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… Or, à dix-neuf heures, il demande une audience immédiate à M. Davignon, ministre des Affaires Etranÿères.. Il lui remet - un ultimatum exigeant de la Belgique le libre passage des armées germaniques.
Avec la Belgique comme avec la France, la diplomatie ger- . manique: ne s'est même pas donné la peine de colorer d'un prétexte plausible son ultimatum.
C’est que les diplomates allemands sont de simples instruments entre les mains de l’état-major qui, lui, ne perd pas son temps à chercher de solides raisons. [ci encore, le livre révé-
Recouiy. — La Troisième République. 418
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lateur de Kautsky apporte les éclaireissements les plus saisissan{s. L - ere C’est le lendemain matin lundi, à sept heures, que la Belgique dôit faire connaître sa réponse. Un conseil se tient dans la nuit, au Palais, sous la présidence du roi. Souverain ef hommes d'Etat n’ont pas une minute d’hésitation. Ils décident que leur ays résistera de toutes ses forces aux injonctions germaniques. | Le conseil prend fin vers minuit. À sept heures du matin, uelques minutes avant l’expiration du délai, le Baron de Gaifer , secrétaire général du ministère des Affaires Etrangère, remet la réponse à la légation d'Allemagne.
Ultimatum de l'Angleterre.
L'ultimatum de l’Allemagne, la violation de la neutralité belge, produisent en Angleterre la plus vive émotion. Du coup, toutes les hésitations du gouvernement et de l’opinion publique sont balayées. Le 4 août, sir Edward Grey télégraphie à son ambassadeur à Bérlin pour protester énergiquement contre la violation de la neutralité belge ; il exige avant minuit, ce jour-là, Passurance que la demande faite àla Belgique ne sera pas suivie d’effet, faute de quoi l’ambassadeur réclamera immédiatement ses passeports.
Mais l’Allemagne est maintenant beaucoup trop avancée pour reculer. Sur ses dirigeants politiques, sur son souverain, fa démarche comminatoire de l’Angleterre produitun mouvement de stupeur et bientôt après de fureur. Rien, plus que cet étonnement et cette colère n’éclairent la mentalité germanique. Quand on sait que la Belgique et sa neutralité sont la création directe de l'Angleterre, comment ne pas s'attendre à voir cette dernière intervenir, les armes à la main, ‘pour défendre son œuvre ? Et cependant les hommes d’Etat allemands sont surpris et cette surprise n’ést pas feinte. C’est qu’ils jugent les autres d’après eux-mêmes. Ils ne comprennent pas qu'un gauvernement attache'tant d'importance à des engagements, à des signatures. Quand il reçoit pour la dernière fois l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin, le chancelier Bethmann-Holweg lui déclare que les mesures prises par le gouvernement anglais sont « terribles au dernier point » ; juste pour un mot : .« neutralité », pour un « chiffon de papier », « la Grande-Bretagne va faire la guerre à une nation qui lui est apparentée, et ne désirait rien tant que de rester son amie ».
Il répète devant le Reichstag cet aveu et même il l’aggrave.
Rs, aux rotestations justifiées du gouvernement luxembourgeois 3 belge. L'injustice — Je parle ouvertement — l'injustice 3 e nous commettons de cette façon, nous la réparerons dès e notre but militaire sera atteint. A celui qui est menacé au oimt où nous le sommes et qui lutte pour son bien suprême, … il n’est permis que de songer à percer son chemin. » : : Er Cest la théorie devenue célèbre du chiffon de papier, de € nécessité fait loi ». LL RASE y - , Plus tard, la diplomatie et la propagande germaniques, se - rendant compte du désastreux effet qu'ont produit dans le monde entier cet aveu, ces paroles à la fois cyniques et impru- dentes du chancelier, essaiera de les rattraper. Elle prendra prétexte de prétendus documents découverts à Bruxelles pour - démontrer que le gouvernement belge était sorti déjà de la - neutralité, avait aliéné sa liberté vis-à-vis de la France et de PAngleterre. - … Pour le moment, sûr qu'il est de la victoire, il ne songe pas une minute à de pareilles précautions.
invoque une clause de ce traité, le fameux article 7, pour soutenir que l’action de l’Autriche contre la Serbie ayant un carac- tère aggressif, le casus fwderis ne joue pas. Elle signifie sa déci- - sion à Vienne et à Berlin. Quelles que soient les insistances 1 de ses alliés, elle refuse de s’en départir. En vain le gouverne- - ment allemand presse-t-il le cabinet de Vienne d’accorder des - concessions à l'Italie, afin de la décider à joindre son sort à - celui des empires centraux; {ous ces efforts sont inutiles. Le 2 août, le conseil des ministres décide officiellement que - l'Italie restera neutre. Guillaume IT tente un effort suprême. . Il expédie en toute hâte à Rome un de ses aides de camp, - porteur pour le roi d’une lettre autographe du Kaiser. Cette démarche ne pouvait produire aucun effet. | À Politiquement, diplomatiquement, pour l'Allemagne et pour - l’Autriche, passée maintenant au second plan, l'affaire s'engage donc assez mal. Par suite de la violation de la neutralité belge, l’Angleterre se range, dès le début, aux côtés de la France et de la Russie. L'Italie proclame sa neutralité. Mais au pot de vue militaire, le seul qui compte après tout, - les Allemands ont si bien préparé leur plan, ils ont avec un soin si minutieux combiné leur offensive, monté les rouages de leur formidable machine, qu'ils se croient certains du succès, et d’un succès foudroyant. Par là s'explique leur conduite.
mmes obligés, dit-il avec candeur, de passer outre
Es * L'Italie, liée parun traité formel à l'Allemagne et à l'Autriche, -
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Toutes les autres considérations disparaissent devant celle-là. Leurs calculs à cet égard, il faut le reconnaître, n'étaient pas échafaudés à la légère, loin de là. L'organisme militaire que, depuis de longues années déjà, l'Allemagne avait mis sur pied était d’une terrible puissance. Il s’en fallut de peu, de bien peu, qu'il ne broyât devant lui toutes les résistances. K
Bibliographie. — Voir la bibliographie du chapitre précédent.
Raymond Recouly. Les heures tragiques d'avant-guerre (récits recueillis par l’auteur, des principaux acteurs du drame : R. Poincaré, général Joffre, Viviani, Messimy, Paul et Jules Cambon, Camille Barrère, le baron de Gaiffier, Take Jonesco, etc.) (1922). — Prince Lichnowski. My mission to London (Londres, 4949). — D.-J. Hill. Impressions of the Kaïser (New-York, 1918). — Hillferich. Die Vorgeschichle des Kriegs (Berlin, 1920). — Take Jonesco. Les responsabilités de la querre (1921). — Von Tirpitz. Mémoires (1923).