DAS NET LA GRANDE
tr etard y pourvoir. Des généraux, beaucoup trop de généraux se sont montrés inférieurs à leur tâche; ils seront du jour au lendemain remplacés. Joffre s’applique à cette partie essentielle LE: de sa tâche. Il n’en est pas qui exige de sa part plus de cou- rage. Beaucoup de ces chefs qui vont être sacrifiés, limogés E. comme on dit, sont ses camarades, ses amis. Beaucoup ont der- | rière eux les protecteurs les plus puissants qui, après les avoir fait nommer, ne se résigneront pas aisément à les voir frapper de la sorte. I n'importe. Toutes ces considérations ne pèsent d’aucun poids. Une seule préoccupation domine Joffre : l'intérêt du pays, la nécessité de choisir les hommes les plus capables de mener leurs. troupes à la victoire. Il fait preuve à cet égard
- s’illustrer dans la guerre furent désignés par lui dès les pre-
- miers jours : Foch, Pétain, Franchetd'Esperey, Mangin, Hum-
. bert, Maud’huy, etc..., etc... Des dizaines et des dizaines de
généraux furent ainsi remplacés sur-le-champ. Ceux qui prirent leur place se révélèrent excellents.
4 La bataille de la Marne fut gagnée avant tout parce que, contrairement à ce qui se produisit en 1870, où les chefs français, trop souvent, ne se portèrent aucun secours, il y eut, d’un bout à l’autre de cet immense front, une entente, une collaboration parfaite entre tous les exécutants.
La retraite de la Marne.
En présence des défaites du début, de la rapidité foudroyante . avec laquelle s’avancent vers la capitale les armées allemandes de l’aile enveloppante, un regroupement des forces françaises s'impose. Il faut gagner du temps, prendre du champ. Tandis que son aile droite accrochée à Nancy et à Verdun tient bon, Joffre replie toute sa gauche. Il profite de ce repli our remettre de l’ordre dans les unités, reprendre en mains les troupes, perfectionner leur entraînement et leur préparation. Alors commence cette mémorable retraite d’une immense armée, cédant chaque jour un nouveau morceau du territoire, mais gardant intacts son moral, sa confiance, sa volonté de vaincre. On recule parce que le généralissime en a décidé ainsi, non point parce que les Allemands paraissent victorieux. Chaque fois qu’arrive l’ordre de se mesurer avec eux, instantanément les troupes qui retraitaient se retournent, font tête à l’adversaire et très souvent le battent. C’est ce qui arrive pour l’armée
ÉBRRE Se 17
. Y Le. “ dl uction, dans l'entrainement des troupes? On va sans
d’un jugement infaillible. Tous ceux qui devaient par la suite
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Lanrezac à Guise, pour la belle division du Maroc à La Fosseà-VEau. On pourrait en citer bien d’autres exemples.
C’est un point sur lequel on ne saurait trop insister, parce |
que, sans cela, la victoire de la Marne apparaît comme un événement surnaturel, inexplicable. 5 RS à
Par l'instruction générale du 28 août, Joffre prescrit la formation dans le camp retranché de Paris, d'une forte armée, sous. les ordres du général Maunoury ; la formation au centre, entre les quatrième et cinquième armées, d'une armée qui va être
commandée par Foch rappelé en toute hâte de Lorrame. j Constitution de l’armée Maunoury à lextrême gauche, de
l’armée Foch au centre, telles sont les deux décisions dont la victoire de la Marne devait sortir. Ce sont les germes qui produisirent le fruit.
La bataille de La Marné.
Tandis que Joffre parcourt inlassablement la plus grande partie du front, visite ses commandants d'armée, se tient en contact étroit avec chacun d'eux, change, avant la bataille, deux d’entre eux : Lanrezac et Ruffey, le généralissime allemand Moltke demeure à son quartier général de Luxembourg, à plusieurs centaines de kilomètres du front, laissant le plan qu'il à conçu se dérouler selon le rythme, d’après le mouvement prévu, s'en remettant pour l'exécution, à chacun de ses lieutenants.
