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LA GRANDE GUERRE

ralement toute une armée britannique et cela au point le plus … critique, à la soudure du front anglais et français. . :

Le commandement unique : Foch.

Voici que les événements eux-mèmes, le risque d’une catas-

… trophe, posent plus impérieusement que jamais ce problème

que Français et Anglais ont mis, pour leur malheur, si longtemps à résoudre : celui du commandement unique. Il est enfin résolu dans la réunion de Doullens, mars 1918.

Foch reçoit des deux gouvernements la mission de« coor-

donner » les efforts militaires des Anglais et des Français. C’est une première et importante étape vers la constitution du commandement unique.

Cette mission se trouve forcément, pendant les semaines qui suivent, élargie et précisée. Foch devient le commandant en chef des troupes alliées.

Pyrénéen comme Joffre, né à Tarbes, méridional froid comme lui, Foch, jeune encore, alors qu'il était lieutenant-colonel et colonel, se fit connaître par son cours célèbre à l'Ecole de Guerre dont il a réuni les leçons dans ses deux livres : Les principes de la querre ; La conduite de la querre.

Toutes ses idées, sa doctrine s’y trouvent exposées. Après les avoir formulées et condensées dans son premier ouvrage, Foch en fait l'application dans le second, qui est une/étude lumineuse et profonde de la guerre de 1870.

Ni grand ni petit, ni gros n1 maigre, robuste sans lourdeur, en même temps vigoureux et fin, ce qui frappe chez lui ce sont les yeux, tantôt voilés et profonds, tantôt d’une vivacité singulière, därdant entre les paupières un peu lourdes un regard pénétrant et acéré. Le débit est saccadé et quelque peu abrupt. La voix à je ne sais quoi de bourru. L’impression dominante est celle de la franchise, de Ja loyauté, de la clarté; car si l’on avait à choisir pour le maréchal une devise, celle-ci lui conviendrait à merveille : Voir clair. :

I! est l’homme qui se campe bien en face, tout droit devant les réalités, qui en saisit à la fois l'ensemble et les détails, rien ne s’interposant entre les choses et lui. Aucune idée préconçue ne vient fausser sa vision, altérer son jugement. Il pèse à leur

- juste valeur les forces ennemies et ses résolutions sont prises

en conséquence. L’extréme vivacité de ses impressions, une 1magination prompte, qu'il tient de ses origines méridionales, sont

tempérées, maîtrisées par un bon sens imperturbable, un jugement calme et froid, accoutumé à observer longuement, à peser avec soin les avantages et les inconvénients, à ne se décider qu'à bon escient, mais une fois cette décision prise, à la conduire jusqu’au bout, attentif à l’exécution, sans qu aucun obstacle puisse l'arrêter. Ces qualités-là semblent contradictoires. De fait, chez les neuf dixièmes des hommes, elles s’excluent. Chez Foch,elles s'accordent, s’harmonisent. C’est de leur accord que dérive ce qu'on peut appeler son génie. AE

« De quoi s'agit-il ? » telle est la formule dont 1l se sert le plus volontiers. 158

Le problème qui, dès ce moment, se pose à lui, consiste avant tout à empêcher, à tout prix, cette rupture recherchée par Ludendorf entre le front français et le front anglais.

Lors d’un conseil de guerre, alors que les circonstances étaient des plus critiques, le général anglais Wilson jette, à brûle-pourpoint, cette question à Foch : « Si vous étiez obligé de sacrifier Paris ou les ports du détroit, lequel choïsiriezvous ? »

Foch répond, sans une minute d’hésitation : « Je défendrais les deux ».

Cette réponse peint l’homme tout entier. Il réussit, en effet, à défendre les deux par un prodige d'équilibre, en dépensant sans compter son intelligence et son énergie. Un usage judicieux de ses réserves, la confiance de plus en plus grande que les Anglais, bientôt les Américains, ont en lui, lui permettent de trouver toujours, quoi qu’il arrive, les divisions suffisantes pour contenir la poussée germanique.

Durant toute cette guerre, la stratégie des Allemands resta nettement inférieure à leur tactique. Le point de la première attaque avait été, par Ludendorf, admirablement choisi. On ne saurait en dire autant de celles qui suivirent. Ludendorf commit la lourde faute de prolonger trop longtemps chacune de ses offensives, alors que. visiblement leur rendement diminuait, à mesure que la poche creusée dans Le front adverse devenait plus profonde.

