en toute hâte leur pays. sl A cela se borne sa communication. À quinze heures, le vice- consul belge de Cologne informe ses chefs que des trains mi- #0 gs quittent, toutes les trois ou quatre minutes, la gare de Cologne se dirigeant non pas vers la France, mais vers Aix-la-
bed
%Æ Chapelle, du côté de la Belgique. Ce même jour, le ministre __ d’Allemagne,. dans une interwiev publiée par le journal Le Soir, se porte garant des dispositions amicales de so pays envers la Belgique. « Peut-être, dit-il, le toit de votre voisin - brülera-t-il, mais votre maison sera sauve. »