Le Germain est porté, par tempérament, à croire qu'un plan, une organisation quelconques, valent uniquement en euxmêmes, Rien n’est plus faux. Les plans stratégiques valent beaucoup moins par la manière dont ils sont conçus que par celle dont ils sont exécutés. Napoléon, qui se tenait sur place, qui dirigeait tout par lui-même, était si peu l’esclave de son plan qu'il lui arriva, la veille d’une grande bataille, de le changer du tout au tout. C’est ce qu'il fit à léna. Le
Déjà en 1870, Moltke renonçant à diriger lui-même, avait laissé chacun de ses généraux se débrouiller comme il le*pouvait. Foch, dans son livre : La conduite dela querre, l'a établi, preuves en mains, d’une façon indiscutable. La guerre fut gagnée par les Allemands uniquement parce qu'ils trouvèrent devant eux des généraux français pour la plupart incapables. En 1914, les mêmes erreurs recommencent de la part du haut commandement germanique. Elles sont cette fois beaucoup plus graves parce que le front est autrement étendu, les forces à diriger autrement considérables. Or, ce commandement
rte AE CS É à : 2 nn “ae LA GRANDE GUERRE 279 | cre Rs un commandement français qui sait son métier. Par là s’explique, pour une bonne part, la différence OR ram se Dur ns à:
NZ Suivant lexemple de son oncle, Moltke, le neveu, a monté la __ machine une fois pour toutes. Il n’y a qu’à la laisser-marcher sans tenir compte de tous les obstacles, de tous les accidents
quipeuvent survenir.
* Les commandants d’armée, recevant de leur chef des directives très vagues, en prennent à leur aise avec ses instructions. __ lest curieux de voir l’attitude de Moltke chaque fois qu'ils lui désobéissent. Au lieu de les relever vertement, il couvre de __ son silence ces désobéissances, persuadé qu'aujourd'hui comme en 1870, le dénouement sera malgré tout très heureux. Par suite de cet effacement les désobéissances ne font que … s’accentuer, surtout chez von Kluck, à qui est dévolu le rôle essentiel, tourner l’armée adverse. | Von Kluck est à l’aile marchante et l’on peut vraiment dire qu’elle marche; d’une allure endiablée. Quand on suit son mou- |. vement jour par jour, à travers la Belgique et le nord de la £
France, on est émerveillé, stupéfait de sa rapidité. C’est un torrent qu’il n’est pas facile de contenir ni de régler. Les ordres du grand quartier général lui courent après sans le rat- … traper. Quand ils lui parviennent, la situation est souvent toute différente de celles qui avait été prévue. | Le 3 septembre, trois corps d'armée de von Kluck sur cinq ont déjà franchi la Marne. C’est alors que lui parvient l’ordre de s’échelonner en profondeur à l'arrière É la deuxième armée, commandée par von Bulow. Un pareil ordre prouve * clairement que le grand quartier général n’a- pas la moindre ‘idée de la situation exacte où se trouvent en ce moment les corps d'armée de von Kluck. Il les croit beaucoup moins avancés vers le sud qu’ils ne le sont en réalité. [l est, comme en 1870, dans un épais brouillard touchant les mouvements de ses armées.
Quand ïl apprend le 3 septembre au soir, le glissement de von Kluck vers le sud, Gallieni communiquant aussitôt avec Joffre, suggère l'attaque dans Le flanc de cette armée allemande,
par l’armée Maunoury. Joffre décide l'arrêt de la retraite, Ffensire générale ; 1l lance, le 5 septembre, son fameux ordre du jour qui contient cette phrase : ... « Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conduis et.se faire tuer sur place plutôt que de reculer. »
Matériellement et moralement, ce brusque demi-tour des
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Français, ce passage subit de la marche en arrière à la marche e en avant, produit sur les armées allemandes un violent effet de : | surprise. Mauvais psychologues, portés d instinct à mésestimer leur adversaire, dont ils ne connaissent ni le tempérament, ni les qualités, les Allemands, enivrés par deux semaines de marche triomphale, croient leur ennemi hors d'état de se retourner, de se mesurer avec eux.
