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© LA GRANDE GUERRE D >, sur laquelle Français et Allemands s’hypnotisèrent | ant si longtemps, n’est qu'une apparence, un trompe-l’œil. percée ne se réalise jamais, tant qu’il reste à l'arrière réserves suffisantes pour boucher le trou. On arrive à crever croûte; mais elle se referme presque aussitôt. Tous les L rts accomplis dans ce sens, le sont en pure perte. Ce fut le cas pour l'offensive française de Champagne en 4915, pour celle des Allemands, l’année suivante à Verdun. L’état-major germanique fait intervenir cette fois, un élément de surprise, dont il essaiera de se servir de plus en plus au cours de ses offensives ultérieures, et qu’il arrivera à manier avec une véritable mai- trise. Mais ce facteur-là n’est pas suffisant pour assurer le succès. L’offensive de Verdun s'opère sur un front trop peu étendu. Les Allemands, au cours de la bataille, essaient de l’étendre en faisant porter leurs efforts sur la rive gauche de la

sa

…. Meuse.

Il est trop tard. L'armée française dispose de réserves trop É importantes pe qu’elle ne soit pas en état de venir à la parade. __ Toutes les. divisions de cette armée, comme la chaîne d’une 3 noria, sont jetées l’une après l’autre, dans la bataille. On les y É Er

laisse un certain temps, jusqu'à ce qu’elles aient subi un chiffre

déterminé de pertes, atteint un certain degré d'usure, après

quoi on les retire pour les remplacer par d’autres.

__ Le problème à résoudre, somme toute, ce dont de part et d’autre on met longtemps à s’apercevoir, n’est pas de percer - Le front, mais bien d’user suffisamment les réserves de l’adver- . saire, pour qu'il n'ait plus rien à vous opposer.

. ‘© L’offensive française sur la Somme, durant l’été de 1916, représente, dans ce sens, un très sérieux progrès. Elle se fait sur un front beaucoup plus étendu. Le matériel qu’elle met en œuvre est déjà formidable. Elle n’est pas loin d'atteindre le but recherché : l’usure des réserves ennemies.

. L'Allemagne, comme conséquence de cette bataille, souffre d’une crise d'effectifs, infiniment plus grave que celle des munitions, parcé qu’elle est plus difficilement remédiable. Si l'état-major français avait poursuivi ses efforts, il pouvait, à la fin de cette année ou au commencement de l’année suivante,

arriver à des résultats décisifs.

Il fallait pour cela faire suivre l'offensive de la Somme d’une autre, exécutée le plus rapidement possible, en raccourcissant la durée de l’entr'acte, de manière à ne pas laisser à l’Allemagne le temps de constituer d’autres réserves.

’état-major germanique, à court d'hommes, fil flèche de

Recouzy. — La Troisième République. 19

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tout bois. Il enrôla tout ce qui pouvait être enrôlé. Il songea

dès lors à raccourcir sensiblement son front occidental de

manière à le tenir avec moins de divisions. | ra. C’est la meilleure preuve que Le dernier coup franco-britannique avait porté. | |

Malheureusement, des influences politiques vinrent, à ce

moment, se jeter au travers des plans militaires. Elles en dérangèrent l’exécution. Elles en compromirent le succès.

Durant la première période de la guerre, le parlement avait à peu près laissé les mains libres au haut commandement. Au. moment de la marche des Allemands sur la capitale, gouvernement et Chambres s'étaient transportés à Bordeaux. Ils y restèrent assez longtemps. Ils en revinrent petit à petit; mais à mesure que le front se solidifiait, que le danger paraissait moins imminent, la participation du parlement à la conduite de la guerre se fit de plus en plus sentir.

Elle produisit quelques heureux effets en ce qui concerne, par exemple, les munitions et le matériel.

Plus la guerre s’éternisait, plus l'union sacrée, telle qu’elle s'était manifestée au début, était difficile à maintenir. Les ambitions, les intrigues parlementaires, les rivalités de groupes recommençaient fatalement.

Joffre, le vainqueur de la Marne, était de plus en plus critiqué. Une campagne, d’origine parlementaire, se dessinait contre lui. Elle aboutit vers la fin de 1916 à son remplacement.

Changement du généralissime.

Par qui serait-il remplacé? S'il n'avait été tenu compte que des raisons militaires, les seules qui dans la conduite de la guerre devraient intervenir, Foch, de toute évidence et en toute justice, aurait dù prendre sa place. Il avait été son second, un très brillant second, quand tout de suite après la Marne, il fallut, en collaboration avec l'armée britannique, contenir dans le nord, la poussée des Allemands vers Calais.

Il avait fait ses preuves sur la Somme. Il possédait, ce qui est un point essentiel, la pleine confiance des Anglais avec qui il s’entendait à merveille.

Des raisons purement politiques le firent écarter. On le trouvait trop religieux, trop catholique,

« C'est un mystique », dit un jour de lui un président du conseil à l’auteur de ces lignes; sans prendre d’ailleurs, et pour cause, la peine d’expliquer en quoi se marquait ce mysticisme.