Les résultats étaient très bons les premiers jours et l'avance foudroyante. Au Chemin des Dames par exemple, certaines divisions avancent de 50 kilomètres en quatre jours, ce qui revient, en somme, à recommencer |a guerre de mouvement. Mais cette avance-là, petit à petit s’essouffle ; elle diminue progressivement et vers le dixième jour, généralement, elle s'arrête. :

Un généralissime très intelligent s’en serait rendu compte ;

| que de s’obstiner dans un effort et des sacrifices inutiles, il aurait transporté ailleurs son chantier, déelenché sur une tre partie du front une nouvelle offensive. : cest ce que fit Foch, quelques mois plus tard. udendorf commit une seconde erreur, tout aussi- grave et qui d’ailleurs découle de la première. Dépensant toutes ses forces dans chacune de ses attaques, il fut ainsi obligé de pro- 4 longer les entr’actes pour avoir le temps de reconstituer ses Bt dimsions.de choc. , | | | Are Or, cette prolongation des entr’actes donnait à son adversaire elle lui permettait de se ressaisir, de

un avantage inestimable, préparer et d'augmenter ses réserves. , - Ace moment, comme au début de la guerrè, ce qui est d’ail- . leurs conforme à leur caractère et à leur tempérament, les * Allemands s’imaginent que, leur plan une fois minutieusement construit, il n’y a qu’à l’appliquer, en chaque occasion, pour être sûr d’obtenir les mêmes résultats. Or, le facteur de la . surprise, une des principales raisons de leur suceès, devait fatalement s’émousser à la longue. | | ___ Après les trois premières offensives, Français et Anglais ont percé à Jour le secret de leur adversaire ; ils cherchent et trouvent la parade, qui consiste à dégarnir les premières lignes, de manière que le coup de massue tombe pour ainsi dire dans le vide, à reporter le gros de la défense sur les deuxièmes posi- NOHeRS. : A :

Le système, combiné par eux, fonctionne à merveille; le 15 juillet, il arrète, il paralyse la quatrième offensive allemande, quidevait être la dernière. 5 | Ê Dès ce moment Foch, qui ne laisse jamais perdre une occasion, saisit l'initiative et ne l’abandonne plus.

__ Chacune des poches profondes et étroites, creusées dans les lignes françaises par les offensives de Ludendorf, se prête admi- __ rablement à des attaques de flanc. Obligé de se tenir sur la défensive, Foch, même au moment le plus critique, après le * Chemin des Dames, songeait à l'offensive. Car il n’est pas 1 dans son tempérament de recevoir des coups sans les rendre. Celle qu’il avait préparée, avec le plus ce soin et en secret, ue une vigoureuse attaque de deux armées, Mangin, esgouttes dans le flanc des armées allemandes à l'est de Villers-Cotterets. Elle se déclencha le 18 juillet, trois Jours seulement après la dernière-attaque de Ludendorf. Elle obtint um éclatant succès. L’avance réalisée par nos troupes fut considérable, le nombre des prisonniers très important.

Foch venait de tâter son adversaire ; il eut dès ce moment

l'intuition, à quoi se reconnaît le véritable homme de guerre, que sa solidité, sa capacité de résistance étaient fortement ébranlées. Il fallait donc, le plus tôt possible, l’attaquer de nouveau. -

Cette nouvelle attaque, montée avec le même soin, la même prudence, s'exécute, dr 8 août, sur l’un des côtés de l’autre poche creusée dans le front français par l’avance allemande du 21 mars dernier. Le succès qu'il obtint fut plus grand encore. Les divisions anglo-françaises balayèrent littéralement l'ennemi devant elles. te division tout entière allemande lâcha pied. - <

L’impression de Foch sur l’usure de l’armée allemande se précisait. L'art de la guerre est fait, avant tout, du sens de l’opportunité ; Foch comprend dès ce moment qu’il y a quelque chose de cassé dans la mécanique allemande ; 1l décide en conséquence de redoubler de vigueur, de multiplier ses coups. Il a dès lors le sentiment, il l’a plus d’une fois, depuis, confié à l’auteur de ces lignes, que l’usure de l’armée allemande irait en

se précipitant, que la guerre pourrait finir cette année-là ; il est d’ailleurs presque le seul à avoir cette opinion. ;

Sa méthode, opposée à celle de Ludendorf, autrement intelligente, posant le problème comme il doit l'être, consiste à attendre le succès non point d’une seule offensive, quelque encourageants qu’en soient d'abord les résultats, mais d’une combinaison d'attaques ingénieusement agencées, s’emboîtant les unes dans les autres, de manière à provoquer, le plus rapidement possible, l’usure des réserves ennemies.

C'est à quoi il applique toute son intelligence, toute son énergie. Il s’agit, après les objectifs immédiats atteints par les deux attaques du 18 juillet et du 8 août, de fixer les objectifs lointains. |

Deux puissants mouvements d'offensive sont prévus : l’un dans la direction de Mézières du sud au nord, l’autre de l’ouest à l’est dans la direction de Sarrebourg.

IL faut aussi, et ce n’est pas la partie la moins difficile, une fois ce vaste plan conçu, savoir inspirer à tous les exécutants la confiance, la volonté de le réaliser. C’est dans ce rôle d'animateur que Foch se montre incomparable. Français, Anglais, Américains, Belges, Portugais, Italiens, il dirige d’une main ferme cet assemblage hétéroclite.

Comme les résultats sont de plus en plus encourageants, Foch, sûr maintenant d'obtenir la victoire, dès cette année,

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