L’offensive de Maunoury tombe sur von Kluck comme mars . en carême. Attaqué en même temps sur sa droite et sur son centre, von Kluck est obligé de faire remonter ses corps d'armée à vive allure. Certains d’entre eux viennent se Jeter dans les communications de l’ärmée voisine. Il en résulte un grand désordre. « Le neuvième corps de von Kluck, écrit von Bulow, masquait l’aile droite de la deuxième armée, de sorte qu'un de nos corps, le septième, se trouvait complètement paralysé dans ses mouvements, le 6 septembre. » Il en résulte ainsi que la remontée subite vers le Nord de l’armée Kluck <reuse un vide énorme entre cette armée et l’armée voisine qui, poussée par les divisions anglaiseset l’armée Franchet d Esperey, se trouve dansiune situation de plus en plus Eee Von Kluck essaie vainement de tourner l’armée Maunoury. Au centre von Bulow et von Hausen tentent d’enfoncer coûte que coûte l’armée Foch aux Marais de Saint-Gond et à Fère-Champenoise. Car le généralissime allemand avait changé son plan. Sentant qu’il n'obtiendrait pas la décision à l’aile droite, par suite de la résistance acharnée que rencontrait devant elle l’armée Kluck, il essaya de l'obtenir au centre en enfonçant le front ennemi des deux côtés de Fère-Champenoise, où se trouvait l’armée Foch. Tous ses: efforts sont vains. Les Français : tiennent partout. Insuccès au centre, situation de plus en plus critique à droite par suite du vide grandissant entre les armées Kluck et Bulow. Le généralissime allemand ne bougeant pas de son quartier général, situé à une énorme distance, s’obstinant à ne rien diriger, se fait représenter par un simple lieutenant-colonel, Hentsch. C’est ce dernier qui donne de sa part, l'ordre de retraite s'étendant à la plus grande partie du front. ‘
Voilà en gros l’explication de la bataille de la Marne, dont on peut dire qu'elle a été autant, sinon plus, perdue par les. Allemands que gagnée par les Français: il en st d’ailleurs ainsi de la plupart des batailles. Ce qu’on appelle la victoire est presque toujours remporté avec des résidus, deSrestes. Les plateaux de la balance se tiennent longtemps en équilibre. I
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ce Pia
dre poids supplémentaire pour faire pencher lun
Cela ne diminue en rien, tout au contraire, 18 courage,
l'endurance, l’héroïsme des soldats, le mérite de leurs chefs,
ten premier lieu du général Joffre. .
ne La médiocrité du haut commandement germanique ne se manifesta pas seulement par cette absence de direction. Il ï commit quelque temps avant la Marne une autre erreur des - ri
- plus graves, qui contribua elle.aussi pour une assez large partà ,.
sa défaite. EE. |
- Les Russes avaient pris dans la Prusse orientale une offen- |, /
sive vigoureuse, refoulé les forces allemandes bien inférieures en nombre, pénétré sur le territoire de l'empire. Leurs succès
causèrent à Berlin une alarme d’autant plus vive que les grands
Le propriétaires possèdent, pour la plupart, leurs biens familiaux dans cette province. Leur influence se fit sentir en haut lieu. Le - gouvernement décida qu’il convenait, coûte que coûte, d’arrêter
à cette offensive ennemie. On rappela du front d’occident deux
corps d'armée qui furent expédiés en toute hâte dans la Prusse -orientale. Hindenburg, rappelé de la retraite, secondé par
Ludendorf, reçut le cummandement de ces forces regroupées
.. et renforcées. Il remporta sur les Russes, surpris en pleine
avance, dont les deux armées, bien qu’opérant dans un terrain | très difficile, n'avaient entre elles presque aucune liaison, -, l’éclatante victoire de Tannenberg (25 août 1914).
: La Prusse orientale était sauvée, mais l'Allemagne perdait la bataille de la Marne et du même coup la guerre ; ces deux corps d’armée, prélevés justement à l’aile droite, là où le haut | commandement en avait le plus besoin, firent gravement défaut ë - dans la bataille. S'ils avaient été là, peut-être le résultat auraitil été changé.
On saisit ici l’influence des considérations politiques et d’ordre - sentimental sur les nécessités purement militaires qui, dans - une guerre vigoureusement et intelligemment conduite, doivent toujours passer au premier plan.
Solidification des fronts. Guerre de tranchées.
Quelques jours après la Marne, le front, jusque-là mouvant, se solidifie. L'armée allemande, connaissant mieux que la nôtre Pemploi judicieux des tranchées, des réseaux de fils de fer que quelques mitrailleuses bien placées suffisent à défendre, creusa le sol, s’enterra dans des fortifications de jour en jour plus per-
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