RANDE GUERRE à + 4 où

ait Foch, il restait Pétain qui venait de Re bataille de Verdun. Les hommes politiques ne pas assez souple. re | 4 in Nivelle qui était, certes, un excellent commandant née, mais su très certainement ne possédait pas, à l’égal Fo et de Pétain, l’ensemble des hautes et rares qualités dispensables à un généralissime. RAR RTC | nomination d'un nouveau généralissime, faite à ce t-là, exerça sur la suite de la guerre une influence désasse. « On ne change pas les chevaux au milieu du gué »; ais la vérité de ce proverbe n’apparut plus éclatante. offre avait préparé, en profitant de tous les enseignements de a Somme, une offensive franco-britannique, beaucoup plus rtante, qui devait se déclencher dès le début de février 7 et porter sur les deux branches du saillant très accentué formaient les lignes germaniques dans la direction de - Noyon. Or, c’est justement ce saillant que Ludendorf se préparait à évacuer, parce qu'il était très difficile à défendre. La date prévue pour ce vaste repli était précisément les premières semaines de février. L’offensive des alliés serait donc tombée sur les Allemands, au moment où ils évacuaient leur position u se préparaient à l’évacuer, ce qui est une opération très délicate, plus particulièrement dans la guerre de tranchées, écessitant l'emploi d’un matériel énorme, très difficile à démé-

: Des | . Toutes les conditions les plus favorables se trouvaient ainsi réunies pour que cette attaque des alliés, entreprise sur un large front, avec des moyens et des effectifs considérables, pût obtenir un très grand succès.

- Lechangement du généralissime produisit un premier résultat aussi mauvais que possible : il fit reculer la date de cette offen- sive, ce qui donna à l’état- major allemand le temps d’effectuer son repli en toute tranquillité, sans être inquiété, sans perte . d'hommes, ni de matériel.

- Ce vaste repli effectué, grand succès pour les Allemands, Je problème pour le commandement français se posait d’une - façon toute différente et dans des conditions incontestablement moins bonnes.

- Il fallait modifier le plan d’offensive. C’est une nécessité dont le général Nivelle ne se pénétra pas suffisamment. Les modifications qu'il y apporta étaient loin d'être suffisantes. Le projet auquel finalement il s’arrêta présentait de multiples défauts. Il était trop simple, trop rudimentaire, pas assez

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étudié, dans l’ensemble comme dans les détails. 1l-avait le

tort de préparer le deuxième acte plus que le premier, l’exploi-

tation de la victoire plus que la victoire elle-même. Il s’atta-

quait à la partie la plus difficile, la plus dure des positions allemandes. Il prenait, si l’on peut dire, le taureau par les

cornes, ce qui est souvent une mauvaise manière de le prendre. Enfin, il n’inspirait pas confiance — c’est là un défaut des plus graves.— à certains de ceux qui avaient la charge de l’exécuter. +

Cette offensive se fit malgré tout, non sans avoir provoqué entre le gouvernement et le commandement, entre ce dernier et les exécutants, des tiraillements fâcheux qui amenèrent le général Nivelle à donner, puis à reprendre sa démission.

Mauvais prélude à coup sûr pour une opération de cette envergure.

Son échec, qui fut indiscutable, amena le changement du

généralissime, son remplacement par Pétain ; il provoqua dans l’armée une crise de confiance grave qui, survenant à ce

moment, pouvait déterminer une catastrophe. Des mutineries : éclatèrent parmi les troupes, moins d’ailleurs parmi les umités

combattantes que dans certains régiments au repos, contaminés de l’arrière par une propagande défaitiste, insuffisamment surveillée par la police et le ministère de l'Intérieur, dont c'était cependant le devoir essentiel

Le général Pétain eut à reprendre en mains, à reconstituer moralement une armée qui venait de subir un échec, dont la confiance se trouvait ébranlée.

Ici encore, comme avant la Marne, la France eut la chance inespérée de trouver le chef qui convenait le mieux à cette tâche.

De belle prestance et de haute taille, froid d’apparence et quelque peu distant, élégant dans ses manières, attentif, mesuré, parcimonieux dans ses propos, Pétain, sous des dehors marmoréens, sous des traits volontiers ironiques, cache une sensibilité des plus vives, mêlée peut-être d’un peu de timidité.

Joffre et Foch, les deux autres grands chefs de la guerre, sont des méridionaux. Celui-ci, au contraire, est un homme du Nord ; il y a en lui quelque chose de Turenne.

A rt r 57 \ + . 7 RTL r ; La spontanéité, l’élan, à plus forte raison de sont.

contenus, disciplinés et même refoulés. Une intelligence large, méthodique, le sens inné de l’ordre, un cerveau d’une clarté d’une lucidité exceptionnelles, une tête à compartiments, où chaque objet se trouve d’emblée étiqueté et classé. Il s’attela

P et morale de l’armée, Il parcourut le front d’un bout à l’autre, * inspecta divisions par divisions, régiments par régiments, con- ,voquant les officiers, s’entretenant avec eux, leur expliquant d’une façon simple et claire, les points capitaux de leur mis- sion, attentif au bien-être, au confort, à la santé des troupes.

