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CHAPITRE XXII LA GRANDE GUERRE

CH Ne #1 MAP RES Li LEE Lei | — L'Allemagne contre la France. — Solidification des fronts. — Changement 2 du généralissime. — Les offensives de Ludendorf. — Le commandement

unique : Foch. -

L'Allemagne et l’Autriche d’un côté, soit un bloc compact, #4 massif, d'environ cent millions d'habitants ; de l’autre la France, la Russie, l'Angleterre, la Belgique, la Serbie, ce conflit for- . midable met aux prises la plus grande partie de l’Europe. Un certain nombre de pays qui, dès le début, se tiennent à F écart, n’attendent qu'une occasion pour se jeter dans la bataille : Turquie, Italie, Bulgarie, Roumanie. De l’Europe, elle s’éten- … dra au monde entier. Le Japon d’abord, plus tard la Chine, le - Brésil, l'Amérique enfin, viendront y participer. ; 2 Par le nombre, la puissance, la richesse des pays engagés, cette guerre dépasse de beaucoup toutes celles qui s'étaient livrées auparavant et qui sont peu de chose, en comparaison. # Pour la première fois aussi dans l’histoire, on verra ce qu'est vraiment une guerre nationale, dans laquelle non plus seule- = ment une armée professionnelle, comme cela avait été plus ou __ moins le cas jusqu'alors, mais la nation tout entière, l'arrière __ comme l'avant, combattants et non-combattants sont également englobés. Toutes les ressources matérielles et morales du pays, | toutes ses réserves accumulées pendant des siècles seront Jetées dans la bataille et bientôt dévorées par elle. La guerre déter- __ minera de ce fait une intensité de dépense et même de gaspil- - lage, une fureur de destruction absolument inconnues jusque-là. Si l’on tient compte de sa population, de sa richesse, le bloc des nations de l’Entente semble beaucoup plus fort que celui des empires centraux. Le malheur est qu’il n’est qu'en apparence un bloc. Sa situation géographique et aussi son état

politique le condamnent à combattre pendant longtemps en ordre dispersé. Entre la Russie, d’une part, l'Angleterre et la

France de l’autre, du jour où la Turquie se jette dans la guerre, il n’existe pas de communications faciles pratiques. Cet énorme empire russe plus qu’à demi asiatique qui aurait tant besoin d’être aidé moralement et matériellement par ses alliés occidentaux, qui n’est pas fait pour soutenir une guerre de longue

durée, reste abandonné à lui-même. Ce sera là.une des causes,

la principale peut-être, de son effondrement.

es empires centraux, eux, possèdent ce que les militaires

appellent les lignes intérieures. L'Allemagne, par un jeu de

navette ‘très facile, peut transporter en quelques Jours ses

forces du front d'Orient au front d'Occident, et réciproquement. De plus, elle prend dès le début la direction diplomatique et surtout militaire de la coalition. Elle domine et elle dominera de plus en plus. L'unité de direction, de commandement que les alliés mettront tant de temps à réaliser, qu'ils ne réaliseront d’ailleurs que très imparfaitement, a été obtenue par elle dès les premiers Jours.

L'Allemagne contre la France.

Voici ces deux puissants adversaires qui se sont si souvent affrontés sur les champs de bataille, en présence l’un de Fautre.

Par la valeur militaire des soldats, par les qualités guerrières de la race, on peut dire qu’ils se valent à-peu près. La Prusse, « l'organe mâle de PAllemagne », ainsi qu’on l’a justement appelée, a prussianisé, surtout au point de vue militaire, tout l'empire. Les corps bavarois, hessois, saxons, wurtembergeois sont aussi bons ou presque que les corps prussiens.

Les qualités guerrières étant à peu près les mêmes, ce qui amènera le déséquilibre, la victoire de l’un, la défaite de l’autre, c’est la préparation matérielle, l'entraînement, l’organisation de l’armée, surtout les mérites de l'état-major et du haut commandement.

Pour la préparation matérielle, l'Allemagne a un avantage marqué sur la France. Elle a consacré plus de soins, plus d’argent à son armée. Son régime, à cet égard, l’a grandement servie, le pouvoir de l’empereur, chef suprême de la guerre, n'étant pas limité par les droits, les résistances du parlement. En ce qui concerne le matériel, dont importance est de plus en plus grande dans la guerre moderne, la supériorité est, ds

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ensémble, du côté de l'Allemagne. Son fusil est plus récent et meilleur que le nôtre. Notre soixante-quinze vaut mieux que Son canon de campagne, mais elle a beaucoup plus de ces - canons que nous. Elle a surtout une formidable artillerie . - lourde, composée des modèles les plus récents, les plus perfec- Aionnés, alors qu'à cet égard nous n’avons que peu de chose à lui opposer. Par la faute de nos chefs civils, trop portés à rogner le budget de la guerre et plus encore de nos chefs militaires, chez qui le mieux est l’ennemi du bien, trop persuadés quele soixante-quinzé, ce maître Jacques, peut suffire à tout, l’ar- mée française part en campagne presque sans artillerie lourde. - Elle se trouvera de ce fait dans un état d’infériorité, qui se fera - * vivement sentir dès les premiers combats. Ne Zu Il y a, dans l’armée française, un seul canon de soixante- - quinzepoursix cent soixante-dix hommes, bien loin des quatre r pièces pour mille hommes prescrites par Napoléon. Notre. - dotation en mitrailleuses est tout aussi insuffisante. Là encore les Allemands ont, beaucoup mieux que nous, profité des ensei- . gnements des guerres récentes, surtout de la guerre russo-japo- naise. Ils connaissent mieux que nous également l’emploi des fils de fer, des tranchées improvisées, des fortifications de campagne. Toute cette partie de l’instruction a été terriblement négligée dans l’armée française. 2 2 More supériorité du côté de l'Allemagne pour ce qui est du : matériel accessoire : téléphone, télégraphe, outils de toutes sortes, explosifs, canons de tranchées, etc... etc... L’uniforme allemand est plus pratique, moins visible que le nôtre qui, en dépit de maints efforts, de maintes expériences, eonserve encore “cet anachronisme : le pantalon rouge. Si ce côté matériel avait été à tel point négligé dans notre arinée, ce n’est pas uniquement par apathie et par laisser äller. L'influence des idées, des théories nouvelles, en matière de tactique, y a beaueoup contribué. En réaction contre la méthode, fort raisonnable et . fort sage, préconisée par Bonnal et Foch, une jeune école, repré-. sentée par le colonel de Grandmaison, était Rae à propager cette idée que l'offensive à outrance, l’engagement de toutes les forces dès le début sur un large front, suffit à tout. Il n’existe pas d’autre méthode, disait-on, que l’attaque immédiate et totale. . | Ce sont des idées rudimentaires, fort imprudentes, relevant de Souvarof beaucoup plus que de Napoléon, ne tenant aucun compte de l'effet terriblement meurtrier des engins à tir auto-

matique.

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