__ fond était demeuré excellent, FA À

Malheureusement, il ne pouvait plus être question d’entreprendre de longtemps une offensive de grande envergure, d’autant que, juste à cette époque, survenait un événement d’une

… portée incalculable : l'effondrement à peu près complet du front - russe, par suite dela révolution de mars 1917, la chute du - régime tsariste, la débandade des armées (juillet, août) puis le - coup d'Etat bolchevique (octobre), amenant au pouvoir Lénine et ses acolytes, prêts — et ils ne s’en cachaïent pas — à aban- - donner en pleine guerre leurs alliés, en concluant avec l’Alle- - magne, à n'importe quelles conditions, une paix séparée.

oïlà donc l’Allemagne et l’Autriche libérées désormais de

toutes inquiétudes sur le front oriental, maîtresses de tourner tous leurs efforts contre leurs ennemis de l’occident.

: Un premier coup très violent, qui obtint immédiatement les i résultats les plus grands, fut porté contre les Italiens. > L’état-major germanique put envoyer sur ce front un petit . nombre de divisions qui, s’ajoutant aux forces autrichiennes,

tombèrent sur les troupes italiennes insuffisamment comman-

dées, mmées elles aussi par une propagande défaitiste, leur - infligèrent la défaite de Caporetto, une des plus retentissantes de la guerre. Tout le front italien se trouva ébranlé Il fallut rapidement, sous peine de le voir s’écrouler lui aussi, que Français et Anglais vinssent à la rescousse. Des divisions françaises et-britanniques furent envoyées d'urgence en Italie, Elles arri- - vèrent à contenir la poussée austro-allemande.

Cette année 1917 finissait mal pour les alliés. Elle ne leur apportait que des déboires, au lieu de la victoire, que, sans leurs fautes, ils auraient pu et dû obtenir. Car la victoire —

, c’est un point sur lequel on ne saurait trop insister — aurait pu être gagnée par eux, dès 1917. Ce qui l’empècha ce furent des erreurs militaires, ayant à leur origine des erreurs politiques, par-dessus tout le changement du haut commandement.

- La guerre gagnée en 1917, c’est-à-dire une année plus tôt, ‘c’était pour les alliés, surtout la France, un ensemble d’avan-

En quelques semaines, l'armée s’était reprise, preuve que le .

se? pre à. LR

tile d’insister. — bar OCR A mesure que se prolongeaient les hostilités, les dépenses

en vies humaines et en argent suivaient une proportion géométrique ; elles saignaient à blanc notre peuple, déjà si pauvre

en hommes. Elles dévastaient notre territoire. Elles désorganisaient pour longtemps nos finances.

On peut dire que, de ce fait, l’année 1918 fut, à elle seule,

aussi ruineuse que les trois années précédentes. -

Les offensives de Ludendorf.

Après la paix sur le front d’orient, Français et Anglais devaient s'attendre à voir leur ennemi, libre désormais de transporter la plus grande partie de ses forces sur le front d’occident, redoubler d'efforts et essayer d’en finir par une série d'attaques décisives. “> -

Toute sorte de raisons poussaient l'Allemagne, elle aussi, à terminer la guerre le plus rapidement possible : sa situation économique qui ne cessait de s’aggraver; le manque de matières premières; la détresse matérielle et morale de son peuple; la défaillance, toujours possible, de son alliée : l'Autriche, qu'elle soutenait à bras es

L'Allemagne, pressée d’en finir, devait donc tenter ses suprêmes efforts : sur mer, la guerre sous-marine à outrance qui, espère-t-elle, obligera en quelques mois, l'Angleterre à capituler; sur terre, de puissantes offensives qui enfonceront le front franco-britannique.

Ces offensives-là, 21 mars, dans la direction d'Amiens, à la soudure des forces françaises et anglaises; 9 avril 1918, Flandres; 27 mai, Chemin des Dames; 15 juillet, Champagne, furent, du point de vue tactique, ide HOME supérieurement conduites. as

Le facteur de la surprise y joua, surtout dans les trois premières, un rôle prépondérant. Grâce à des prodiges de précaution : en faisant marcher ses troupes la nuit, en réduisant au minimum la préparation de lartillerie, l’état-major allemand réussit à masser, à l’insu de son adversaire, ses divisions d’as-

saut qui enfoncèrent les an ennemies. Mais ici apparaît, une.

fois encore, cette vérité dont nous avons parlé plus haut : la percée d’un front ne sert finalement à rien, tant qu'il se trouve, à l'arrière, des réserves suffisantes pour boucher le trou.

La première de ces attaques met en pièces, pulvérise litté-

Le. à Éd

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